Une vie hors norme s’en est allé…

Posté par jacques LAUPIES le 6 mars 2021

 

 

© AFP

© AFP
 

Patrick Dupond, étoile foudroyante

Samedi 6 Mars 2021

Grand danseur à la personnalité ardente, il a subjugué son monde en assumant une liberté rare, dans un art tout de discipline. Patrick Dupond est mort vendredi. Il aurait eu 62 ans le 14 mars.

 

L’annonce de la mort de Patrick Dupond, d’une « maladie foudroyante » non précisée, a considérablement bouleversé l’opinion, bien au-delà du seul monde de la danse. C’est qu’il était aimé de tous, en France bien sûr, mais aussi dans le monde entier, avant tout aux Etats-Unis et au Japon. Il aurait eu 62 ans le 14 mars. Athlète complet doté d’une personnalité ardente, il entrait, à onze ans, à l’école de danse de l’Opéra de Paris. A 21 ans, il est nommé Etoile. Dix ans plus tard, le voilà directeur de la danse dans la vénérable institution. Danseur « hors normes » à la technique prodigieuse, doué d’une densité d’acteur d’exception, il aura su convaincre les plus grands chorégraphes, de Noureev – à qui il succède à la tête de la danse à l’Opéra – à Alvin Ailey en passant par Maurice Béjart, entre autres. Depuis l’annonce de sa disparition, les hommages pleuvent. Brigitte Lefèvre, par exemple, qui fut directrice de la danse à l’Opéra de Paris de 1995 à 2014, salue un artiste « brûlant, avec de l’appétit pour tout. Il jouait de la technique, ce que tout le monde ne peut pas faire ». La danseuse étoile Marie-Agnès Gillot confie avoir « intégré le corps de ballet de l’Opéra quand il venait d’être nommé directeur (…). C’était mon idole. Il m’a appris que tout est possible dans la danse comme dans la vie »…

Un indomptable au « talent insolent »

Forte personnalité, volontiers indomptable, Patrick Dupont naît en 1959 à Paris. Milieu modeste. Elevé par sa mère en l’absence du père, il ne tient pas en place. On l’inscrit au foot et au judo. Ça ne prend pas. Ce sera la danse. A onze ans, il entre donc dans ce saint des saints : l’école de danse de l’Opéra de Paris. Ses professeurs remarquent aussitôt ses dons, notamment la qualité extraordinaire de ses sauts. Malgré son indiscipline, qui épuise ses professeurs, il gravit les échelons sans écueil. A 21 ans, Patrick Dupont est sacré danseur étoile, dans « Vaslaw » que John Neumeier lui chorégraphie autour de la figure de Nijinski. « Talent insolent », selon l’étoile Elisabeth Platel, aujourd’hui directrice de l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris, il avait la capacité de sentir ce que désirait le public et le lui donnait (…). Il parlait naturellement aux gens à la sortie des spectacles. Il était flamboyant mais simple, grandiose mais d’une extrême gentillesse ».

Intelligence du corps

La gamme de son répertoire était extrêmement variée. Patrick Dupond était toujours juste, sans beaucoup répéter ses rôles. Il avait l’intelligence du corps. En 1988, il fait à Nancy un passage de presque trois ans à la tête du Ballet français. Il y invite les plus grands chorégraphes et imprime à la maison une marque davantage actuelle. C’est en 1990 qu’il devient directeur de la danse à l’Opéra, nommé par Jack Lang alors ministre de la Culture, lequel, saluait vendredi « ce lumineux insoumis, pédagogue hors pair qui a voulu rendre la danse classique accessible au plus grand nombre et transmettre son talent à tous ». Patrick Dupond tient brillamment les rênes de la troupe de l’Opéra, invite notamment de jeunes chorégraphes contemporains comme Odile Duboc, Daniel Larrieu mais aussi des compagnies internationales et Pina Bausch bien sûr. Il y est conjointement danseur. On le voit dans des pièces classiques comme « le Lac des cygnes » ou « Don Quichotte », dans des œuvres de Béjart et de Roland Petit, et aussi dans d’autres signées de chorégraphes et metteurs en scène américains, tels Alvin Ailey, Robert Wilson, Alwin Nikolais.

Rage de vivre

En 1997, en conflit avec la maison, il est brutalement licencié de l’Opéra pour « inexécution de certaines obligations de son contrat ». Il dira : « pour mon insoumission et mon indiscipline ». Juré au festival de Cannes, il avait raté trois jours de répétitions du « Sacre du Printemps » de Pina Bausch. Il sera dédommagé en cassation mais cet épisode lui fut une blessure vive et profonde. Il s’ouvre alors à d’autres disciplines, tâte du cinéma, notamment, avec Alain Delon dans « Dancing Machine » (1990) de Gilles Béhat. En 2000, il est victime d’un très grave accident de voiture. Un corps détruit : 134 fractures. Le verdict des médecins : « Vous ne danserez plus ! ». C’était sans compter avec sa rage de vivre. Il reprend la barre, escorté par Max Bozzoni (1917-2003), ancien danseur étoile de l’Opéra de Paris et son professeur, qui le suit depuis ses débuts. On le retrouve sur scène dans la comédie musicale « Un air de Paris ». En 2018 et 2019, Patrick Dupond sera juré dans l’émission de télé-réalité « Danse avec les stars » sur TF1. Depuis quelques années, il continuait de transmettre et d’enseigner, d’abord à Soissons puis à Bordeaux, avec sa compagne Leïla Da Rocha, danseuse sacrée orientale et ancienne basketteuse professionnelle. Son amour pour elle l’avait amené à renier son passé d’homosexuel, dans une sorte de « coming-out » à l’envers, ce qui ne manqua pas de faire polémique. Décidément, ce maître du saut le fut aussi hors scène.

Publié dans POLITIQUE | Pas de Commentaire »

J’ai vécu mon enfance a observer ce puit de mine où ont travaillé mon grand père et deux de mes oncles. Communistes et cégétistes ils ont du côtoyer Valère Barraza dont le décès me rappelle à eux !

Posté par jacques LAUPIES le 6 mars 2021

J'ai vécu mon enfance a observer ce puit de mine où ont travaillé mon grand père et deux de mes oncles. Communistes et cégétistes ils  ont du côtoyer Valère Barraza dont le décès me rappelle à eux ! dans POLITIQUE 2844614

Cégétiste et communiste toute sa vie, l’ancien mineur gardois né en Corse s’en est allé le 23 février à 95 ans. De son engagement anti-colonialiste à son rôle d’élu alésien en passant par la bataille de Ladrecht, il a mené une vie de labeur, de combats politiques et sociaux. Ses camarades de la CGT saluent la mémoire d’un homme « humble, humaniste et optimiste ».

05/03/2021 | 11H08
 
 2844613 dans POLITIQUE

Alès et les Cévennes sont en deuil. Cette terre de charbon aux confins du Midi Rouge vient de perdre l’une de ses figures qui a fait son histoire. À l’approche de ses 96 printemps, Valère Barraza est parti le 23 février, après une longue vie d’engagements progressistes.

À l’Institut de l’histoire sociale (IHS) du Gard, ses amis cégétistes décrivent un homme « modeste, à l’écoute et plein d’humanité » qui, à l’image du statut de mineur ou de l’indépendance de l’Algérie, aura passé sa vie à défendre les causes qui lui semblaient justes. « On l’appréciait dès les premiers contacts, il n’essayait jamais de prendre le dessus », se souvient Jean Vanhaute qui fit sa connaissance dans les années 80.

Pour cet enseignant co-fondateur de l’IHS 30, c’est sans doute « l’enfance difficile » de Valère qui avait forgé son grand cœur et son caractère à toute épreuve. Très vite orphelin puis accueilli dans une famille, celui qui est né le 28 juillet 1925 à Péri (Corse) dans une famille très modeste, fut élevé à la dure. « Enfant, il travaillait aux champs ou de nuit comme mitron. Il n’y a pas que les mines qui ont été rudes pour lui. »

En 1944, avant la fin de la guerre, Valère, alors âgé de 19 ans, est mobilisé en Algérie puis au Maroc. Le décès de son père de substitution en 1945 précipitera son retour. Un triste épisode « qui l’a marqué et sans doute endurci l’homme qu’il est devenu », selon Jean Vanhaute.

Au cœur de Ladrecht

En 1948, le retour du service militaire marque pour Valère le début de son épopée minière. Le jeune homme est d’abord embauché à Champagnac-les-Mines dans le Cantal, puis en 1950 au puits Fontanes à Alès où il sera mineur de charbon jusqu’en 1965.

Bien avant de devenir cette année-là permanent syndical à l’Union locale CGT d’Alès et président de la Sécurité sociale minière, Valère s’engage dans les conquêtes et résistances sociales de l’après-guerre. Il débarque dans le Gard jusqu’après le grand mouvement sanglant de 1948 (l’envoi de l’armée avait causé un mort à Alès), suite à l’exclusion des communistes du gouvernement en mai 1947 sur fond de guerre froide. Le premier mouvement social minier de Valère sera celui de 1952, avant la grande grève de 1963 : 35 jours avec 100% de grévistes qui allaient obtenir de belles avancées (salaires, congés…). Et puis vint la célèbre bataille de Ladrecht. À la fin des années 70, la période de transition énergétique (le nucléaire au détriment du charbon) entraîne la fermeture de mines. La tension est maximale. Les mineurs célèbrent une première victoire le 12 juin 1980 mais le bras de fer reprend aussitôt et la mine finira par fermer en 1986.

Entre-temps, Valère a pris « naturellement » du galon, a acquis une « grande culture générale et politique grâce au syndicat [CGT] et au parti [PCF] » sans que « ses hautes responsabilités ne lui montent jamais à la tête », écrit Bernard Deschamps, son camarade et ancien député PCF du Gard. Secrétaire général de l’UD CGT du Gard de 1976 à 1980, Valère est aussi engagé sur le terrain politique. Après avoir diffusé l’Humanité-Dimanche au Puits Fontanes, été le secrétaire de la cellule du PCF et milité pour l’indépendance de l’Algérie, Valère est élu conseiller municipal dès 1965 aux côtés du maire d’Alès, Roger Roucaute (PCF). En 1972, il s’engagera en faveur du programme commun. Jean Vanhaute raconte que « jusqu’au bout il fut optimiste, il croyait au changement pour une société plus juste et solidaire. Sans nier l’évolution du monde du travail et de la réalité ouvrière, il avait un grand espoir et une confiance en la jeunesse ».

 

 

Publié dans POLITIQUE | Pas de Commentaire »

Que ne fait-on avec la langue ?

Posté par jacques LAUPIES le 5 mars 2021

 

Gwenaëlle Perrier et Marie Loison-Leruste, entourées de Sandrine Garcia et Antonio A. Casili, lauréates et lauréat de l'édition 2019 du Prix de l'écrit social de l'Arifts, à Rezé. © Jean-Pierre Gaucherel/PhotoPQR/Ouest France/MaxPPP

Gwenaëlle Perrier et Marie Loison-Leruste, entourées de Sandrine Garcia et Antonio A. Casili, lauréates et lauréat de l’édition 2019 du Prix de l’écrit social de l’Arifts, à Rezé. © Jean-Pierre Gaucherel/PhotoPQR/Ouest France/MaxPPP
 

Entretien. « L’écriture inclusive ne vise pas à féminiser la langue mais à la démasculiniser »

Vendredi 5 Mars 2021

La polémique sur le langage non sexiste connaît un nouvel épisode avec le dépôt d’une proposition de loi par un député LaREM. La politiste Gwenaëlle Perrier et la sociologue Marie Loison-Leruste se sont penchées sur les rouages de ce débat, dont les argumentaires font écho à d’autres combats pour l’égalité. ENTRETIEN.

 

Les critiques à l’encontre de l’écriture inclusive viennent d’être réactivées par une proposition de loi. Le député LaREM François Jolivet veut en interdire l’usage dans les administrations et services publics. Cette démarche vous a-t-elle surprises ?

MARIE LOISON-LERUSTE Pas du tout, cette polémique réapparaît régulièrement. Cet été, une proposition de loi avait été déposée par le Rassemblement national. Ce texte-là, du fait de la confusion entre écriture inclusive et point médian, veut en fait interdire des usages déjà très largement partagés. Par exemple, la double flexion comme le « Françaises, Français » du général de Gaulle, ou les parenthèses des formulaires administratifs pour indiquer époux(se).

GWENAËLLE PERRIER À chaque bataille pour l’égalité dans le langage, comme pour la féminisation des noms de métiers, les oppositions ont été virulentes. Cette nouvelle proposition de loi est le signe que les opposants et opposantes au langage inclusif constatent que l’usage progresse au-delà du milieu militant, féministe et queer. Ces revendications crispent autant car elles soulèvent des enjeux politiques qui dépassent la question du genre. Comme le montre notre collègue Ann Coady, en France, ce sont les élites qui définissent la langue standard. Or, avec l’écriture inclusive, la profusion d’usages et de réappropriations très démocratiques de la langue va à l’encontre de cette tradition. Cela fait aussi écho à un climat d’anti-intellectualisme : François Jolivet, en s’en prenant aux élites universitaires dans son discours, sait qu’il va toucher juste dans une partie de la population française.

Alors même que des militants et militantes, convaincus de la cause de l’égalité, estiment parfois ce combat secondaire, en quoi l’usage de ce langage est-il essentiel à vos yeux ?

GWENAËLLE PERRIER Une anecdote personnelle l’illustre parfaitement. Ma fille de 6 ans et demi me rapporte qu’à la récréation elle a joué aux « hommes préhistoriques et aux lutins ». Elle me raconte le jeu et je lui dis : « Ah tiens, il n’y a pas de femmes dans ton jeu. » Elle me regarde et me répond : « Mais maman, c’était avant les femmes. » La langue n’est pas qu’un instrument, elle forge les représentations, établit une norme. Le langage participe d’une forme d’invisibilisation des femmes et des personnes transgenres. Bien sûr, travailler uniquement sur la langue ne va pas engendrer un pas immense pour l’égalité. Mais il est de mauvaise foi de faire comme si les personnes qui y travaillent ne s’intéressaient qu’aux inégalités dans le langage.

 

Cet article pourrait aussi vous intéresser : Presse. Quand le féminisme déferle tous azimuts

MARIE LOISON-LERUSTE Le langage n’est pas sexiste en soi, il a été beaucoup plus égalitaire avant le XVIIe siècle. Éliane Viennot a montré comment les premiers affrontements sur la langue sont intervenus au moment de « la querelle des femmes », avec l’objectif de mieux légitimer la présence exclusive des hommes aux postes de prestige. Le langage inclusif ne vise pas à féminiser la langue mais à la démasculiniser. Il existe d’ailleurs un paradoxe très intéressant : d’un côté, est estimé que la langue n’est que symbolique et que des combats beaucoup plus nobles et plus concrets sont à mener pour la cause des femmes, de l’autre, les réactions à ce débat sont très violentes. En 2017, Raphaël Enthoven dans une chronique parle de novlangue qui appauvrit le français et la pensée. Mais si la langue n’a aucune influence sur la pensée et qu’elle n’est que symbolique, ce n’est pas la peine de s’énerver, et surtout, dans ce cas, l’écriture inclusive n’est en aucun cas une menace pour la pensée. Ce raisonnement ne tient pas.

Que révèle la virulence de débat ?

GWENAËLLE PERRIER Aujourd’hui, la langue est le terrain idéal pour faire vivre le discours antiféministe qui n’est plus dicible dans d’autres sphères, notamment sur les violences. À part pour une petite frange de la société, il est difficile de tenir des discours ouvertement misogynes aujourd’hui. Bien sûr, la France n’est pas devenue unanimement féministe, mais le rapport de forces a changé globalement. Le terrain de la langue, lui, n’est pas directement associé aux conservatismes et à la discrimination : quand on s’exprime contre le langage non sexiste, on n’attaque pas directement les femmes. D’ailleurs, beaucoup de précautions oratoires sont prises en ce sens par les antis qui servent ensuite une série d’arguments assez classiques de l’antiféminisme.

De quelle nature sont les arguments récurrents contre l’écriture non sexiste ?

MARIE LOISON-LERUSTE Il y a le registre de l’incompétence, celui du dénigrement comme « c’est moche, c’est ridicule », ou de la sexualisation. On trouve aussi l’argument militant sur la priorisation des luttes, l’argument linguistique selon lequel la langue n’est pas sexiste, ou encore l’argument identitaire de la beauté de la langue, du français dénaturé.

Gwenaëlle Perrier Certains de ces arguments résonnent avec d’autres débats sur l’égalité des sexes. Par exemple, ceux de la sexualisation ou de l’incompétence sont aussi employés pour délégitimer la présence des femmes en politique. Le dernier épisode, c’est celui de la députée FI Mathilde Panot traitée de . Sur les leçons de militantisme, l’argument a pu être utilisé dans les années 1970 pour délégitimer la lutte des femmes au profit de la lutte des classes. Aujourd’hui, c’est une variante un peu plus pernicieuse, car est mise en avant la légitimité d’autres luttes féministes – comme pour la parité ou contre les violences –, contre celle de la lutte pour le langage.

Dans le dossier des Cahiers du genre que vous coordonnez, la situation d’autres pays est abordée. Comment ce débat se manifeste-t-il ailleurs, et quelles sont les spécificités françaises ?

GWENAËLLE PERRIER En Allemagne, la polémique intervient dans le sillage des lois sur le mariage pour tous et toutes, et sur la création d’un sexe indéterminé à l’état civil. Au Brésil, c’est en réaction aux politiques pour l’égalité des sexes et les minorités sexuelles de Dilma Rousseff. En Suède, c’est dans un contexte où les militants et militantes queer ne font pas du tout consensus. Le fonds commun est celui d’une réaction très organisée à la progression de l’égalité des sexes et des sexualités.

MARIE LOISON-LERUSTE En France, il existe un « chauvinisme » de la langue. Dans le dossier, Ann Coady montre l’existence de deux idéologies qui y jouent un rôle majeur, dont celle de la langue standard qu’il faudrait protéger. L’Académie française entretient ce mythe d’une langue porteuse d’un certain esprit, d’une grandeur de la France. L’autre idéologie envisage la langue comme « ciment de la nation », constitutive de l’identité nationale, d’un jacobinisme et d’un État centralisateur très fort. Ces conditions historiques font que ce débat, qui n’est pas propre à la France, y prend une ampleur particulière.

 

La validité ou non de l’usage du masculin comme forme neutre est au cœur des désaccords. En quoi est-ce un symbole important ?

MARIE LOISON-LERUSTE De nombreux travaux, dont ceux du psycholinguiste Pascal Gygax, montrent que la langue a une influence sur la façon dont on se représente le monde. Or le masculin générique ne renvoie qu’au masculin. L’institut EgaliGone a réalisé en 2012 un micro-trottoir sur l’énigme du chirurgien : « Un enfant et son père sont en voiture, ils ont un accident. Le père décède. L’enfant est transporté à l’hôpital. Le meilleur médecin de l’hôpital entre dans la salle d’opération et s’exclame : “Mais je ne peux pas l’opérer, c’est mon fils.” Comment est-ce possible ? » La plupart des gens interrogés ne savent pas répondre. En fait c’est très simple : c’est la mère. Mais comme on ne féminise pas le terme médecin… Comme pour le mariage pour tous et toutes, ces gains pour les droits ne retirent rien à personne. À une nuance près : quand on visibilise les femmes dans la langue et qu’on n’emploie plus le masculin générique, d’une certaine manière cela ôte un peu de pouvoir aux hommes. Ils ne sont plus les seuls acteurs de l’Histoire.

La difficulté pédagogique, mais aussi l’argument de l’exclusion des personnes malvoyantes, dyslexiques, ou des élèves en difficulté avec la lecture est aussi mis en avant…

MARIE LOISON-LERUSTE C’est très hypocrite. Car on ne les entend pas faire grand-chose pour les dyslexiques ou pour réformer l’orthographe. L’Académie française a posé à plusieurs reprises son veto à la simplification de l’orthographe. Les enfants passent énormément de temps à apprendre des règles illogiques, comme « le masculin l’emporte sur le féminin ». Dans une vidéo publiée par l’INA, une institutrice démontre aux enfants que 10 est inférieur à 1 puisque, dans la langue, 10 petites filles sont « inférieures » à un petit garçon. Une bonne partie de la classe conteste. Les accords de proximité, de majorité ou de sens sont bien plus logiques.

GWENAËLLE PERRIER La façon dont l’État traite les personnes handicapées est un scandale. La priorité serait donc de mettre les moyens dans les écoles pour accompagner ces enfants, ou encore de remettre en cause la règle de l’accord du participe passé, imposée en son temps dans une logique élitiste de distinction sociale, contrairement à l’écriture inclusive dont ce n’est pas l’objectif. Il est vrai que le français peut être élitiste, mais parlons-en sur les vrais enjeux. Prétendre que ce sont les discours pointant des inégalités qui sont responsables de la division de la société est très classique. Cela a été le cas au moment des réformes sur la parité en politique : les quotas allaient diviser la société française… par contre le fait que les femmes soient exclues du pouvoir ne semblait pas poser de problème.

 

La contrainte pour chacun et chacune d’avoir un regard critique sur ses propres pratiques, et sur sa position à l’égard de l’exercice de cette domination, est-elle source de blocage ?

GWENAËLLE PERRIER Sur les violences faites aux femmes, par exemple, cela interroge tout le monde sur sa sexualité, sur la façon dont on reproduit parfois certaines normes. Pour le cas du langage, c’est pareil. Et parfois, cela est présenté comme une immense contrainte, alors qu’il s’agit d’une habitude à prendre.

MARIE LOISON-LERUSTE Sur les violences, une certaine illusion sociale fonctionne encore pour une partie des gens, ce qui leur permet de s’en distancer. Alors que la langue, on l’emploie tous et toutes, on l’a incorporée, au sens de Bourdieu, on la reproduit, on a été socialisé avec… C’est aussi pour cela que ce débat suscite de telles réactions.

Est-on à un point de bascule ? Ou du fait des progrès déjà actés a-t-on franchi un cap qui ne permettra pas de retour en arrière ?

MARIE LOISON-LERUSTE L’usage progresse mais cela n’exclut pas un possible retour en arrière. Il se trouve quand même qu’Alain Rey (lexicographe à la tête des dictionnaires Le Robert jusqu’à son décès en octobre 2020 – NDLR) avait prédit, il y a quelques années, que ce ne serait qu’une tempête dans un verre d’eau ; il ne donnait pas deux mois à l’écriture inclusive pour disparaître. Force est de constater que le débat existe toujours et qu’il s’inscrit dans une prise de conscience plus générale sur les droits des femmes.

GWENAËLLE PERRIER Les pouvoirs publics, eux-mêmes, ont acté certaines avancées : la circulaire du premier ministre du 21 novembre 2017 acte le fait que, pour désigner les femmes dans les documents officiels, on utilise le féminin. L’enjeu, c’est le rapport de forces politique. Il se pourrait, par exemple, que tout ce qui ne remet pas en cause la binarité femme-homme, comme la double flexion, soit accepté plus facilement. En revanche des formes neutres, comme « actaires » à la place de « actrices et acteurs », pourraient rencontrer davantage d’opposition. Car, comme la mobilisation contre le mariage pour tous et toutes l’a montré, c’est face à la mise en cause de l’idée que l’humanité serait nécessairement duale que l’on trouve l’une des poches de résistance très fortes du mouvement réactionnaire.

« Genre, langue et politique »

Gwenaëlle Perrier et Marie Loison-Leruste sont maîtresses de conférences à l’université Sorbonne-Paris Nord, respectivement en sciences politiques et en sociologie. Après avoir signé en 2017 l’appel des enseignants et enseignantes à refuser la règle du « masculin l’emporte sur le féminin », elles ont voulu comprendre la violence des polémiques engendrées par l’écriture inclusive. Elles ont coordonné, avec Camille Noûs, un numéro de la revue Cahiers du Genre, intitulé « Genre, langue et politique. Le langage non sexiste en débats », publié par l’Harmattan en février.

Publié dans POLITIQUE | Pas de Commentaire »

Justice : Selon que vous serez puissant ou misérable ?

Posté par jacques LAUPIES le 4 mars 2021

 

En l’occurrence l’effroi règnerait parmi les puissants puisque l’on condamne un de leurs représentants.

Un représentant lequel chef d’état mis à la retraite dispose tout de même de moyens considérables pour se défendre !

Alors que d’autres faute de ces moyens doivent encaisser dans un délit comme celui qui lui est reproché, jusqu’à de la prison préventive et  se soumettre, selon l’humeur de l’instruction et du parquet, aux fantaisies des enquêteurs  et aux élucubrations de certains médias. Irrémédiablement coupables pour une bonne part  de leur entourage ils devront porter toute leur vie le poids du soupçon malgré les relaxes.

Il faut avoir une bonne dose  de tolérance pour en conclure que la justice cependant est inégale et qu’elle est servie  aussi par de bons procureurs, de bons juges. de bon policiers et de bons gardiens de prison.

Mais gageons que la justice pour exister aura toujours besoin de la vigilance et d’un bon sens populaire autant que de l’intégrité des professionnels qui ont à charge de la faire fonctionner !

 

 

 

 

Avec son ami Martin Bouygues, propriétaire de TF1. Luc Gnago/Reuters

Avec son ami Martin Bouygues, propriétaire de TF1. Luc Gnago/Reuters
 

Justice. Contre-attaque de Sarkozy : les copains d’abord

Jeudi 4 Mars 2021

L’ex-président, condamné pour corruption, fait le tour des médias qui lui sont proches pour clamer son innocence. Et jeter à nouveau le soupçon sur les magistrats.

 

Première page du Figaro, propriété du groupe Dassault et quotidien de référence de « sa » famille politique. Puis, dans la soirée, interview au 20 Heures de TF1, chaîne de son ami Martin Bouygues. Pas de doute, Nicolas Sarkozy a lancé sa contre-attaque médiatique, mercredi, pour répéter à quel point sa condamnation est une « injustice profonde, choquante ».

Rappelons d’abord un fait : en matière de condamnation pénale, chaque justiciable a le droit de contester un jugement, de l’apprécier comme injuste, et d’utiliser tous les recours possibles pour casser la décision. Mais, quand on s’appelle Nicolas Sarkozy, la contre-offensive déborde du seul cadre juridique. L’ex-président de la République a été condamné lundi en première instance à trois ans de prison, dont un ferme aménageable, pour corruption et trafic d’influence. Pour le volet juridique, il a fait appel. La vraie bataille de l’opinion, il en est conscient, se joue dans les médias.

Dans les colonnes du Figaro, l’ancien chef de l’État clame son innocence, affirmant que « (son) indignation et (sa) détermination sont décuplées »  : « Je ne peux accepter d’avoir été condamné pour ce que je n’ai pas fait. » Pour ce qui est de sa défense, Nicolas Sarkozy ânonne les mêmes arguments depuis le début du procès : absence de preuves, acharnement judiciaire et magistrats partiaux. Une dernière attaque reprise par l’ensemble du clan Sarkozy et le parti LR, contribuant à créer une chambre d’écho contre le Parquet national financier (PNF), chargé de l’enquête. Ironique, de la part d’un camp prompt à crier au laxisme de la justice. « J’ai l’impression que le PNF n’a été créé que pour moi », se plaignait l’ancien président durant les débats contradictoires. « Les magistrats honnêtes et impartiaux sont majoritaires, j’en suis convaincu », précise-t-il tout de même au Figaro, avant de se livrer à une attaque en règle contre le vice-procureur du PNF : « Qui voudrait avoir affaire à un magistrat comme lui ? » Rappelons encore une fois que si les magistrats du PNF ont mené l’accusation le verdict, lui, a appartenu à trois juges indépendants, qui n’ont rien à voir avec le Parquet national financier.

Jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme…

Sur ce point, Nicolas Sarkozy estime avoir été condamné sans fondement. « J’affirme que pour condamner, dans un État de droit, il faut des preuves. Et des preuves, il n’y en a pas dans le dossier », assène-t-il. C’est oublier que l’intentionnalité de corruption suffit, en droit, à caractériser la corruption. À ce titre, les juges ont estimé qu’un « faisceau d’indices concordants », basé sur les écoutes téléphoniques entre l’ex-président et son avocat, Thierry Herzog, a suffi à démontrer un « pacte de corruption » visant à influencer les décisions du magistrat Gilbert Azibert.

L’avenir de Nicolas Sarkozy se jouera dans les tribunaux. Lui compte bien épuiser tous les recours auxquels il a droit. « Peut-être faudra-t-il que ce combat s’achève devant la Cour européenne des droits de l’homme (dernier recours possible une fois que l’appel et le pourvoi en cassation sont épuisés – NDLR), prévient-il. Ce serait pour moi une souffrance de faire condamner mon pays, mais j’y suis prêt car ce serait le prix de la démocratie. » Quant à la politique, « j’avais dit que je ne serais pas candidat à l’élection présidentielle, je le maintiens », répond-il. Et de préciser qu’il sera un commentateur actif en 2022 : « Les enjeux sont trop importants pour se taire. » Là-dessus, on n’était pas inquiets.

Publié dans POLITIQUE | Pas de Commentaire »

contribution aux débats conférence nationale

Posté par jacques LAUPIES le 2 mars 2021

contribution aux débats conférence nationale
contribution aux débats conférence nationale dans POLITIQUEPrésidentielle, comme aux autres élections une candidature communiste de rassemblement, pour gagner ! 4 Scrutins et les luttes

Jeudi 25 février 2021, par  Paul Barbazange, popularité : 100%

 

 

pdf |

Cette prise de position a été rédigée pour préparer la conférence nationale , mais aussi pour le journal de section et comme proposition d’introduction aux débats de l’assemblée de section que nous tiendrons en présentiel un samedi matin. En veillant au respect de toutes les règles sanitaires : masques, gel, distanciation et aération. Tous les communistes qui le souhaitent doivent pouvoir s’exprimer sans crainte de l’épidémie.

Présidentielle, comme aux autres élections une candidature communiste de rassemblement, pour gagner !

Le peuple français entre dans une période électorale décisive. Chacune des élections, cantonale, régionale, présidentielle, législative aura ses propres spécificités. Aucune ne sera facile pour les militants et les candidats.
Pour aller vers une meilleure compréhension, engagement de tous et en particulier des exploités , pour faire reculer l’abstention politique, nous devons traiter ces quatre élections à partir du même objectif : Donner dans les cadres électoraux spécifiques qui nous sont imposés par la classe dominante le maximum de visibilité aux perspectives de rupture avec le capitalisme mondialisé, aller à l’essentiel des constitutifs de l’unité au travers des différences de situation.

Alors que le capitalisme mondialisé enfonce à grande vitesse l’humanité et la vie sur terre dans une zone de risques mortels : … guerre atomique, guerres généralisées, impasses idéologiques, crises économiques climatiques et sanitaires, appauvrissement de masse…

Nous avons besoin d’un candidat communiste à l’élection présidentielle.

Notre précédent congrès a tranché en ce sens, sur la base des expériences récentes : deux candidatures Mélenchon (10 ans !), mais aussi de la façon dont nous avons mené notre politique unitaire depuis le milieu des années cinquante. Avec des moments heureux mais aussi une succession d’échecs gravissimes ces dernières décennies.
Notre ambition n’est pas d’espérer faire élire un président communiste au second tour mais de rassembler dans les meilleures conditions de compréhension possible et de mobilisation pour l’ action dans le futur un maximum de citoyens sur les objectifs de rupture. Gagner dans cette bataille politique des dizaines de milliers de consciences, une à une. Eclairer à cette élection mieux qu’en toute autres. Le temps des luttes, indissociable des aspects électoraux en sera ainsi favorisé pour tous les exploités à commencer par le prolétariat en France et dans le monde. Les conditions institutionnelles de ce vote nous sont imposées. Nous avons combattu bec et ongles tous les processus de présidentialisation, d’abaissement du rôle des assemblées, de dépolitisation des masses populaires. Le mandat de Macron avec les violences de classe contre les gilets jaunes, les syndicalistes, le pouvoir d’achat, ses contre réformes institutionnelles, est un nouveau stade de cette dérive institutionnelle vers une « royauté élue ». Macron, Darmarin et Le Pen sont désormais bien proches. Mélenchon, comme avant lui Jospin et avant encore Mitterand ont avec les autres gérants directs des affaires du capital ouvert la voie en particulier après 1983.
Ainsi au delà du pourcentage, nous serons plus fort. Plus fort pour rassembler, aider aux luttes.

A toutes les autres élections du cycle nous pouvons avoir des élus dans une pratique de rassemblement. Parfois même nous pouvons espérer être dans des majorités locales comme dans la région Languedoc – Roussillon -Occitanie, dans de nombreuses municipalités, sans jamais rien abdiquer de notre indépendance politique et idéologique, même lorsque nous sommes très minoritaires.
C’est très difficile, nécessite une vigilance d tous les instants, (voir ce qui s’est passé en région Occitanie avec la SNCF ces derniers jours !) un véritable renouveau idéologique, de grands changements de pratiques( ne négocier que dans et par les luttes) mais c’est possible.
Avec qui ? Poser la question c’est y répondre : tous ceux qui républicains et progressistes sont partant pour un travail avec des communistes revendiquant cette spécificité de leur apport et le droit permanent de l’exprimer. Communistes, FI, écologistes, socialistes du PS et personnalités républicaines et progressistes non compromises avec le capital sont le corps de cette démarche. La barrière du sectarisme revendiqué est seule infranchissable. Départements, régions, nation le cadre géographique, les pratiques historiques, institutionnelles, les conduites des candidats et des élus vont mener à des situations très diverses. N’ayons pas peur de celles ci. Elle doivent tout à l’histoire, aux rapports de force, aux hommes. Pratiques locales et perspectives internationales.
Affirmons partout et constamment cette double volonté de faire vivre un apport communiste revivifié dans tous les moments de la lutte des classes et de rassembler pour peser sur les choix finaux des collectivités.
Ce qui a été rendu par le cadre institutionnel impossible aux présidentielles l’est encore au prix d’un grand effort national et local dans les autres élections.
L’activité électorale et les luttes de classe dans leur complexité et souvent une dimension imprévisible (exemple des « Gilets Jaunes ») permettront de travailler ainsi à la construction du parti de classe, indépendant dans le cadre national et internationaliste.
C’est bien sur la faisabilité de la nécessaire reconstruction de l’organisation révolutionnaire que se jugera la validité, locale, nationale, internationale des orientations.
Paul Barbazange, Béziers.

Publié dans POLITIQUE | Pas de Commentaire »

12345...839
 

Gabon, Environnement, Touri... |
Site des Jeunes Tassilunois |
Histoire d'Europe |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | RETROVISEUR SANSALVATORIEN
| larurale
| Droit Administratif des Bie...