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Posté par jacques LAUPIES le 27 avril 2026
« Les chefs de TPE se sentent de plus en plus délaissés » : quand le RN abandonne les petits patrons pour draguer ceux du CAC 40
Bien avant le déjeuner entre Jordan Bardella et le Medef, les chefs d’entreprise ont pris langue avec l’extrême droite pour peser sur ses intentions économiques. Mais en se tournant désormais vers le CAC 40, le chef du Rassemblement national prend le risque de braquer les plus petites entreprises que Marine Le Pen s’était employée à séduire.
© Grégoire CAMPIONE/REA
Certaines rencontres font plus de bruit que d’autres. Celle qui a réuni la direction du Medef, syndicat patronal, et le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, est de celles-là. Lundi 20 avril, quelques jours après la rencontre informelle entre Marine Le Pen et quelques patrons du Cac 40 dont Bernard Arnault ou Cyrille Bolloré, le jeune député européen s’installe face à Patrick Martin et son bureau exécutif dans le 17e arrondissement de Paris.
Avec lui, deux conseillers : François Duryve, ex-directeur général du fonds du milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin, et Alexandre Loubet, député RN de la Moselle. Bien que décidé à « ne pas se faire auditionner sur le programme économique du RN tous les trois mois », le dirigeant d’extrême droite présente ses trois priorités (une « stabilité retrouvée », la « relance de la production » et la « revalorisation du travail ») et invite rapidement les patrons à égrener leurs propositions.
Le patronat revendique son influence sur les décisions économiques
Ils s’exécutent. « Ils savent que s’ils ne nous parlent pas, ça se fera sans eux », dit-on autour de la direction du parti. Pour l’extrême droite, jamais une invitation n’a été si savoureuse. Entrée, plat, dessert. Tous ont le goût du pouvoir. Peut-on en conclure que les patrons des patrons roulent pour l’extrême droite ?
« Les chefs d’entreprise ne se lèvent pas le matin en se demandant s’ils sont pour ou contre le RN mais en s’interrogeant sur leurs carnets de commandes », se défendait Patrick Martin, président du Medef, avant ce rendez-vous inédit. Si ce rapprochement interpelle, c’est aussi parce qu’il tranche avec la distance longtemps affichée par le Medef vis à vis du RN et de son projet économique.
Lors de la campagne des législatives en 2024, Patrick Martin, comme un grand nombre de chefs d’entreprise, jugeait le RN « dangereux pour l’économie ». Désormais, les patrons préfèrent pointer sa « conscience des périls du monde ». Le dirigeant d’une grande boîte insiste : « Ils sont éducables et malléables. Sur l’économie, ce sont des ignorants, donc pas vraiment des dogmatiques. C’est le plus important pour nous : c’est une pâte à modeler ». Pour preuve, beaucoup citent l’abandon du retour à la retraite à 60 ans et les votes des parlementaires RN contre les taxes visant les superprofits.
Le RN tente de rallier les patrons des PME et du CAC 40
Le 26 avril, dans les colonnes du Journal du Dimanche, propriété de Vincent Bolloré, Jordan Bardella jubile : « Des milliers de chefs d’entreprise votent déjà – ou s’apprêtent à voter – pour le Rassemblement national. Ils nous ont d’ailleurs largement plébiscités en votant à près de 40 % pour le RN dès le premier tour aux élections européennes. »
Bien décidé à pousser l’opération séduction jusqu’au bout, il décrit un pays « riche de ses TPE-PME, de ses ETI bien souvent familiales, de ses grands groupes, mais aussi de son tissu d’artisans, de commerçants et d’industriels » qui ne renouera pas avec la « puissance et la prospérité nationale sans des entreprises robustes, compétitives, capables de créer de la richesse ». D’où l’importance de bâtir un « pacte de confiance » avec les patrons .


Anthony Cortes