Pour les résistants le chemin emprunté ne fut pas un long fleuve tranquille…

Posté par jacques LAUPIES le 20 novembre 2020

POLITIQUE

AFP PHOTO / MARTIN BUREAU

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Disparition de Daniel Cordier

Vendredi 20 Novembre 2020

Daniel Cordier, grand résistant, ancien secrétaire de Jean Moulin, est mort. Il avait 100 ans. 

 

Issu d’une famille de négociants bordelais, royalistes maurassiens, Daniel Cordier milite à 17 ans à l’Action française. Il est, au début de la guerre, antisémite, antisocialiste, anticommuniste, antidémocrate et ultranationaliste. Déçu par l’attitude du maréchal Pétain, et révolté par l’annonce de la demande d’armistice Daniel Cordier gagne l’Angleterre et s’engage alors aux côtés de de Gaulle. Il est parachuté près de Montluçon en juillet 1942. De là il gagne Lyon et entre au service de Jean Moulin. Il prend alors le surnom d’Alain en référence au philosophe. Après l’arrestation et l’assassinat de Moulin Cordier reste jusqu’au 21 mars 1944 au service de Claude Bouchinet-Serreulles son successeur. Puis il passe en Espagne en mars 1944, où il est arrêté et interné puis rejoint la Grande-Bretagne.

Comme il le raconte dans Alias Caracalla, ses convictions évoluent au fil de ses rencontres et de ses expériences. Il abandonne ses positions royalistes et maurassiennes, et évolue vers un socialisme humaniste. Devenu marchand d’art après guerre puis historien, l’homme qui avait gardé ses distances avec la politique  est sorti du silence le 30 avril 2017 pour dénoncer la présence de l’extrême droite au second tour de la présidentielle. « (Marine) Le Pen, dans la vie politique française, représente la négation de tout ce pour quoi nous nous sommes battus. Le Pen, c’est la France de la réaction, c’est la France de Maurras qui continue. Ce retour est effrayant », avait déclaré ce gaulliste de la première heure.

En hommage nous republions un entretien qu’il nous avait accordé en 2013 à l’occasion des 70 ans du Conseil national de la Résistance. 

 

Daniel Cordier : « Seule la liberté compte dans la vie »

Lundi 27 Mai 2013

Entretien réalisé par Caroline Constant

Daniel Cordier a été secrétaire de Jean Moulin de juillet 1941 à juin 1943. À quatre-vingt-treize ans, il n’oublie pas qu’il y a eu 100 000 arrestations de résistants et près de 40 000 morts dans leurs rangs…

Avant d’être parachuté en France, votre responsable, à Londres, vous a dit 
que vous rentriez 
« en solitude ». C’était ça, 
la vie de secrétaire 
de Jean Moulin ?

DANIEL CORDIER. Toutes les personnes que 
je voyais autour de Jean Moulin étaient 
les chefs, les fondateurs des mouvements de résistance, leurs adjoints… J’ai connu très peu de monde dans la Résistance, entre 50 et 100 personnes en tout… En 1942, aucun de ces mouvements de Résistance n’avait encore été contacté par Londres. Ils n’avaient pas d’argent. Même ceux qui avaient un journal ont commencé à le ronéotyper à 60 exemplaires, comme Libération à Paris ! Ils disent toujours qu’ils ont terminé à 40 000 exemplaires, mais ça, c’est tout à fait à la fin. La Résistance, c’était du bricolage : d’après les dernières études, on comptabilise environ 240 000 résistants… face à 40 millions de Français. N’oubliez pas qu’il y a eu 100 000 arrestations de résistants, et près de 40 000 morts dans nos rangs…

Vous avez rejoint de Gaulle à Londres 
dès le 25 juin 1940…

DANIEL CORDIER.Nous étions très peu, vraiment des fous, qui voulions que la France s’oppose à l’Allemagne. J’avais dix-neuf ans, j’étais un des plus âgés. Mon meilleur ami avait dix-sept ans. Nous étions des enfants. Il y en a qui sont venus en culottes courtes, qui sont montés à bord de bateaux sans valises. Ils ont suivi, souvent à partir de Brest, leurs grands frères, et avaient à peine quatorze-quinze ans.

Pourquoi avoir tant tardé à écrire 
vos souvenirs ?

DANIEL CORDIER. Je ne voyais pas forcément l’intérêt d’écrire mes souvenirs, parce que je n’ai pas fait la guerre. J’étais parti à la guerre pour tuer des boches et n’en ai tué aucun. Et puis, il y a encore plus grave : mon antisémitisme, qui me venait de ma famille, de mon milieu… mon rejet de l’antisémitisme, s’est produit quand je suis allé à Paris la première fois, et que j’ai vu un juif portant l’étoile jaune, un père ou un grand-père avec son enfant. C’était d’une violence extraordinaire. J’aurais voulu demander pardon à cet homme d’avoir été antisémite. Je le savais pourtant, grâce aux journaux. Mais entre savoir et voir, il y a une différence.

Vous montrez une poignée d’hommes déterminés qui changent la donne et l’histoire, non ?

DANIEL CORDIER. Certes, mais c’est un très long chemin. Il y a beaucoup de drames et de tensions dans cette histoire de la Résistance. Début 1942, les chefs de la Résistance, comme Henri Frenay, Emmanuel d’Astier de La Vigerie, Henri Giraud… estimaient que, contrairement au général de Gaulle, ils n’avaient pas quitté la France, et que, par conséquent, les futurs chefs de la France, c’étaient eux.

Moulin arrive à fédérer, le 27 mai 1943, ces mouvements si divers, et il en sort le programme du Conseil national de la Résistance (CNR), qui est un marqueur social fort de notre société…

DANIEL CORDIER. Le programme du CNR, hélas, Moulin n’y a pas participé, il a été arrêté après s’être donné beaucoup de mal pour réunir ces hommes. Cela dit, Moulin était d’une famille républicaine, et il se méfiait énormément du général de Gaulle, parti en Angleterre, et qui y avait créé un pouvoir politique. La première question qu’il a posée à de Gaulle, c’est : « Rétablirez-vous la République ? » De Gaulle lui a repondu : « Mais bien sûr ! », ce qui était moins qu’évident : je suis bien placé pour savoir que, parmi les soldats présents à Londres, aucun ne voulait de retour à la République ! Bien sûr, je n’ai jamais tenu ce discours à Jean Moulin !

Quelle leçon devons-nous tirer ?

DANIEL CORDIER. La leçon, c’est que seule la liberté compte dans la vie. Et pour la liberté, il faut risquer la mort, si on vous menace de vous en priver ! C’est encore aujourd’hui mon point de vue. De ma vie, c’est la seule chose que je referais à l’identique. Bientôt, nous ne serons plus là. Mais il restera toutes les archives qui vont s’ouvrir, d’Amérique, de Russie, d’Allemagne… Les historiens auront alors gain de cause : tous les noms de ceux qui ont dénoncé leur voisin à Vichy, aux Allemands, seront écrits noir sur blanc…

  • Lire aussi :

Le parcours si singulier de Daniel Cordier
« Aux Glières, nous nous retrouvons autour de l’esprit de résistance du CNR »

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Oh ce qu’on fait de vous hommes, femmes… !

Posté par jacques LAUPIES le 19 novembre 2020

Chaque jour qui passe me désole et me fait espérer….

Me désole car nous connaissons face au développement des sciences et des techniques, de la production et de la distribution des richesses, une aggravation de d’exploitation du travail et ses conséquences : l’aggravation des inégalités et surtout ce que l’on appelle aujourd’hui pour chacun de nous, la perte de soi. Au sens ou l’individu est dépossédé du fruit de son travail et de sa créativité. Et cela frappe toute la société avec de multiples situations marquées par la pauvreté, la marginalisation, que chacun peut constater au delà de ce qu’il subit lui même, consciemment ou non. Aucun individu n’échappe à cette oppression qui nait d’un système capitaliste, lequel vit ses contradictions les plus fortes et ne peut éviter l’effondrement que par une accentuation  plus forte des pouvoirs dont il dispose, sur les plans médiatiques et politiques, économiques et étatiques,  sociaux et culturels.

Me fait espérer car les abus du système ne peuvent-être sans effets sur les consciences, quel que soit leur degré de soumission. Et cela se perçoit non seulement dans les choix politiques ou le refus d’en faire mais dans une critique constante bien que celle-ci, et c’est bien la le danger, soit l’objet de nombreuses récupérations idéologiques par ceux la même qui sont ses agents, volontaires ou non !

Espérer si les peuples savent s’organiser face aux  » vrais comploteurs » ces possédants dont l’existence est bien connu de tous et qui savent instrumentaliser partis politiques, religions et parfois des masses d’individus révoltés mais pas encore révolutionnaires.

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Quand près de la moitié des français ne veulent pas se faire vacciner, on peut légitimement s’interroger et rester sceptique sur toute mesure d’obligation…D’autant que le moins que l’on puisse dire est que la confiance ne règne pas à l’égard de certains politiques et même de certains scientifiques !

Posté par jacques LAUPIES le 18 novembre 2020

 

Le vaccin Moderna, une technologie nouvelle jamais homologuée jusqu’ici par les autorités sanitaires. © Dado Ruvic/Reuters

Le vaccin Moderna, une technologie nouvelle jamais homologuée jusqu’ici par les autorités sanitaires. © Dado Ruvic/Reuters
 

Moderna, Spoutnik-V : la course aux vaccins contre le Covid et la surenchère des annonces

Mardi 17 Novembre 2020

Après s’être fait griller la politesse par Pfizer, la start-up Moderna promet une efficacité record de 94,5 % pour son produit censé immuniser contre le coronavirus. Des annonces à prendre avec la plus grande prudence tant que n’ont pas été publiés des résultats détaillés dans des revues scientifiques où ils seraient contrôlés et validés par des experts indépendants.

 

La course à la surenchère est lancée à l’échelle planétaire après l’annonce, par un communiqué de presse de Pfizer, d’une efficacité à 90 % de son vaccin lors des essais cliniques à grande échelle. Le fonds souverain russe qui finance le laboratoire public Gamaleya a, dans la foulée, évoqué un taux d’efficacité pour son vaccin, Spoutnik-V, de 92 %.

 

Ce lundi, c’est Moderna, la start-up de biotechnologies américaine qui, juste avant l’ouverture de la Bourse de New York, a emporté la mise à ce stade : dans sa communication financière, le groupe promet que son vaccin, basé sur la technologie totalement nouvelle, et jamais homologuée par les autorités sanitaires jusqu’ici, de l’acide ribonucléique messager (ARNm) protégerait du Covid-19 à 94,5 %. Qui dit mieux ?

La plus grande prudence s’impose

Dirigé par le Français Stéphane Bancel, Moderna n’oublie pas, à la différence de Pfizer et de BioNTech, de remercier, dans son message, les autorités américaines qui ont apporté près de 2,11 milliards d’euros pour le développement et les essais de son candidat vaccin. Une autorisation de mise sur le marché serait, d’après la start-up, sur le point d’être adressée aux États-Unis, qui pourraient ensuite recevoir un premier lot de 15 millions de doses, sur un total de 100 millions à l’heure actuelle, avant la passation de pouvoir entre Donald Trump et Joe Biden en janvier prochain.

 

Comme pour les annonces précédentes, toutefois, la plus grande prudence s’impose, même si les résultats sont extrêmement encourageants. Moderna décrit un vaccin qui provoquerait très peu d’effets secondaires et qui aurait l’avantage de se conserver à – 20 °C, et non pas – 70 °C ou – 80 °C comme celui de Pfizer. Mais ces données restent partielles : elles ne disent rien de l’efficacité à moyen terme ou selon les classes d’âge.

Des doutes sur l’efficacité réelle sur l’ensemble des patients

Tout à leur course spéculative, les multinationales pharmaceutiques sont soupçonnées d’être juge et partie, et elles peuvent le rester avant la publication des résultats détaillés dans des revues scientifiques où ils seraient contrôlés et validés par des experts indépendants. Fin septembre, deux chercheurs américains, Peter Doshi et Eric Topol, s’alarmaient dans une tribune dans le New York Times que les protocoles de recherche de Moderna, de Pfizer mais aussi d’AstraZeneca étaient bâtis pour obtenir des réponses rapides et positives sur des infections légères chez des jeunes bien portants, mais pas pour démontrer l’efficacité réelle des candidats vaccins chez les personnes plus âgées ou moins bien portantes. La critique reste valable. Même, voire surtout, si les marchés financiers s’enflamment.

 

Cet article pourrait aussi vous intéresser : Mariana Mazzucato, l’économiste contre Big Pharma
Quand près de la moitié des français ne veulent pas se faire vacciner, on peut légitimement s'interroger et rester sceptique sur toute mesure d'obligation...D'autant que le moins que l'on puisse dire est que la confiance ne règne pas à l'égard de certains politiques et même de certains scientifiques ! dans POLITIQUE

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Publié dans « Cause Commune » revue du PCF

Posté par jacques LAUPIES le 17 novembre 2020

 

LE GRAND ENTRETIENN°19

Un besoin de réponses collectives, de coopérations et de commun

Par Fabien Roussel
Face à la crise du capitalisme, exacerbée par la pandémie, Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, évoque les voies à emprunter pour reconstruire du collectif et permettre aux individus et aux peuples de s’émanciper des dominations. Après une analyse de la situation actuelle, il indique également les différentes actions qui vont ponctuer la rentrée politique.

Propos recueillis par Léo Purguette

CC : Quelles leçons tirez-vous de la crise sanitaire ?
FR : Cette crise est d’abord terrible pour les victimes. Ce n’est pas la première fois qu’un virus se transmet de l’animal à l’homme. Mais il nous faut en tirer dé­sormais toutes les conséquences. Cette crise révèle les méfaits de la mondialisation et la faillite du capitalisme. Elle révèle aussi l’importance des services publics, le rôle et le courage du monde du travail, l’indispensable souveraineté qui nous a fait défaut dans de nombreux domaines, comme le sanitaire et les médicaments.
Aujourd’hui, des chercheurs font la démonstration que l’homme est responsable de la transmission d’un virus animal. Par la déforestation intensive, l’urbanisation excessive, par l’absence de règles de protection. Tout cela génère de nouveaux fléaux (épidémiques, sociaux, climatiques, économiques, etc.). Pire, ce système affaiblit tous les boucliers arrachés par les luttes des peuples pour affronter les défis posés à l’humanité à chaque étape de son développement. Regardons les conséquences des coups portés à notre système de santé publique dans la gestion de la prise en charge des malades !
Plus globalement, c’est l’ensemble des services publics qui se trouvent en difficulté pour affronter les conséquences de cette pandémie, alors même que leurs agents font montre d’un dévouement et d’une capacité créatrice extraordinaires face à cette crise. C’est également tout notre appareil productif, son profond affaiblissement, qui est directement mis en cause. Le capitalisme a transformé une pandémie en catastrophe sanitaire.

« Confronté à une crise historique, le capital veut en faire payer le coût au monde du travail et aux classes populaires. »

Même sans alternative immédiate crédible, la contestation du capitalisme a encore grandi dans ces circonstances, lesquelles ont exacerbé les contradictions entre ce système, prédateur, dévastateur, mais contraint d’en appeler à des mutations profondes d’une part, et les aspirations des peuples d’autre part, pointant notamment l’urgence de rompre avec un mode de production et une répartition des richesses créées, sources de formidables gâchis et de profondes inégalités. Cette crise sanitaire a révélé le besoin de réponses collectives, de coopérations et de commun, à toutes les échelles. Rien n’est joué. Les forces du capital montrent leur capacité à dévoyer ces aspirations, à faire diversion pour, à l’image de l’écoblanchiment (greenwashing), préserver et renforcer les mêmes logiques.

CC : Emmanuel Macron après avoir promis de se réinventer a nommé Jean Castex. Comment interprétez-vous ce choix ?
FR : Les discours en trompe-l’œil sur les « jours heureux » censés suivre la pandémie n’ont servi qu’à obtenir le consentement de la société le temps du confinement généralisé. Confronté à une crise historique, le capital veut en faire payer le coût au monde du travail et aux classes populaires. Le gouvernement de Jean Castex, Premier ministre désigné pour ne pas faire de l’ombre au président de la République contrairement à son prédécesseur, s’est vu doté d’une feuille de route en trois volets : rassembler les troupes à six cents jours de la présidentielle ; poursuivre l’éclatement du paysage politique et, plus particulièrement, la conquête d’un électorat de droite qui approuve sa politique dans les sondages, d’où la nomination à Matignon d’un personnage issu du sarkozysme ; conduire à cet effet une ligne de retour à l’orthodoxie libérale et austéritaire, relance des contre-réformes des retraites et de l’assurance-chômage, attaque contre la République en mettant en concurrence les collectivités territoriales, aggravation du cours répressif et autoritaire des dernières années…

« Ce système affaiblit tous les boucliers arrachés par les luttes des peuples pour affronter les défis posés à l’humanité à chaque étape de son développement. »

Désigné pour son enracinement local et son « gaullisme social » revendiqué, le nouveau chef du gouvernement a aussi pour mission de déminer les terrains de confrontation avec le mouvement populaire, afin de préserver les chances d’Emmanuel Macron en 2022. C’est une équation impossible à résoudre. Nous entrons dans une phase de très grande instabilité, de grandes tensions, d’affaiblissement de l’autorité de l’exécutif sur le pays, d’aggravation de la crise politique que connaît la France depuis un certain temps déjà.

CC : Vous avez estimé à l’Assemblée que le budget 2019 avait été « très bien exécuté ». De quel point de vue ?
FR : Au nom des députés communistes, j’ai dû prononcer un discours à l’assemblée sur l’exécution du budget 2019. C’est un exercice démocratique qui a lieu tous les ans à la même époque. C’est le rôle du parlement de contrôler l’action du gouvernement.
Pour sortir un peu du discours traditionnel, j’ai effectivement ironisé en expliquant que le budget 2019, le « budget des riches », comme nous l’avions appelé, avait été très très bien exécuté ! Et les riches remercient vivement le gouvernement pour cela !
Quelques chiffres pour illustrer mon propos : ce pouvoir a parfaitement servi les grandes fortunes avec la baisse de l’ISF pour un montant de 3 milliards au bénéfice de 350 000 grandes fortunes. La France compte ainsi 62 000 millionnaires de plus, mais aussi 400 000 personnes supplémentaires vivant sous le seuil de pauvreté.
Ce pouvoir est aussi celui qui déverrouille les quelques leviers qui nous restent pour résister à la domination des marchés financiers et des exigences des actionnaires des grandes multinationales. Avec le prélèvement forfaitaire unique (flat tax), avec les baisses de cotisations et les crédits d’impôts sans conditions par exemple, plus de 40 milliards d’euros ont encore alimenté les portefeuilles des grands actionnaires, dont les dividendes ont une nouvelle fois atteint des sommets en 2019.
En revanche, la Sécurité sociale a vu ses ressources baisser de 5,5 milliards d’euros et les moyens de l’hôpital public ont été de nouveau amputés de 1 milliard. Les budgets consacrés à la rénovation des passoires thermiques sont demeurés bien trop faibles pour atteindre l’objectif de 700 000 rénovations annuelles, auxquelles nous obligent nos engagements pour le climat.
Bref, ce pouvoir gère parfaitement les intérêts du capital et ceux des classes privilégiées, au détriment de ceux du monde du travail et de notre peuple en général. Voilà le contenu de cette intervention qui n’a pas fait sourire la majorité !

CC : Le PCF a lancé la plateforme « La France en commun » pour populariser ses propositions. À quoi ressemblerait ce « monde d’après » ?
FR : Ce doit être un monde où tous les parcours de vie doivent être sécurisés. L’avenir ne peut plus se conjuguer avec précarité, concurrence exacerbée entre les citoyens, les salariés et les peuples ou avec l’individualisation des droits. Il est grand temps d’imaginer et de reconstruire du collectif qui permette aux individus et aux peuples de s’émanciper des dominations. À commencer par celle du capital !
Pour cela, il faut nous donner les moyens de renforcer et d’étendre les services publics, en France et en Europe, seuls garants de l’égalité des droits mais aussi seuls à même de relever les grands défis de la période. Un exemple, celui des transports : plutôt que de déréguler et de privatiser plus tous les modes de déplacements, nous proposons au contraire la création d’un grand pôle public des transports qui se donne pour objectif non seulement de garantir le droit aux déplacements pour tous, mais aussi d’inscrire l’organisation des transports dans l’ambition de la transition écologique, en favorisant les complémentarités, l’aménagement du territoire, plutôt que la rentabilité et la concurrence forcenées.
L’avenir passe également par une reconquête industrielle dans notre pays, garantissant notre indépendance productive et contribuant à révolutionner les modes de production. La mondialisation capitaliste a considérablement affaibli notre outil productif, supprimé de nombreux emplois et liquidé tant de savoir-faire. Elle a fragilisé notre capacité à répondre aux besoins de notre pays et considérablement affaibli les territoires. Il faut pour cela changer les règles de « qui décide ? » : les actionnaires ou les salariés et les citoyens ? Nous pensons que la question des pouvoirs de ces derniers est désormais cruciale pour changer fondamentalement ce monde.

« Il faut réussir à convaincre les Françaises et les Français de bâtir ensemble un projet de société pour eux, pour leurs enfants et pour l’avenir de notre planète. »

Le « monde d’après » doit également être celui des nouvelles coopérations entre les nations et les peuples et d’une visée collective de la communauté internationale en faveur du désarmement et de la paix. Il doit être celui où chacun est respecté dans sa dignité, dans ses capacités créatrices et qui se débarrasse donc de toutes les violences et de toutes les formes de domination.

CC : Les élections municipales ont été l’occasion de conquêtes mais aussi de pertes pour le PCF, elles ont aussi été l’occasion de rassemblements inédits des gauches. Qu’en retenez-vous ?
FR : D’abord qu’au-delà de la crise sanitaire, l’abstention inédite témoigne d’un approfondissement inquiétant de la crise politique à l’œuvre dans le pays depuis de trop nombreuses années. Cette fracture revêt évidemment des causes multiples. Il y a les scandales à répétition entachant la vie politique, les promesses non tenues des gouvernements successifs ou d’élus. Il y a aussi l’absence d’espoir, d’alternative crédible. Bref, il faut savoir écouter toutes les raisons pour lesquelles des salariés, des hommes et des femmes, des jeunes ne vont plus voter. Parfois, nous avons aussi notre part de responsabilité.
C’est en les écoutant, avec humilité, et en étant capables de changer notre discours pour répondre à leurs attentes tout en portant leurs colères que nous renouerons avec une part de ces électeurs et électrices. J’y crois profondément. C’est un véritable défi pour le Parti communiste. Sans cela, quel est notre avenir ? Nous avons vocation à gouverner, à bâtir une majorité. Il y a donc du monde à convaincre et d’abord chez les abstentionnistes dont beaucoup votaient à gauche.
Concernant les résultats, le bilan est mitigé. Le premier tour, avec plus de cent cinq communes où les maires communistes sortants ont été réélus, a montré que des majorités peuvent l’emporter quand des maires communistes rassemblent, répondent aux aspirations sociales et écologiques de leur population et mènent aussi des combats contre les logiques libérales qui dominent dans le pays.
En revanche, partout où la gauche, voire le PCF lui-même, est divisé dans des villes traditionnellement très à gauche la droite a moins de difficultés à s’imposer.

CC : Avec une université d’été réduite et une Fête de l’Humanité qui ne peut se tenir à La Courneuve pour cause de menace sanitaire, quelle forme donnerez-vous à la rentrée des communistes ?
FR : Les conditions sanitaires de cette rentrée imposent effectivement de renoncer à des rassemblements importants. Nous voulons d’abord éviter que le virus circule de nouveau et être ainsi responsables d’éventuels foyers épidémiques. Nous n’en serons pas moins offensifs pour autant.
Je m’exprimerai le 29 août lors de l’université d’été à Malo-les-Bains où nous accueillons diverses personnalités du monde syndical et associatif.
Le comité national planchera également pendant deux jours sur l’emploi les 5 et 6 septembre, avec l’objectif de faire des propositions pour notre pays montrant qu’il est possible de sécuriser l’emploi, de répondre aux urgences sociales et climatiques, de partager les décisions à tous les niveaux pour reprendre la main sur notre économie et la mettre au service des êtres humains et de la planète. C’est donc un comité national important qui appellera à l’action avec une date mise en discussion : celle du 10 octobre. Mais je n’en dis pas plus !

CC : Quelles batailles prioritaires mènerez-vous sur le terrain national comme international ?
FR : La situation économique et sociale est catastrophique, avec la multiplication des suppressions d’activités et d’emplois dans le pays, souvent initiés par des grands groupes industriels et financiers qui bénéficient par ailleurs d’un flot impressionnant d’argent public. Nous appelons les salariées et les salariés à intervenir, partout dans le pays, pour d’autres choix que ceux imposés par les conseils d’administration des multinationales.
Dans l’aéronautique, l’automobile, la filière énergie, mais aussi dans tous les services publics, nous appelons les communistes, les militants et les élus à investir les luttes et à mettre en débat des propositions offensives, pour sécuriser l’emploi et la formation, pour augmenter les salaires et les pensions, pour exiger des embauches là où les besoins ne sont pas satisfaits.
Nous sommes également déterminés à faire de la jeunesse une priorité. Elle est la première victime de la politique du pouvoir et du patronat, avec des conséquences terribles pour les conditions de vie de centaines de milliers de jeunes confrontés non seulement à la précarité, mais aussi à la misère !
À l’échelle européenne et internationale, nous voyons bien l’urgence de faire grandir une nouvelle conception de la mondialisation. L’Europe ne doit plus être un espace de « concurrence libre et non faussée », mais au contraire un territoire de nouvelles souverainetés coopérantes. C’est ce que nous voulons construire avec d’autres forces progressistes du continent. Et au plan international, nous entendons être utiles à tous les mouvements visant à l’émancipation des peuples, que ce soit en Palestine, où une paix juste et durable passe notamment par la reconnaissance de l’État palestinien, ou encore à Cuba où nous voulons contribuer à une mobilisation internationale contre le blocus imposé à ce pays qui aura fait preuve d’une immense solidarité durant la crise sanitaire.

« La France compte 62 000 millionnaires de plus, mais aussi 400 000 personnes supplémentaires vivant sous le seuil de pauvreté. »

C’est dans toutes ces mobilisations, en France comme à l’échelle internationale, que nous voulons donner l’espoir d’un changement en 2022. Mais pas un simple changement juste pour battre Macron et Le Pen. Ce que nous voulons pour notre pays, c’est un changement de politique, un changement profond pour notre pays et pour nos concitoyennes et concitoyens mais aussi pour le climat et la nature.
Nous devons révolutionner le travail, reprendre le pouvoir sur nos modes de production et définir ensemble ce que nous voulons produire dans le pays et comment.
Il ne s’agit pas seulement de reprendre le pouvoir à la finance, au capital. Il faut réussir à convaincre les Françaises et les Français de bâtir ensemble un projet de société pour eux, pour leurs enfants et pour l’avenir de notre planète.

CC : Le centenaire du PCF se tient sous la formule « Cent ans d’avenir ». Quels sont pour vous les défis du communisme du XXIe siècle ?
FR : Le communisme, c’est plus que jamais l’avenir. Le capitalisme vient encore, avec l’enchevêtrement des crises sanitaire, économique, sociale, écologique, démocratique, de démontrer à quel point sa voracité menaçait le devenir même de l’humanité. Face à ce qui est un authentique défi de civilisation, le communisme est toujours ce mouvement « de l’immense majorité au profit de l’immense majorité », que décrivaient Marx et Engels dans leur célèbre Manifeste. Il a à son service, au pays de la grande Révolution, un parti dont la richesse provient de ces dizaines de milliers d’hommes et de femmes, présents sur le terrain, impliqués dans les mobilisations, dont certaines et certains sont des élus connus de leurs concitoyens pour leur engagement de chaque instant. Par-delà les vicissitudes de l’histoire, ce parti n’a jamais cessé de vouloir renouveler le mouvement ouvrier, de proposer à la France et à son peuple une voie d’espérance, de faire en sorte que le monde du travail et celui de la création artistique ou culturelle deviennent la force motrice de l’émancipation humaine. Il s’est affaibli ces dernières années mais, comme les élections municipales l’ont montré, il demeure une formation vivante et incontournable, auquel sa vitalité militante a permis de reconquérir plusieurs grandes municipalités cette année. On ne le dira jamais assez, l’influence du PCF est un gage de progrès pour notre pays : lorsqu’il est fort, toute la gauche et les classes travailleuses le sont aussi, et c’est l’inverse lorsque son audience recule. C’est le message que nous voulons porter à l’occasion de ce centenaire.

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Des arguments qui font réfléchir

Posté par jacques LAUPIES le 15 novembre 2020

 

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