Où as-tu la tête ô ville envahie aux yeux vides (Aragon printemps 1943)
Posté par jacques LAUPIES le 14 octobre 2013
Je publie l’article ci dessous (après le communiqué du candidat PCF de Brignoles) d’un dirigeant du Parti de Gauche, non pas par suite d’un quelconque masochisme politique qui m’habiterait, mais simplement parce qu’il exprime le fond de la stratégie de ce parti que suivent très mécaniquement les responsables locaux. Une stratégie que je ne partage pas dans l’état actuel du rapport des forces politiques et des possibilités de le modifier à court terme.
J’entends bien effectivement qu’il faut donner aux français des perspectives claires face à la politique conduite par le gouvernement socialiste. J’entends bien que se réclamer des déclarations d’Harlem Désir, s’allier au PS dans une élection locale comme à Brignoles est prendre le risque d’être victime du discrédit de ce dernier. Alors s’appliquant à des élections cantonales et à fortiori municipales on peut effectivement en déduire que cela va nous poser également un problème ?
Bien sûr et qui peut le nier !
On peut et on doit analyser ce qui se passe dans une élection pour en tirer des conclusions utiles, encore faut-t-il bien prendre en compte tous les éléments contextuels, locaux, nationaux !
Sur le plan national, pas de doute la politique suivie par le PS déçoit une grande partie de ceux qui on voté Hollande et pour certains le mot gauche signifie renoncement, incapacité de répondre à nos attentes, promesses non tenues. que l’on soit au NPA, au Front de Gauche, socialiste « de gauche », socialiste « libéral, socialiste de ce que vous voudrez, c’est toute la gauche qui est discréditée, ou tout de même encore tolérée à défaut d’être abandonnée.
Sur le plan local, pas de doute que selon les lieux, les traditions politiques, les traditions religieuses même, la sociologie de la population et son degré de sociabilité, les effets économiques et sociaux de la crise (on devrait dire d’un système en crise permanente) peuvent accentuer les effets politiques d’origine nationale. Les personnalités intervenant dans les affrontements, leurs origines, leur statut social et leur profession, leurs responsabilités politiques, leur notoriété, pèsent également mais ne constituent probablement qu’un plus alimentant une tendance née d’un contexte général.
Et puis il y a, à l’appui de tout cela, la lutte des idées, un combat inégal dont on ne mesure pas les effets bénéfiques pour ceux qui sont le mieux armés usant d’une presse asservie à l’argent, de chaînes de télévision et radios entre les mains des dominants, au mieux pratiquant l’autocensure et la recherche du scoop, soumise à l’audimat , mais aussi victimes de la médiocrité intellectuelle.
C’est probablement ces derniers aspects qui font le plus de ravages, non seulement parmi ceux qui écoutent et entendent le message rangés du côté des majoritaires ou minoritaires et en état de révolte, mais également de ceux qui écoutent peu, sans esprit critique ou qui n’écoutent pas plongés dans leur quotidien, confrontés aux effets et conséquences désastreux de l’appropriation au sommet des richesses produites, des marchés financiers et autres instruments, par l’impérialisme économique, et qui sont écrasés, mutilés intellectuellement et moralement.
Alors que faire face à cela ? Comment réagir ?
Du point de vue sémantique (sens des mots et du langage) nous sommes battus d’avance parce que nous n’avons pas la parole et lorsqu’on nous la donne elle est rapidement déformée, voire incomprise !
Si l’on en réfère aux leaders politiques qui incarnent nos pensées, sont conduits à communiquer en notre nom, il en va de même (encensés sous la surprise parfois préméditée) : Besancenot, Mélenchon, ou ignorés comme hier Marie Georges Buffet et à présent Pierre Laurent (régime de « faveur » accordé généralement aux communistes jugés probablement trop dangereux pour jouer avec eux devant les micros) nous constatons le ridicule de nos espoirs de communication par ce biais.
Alors que nous reste-t-il : le réel, le terrain, le contact physique quotidien ? Mais pour mener ce combat, seul véritable antidote au poison il faut une organisation puissante, capable à la fois de transmettre rapidement une orientation nationale dans la discipline et d’analyser , d’élaborer des stratégies locales parfois contradictoires avec une pensée globale admise mais souvent correctrice intelligente !
Nous ne l’avons plus (je n’épiloguerai pas sur la liste de ceux qui s’en réjouissent à gauche et à droite) et tout ce qui arrive de négatif dans l’évolution de notre peuple est en partie du à cela. Alors le peuple est-il con, comme me disait un compagnon de travail tous les jours que je le voyais il y a cinquante ans de cela ? Invariablement je lui répondais : non il faut expliquer, et chaque jour nous expliquions et nous en avions les moyens : dans le quartier ou le village, dans l’entreprise, dans le syndicat ou l’association ou nous étions présents. Qu’en est-il aujourd’hui ?
A la veille du premier tour de la présidentielle le raz de marée du Front de Gauche prévu par les sondages a été stoppé et la moindre possibilité visant mettre en difficulté son candidat a été exploitée. Hier à Villeneuve sur Lot, aujourd’hui à Brignoles c’est le FN que les télés invitent généreusement. Dans ces élections le fait national prévaut sur le fait local.
L’adversaire de classe dispose actuellement des médias et d’un FN pour dérouter. Il les utilise très bien et à moins d’être aveugle on voit bien que ça fonctionne. Mais cela évidemment ne fait que conforter ceux qui se désespèrent de ne pas voir surgir une politique qui changent leur vie en l’améliorant.
Au point que même des anciens communistes ou militants de la CGT le rejoignent comme celui que j’ai rencontré ce matin ! Que m’a-t-il dit pour se justifier : « J’en ai marre de la gauche et je n’ai pas confiance à Mélenchon, un ancien socialiste » ! Voilà qui est édifiant sur l’espoir de rassembler sous la seule bannière du FDG. Un hirondelle ne fait pas le printemps. Mais hélas elles sont de plus en plus nombreuses.
Spéculer sur Brignoles pour vanter les mérites des combats autonomes peut toujours se faire au vu des résultats désastreux (je viens de prendre connaissance des résultats du deuxième tour) mais l’incapacité de la gauche à se rassembler n’a fait que confirmer et accélérer les conséquences de son discrédit national, l’attitude des verts, et le changement de candidature sont probablement aussi pour quelque chose dans cette déroute qui a tout de même ses responsables à gauche !
Alors rassembler toute la gauche aux municipales et donner à des alliances locales un contenu audacieux, y compris en rappelant que les communes n’ont aucun intérêt à suivre les réformes des collectivités locales en cours, en exerçant une pression à la base, n’est ce finalement pas la meilleure solution et, là ou le PS entend faire cavalier seul ou s’allier avec la droite, ne devons nous pas porter le drapeau de l’union indispensable et incontournable.
Brignoles : Plus que jamais le combat contre l’extrême-droite continue (Pascal Savoldelli – PCF)
L’élection d’un conseiller général d’extrême droite à Brignoles ce dimanche est un jour sombre pour les valeurs de la République, Liberté, Egalité, Fraternité.
Le fait, qu’en mars 2011, le FN ait déjà remporté ce canton de cinq voix avant d’être invalidé, n’enlève rien à la gravité de ce qui s’est passé ce soir.
Copé a commenté ce résultat en manifestant de l’anticommunisme et de l’anti gauche pour dédouaner la droite de ses responsabilités. Les grands médias mais aussi le PS et EELV portent une lourde responsabilité dans le désastre de ce soir.
Cette élection montre la porosité entre l’électorat de droite et celui d’extrême droite. Par ses campagnes perverses sur l’identité nationale, sur le « travailler plus, gagner plus » la droite a banalisé le vote FN, extrême droite. Les grands médias, en laissant avec complaisance et sans aucune contradiction, les Le Pen et leurs lieutenants s’exprimer sur tous les sujets d’actualité, portent aussi une part de responsabilité accablante dans la sortie du FN du néant électoral dans lequel il était encore plongé en 2009. La majorité gouvernemental PS et EELV en refusant de rompre avec la politique d’austérité initiée par la droite qui désespère les classes populaires, a aussi sa part de responsabilité.
Le PCF ne regrette en rien d’avoir appelé, dès le soir du 1er tour et sans ambiguïté à faire barrage au FN. La force du FN est l’un des obstacles majeurs qui s’oppose à un véritable changement dans notre pays. Le combat contre l’extrême droite a été et est constitutif de l’identité des communistes. Malgré la défaite de ce soir, le PCF va redoubler d’efforts pour défendre et promouvoir les valeurs de l’Humain d’abord. C’est seulement par un rassemblement populaire et majoritaire autour de ces valeurs de liberté, d’égalité, de solidarité et de fraternité humaine que nous pourrons ouvrir une alternative à l’austérité.
La torgnole de Brignoles
François Delapierre, Secrétaire national du Parti de Gauche
Que faut-il de plus ? La déroute de Brignoles démontre en grandeur nature l’impasse de la stratégie du rassemblement sans contenu face au FN. Dans ce canton, le candidat PCF arborait aussi le poing et la rose. Il le faisait convaincu de la puissance bénéfique du talisman qui allait bientôt le frapper. On vit ainsi les militants communistes brignolais user leurs semelles à distribuer dans toutes les boîtes l’appel mortifère d’Harlem Désir à voter pour leur candidat. Quel contresens ! Dans toutes les dernières partielles, locales par nature, chemine une recherche qui est, elle, nationale. La colère, la déception, le désarroi qui n’ont cessé à juste titre de monter contre ce gouvernement cherchent leur chemin. A tâtons, comme ils le peuvent, là où surgit une ligne de force ou un interstice assez large pour être perçu et exploité. C’est l’explosion de l’abstention, que l’on aurait tort de prendre pour un silence politique car elle exprime pour une large part le rejet profond du système. C’est le vote pour l’extrême-droite. Comment serait-ce le vote pour le Front de Gauche si celui-ci oublie sa raison d’être ? S’il fait mine de croire au « rassemblement de la gauche » avec les représentants d’un pouvoir qui habille de ce nom la soumission au MEDEF et le mépris des attentes populaires ?
Cette conviction en la nécessité impérieuse d’une voix autonome face aux solfériniens est massivement partagée au sein du Front de Gauche. Si le PG la porte unanimement, elle est en réalité le cœur de nos textes communs. Et je ne changerais pas une ligne à la réaction de Marie-George Buffet au soir du désastre dimanche dernier. « Voilà aussi l’urgence d’une alternative claire à gauche. Face au danger, l’heure est moins à l’appel au front républicain sans contenu qu’à une mobilisation sans précédent sur les contenus d’une politique de gauche redonnant sens et efficacité à la politique dans la vie quotidienne de nos compatriotes. Voilà, pour moi, c’était cela la raison d’être du Front de gauche, qu’est-il devenu ? »
Un hasard cruel fit que les Brignolais votaient au moment où le conseil national du PCF discutait des municipales. Pierre Laurent y déclara que « le maître mot ce n’est pas autonomie, c’est rassemblement. » Mais quel rassemblement peut-on construire sans autonomie sinon la confusion destructrice de Brignoles ? Quel est le sens d’une union qui interdirait de proposer au peuple une alternative européenne, nationale et locale à l’austérité qui le frappe et que manient à tous ces niveaux les faces de pierre avec lesquelles il faudrait se rassembler ? C’est le mouvement qui permet le rassemblement. C’est la clarté qui produit la discussion. C’est l’intransigeance qui crée la confiance. Le Front de Gauche n’est pas une juxtaposition électorale. C’est une stratégie de politisation du peuple. Nous n’avons jamais placé nos espoirs dans une diplomatie interne à « la gauche », car nous avons rompu avec l’illusion que le PS pourrait évoluer favorablement par l’effet de nos arguments, aussi puissants soient-ils. Nous avons créé depuis le premier jour le Front de Gauche pour demander aux citoyens de trancher les immenses controverses qui nous opposent au PS. S’ils nous trouvent excessifs et sont prêts à accompagner la politique de Hollande, eh bien qu’ils votent pour ses représentants. Mais s’ils veulent une autre politique, une autre culture, une stratégie de résistance, le bulletin Front de Gauche se présente à eux rempli de confiance et éblouissant de clarté. Ce n’était pas le cas à Brignoles. Cela doit l’être aux municipales.
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