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La loi immigration et le crétinisme parlementaire…

Posté par jacques LAUPIES le 2 janvier 2024

 

La loi immigration et le crétinisme parlementaire... dans POLITIQUELa loi immigration et le crétinisme parlementaire…

Samedi 30 décembre 2023, par  pam, popularité : 100%

 

 

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Évènement ce 12 décembre au dires des médias et des acteurs de la vie politique médiatique, le rejet de la loi sur l’immigration à l’assemblée par 270 voix contre 265 [1]. Les commentaires sont historiques : Macron n’aurait plus de majorité, un coup de tonnerre, un camouflet, un désaveu, Darmanin KO debout. Jean-Luc Mélenchon fait une nouvelle prédiction « le début de la fin est commencé ».

Darmanin fonce à l’ELysée présenter sa démission, que le président refuse. Il repart avec des consignes pour aboutir quelques jours plus tard au résultat final du « processus parlementaire », l’adoption d’une loi beaucoup plus dure, inspirée par les LR marchant sur les pas du RN… La loi est adoptée par 349 voix contre 186, malgré près de 60 défections dans la majorité, mais avec la totalité des députés LR et RN, 131 députés Renaissance sur 170 (20 contre). En face les 141 voix de gauche et écologistes sont unies, mais très largement minoritaires [2]. Elles ne représentent que 25% de l’assemblée…

 dans POLITIQUE

Certes, ce n’est pas fini, le président de la république, la présidente de l’assemblée nationale, et les groupes de gauche de l’assemblée et du Sénat ont saisi le conseil constitutionnel, qui va sans doute censurer certains articles. Il restera une loi rédigée par cette « commission mixte parlementaire » sous pression des députés LR… une loi plus dure que le projet rejeté par l’assemblée le 12 décembre.

Alors, un évènement historique ? Certes, le vote commun de la gauche et du RN pour la motion de rejet, puis du RN et de toutes les droites pour adopter la loi, puis la saisie simultanée du conseil constitutionnel par le président et la gauche, sont des péripéties parlementaires surprenantes…

Mais si depuis 2022, la gauche médiatique ne vivait pas sur le petit nuage artificiel fabriqué par Mélenchon d’une défaite de la macronie aux législatives et mieux encore, d’une victoire de la Nupes, elle aurait su comme tout le monde que la majorité parlementaire est clairement… à droite toute, une des plus à droite de la cinquième république, que symétriquement, la gauche est à son plus bas, malgré son union apparente.

Et au-delà du parlement, la situation historique révélée par la période électorale de 2022, que la gauche officielle n’a pas voulu analyser sérieusement, c’est la profonde division du peuple, sociale, politique, géographique, des fractures populaires qui laissent les idées réactionnaires se diffuser partout, dans le monde du travail comme dans les quartiers, et qui affaiblissent toutes les forces de gauche, au-delà même de ce qui les divise… Il y a bien eu des analyses, sur les résultats des présidentielles, des législatives, des réactions aux formules chocs de Mélenchon, du genre fin 2022, « La France entre en turbulence. ». Mais rien n’a percé dans le débat médiatique et chacun a tenté de jouer sa carte dans ce jeu très politicien de soumission aux idées qui semblent dominantes… et surtout ne jamais dire la vérité qui fâche sur les rapports de forces politiques et sociaux.

Patatras, le vote final de la loi immigration oblige à descendre de ce petit nuage artificiel. Ce n’est pas Macron qui est en difficulté, c’est la gauche ! Ce n’est pas Mélenchon qui peut devenir premier ministre, c’est un RN, ou un LR compatible RN, si Marine Le Pen se réserve pour 2027… Et quand la gauche fait croire qu’elle a été utile en faisant adopter une motion de rejet avec le RN, elle se prend un revers brutal avec un vote large à droite malgré les défections au centre droit.

C’est ce que Marx et Engels appelait le « crétinisme parlementaire, maladie qui emplit ses victimes infortunées de la ferme conviction que le monde entier, son passé et son avenir, sont gouvernés et déterminés par une majorité de voix dans l’Assemblée représentative »  [3]

A ce stade de publicité mensongère médiatique de la Nupes, il faut se poser une question, comment faire le ménage et redonner aux militants la parole pour ouvrir enfin le seul débat qui compte. Comment être utile dans ce rapport des forces défavorables pour unir, mobiliser, organiser notre peuple ? A commencer par la construction d’une réponse progressiste et populaire à la stratégie d’extrême-droite sur l’immigration.

Macron n’a pas lancé une loi immigration par hasard, mais pour faire un coup politique dans l’optique de sa succession, qui suppose une défaite de Marine Le Pen. Le blogueur Descartes le dit très bien :

Le but de la loi n’était nullement de contrôler l’immigration, pas plus qu’il n’était d’améliorer l’intégration (…) le travail au noir est un aimant bien plus puissant que l’APL, l’école un instrument d’assimilation bien plus efficace que des vagues exigences sur l’apprentissage du français. Non, le but de cette loi était, dans un contexte où l’immigration préoccupe une large partie de l’électorat populaire et alimente le vote pour le Rassemblement national, de montrer que le gouvernement prend à bras le corps les problèmes. Autrement dit, encore un « coup de com ».

Et au même moment pourtant, le patronat ne cesse d’expliquer à quel point la France aurait besoin d’immigration, son ancienne patronne avait dit « l’immigration est une chance pour la France ». Il y a des études économiques et démographiques très sérieuses et répétées qui démontrent qu’il y a besoin d’immigration pour les décennies à venir. Il y a aussi des reportages incessants sur les difficultés des restaurateurs, artisans, paysans, petits entrepreneurs, qui sont contraints de faire travailler des sans-papiers… Contradiction ? Les votants de cette loi, le club des R, RN, LR, Renaissance seraient-ils contre les patrons ?

Au contraire, il faut bien comprendre que la bataille de l’extrême-droite ne s’oppose pas aux objectifs patronaux de mise en concurrence des travailleurs. Ce dont le patronat a besoin, ce n’est pas seulement de travailleurs, c’est de travailleurs acceptant des conditions de travail difficiles, des salaires précaires et bas, et défendant plus difficilement les revendications notamment salariales. Les migrants récents sont utiles au patronat car ils sont contraints d’accepter ce que d’autres n’acceptent pas, surtout bien sûr s’ils n’ont pas ou pas complètement leurs droits ! Il n’y a donc pas des « pro-immigration » patronaux faisant face à des « anti-immigration » politiques ! Ce que le projet de loi portait dès l’origine, affichant un objectif de régularisation en même temps que de répression plus forte, visant ainsi à dire en même temps, il faut des immigrés, et il faut pouvoir les réprimer et les expulser.

Une réponse progressiste et populaire doit donc s’interroger autant sur les conditions inhumaines des migrations, que sur les conséquences injustes pour les milieux populaires de cette immigration sur le logement ou l’emploi notamment. C’est la condition pour démontrer que l’immigration ne pose pas de problème culturel ou civilisationnel comme veut le faire croire l’extrême-droite, mais des problèmes concrets de droits, d’égalité, de services publics.

Oui, il faut dénoncer les drames vécus par les migrants traversant l’Afrique et la Méditerranée, aux prises avec les esclavagistes, les passeurs, tous les profiteurs de misère humaine. Oui, il faut dénoncer les conditions d’accueil indignes en France, les situations inextricables de personnes ni régularisables ni expulsables. Il faut donc dire que l’immigration n’est pas une chance pour la France, mais pour le patronat et un drame pour les migrants.

Mais il faut en dénoncer les causes, les violences et le néocolonialisme des multinationales occidentales qui utilisent les guerres au coeur de l’Afrique pour exploiter ses ressources.

Et il faut en dénoncer les conséquences qui sont les questions concrètes posées pour les milieux populaires par l’immigration, non seulement aux migrants récents, qui ont bien sûr des droits et un rôle politique, mais qui ne doivent jamais être considéré séparément des autres immigrés comme des milieux populaires en général. Ne parler que d’eux, c’est contribuer à la division dans les milieux populaires et un monde du travail massivement issus de l’immigration récente ou ancienne.

Oui, il y bien concurrence dans le travail, c’est la loi du capitalisme, et dans les marchés publics, comme dans les services privés, celui qui peut payer moins cher est gagnant, et c’est pourquoi on trouve sur tous les chantiers de construction de très nombreux migrants récents. Dans une réhabilitation du grand quartier populaire des minguettes, des familles immigrés maghrébines interrogent, « pourquoi nos enfants ne sont pas embauchés sur ces chantiers où travaillent principalement des immigrés de l’Est ? »

Il faut rappeler que depuis toujours, le patronat utilise l’immigration pour diviser les salariés, faire pression à la baisse sur les salaires, faire accepter plus de précarité et des conditions de travail plus dures… Dès les années 1920, le patronat crée son organisme de recrutement d’immigrés, la « société générale d’immigration »’ et c’est le ministre communistes Ambroise Croizat qui en 1945 contribue à créer l’ONI (Office National de l’Immigration) pour ne plus laisser aux intérêts capitalistes le monopole des flux d’immigration, et assurer aux travailleurs étrangers un contrat, un logement, des droits sociaux  [4].

Le problème n’est pas d’avoir ou de ne pas avoir d’immigrés, le problème est d’avoir ou de ne pas avoir des salariés sans droits, contraints d’accepter les conditions de travail et les salaires que d’autres refusent. Et c’est une question bien plus complexe que la seule question des cartes de séjour. Car l’immigration est en enjeu économique fondamental pour les pays d’origine, les migrants envoyant plus d’argent que l’aide internationale ! Mais cela veut dire, alors qu’ils sont déjà moins bien payés que nécessairement, ils vivent beaucoup moins bien que les autres là où ils travaillent, ce qui constitue un facteur de division entre travailleurs.

Il faut donc mener une bataille pour l’égalité des droits, dénoncer le travail au noir, les chaines de sous-traitance, notamment dans les marchés publics. Mais il faut aussi développer de vraies coopérations avec les pays d’émigrations pour que leurs ressources soient d’abord consacrées au développement de tous, et viennent freiner cette manne apparente des revenus des migrants. Et il faut mener une bataille acharnée pour l’unité dans le monde du travail. Car les divisions entre salariés sont bien sûr exacerbées dans le cas des sans-papiers, mais elles existent aussi avec des immigrés avec papiers. Tous les migrants travaillant dans la restauration ou sur les chantiers ne sont pas sans-papiers !

Oui, il y a bien concurrence dans le logement. Les politiques d’attribution fixent des objectifs de logement de réfugiés, sortants de foyers et plus globalement de publics prioritaires qui prennent un tiers des trop rares attributions dans des secteurs où il y a en moyenne 10 demandeurs pour un logement. Et ce n’est pas seulement parce-que les médias en parlent que des habitants interrogent. « Pourquoi avons-nous tant de migrants récents qui ont un logement alors que nous avons des demandes depuis des années sans succès ? »

La vérité est le développement du mal logement partout et les immigrés sans-papiers sont une des réalités qui aggravent le mal logement, avec des sous-location interdites dans le parc social, la multiplication de squatts, les bidonvilles très visibles, mais aussi des logements préemptés y compris dans le parc social. Les migrants sont un public favori des marchands de sommeil qui se multiplient, pas seulement dans des copropriétés dégradées ou de l’habitat indigne. Objectivement, les besoins de logement de cette population migrante sans droits sont un facteur de dégradation du peuplement dans les quartiers populaires.

Il faut mener une grande bataille pour le droit au logement de tous, et donc en masse pour des millions de demandeurs, dont une part importante de salariés qui ne peuvent plus se loger dans le privé. Impossible sans un énorme effort de construction qui ne peut être financé dans une logique privée et qui exige donc une politique publique de financement massif d’un logement social diversifié partout ! Il est impossible de répondre aux urgences de l’accueil et de l’hébergement des migrants en laissant des millions de demandeurs de logement dans l’attente !

Il y a d’autres sujets surlesquels s’organisent la division populaire utilisant l’immigration, la santé, l’école… Mais c’est sur le terrain de l’emploi et du logement que se joue l’essentiel de la bataille contre l’extrême-droite, pour la sortir du piège de cette fausse guerre de civilisation qui repose sur un double mensonge, la civilisation occidentale serait cultivée et pacifique quand les civilisations du sud seraient arriérées et violentes. Au contraire, la puissance occidentale s’est construite sur les pires horreurs coloniales, théorisant le racisme jusqu’à son comble, le nazisme et la shoah [5]. Au contraire, les échanges culturels sont au coeur de toutes les cultures depuis la nuit des temps, depuis la relecture des grecs par les arabes, jusqu’au Jazz ou au Yiddish. Et le rappeur Kerry Jones peut montrer dans son clip « banlieusard » comment les élites de la France du XXIème siècle sont aussi issues de l’immigration.

Une réponse progressiste et populaire à la bataille de l’extrême-droite sur l’immigration doit donc en même temps :
- dénoncer les causes des migrations et le rôle majeur de l’occident dans les situations économiques au sud qui favorisent l’émigration. A commencer par les guerres que nous avons conduit en Afrique, au Moyen-Orient, notamment en Libye, en Syrie.
- exiger un plan de l’ONU pour le développement de tous les pays et donc pour le droit de vivre et travailler dans son pays, plan finançable à la place des dizaines de milliards de dépenses militaires et organisé avec des outils de coopération véritables, gagnant-gagnant, en considérant que le développement de l’Afrique est la clé de la sortie des migrations du désespoir.
- affirmer que l’accueil indigne et précaire actuel est un des facteurs d’aggravation des conditions de vie de tous, qu’il faut un accueil digne et sécurisé pour tous, y compris en considérant que beaucoup de migrants peuvent trouver chez nous les possibilités de formation qui pourront être mis au service de coopérations pour leur retour gagnant dans leur pays d’origine. La régularisation des travailleurs sans-papiers en est une première étape essentielle.
- dénoncer un patronat qui organise la concurrence entre salariés en utilisant les précarités de droits et de statut des migrants, en se cachant derrière les sous-traitances, et donner les moyens de contrôle stricts à l’inspection du travail.
- revendiquer une forte revalorisation du SMIC et des conventions collectives associée à un plan général de formation de masse pour sortir des « jobs » précaires et associer tout emploi avec une ambition de qualification.
- un plan massif de construction de logements diversifiés partout pour répondre aux millions de demandeurs de logement, autant pour répondre aux demandes de mutations liées au vieillissement, à l’évolution des familles, aux mobilités résidentielles, tout en assurant le droit au logement de tous, y compris des plus précaires, pour que les capacités d’hébergement soient principalement consacrées aux réfugiés et demandeurs d’asile
- un véritable service public de l’emploi qui organise la formation et l’insertion de chaque jeune sortant de l’école, de tous les chômeurs de longue durée. Non, le travail ne manque pas, il est émietté, précarisé, délocalisé, externalisé, sous pression de la concurrence « libre et non faussée ». Il faut reconstruire un droit du travail qui protège tous les salariés et qui pousse le travail vers la qualification et le développement.
- un plan de sécurisation des quartiers par une action résolue contre le financement des trafics, pour retrouver le contrôle des douanes et négocier la sortie des échanges illégaux avec les pays producteurs, une police de proximité proche des populations et chargé d’assurer leur tranquillité.

Pour cela, il faut faire entendre clairement une position progressiste sur la question générale de l’immigration :
- L’immigration est un drame pour les migrants et pour les pays d’origine, une aubaine pour tous les trafiquants et une arme contre les salaires pour le patronat
- Les immigrés doivent avoir les droits de tous les travailleurs pour résister à la concurrence de la précarité
-  Non, les migrations de survie ne sont pas l’avenir de la planète, elles sont la terrible conséquence de la violence impérialiste imposée par l’occident. C’est le développement de l’Asie à partir du boom chinois notamment qui a transformé les migrants et boat-people en touristes et investisseurs.
- Il faut sortir les rapports Nord-sud du néocolonialisme, remettre en cause le choix de la guerre par l’occident, développer de vraies coopérations avec les pays d’émigration pour permettre à tous le choix de vivre et travailler dans son pays.
- Il faut dénoncer la guerre de civilisation qui est l’arme idéologique de la guerre tout court que veut imposer l’occident, et favoriser partout les échanges culturels, de solidarité, pour construire une communauté de destin pour l’humanité, cette belle formule d’origine chinoise qui peut devenir celle d’une mondialisation progressiste, d’une France des jours heureux

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

Bonne année : d’abord dans l’Egalité et la Paix…

Posté par jacques LAUPIES le 1 janvier 2024

En deux mots je voudrais vous souhaiter une Bonne Année. 

Ces deux mots sont « Egalité » et « Paix »

Mais à quoi bon car globalement dans notre Humanité l’Egalité n’existe pas  et la Paix non plus.

Elles n’ont qu’une existence incomplète, partielle, précaire  au sein de quelques sociétés, de quelques nations.Tous les continents sont traversés par des violence et des guerres. Il en résulte que la planète entière est sous menace de destructions meurtrières.

Cependant Egalité et Paix sont possibles précisèment en les associant : pas de Paix sans Egalité, pas d’Egalité sans la Paix ! Cette association nécessite des luttes citoyennes et sociales.

Même la Liberté et à la Fraternité ne peuvent exister sans Egalité et sans Paix. 

Or il apparait que les discours dominants vous parlent de lutte pour la Liberté, font appel à des sentiments de Fraternité, conditions essentielles, premières, pour garantir Egalité et Paix. Sans pour autant préciser de quelle Liberté et de quelles Fraternités il s’agit. La falsification est permanente.

Que peut-on espérer de celui qui a qui est sans travail, qui a faim qui a froid, qui est sans école et sans soin livré au bon vouloir de celui qui aveuglé par l’opulence, dispose du pouvoir économique et politique, d’un savoir et d’une parole instrumentalisés ? 

La soumission et (ou) la révolte deviennent les seules alternatives possibles ? Même le jeu démocratique conduit spivent à l’impasse du totalitaire et au pire  que connaissent des peuples entiers : les violences et les guerres avec leur cortège d’abétissement, de meurtres, de crimes et de génocides !

Pour éviter ces fléaux il faut se battre pour l’Egalité non pas avec des armes, à qui mieux mieux, comme le préconisent les fous qui gouvernent à la solde des puissants, mais avec la force du notre nombre.

« La paix ne viendra jamais de la poursuite de ses propres intérêts stratégiques, mais de politiques capables de considérer l’ensemble, le développement de tous : attentives aux personnes, aux pauvres et à demain ; pas seulement au pouvoir, aux gains et au présent. » (Pape François)

Des paroles que la plupart des dirigeants « occidentaux » tout autant que d’autres grands dirigeants de ce monde n’ont semblé apprécier ! Et pour cause : bien qu’il ne soit pas dit que les politiques capables de « considérer l’ensemble » pour être appliquées supposent l’abolition des systèmes d’exploitation du travail et leur remplacement par des systèmes de coopération dont bien des formes restent sans doute à inventer. Certains appellent cela le socialisme.

Chemin indispensable pour atteindre l’Egalité et la Paix ! 

 

Petite famille dans les années bonheur

 Il y a si longtemps…

 

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

Une analyse de son dernier ouvrage « Faire mieux ! Vers la révolution citoyenne » par le blogueur « Descartes »

Posté par jacques LAUPIES le 26 décembre 2023

 

Vendredi 22 décembre 2023, par  Descartes, popularité : 100%

 

 

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On peut ne pas aimer la liberté de parole du mystérieux Descartes, toujours est-il qu’il nous livre une pertinente analyse des théories développées par Mélenchon dans son dernier livre « Faire mieux ! Vers la révolution citoyenne ». Cette analyse est fortement teintée d’un point de vue marxiste (on sent que Descartes n’a pas été membre du PCF pour rien), et nous permet de ne pas nous astreindre à ce pensum, la lecture de ce livre, ce qui n’est pas négligeable. Qu’il en soit remercié. Je voudrais simplement rajouter que la totalité de ses propos lui appartiennent et que nous ne faisons que les diffuser… Toutefois, je me suis permis de glisser quelques intertitres pour faciliter la lecture de son article.
PB


Quand j’étais écolier, je me souviens qu’au retour de l’école nous passions devant une vieille maison. Dans le jardin vivaient quatre chiens, quatre molosses terrifiants, que la grille qui fermait le devant du jardin empêchait de sortir dans la rue. On s’amusait, en passant devant, à frapper la grille avec des bâtons ce qui provoquait un concert d’aboiements qui durait un bon quart d’heure et qui nous poursuivait pour le reste du chemin.

Et bien, cette anecdote d’enfance m’est revenue en pensant aux dernières polémiques médiatiques provoquées par le Leader Minimo – chaque fois plus minimo, à mesure que le temps passe – de LFI. Comme un écolier facétieux, il frappe la grille du monde politique et médiatique, et provoque les aboiements des molosses qui se cachent derrière. Peu importe les moyens : on peut insulter un journaliste, s’opposer à une perquisition, dire « noir » là où tout le monde dit « blanc » sur un sujet polémique. Tout est bon, pourvu qu’on puisse rendre fous les pitbulls de l’autre côté de la grille. Mais il y a une différence radicale entre l’amusement plus ou moins innocent d’un groupe d’écoliers, et le calcul politique qui se cache derrière les coups de l’un et les aboiements des autres.

C’est une chorégraphie qui, au cours des années, s’est raffinée sans que rien ne change vraiment sur le fond. Mais c’est ici une chorégraphie sans chorégraphe. Elle fonctionne parce que chacun y trouve son compte. Pour Mélenchon, c’est un moyen d’exister médiatiquement. Cela lui permet aussi de se placer dans le rôle de la victime, persécutée par la « caste » politique et médiatique, qu’il sait rejetée par une portion non négligeable de l’électorat. Un choix habile des thématiques lui permet aussi de se présenter comme le défenseur des communautés, et donc de caresser dans le sens du poil un sentiment communautaire qu’il imagine – à tort à mon avis – pouvoir traduire en termes électoraux [1].

Pour le « cercle de la raison », cette agitation est aussi fort intéressante. Non seulement elle lui fournit un « diable de confort » qui en plus à l’obligeance de faire tout ce qu’il peut pour paraître vraiment diabolique – contrairement à l’ancien « diable de confort », cet RN qui ne fait presque plus tellement peur. Mais surtout, lui permet de jeter un voile pudique sur les véritables questions politiques. Sur la place publique, on ne discute plus du gouvernement de la cité, de ce que la France devrait faire de sa politique étrangère, pas plus que de sa politique énergétique ou éducative. Tout l’espace médiatique est occupé par la question de savoir si l’attaque du 7 octobre est ou non un acte terroriste, ou de savoir si Ruth Elkrief est une bonne journaliste ou au contraire une manipulatrice.

Mélenchon, il faut toujours garder cela en tête, est un piètre stratège mais un grand tacticien. Il ne sait pas où il va, mais il sait comment y aller. C’est pourquoi il est intéressant de suivre les méandres de la tactique mélenchonienne et surtout ses changements de cap. Prenons par exemple la NUPES : elle s’inscrit dans une longue suite de tentatives de reproduire le congrès d’Epinay, qui vit le dirigeant d’une formation politique marginale réussir une OPA sur la vénérable SFIO pour constituer une organisation, le Parti socialiste, capable d’arriver au pouvoir. Depuis son départ du PS en 2008, Mélenchon a essayé à plusieurs reprises le même coup : avec le PCF dans le cadre du Front de Gauche, avec l’ensemble de la gauche lors de la fondation de LFI en 2016, avec la NUPES en 2022. Et à chaque fois, il bute sur le même obstacle : les autres partis acceptent une alliance électorale, ils peuvent aller jusqu’à soutenir la candidature présidentielle de Mélenchon… mais ne vont pas plus loin. Seule une minorité des militants – ceux qui par voie de débauchage constituent les « communistes insoumis », les « socialistes insoumis », les « écologistes insoumis » et ainsi de suite – sont prêts à se fondre dans une organisation qui, n’ayant aucune structure démocratique, n’est en fait qu’un instrument dans les mains de son gourou.

La NUPES a naufragé pour la même raison que le Front de Gauche avant elle. Il est clair que Mélenchon ne conçoit de participer à une alliance que s’il en a la maîtrise, que si les autres se rallient à lui. Or, il s’avère que plus le temps passe, moins les autres sont pressés de se rallier à son panache blanc inconditionnellement. On arrive vite à la situation où Mélenchon, agissant comme s’il avait une autorité qu’il n’a pas, utilise le fait accompli pour faire avaler des couleuvres à ses alliés, qui à leur tour se rebiffent. C’est pourquoi la NUPES n’avait pas d’avenir. Elle ne pouvait être autre chose qu’une alliance électorale, et donc vivre aussi longtemps que le leader minimo pensait une élection imminente. Maintenant qu’il a compris qu’une dissolution n’est pas dans les cartes, qu’on ne voit pas se profiler à l’horizon une situation où le président pourrait avoir intérêt à revenir devant les électeurs, il change sa tactique. Il ne se prépare plus à une législative imminente, mais à une présidentielle en 2027. Et cela suppose d’avoir les coudées franches. La NUPES n’a donc plus aucun intérêt pour lui, au contraire : elle limite sa capacité à dire n’importe quoi, et serait un obstacle à l’heure de chasser sur les terres électorales des communistes, des socialistes ou des écologistes. La NUPES a donc vécu : après avoir copieusement maltraité et insulté ses partenaires, Mélenchon a prononcé son acte de décès en rejetant, bien entendu, la faute sur les autres. Tout comme Mitterrand l’avait fait en 1978, lorsqu’il a cassé le « programme commun », ayant compris son intérêt de se présenter devant les électeurs avec les coudées franches et libéré de toute obligation envers les communistes.

« Faire mieux ! Vers la révolution citoyenne »

A ce point du raisonnement, il faut poser la question de fond. Peut-on réduire Mélenchon à un pur tacticien ? Y a-t-il derrière cette pensée tactique, de ce désir d’égaler son maître en politique, une véritable Weltanschauung, ou mieux encore, une théorie qui donnerait une cohérence au discours ? Pour répondre à cette question, je me suis infligé la lecture de son dernier opus, « Faire mieux ! Vers la révolution citoyenne ». Comme il vaut mieux prévenir que guérir, je m’étais prévu une large dose de chocolat, mon antidépresseur favori, et caché toutes les armes dans la maison, couteaux de cuisine compris. On n’est jamais trop prudent. Ces précautions sont inutiles : le texte contient une large dose de comique involontaire, et s’il suscite une réaction ce serait l’ennui plutôt que la violence.

D’abord, le livre ravira ceux qui aiment les grandes envolées mélenchoniennes. Il n’y a pas à dire, le bonhomme a du talent pour pondre un texte agréable à lire, et qui donne une impression de profondeur et de pédagogie. Il faut le relire avec attention, crayon à la main, pour se rendre compte que des paragraphes entiers qui paraissent profonds n’énoncent en fait que des banalités, quand ce n’est pas des absurdités qu’il serait trop long de commenter (pour des exemples, voir le chapitre « Le nouvel espace-temps », pages 27 sq). Mais à côté de ses envolées lyriques, le livre a un défaut aujourd’hui très fréquent dans les essais de ce type : on y trouve des dizaines – voire des centaines – de paragraphes faits d’énumération en vrac, d’exemples, de chiffres, de données. Il est vrai que de nos jours n’importe quel assistant avec un accès à Google est capable de vous compiler des centaines de pages de cette nature. De quoi remplir largement un livre sans trop se fouler. Je ne dis pas que ce type d’information soit inutile : un exemple, les chiffres sont au contraire indispensables lorsqu’il s’agit d’illustrer ou d’appuyer un raisonnement. Mais balancés en vrac, avec, au bout de plusieurs pages, des conclusions générales du genre « cela montre comment le capitalisme saccage notre planète », sans qu’aucun lien ne soit établi entre le « capitalisme » et les données en question, cela ne sert à rien. Sans trop de difficultés, on pourrait compiler par le même moyen des chiffres et des exemples et tirer la conclusion inverse.

La « théorie de l’ère du peuple »

Une fois qu’on met de côté ces éléments, on rentre dans le vif du sujet, à savoir la fameuse – et fumeuse – « théorie de l’ère du peuple ». Ce qui frappe d’abord, c’est la pauvreté conceptuelle de la pensée mélenchonienne. Une théorie, quelle qu’elle soit, se construit à partir d’une batterie de concepts, c’est-à-dire, d’entités et d’objets rigoureusement définis, dont la théorie décrit les relations. Plus une théorie définit des concepts, plus les relations entre elles seront nombreuses et complexes, et plus la théorie sera riche. La théorie marxienne, pour ne donner qu’un exemple, nous a laissé de nombreux concepts, qu’elle a définies ou redéfinies : classe, bourgeoisie, prolétariat, aliénation, exploitation, plus-value, valeur, travail socialement nécessaire, et j’en passe. Quoi qu’on pense de l’articulation que Marx et ses successeurs ont fait de ces concepts, ils restent présents dans la réflexion y compris par ceux qui, comme Raymond Aron, ont critiqué le marxisme. La « théorie de l’ère du peuple » est de ce point de vue très pauvre. Si Mélenchon introduit quelques notions – « peuple », « oligarchie », « règle verte », « planification écologique », « révolution citoyenne » – il peine à les transformer en véritables « concepts », faute d’un travail de définition rigoureuse.

Prenons par exemple les groupes sociaux. Mélenchon décrète obsolètes les catégories du marxisme. Foin de l’opposition entre bourgeoisie ou du prolétariat, aujourd’hui la confrontation se joue entre le « peuple » et « l’oligarchie ». Mais comment définit-on ces catégories ? Pour ce qui concerne « l’oligarchie », la gêne de Mélenchon est évidente, et c’est pourquoi le paragraphe qui lui est consacré (page 177 sq) noie le poisson avec une avalanche de chiffres : on apprend ainsi que « la moitié des richesses existantes est possédée par le 1% de la population mondiale », que « toutes les trente heures un milliardaire émerge et un million de personnes de plus basculait dans la pauvreté extrême », que « vingt-six milliardaires détiennent autant d’argent que la moitié de l’humanité », sans compter que l’oligarchie « excite les préjugés racisants et genrés » et « fait de l’islamophobie un fonds de commerce ». Et je pourrais continuer, parce qu’il y a une page complète d’informations et accusations de cette nature, parfaitement inutiles pour définir ce qu’est « l’oligarchie », qui y appartient et qui n’appartient pas, et surtout pourquoi. Sur cette définition, les idées de l’auteur sont tellement confuses qu’il tombe dans la contradiction logique : « [l’oligarchiese distingue de la bourgeoisie traditionnelle même si elle la contient parce que son nombre est plus faible, sa propriété plus diffuse » (page 177). Comment un ensemble peut en contenir un autre tout en étant de cardinal plus faible ?

Pour le « peuple » (page 175 sq), c’est encore pire. Je suis obligé de citer in extenso pour que le lecteur apprécie le gloubi-boulga « théorique » que nous sert Mélenchon : « Le peuple est le milieu social constitué par la dépendance aux réseaux collectifs urbains. Mais nous nommons là, en réalité, un ensemble humain présent sous plusieurs noms différents et autant d’états. D’abord, c’est le peuplement. Le mot désigne alors les masses de gens installés dans une zone. Une foule. Elle vaque à ses occupations les plus diverses. Aucun autre lien n’apparaît, sinon les infrastructures matérielles auxquelles il lui faut avoir recours pour aller et venir. Mais bien sûr c’est quand même un ensemble de gens reliés en arrière-plan par des innombrables liens sociaux de la vie réelle. Ils font de chacun le membre d’une famille, l’associé, le colocataire, l’ami Facebook, le syndiqué, que sais-je. Je pourrais citer là tous nos liens sociaux personnels. Le peuplement forme alors une population. Elle est définie par les rapports sociaux au sein desquels elle se constitue. Et quand cette population se met en mouvement pour agir sur des objectifs revendicatifs communs, alors surgit le « peuple ». Le peuple est la forme politique du grand nombre, devenant protagoniste dans la société. Il l’est dans le cadre du conflit central dont l’enjeu est le partage de la richesse et l’accès aux réseaux. Conflit entre le peuple et l’oligarchie ».

Avez-vous compris quelque chose ? Moi si : que l’auteur de ce texte n’a pas les idées claires. Sa définition est tellement englobante qu’elle inclut de fait l’ensemble des groupes humains qui constituent la société. Car après tout, est-ce que les membres de « l’oligarchie » ne sont pas, eux aussi, « installés dans une zone » ? Est-ce qu’ils ne « vaquent » pas, eux aussi, « à leurs occupations » ? Est-ce qu’ils ne sont pas, eux aussi, « reliés en arrière-plan par d’innombrables liens sociaux de la vie réelle » ? Ne sont-ils pas, eux aussi, « membres d’une famille », « colocataires », « amis Facebook » et même « syndiqués » au MEDEF ? Est-ce qu’ils ne se mettent pas, eux aussi, « en mouvement sur des objectifs revendicatifs communs », par exemple, la baisse de leurs impôts [2] ? Qu’est ce qui sépare alors de manière décisive « l’oligarchie » du « peuple » ?

Ces ambiguïtés ne sont pas, à mon sens, le fruit d’une réflexion insuffisante. Elles sont volontaires, et visent à créer un effet de sens, c’est-à-dire, un discours où chacun peut se reconnaître parce qu’il peut prendre un sens différent en fonction des préjugés ou des envies du lecteur. La clé se trouve dans la fin du paragraphe précité : « Conflit entre peuple et oligarchie. C’est « nous » face à « eux » ». Cette phrase est passionnante parce qu’elle montre combien la « théorie » mélenchonienne est subjective. Le lecteur du livre – qu’il soit ouvrier, cadre supérieur, rentier ou grand capitaliste – peut s’identifier au « peuple », puisque le « nous » l’englobe. L’oligarque, le méchant, c’est toujours l’autre. Un résultat impossible d’atteindre avec une définition comme celle, objective, que Marx donne des classes sociales. Ou bien on possède le capital, ou bien on vend sa force de travail, et cela ne dépend nullement de l’identification des individus avec un « nous » qui n’exclut finalement personne. Cette vision du « eux et nous » marque le fait que, pour les mélenchoniens, l’oligarque est une figure abstraite. Les êtres concrets sont tous membres du « peuple ». On retrouve ici une logique très présente dans les classes intermédiaires : le « riche », « l’oligarque », c’est celui qui est plus riche que vous et qui, naturellement, est toujours absent de la pièce. Celui qui occupe une place que vous aimeriez bien atteindre, mais qui n’est pas à votre portée. C’est pourquoi il n’est jamais « nous », mais toujours « eux ». On pourrait ici parler d’une forme « d’envie de classe ».

La « révolution citoyenne »

Le même problème affecte la définition de la « révolution citoyenne », notion tellement centrale dans le discours mélenchonien qu’on s’attendait à une délimitation précise. Comme souvent, Mélenchon ne la définit pas, mais procède à une énumération de mobilisations populaires dans différents pays depuis la fin du XXème siècle (page 191 sq), dans laquelle il est difficile de trouver un fil conducteur, une logique de classification. Qu’y a-t-il de commun entre les « printemps arabes », soulèvement populaire contre des régimes autoritaires, contre des figures usées par une trop longue permanence au pouvoir, et les occupations de Podemos en Espagne et du mouvement « Occupy Wall Street », manifestation des classes intermédiaires dans un contexte démocratique ? Entre le mouvement des Gilets Jaunes ou la protestation contre la retraite à 64 ans en France, qui font partie d’un débat démocratique interne, et la « révolution des parapluies » à Hong Kong qui contestait la mainmise d’un pouvoir vécu comme étranger ? Mélenchon l’établit : « [ces mouvementssont nés d’une même situation, d’un même empêchement essentiel. Le capitalisme est incapable d’organiser la société des réseaux sinon comme société de pénurie pour le grand nombre. Pourtant, le pillage au profit de l’oligarchie n’est pas le déclencheur. La pagaille, l’impossibilité de vivre normalement, l’arrogance et l’indifférence des puissants met le feu aux poudres ». On voit très mal quel raisonnement peut conduire de l’énumération à la conclusion. Pour ne prendre qu’un exemple, cette caractérisation peut difficilement correspondre à la « révolution des parapluies » à Hong Kong, déclenchée non pas pour contester le capitalisme libéral, mais au contraire pour le défendre.

Une fois encore, cette ambiguïté ne doit rien au hasard. L’essentiel pour Mélenchon, c’est de montrer que « sa » révolution est une réalité ailleurs, et donc que le mouvement qu’il cherche à susciter en France est possible. Et accessoirement, que chaque groupe puisse labelliser « sa » révolte comme une « révolution citoyenne », qu’il se reconnaisse parmi le « nous », opposé au « eux ». C’est ainsi que (page 226 sq) les émeutes de banlieue sont élevées au rang de mouvement révolutionnaire. Pour la même raison, Mélenchon prend cinq pages (page 231 sq) pour singulariser le rôle des femmes dans les « révolutions citoyennes », là aussi à grands coups d’exemples tellement édifiants qu’on se demande s’ils ne sont pas inventés, soupçon d’autant plus justifié que ces exemples sont donnés sans mention de date et sans références. Ainsi, par exemple : « Avec cette présence, toutes les activités typiquement genrées changent de registre. Ainsi a-t-on vu des femmes organiser un service d’ordre spontané à Beyrouth lors d’une manifestation. Stupeur des machistes violents dès lors empêchés d’agir ! ». Vous noterez que si l’activité « genrée » de « service d’ordre » a « changé de registre », celle des manifestants « violents » reste très « genrée » : ce sont forcément des hommes. Ce service d’ordre « spontané » (mais « organisé »… on n’est pas à une contradiction près) n’aurait-il pas eu aussi à faire à des femmes – voire des féministes – « violentes » pour les « empêcher d’agir » ?

On trouve une ambiguïté assez similaire sur une question qui a toujours été difficile dans l’extrême gauche, celle de la nature et du rôle de la Nation. Curieusement, le concept est pratiquement absent dans la prose mélenchonienne, ce qui est d’autant plus étonnant que c’est un concept fondamental de l’idéologie de la Révolution française, à laquelle Mélenchon ne perd une occasion de manifester son attachement. La seule mention de la question nationale que j’ai pu trouver (pages 228 sq) fait référence à l’usage des drapeaux nationaux dans les manifestations à chaque « révolution citoyenne » : « Dans chaque cas, des foules brandissant le drapeau de leur pays (…). Le fait de prendre le drapeau et de se l’approprier veut dire, au sens très strict : « ce pays nous appartient », autrement dit « nous sommes le peuple souverain » ». Mais Mélenchon ne tire pas la conclusion qui s’impose : si partout dans le monde le « peuple » brandit le drapeau national pour marquer son caractère de souverain, cela indique un très large consensus sur le fait que la souveraineté n’a de sens que dans un cadre national. Il est vrai qu’une telle conclusion mettrait le discours mélenchonien en contradiction avec sa pratique politique…

La « lutte pour l’accès aux réseaux » une lutte essentielle !

Le manque de conceptualisation gâche l’une des idées les plus intéressantes du livre, qui est la question des réseaux. Mélenchon remarque à juste titre l’importance prise par les réseaux – électricité, eau, gaz, transports, téléphonie, internet – dans la vie économique et sociale. A partir de cette constatation, il prétend faire de la « lutte pour l’accès aux réseaux » une lutte essentielle, qui opposerait une « oligarchie » contrôlant ces réseaux et imposant du fait de ce monopole ses conditions au « peuple ». Il va jusqu’à soutenir que la richesse de l’oligarchie est en fait une « rente » liée à son contrôle des réseaux, qui lui permet de prélever un « droit d’accès ». Le problème est que Mélenchon étend la notion de « réseau » à l’infini. Ainsi, par exemple, il affirme que « Pour chacun en ville, quel que soit le problème, la solution unique est le raccordement à un réseau ». Et il explique : « ainsi, on ne songerait pas d’emblée à l’éducation dans cette catégorie. Pourtant, le moyen d’accéder aux connaissances indispensables pour survivre dans nos sociétés complexes ne peut fonctionner sans former un réseau, un parcours faisant converger toutes sortes d’acteurs de la maternelle à l’université ». Ou bien : « La santé publique est aussi un réseau. D’abord parce qu’elle nécessite l’acheminement et la coordination de nombreux flux : ceux des soignants, du matériel, des médicaments et ainsi de suite ». D’autres paragraphes font d’activités aussi disparates que la livraison de colis ou le commerce alimentaire des « réseaux ». Ici, les définitions vagues conduisent l’auteur à confondre la problématique du réseau avec celle de la division du travail. Car une chose est de dire que nous sommes dépendants du réseau – qui est une infrastructure matérielle, faite de câbles, de tuyaux ou de rails – et une autre est de dire que nous sommes dépendants de l’activité – éventuellement coordonnée – d’autres personnes. Or, cette dernière dépendance ne doit rien au capitalisme. Elle est inhérente à toute société où existe la division du travail. Pour trouver un individu autosuffisant, il faut remonter très loin dans la préhistoire, et pour trouver des communautés autosuffisantes, à l’âge du bronze. On l’oublie souvent, mais déjà à l’époque romaine les chaines de valeur étaient « mondialisées » – même si le « monde » était beaucoup plus petit : le verre était produit par fusion là où les matières premières et les techniques étaient disponibles, puis transportées – quelquefois très loin – sous forme de « pains » ou lingots, qui étaient ensuite chauffés et soufflés à la verrerie – la température nécessaire pour souffler le verre est très inférieure à celle nécessaire pour la vitrification du sable – pour en faire des récipients, qui à leur tour étaient transportés vers des marchés lointains. Même chose pour le fer : le forgeron de village, qui forgeait les fers pour les chevaux du coin, ne partait pas du minerai de fer et n’avait d’ailleurs pas de four assez chaud pour séparer le fer ou le réduire. Il achetait à un marchand des lingots de fer, eux-mêmes fabriqués à partir du minerai, dans un lieu aussi proche que possible à la fois du lieu d’extraction et des gisements de combustible. L’idée d’un processus de production localisé en un seul lieu, de la matière première au produit fini, n’a de réalité que dans des sociétés très primitives.

Parmi les réseaux au sens stricte du mot, beaucoup sont des monopoles naturels [3] et dans ce cas ils sont pratiquement toujours publics ou strictement régulés, et l’accès à ceux-ci est un droit légal. C’est le cas par exemple dans la plupart des pays du réseau électrique. Parler donc d’un « conflit de propriété » à leur propos ou faire de « l’accès au réseau » un « conflit central » entre « peuple » et « oligarchie » n’a pas beaucoup de sens. Pour les autres réseaux, la régulation par la concurrence limite très largement le pouvoir de leurs propriétaires pour imposer ses conditions d’accès. On remarquera d’ailleurs que les réseaux en concurrence – internet, téléphonie mobile – ne procurent pas à leurs exploitants des profits mirifiques, puisque la concurrence sur les prix est féroce. Pour les fournisseurs de service internet, l’activité réseau est plutôt un boulet, leurs gains se trouvant essentiellement dans la vente de contenus (vidéo, musique). Car il y a là une autre confusion dans le discours mélenchonien, c’est la confusion entre le réseau lui-même et ce que le réseau délivre. Le réseau, en tant qu’infrastructure, n’est que le moyen de prêter un service ou de livrer un bien. Le réseau d’eau livre de l’eau, le réseau d’électricité livre l’électricité, mais le réseau d’assainissement ne « livre » rien, au contraire. Il fournit un service d’évacuation. Et cette livraison, cette évacuation sont des services en eux-même, qui doivent être produits par le travail humain. Ce que le propriétaire du réseau facture à ses usagers, ce n’est pas un « droit d’accès », une sorte de nouvel octroi, comme le prétend Mélenchon, mais bien un service qui a sa propre économie.

Une grande absente, la production

Et on arrive ainsi à la faiblesse essentielle dans la « théorie de l’ère du peuple » : elle ignore totalement les processus de production. On chercherait en vain dans le texte la moindre réflexion sur la manière dont les biens et les services sont produits, sur les mécanismes de régulation qui adaptent la production au besoin. Il serait tout aussi vain de rechercher la description d’un mode de production alternatif, qui pourrait se substituer au capitalisme. La production matérielle n’existe en fait pas chez lui : ainsi, tout en invoquant « la tradition efficace du matérialisme » (page 188) il explique que « Le peuple produit et reproduit son existence matérielle en accédant aux réseaux collectifs (…) sans lesquels il lui est impossible de survivre. Le régime de la propriété des réseaux, leur place dans le processus global d’accumulation capitaliste, l’aliénation de soi constituée par leur fonctionnement marchand, font la définition du peuple comme acteur du mode de production ». Autrement dit, ce n’est pas la production de valeur qui fait du peuple un « acteur du mode de production », mais son accès à cette même valeur. Mélenchon regarde le capitalisme uniquement sous l’angle de la distribution des richesses [4]. La manière dont ces richesses sont produites ne semble pas l’intéresser. Il est d’ailleurs remarquable que, après avoir donné aux réseaux une telle importance, il n’ait rien à dire sur leur genèse, c’est à dire, sur la manière dont ils ont été eux-mêmes produits.

Cette indifférence a des conséquences théoriques importantes. D’abord, parce que sans une réflexion sur le mode de production, c’est à dire de la manière dont la production des biens et les services est organisée et régulée, il n’y a aucune possibilité de définir une alternative. Pour le dire autrement, la vision « révolutionnaire » de Mélenchon est purement réformiste : le mode de production capitaliste est une donnée, un universel pour lequel il n’y a pas d’alternative. On peut jouer sur la manière dont richesse et pouvoir sont distribués, mais pas sur la manière dont ils sont produits.

Ensuite, cette indifférence a une conséquence idéologique. Dans la théorie marxienne, la légitimité du prolétariat pour exiger un autre partage des richesses repose fondamentalement sur le fait qu’il en est le producteur. Mais dans la « théorie de l’ère du peuple », sur quoi repose la légitimité du « peuple » à exiger un partage plus juste ? La question n’est pas formellement traitée, mais à la lecture du texte, on voit que c’est pour Mélenchon une question de principe. La répartition capitaliste n’est pas injuste parce qu’elle prive le producteur du fruit de son travail, mais parce qu’elle viole un principe d’égalité abstrait. Du coup, la dynamique de la lutte des classes, qui en fait dans la logique marxiste le moteur de l’histoire, disparaît pour laisser place à un conflit qui est purement idéologique, puisqu’il dépend de l’adhésion et de l’interprétation d’un principe. Ce n’est plus une question matérielle, mais une idée qui devient le moteur de l’évolution sociale.

Cet idéalisme se retrouve aussi dans la vision que le livre donne du « pouvoir ». Pour Mélenchon, le pouvoir est associé à la prise de décision. Il l’écrit d’ailleurs formellement : « La citoyenneté est cette fonction. Elle consiste à exercer le pouvoir. Le pouvoir dont il est question ici est celui de décider. C’est-à-dire, concrètement, de prendre le contrôle au sens large du terme ». Le problème est que « décider » et « prendre le contrôle », surtout « au sens large du terme », ce n’est pas du tout la même chose. Entre la « décision » et sa réalisation il y a une mécanique bien matérielle qui est déterminante. Le « pouvoir », ce n’est pas la capacité à décider, qui n’est qu’une manifestation de volonté, mais la capacité de traduire sa volonté en actes.

Pour conclure

La « théorie de l’ère du peuple » est ce qu’on peut appeler une « théorie ad hoc », un manifeste idéologique. Elle ne surgit pas du besoin d’analyser et de modéliser le réel, mais de justifier un projet politique – et accessoirement, de légitimer la prétention d’un groupe social, les classes intermédiaires, à en prendre la tête. Tant que la pensée à gauche était soumise au cadre marxien, il est clair que le rôle des classes intermédiaires ne peut être que marginal, le premier rôle étant réservé au prolétariat. C’est d’ailleurs de là que vient le grand traumatisme de mai 1968, quand les classes intermédiaires ont pris conscience que le prolétariat ne leur était pas soumis. L’idée du « peuple » définie comme un « nous » généralisé permet aux classes intermédiaires de se placer du bon côté de l’Histoire, celui des opprimés. Ce qui les dispense de s’interroger sur leur position réelle dans le mode de production, sur leurs intérêts, sur les privilèges dont elles bénéficient. Et accessoirement, compte tenu des avantages objectifs dont elles disposent, de prendre la tête du « peuple » et parler en son nom.

En dehors de ça, le livre contient beaucoup de développements, certains intéressants, d’autres amusants, d’autres encore absurdes [5] qui, lus avec une certaine distance, donnent une idée assez complète de ce qu’est le monde selon Mélenchon. Et de pourquoi ce monde n’apporte, finalement, pas grande chose de nouveau.

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Pour Gérard Dapardieu, contre les maîtres censeurs du wokisme

Posté par jacques LAUPIES le 21 décembre 2023

Une voix s’élève contre « les cucul la praline » ! Merci.

Article de leJDD • 33 m
Pour Gérard Dapardieu, contre les maîtres censeurs du wokisme dans POLITIQUE

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Pour Gérard Dapardieu, contre les maîtres censeurs du wokisme

Pour Gérard Dapardieu, contre les maîtres censeurs du wokisme© SYSPEO/SIPA

C’est une bien étrange, absurde et hypocrite époque, trop souvent sans nuances d’analyse dans ses frénétiques jugements à l’emporte-pièce, celle qui, sous prétexte de libérer les individus de toute inégalité sociale, et a fortiori de toute discrimination sexuelle, à l’instar de ce à quoi s’adonne effectivement aujourd’hui ce que l’on appelle pudiquement le « wokisme », c’est-à-dire l’éveil des consciences, ne fait que les emprisonner, au contraire, en une détestable, paradoxalement rétrograde à bien des égards, police des mœurs !

C’est pourtant là ce qui arrive malheureusement, sans même parler ici des éventuelles manipulations médiatiques en cet épineux dossier, à l’encontre de Gérard Depardieu, qui, si certains de ses propos ne sont effectivement guère du meilleur goût, et peuvent même paraître déplacés ou grossiers sur le plan comportemental, voire offensants pour autrui et la gent féminine en particulier, n’en font pas encore, pour autant, l’haïssable coupable, y compris pour ce crime éminemment condamnable qu’est le viol, dont cette nouvelle cabale, aiguillonnée également en cela par une conception pour le moins étriquée, agressive et revancharde, du féminisme, est en train de l’affubler, sans autre forme de procès, ces jours-ci.

Pis : c’est un des principaux piliers de toute démocratie correctement entendue – la présomption d’innocence, en matière de justice – qui,  avec cette hystérique chasse à l’homme, aussi violente qu’inédite dans son immonde procédé, est en train de vaciller et peut-être même, si nous n’y prenons pas sérieusement garde avant qu’il ne soit trop tard, de s’effondrer, pour notre plus grand malheur à l’avenir !

Le wokisme, un totalitarisme idéologique doublé d’un terrorisme intellectuel.

Ainsi ce pseudo-féminisme tamponné de wokisme nauséabond, malveillante antichambre d’un inquiétant sectarisme, sinon d’un terrorisme intellectuel à faire pâlir d’envie les pires procès staliniens du passé, ne se révèlerait-il donc à l’arrivée, par-delà ses apparentes intentions émancipatrices de départ, qu’un nouveau genre de totalitarisme, qui s’ignore et ne dit pas son nom ou, pis encore, s’avance masqué : pétri d’interdits moralisateurs, jugements normatifs, conformismes ambiants, sentences expéditives, déclarations péremptoires, raccourcis simplificateurs, comparaisons frauduleuses, avis tendancieux, amalgames approximatifs, opinions caricaturales, imprécations discriminatoires, exclusions arbitraires, culpabilisations outrancières, accusations diffamatoires, allégations mensongères, anathèmes indignes, déductions infondées, verdicts manichéens, dogmatismes étriqués, carcans idéologiques, calomnies en tous genres et autres tout aussi gratuits, malveillants ou suspicieux procès d’intention, de notre pseudo-modernité.

Oui : en cette nouvelle ère de délation, bien plus encore que du « soupçon », d’impostures intellectuelles et de postures morales, le wokisme (dont l’arbitraire cancel culture et sa tyrannique « bien-pensance » se révèlent être aujourd’hui les agents les plus concrets et les symptômes les plus tangibles) s’avère à présent une des plaies les plus purulentes, parfois infectes sous son fascisme latent, au sein d’un monde contemporain qui, manifestement, n’a plus de moderne, face à cette consternante régression intellectuelle sous couvert d’ouverture d’esprit et de tolérance morale – suprême mais hypocrite alibi – que le nom, désormais vide de sens !

Ne pas confondre l’homme et l’artiste

Mais il y a pire encore en cet emblématique cas Depardieu : la très dommageable confusion ainsi instillée, au mépris de toute considération de la liberté comme de la grandeur de l’art, entre l’homme, pour peu reluisant qu’il soit parfois, et l’artiste précisément, comme le font en effet, ici aussi, les adeptes, toute honte bue, de la suppression de ses films sur nos écrans de télévision ou de son statut de « citoyen d’honneur » dans certaines villes de Belgique, voire carrément de sa « légion d’honneur » en France.

Ainsi, ce monstre sacré du cinéma, que nous avons jadis tant aimé, y compris dans ses subversives mais mythiques Valseuses, et qui, quelques années après, fut aussi cet immense et émouvant acteur du légendaire Cyrano de Bergerac (par ailleurs l’un des plus illustres représentants, ce penseur de haute volée, du libertinage érudit à l’Âge Classique), ne serait-il donc plus aujourd’hui, par cet ignoble lynchage médiatique aux relents d’une non moins abjecte vindicte populaire, qu’un monstre désormais voué aux gémonies ?

Inénarrables traîtres censeurs, véritables dangers pour l’imprescriptible liberté d’expression, ces médiocres maîtres penseurs autoproclamés, et, de surcroît, du haut, pour corser cette lamentable affaire, d’on ne sait quel arrogant et prétentieux pupitre ! Il est vrai qu’il n’est pas jusqu’à l’enfer qui, comme l’énonce un célèbre adage, ne soit pavé de bonnes intentions…

A cet abominable train-là, il n’est d’ailleurs pas exclu que ces nouveaux procureurs, gardiens trop zélés d’une hypothétique morale ambiante, s’évertueront à interdire un jour, peut-être même dans un futur proche, la lecture, dans nos écoles et lycées, de Baudelaire et ses vénéneuses Fleurs du mal ou de Flaubert et sa sulfureuse Madame Bovary, comme s’échina naguère à le faire conjointement, concernant ces deux géants de la littérature française et même universelle, le bien nommé Ernest Pinard (oui : cela, connaissant la légitime passion de Gérard Depardieu pour le bon vin, ne s’invente pas !) lorsqu’il crut les condamner pour outrage aux mœurs !

Séparer l’art et la morale

Ainsi, en guise de conclusion à cette humble mais sincère défense du truculent mais surtout grand Gérard Depardieu, comment ne pas se souvenir ici, précisément, de ces mots, frappés au coin de l’intelligence critique la plus souhaitable, du cher Oscar Wilde, le dandy le plus flamboyant de son temps, lorsqu’il écrivit, dans la préface de son génial Portrait de Dorian Gray, cet aphorisme passé désormais à la postérité, n’en déplaise à ses détracteurs, ceux-là mêmes qui le jetèrent injustement dans son obscure geôle de Reading, d’autrefois : « Il n’existe pas de livre moral ou de livre immoral. Un livre est bien écrit ou mal écrit, un point, c’est tout. » Et encore, dans le même ordre d’idées : « Nul artiste n’a de sympathies éthiques. Chez un artiste, toute sympathie éthique est un maniérisme impardonnable. »

A méditer, ces paroles, avec la gravité qui sied en pareille circonstance si, du moins, l’on ne veut pas malencontreusement ressembler à ces redoutables « Fouquier-Tinville de café littéraire », odieux épigones d’une Révolution Française mal comprise en ces maléfiques temps de l’infâme Terreur, pour paraphraser ici le sceptique mais lucide Raymond Aron lorsqu’il fustigeait à raison, dans ses insignes Mémoires, un de ces intellectuels d’opérette, germanopratins à ses heures éperdues, sur lequel, préférant cependant taire ici discrètement son nom, je laisserai choir, pour ma modeste part, un voile charitable.

Oui : comme notre triste époque, où ces inquisiteurs d’un nouveau mais mauvais genre ne craignent pas de se vautrer impunément dans d’aussi pestilentielles purges, manque de ce panache, en effet, que glorifia magnifiquement bien, avec autant de compassionnelle maestria et nostalgique poésie, ce douloureux mais gigantesque Depardieu dans l’admirable, sinon immortel, Cyrano !

*Philosophe, écrivain, auteur d’une quarantaine de livres, dont « La Philosophie d’Emmanuel Levinas – Métaphysique, esthétique, éthique » (Presses Universitaires de France), « Requiem pour l’Europe – Zagreb, Belgrade, Sarajevo » (Editions L’Âge d’Homme), « Le Testament du Kosovo – Journal de guerre » (Editions du Rocher), « Traité de la mort sublime – L’art de mourir de Socrate à David Bowie » (Editions Alma/Nuvis), « Afghanistan – Chroniques de la Résistance » (Editions Samsa).

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Seule la perspective du socialisme peut résoudre les défis de notre époque :

Posté par jacques LAUPIES le 21 décembre 2023

Seule la perspective du socialisme peut résoudre les défis de notre époque :

Cette perspective d’une nouvelle étape socialiste devient non seulement possible, elle devient nécessaire et urgente. Tous les travaux convergent pour constater que les états capitalistes piétinent sur la réduction des émissions de CO² et qu’une catastrophe de grande ampleur menace désormais notre civilisation humaine. En même temps, émerge dans le débat international la perspective d’une communauté de destin pour l’humanité.

La réponse à la crise du CO² nécessite au moins six éléments clés que seule une perspective socialiste peut correctement dessiner :

  • une planification supervisant l’ensemble des grands choix économiques et industriels, dégagée de la logique de rentabilité de court terme exigée par le capital ;
  • d’immenses investissements de très long terme, incompatibles avec la recherche capitaliste du profit ;
  • un développement massifs de nouveaux services publics, hors de la logique du marché ;
  • la mobilisation de toutes les couches de la société ;
  • l’arrêt de la militarisation et des conflits pour mobiliser tous les moyens disponible dans l’effort collectif ;
  • un codéveloppement Sud – Nord fondé sur le libre accès aux savoir-faire et le partage des ressources.

La crise climatique n’est pas le seul défi auquel l’humanité est confrontée :

  • Le défi de la paix et du désarmement mondial, avant qu’une catastrophe n’arrive ;
  • Le défi du développement pour donner à chaque enfant, où qu’il naisse, l’accès à la santé, au savoir, à l’éducation, à la culture et à une vie décente ;
  • Le défi des migrations pour faire en sorte qu’on ne soit plus contraint de quitter son pays, mais simplement libre de le faire ;

Seule une perspective d’une transition à l’horizon d’une génération vers une société socialiste permet de sortir du vide de la pensée dominante et d’envisager une solution aux défis de notre époque historique, de mobiliser largement les classes travailleuses, de ré-ouvrir un avenir positif pour l’humanité (les « jours heureux ») et de trouver la paix et l’harmonie, tant au sein des sociétés humaines que dans leurs rapports avec la nature.

 

Qu’est-ce qu’un socialisme de nouvelle (2ème) génération ?

Au vingtième siècle, au moins une douzaine de pays ont mis en place des sociétés socialistes, sur plusieurs continents. Tous ces pays sont partis d’une économie capitaliste très peu développée, souvent arriérée, parfois marquée par la colonisation ou des formes de néo-colonialisme. Malgré leur diversité historique et géographique, ils ont un certain nombre de traits communs, de réussites communes (notamment dans l’éducation, la santé, le développement, la paix, l’internationalisme, la culture, la réduction des inégalités), mais aussi d’échecs ou de difficultés semblables (notamment, à l’exception de la Chine et du Vietnam aujourd’hui, le dynamisme économique, à l’exception de Cuba, la vitalité démocratique). Ils correspondent à une époque historique. Ils sont une source d’enseignement, d’expérience pratique. Ils ont fait l’objet d’une bataille idéologique intense pour les dénigrer et les criminaliser qui a conduit à ce qu’une partie de la population le rejette sous le couvert du concept idéologique de totalitarisme. Il est temps d’entrer dans une phase de bilan objectif de ces étapes et moment historiques, passés ou existants.

Les pays développés n’offrent pas d’exemple de société socialiste, mais des institutions portées ou initiées par les partis communistes et socialistes peuvent être également sources d’exemples (pour la France par exemple la sécurité sociale, telle que portée par Ambroise Croizat, ou EDF tel que fondé par Marcel Paul.

Pourquoi pouvons- nous et devons nous envisager aujourd’hui un socialisme de nouvelle génération ?

  • Depuis la première génération d’états socialistes, le monde a considérablement évolué. La population humaine a grandi dans des proportions inouïes et la classe travailleuse également. Selon la banque mondiale, la population active mondiale est de 3,4 milliards de personnes en 2021, Elle n’était que de 2,3 milliards de personnes, en 1990, soit une plus d’un milliard de personnes en 30 ans. C’est considérable. En 1950, la population active mondiale n’était « que » de 1,1 milliards de personnes. Les forces productives se sont également développées. La production mondiale d’électricité est passée de 15 000 Térawatt.heures en 2000 à 27 000 TWh en 2020, alors qu’elle n’était que d’environ 1000 TWh en 1950. Le nombre mondial d’utilisateurs d’internet a doublé au cours des 7 dernières années pour atteindre 5,4 milliards de personnes.
  • Dans le monde actuel, une société socialiste ne peut s’édifier de manière isolée, comme ce fut le cas au 20ème siècle (par force) mais dans une inter-relation économique et industrielles mondiale, C’est donc (comme l’a expérimenté la Chine) une économie socialiste de marché, et non une économie de type socialiste étatique qui seront établies dans un premier temps. Les formes économiques socialistes (propriété collective des moyens de production, distribution centralisée et équitable) cohabiteront avec des formes capitalistes (propriété privée, distribution par le marché) pendant une période de dépassement progressif des secondes par les premières. Sur le plan des formes politiques, nous disposons désormais également d’expériences de formes démocratiques avancées et ouvertes (Cuba qui vient de voter un code de la famille le plus plus avancé du monde selon une procédure démocratique exemplaire, Chine) pour de futurs états socialistes.
  • Les moyens techniques actuels rendent possible la planification globale du pilotage de l’économie et de la production que les défis écologiques et de développement mondial rendent nécessaires. Ils permettent également d’intégrer sans contrainte excessives, des formes individuelles et privées de production, des mécanismes de marchés pour rendre cette planification globale compatible avec une liberté économique individuelle.

 

Cadre et positionnement général :

Le socialisme est le cap qui nous permet de répondre aux défis actuels et d’avancer vers la société communiste. Formuler cette perspective nous permet d’identifier les priorités actuelles, qui consistent à créer les conditions nécessaires à l’établissement futur de sociétés socialistes en Europe et dans le Monde.

Le cadre général dans lequel nous pouvons agir, mobiliser reste prioritairement la nation. C’est le cadre historique, social et culturel de la souveraineté populaire. C’est dans ce cadre que doit d’abord être établi un rapport de force de classes suffisant. Ce n’est que sur cette base, réalisée si possible dans plusieurs nations, que des changements pourront être obtenus au niveau européen.

Par ailleurs, les tensions internationales et les conséquences de la guerre posent aujourd’hui la question de la survie de l’UE.

Nous présenter aux élections au parlement de l’UE est important pour ;

  • faire connaître et converger nos idées entre pays,
  • interpeller les gouvernements et les responsables politiques,
  • appuyer nos mobilisations respectives les unes sur les autres,
  • contribuer au développement des forces communistes et ouvrières dans tous le pays,
  • fédérer et organiser ces forces au sein du Parti, outil démocratique essentiel pour une transformation révolutionnaire de la société toute entière.

Mais nous ne pouvons pas nous limiter au périmètre de l’UE. Il existe déjà une rencontre régulière des partis communistes et ouvriers au niveau international. Il est important d’œuvrer à ce que se constitue un cadre spécifique entre ces partis sur le périmètre de l’Europe.

Nous proposons à ce titre la réalisation d’une revue internationale partagée (papier ou en ligne), polyglotte (4 ou 5 langues, plus si possible), impliquant un nombre significatif de partis communistes et ouvriers d’Europe, représentatifs de la diversité culturelle, historique et politique de notre continent comme premier cadre de discussion collectif continental.

Ce positionnement doit nous permettre de préciser et de rendre plus concrète notre spécificité sur le champ politique.

 

Construire de nouveaux cadres de coopération multilatéraux pour rendre caduques les traités

L’Union Européenne se trouve aujourd’hui en zone de grande fragilité économique, stratégique, industrielle, sociale et politique. Les désaccords s’accumulent. L’Euro, monnaie unique de la plupart des pays de l’UE n’a pas permis pour l’instant de se protéger de la hausse des taux pratiquée par la banque centrale états-unienne, et cela menace d’une grave récession.

Après 70 ans environ de soi-disant « construction européenne », il est temps d’établir un bilan.

L’UE devait garantir la paix, la démocratie et la prospérité. Elle est aujourd’hui un facteur de guerre, de grande pauvreté, de destruction des acquis sociaux. Elle est l’outil essentiel de retrait de la souveraineté, une camisole de force sur les choix démocratiques. Elle préside à la désindustrialisation massive et sombre dans la crise économique. L’euro devait nous protéger et nous libérer de la domination du dollar. En réalité, il nous soumet à la politique décidée à Washington et New York.

L’Union Européenne se trouve aujourd’hui en zone de grande fragilité économique, stratégique, industrielle, sociale et politique. Les désaccords s’accumulent. La politique de hausse des taux pratiquée par la banque centrale états-unienne et la BCE menace d’une grave récession.

Cela crée une situation inédite, complexe et très dangereuse : Il n’existe aucune option juridique pour changer radicalement une politique qui ne fonctionne pas et qui menace une partie du continent d’un grave chaos.

  • Quitter l’UE individuellement nécessite un processus d’au moins 5 années, comme la montré l’exemple britannique (et encore, la Grande Bretagne est insulaire et n’avait pas adopté l’euro). En cas de départ conflictuel, il existe des possibilités énormes de chantage à l’égard du pays qui souhaite sortir.
  • Réécrire les traités nécessite l’unanimité des pays concernés. Cela pose un grave problème démocratique et un grave problème pratique.

La nécessité fait toujours son chemin. Mais il est difficile de connaître à l’avance les détours exacts que ce chemin peut prendre.

La position historique du Parti doit être maintenue : Il faut sortir des traités que, nous, n’avons jamais soutenu. Il faut dénoncer radicalement la démarche et la méthode de fonctionnement de l’UE et son élargissement. Il faut bâtir une Europe de coopération librement consenties et réversibles, entre nations souveraines et peuples associés.

Mais nous pouvons aller plus loin aujourd’hui. Car les BRICS aujourd’hui montrent une autre voie. Ils ouvrent la possibilité d’une véritable alternative à l’hégémonie monétaire états-unienne sans perte de souveraineté, mais au contraire dans la reconquête de celle-ci par l’établissement de mécanismes monétaires, financiers et commerciaux ouverts et équitables.

Le choix n’est plus entre l’acceptation des traités et le repli national. Le choix est entre deux systèmes de relations internationales. D’un côté, une UE repliée sur elle-même, inféodée aux USA et verrouillée par les traités. De l’autre, un système multipolaire de relations internationales basé sur le respect de la souveraineté, le multilatéralisme et le développement.

Même si nous ne pouvons pas formuler de mécanisme institutionnel précis pour y parvenir, nous devons clarifier la direction de sortie de crise. Nous devons nous prononcer pour la voie du multilatéralisme, de la construction d’institutions mondiales de régulation et de coopération, autour du cadre de l’ONU, sur des bases équitables et ouvertes, sans hégémonie d’aucune sorte.

Le continent européen doit sortir de la crise et de la division et bâtir des institutions ouvertes, équitables et également respectueuses et garantes de la souveraineté de chaque état.

Pour cela, il faut réaffirmer la primauté du droit national. La souveraineté n’est pas un obstacle. Elle est au contraire le moyen indispensable pour bâtir ces nouveaux cadres internationaux.

Dans la prochaine élection européenne, nous pouvons développer ce positionnement autour de 5 axes majeurs :

 

Axe n° 1 : Pour l’internationalisme de classe, au service de la paix, de la coopération et du développement

Alors que le monde est comme jamais menacé d’une guerre nucléaire et d’une destruction catastrophique, écarter les logiques de guerre, de militarisation, les alliances militaires, les occupations de tous pays par d’autres et les tentatives de domination mondial est une priorité.

Il faut créer les conditions d’une paix durable, fondée sur l’égalité des nations, pour permettre un désarmement massif et définitif, et réaffecter les fonds faramineux actuellement investis dans l’armement vers la transition climatique et le développement, les véritables urgences.

L’égalité des nations nécessite un accès égal de tous les pays au développement. Cela suppose l’arrêt de toute forme de sanctions économique contre quel pays que ce soit, l’accès égal de tout pays au commerce international, l’établissement d’un système financier international démocratique et ouvert, la dissolution de tous les blocs commerciaux, l’annulation massive des dettes publiques et la création d’un fond financier international massif pour le développement et la construction des infrastructures productives dans les pays en développement.

Cela implique une rupture dans la politique européenne et de l’UE, le désalignement sur les USA, l’annulation du partenariat stratégique UE – OTAN avec pour objectif la dissolution de l’OTAN et la solidarité illimitée avec les pays du Sud. Cela suppose le respect total de la souveraineté de chaque pays, l’arrêt de toute ingérence, de manipulation externe et le respect des étapes de développement et des formes politiques propres.

Les expériences tragiques de l’Irak, de l’Afghanistan, de la Libye (…) ont montré l’impossibilité et le danger de changer de l’extérieur le cours politique d’un pays. Une solidarité active des forces progressistes au niveau international suppose le respect du mouvement et des étapes propres de développement de chaque pays.

L’Europe pour sa part, doit établir un cadre de sécurité commun, garantissant la paix sur le continent et une libre coopération entre tous les pays. Aucun pays ne peut être exclu a priori de ce processus. Pour éviter d’être coupée en deux par des logiques de blocs, le continent européen doit faire le choix de la neutralité et l’OTAN doit être dissoute.

La guerre en Ukraine doit cesser au plus vite. Des négociations doivent régler les conditions d’une paix durable et mutuellement acceptable. Le cercle vicieux de la guerre doit être stoppé. Un cessez- le-feu et l’arrêt des livraisons d’armes doivent être la priorité, et les initiatives de la Chine, des pays africains, du Brésil en faveur de la paix doivent être soutenues.

La guerre terrible qui fait rage en Palestine doit également cesser. Le danger d’un embrasement général s’élargit. Un grand nombre de pays appellent également à la désescalade, au cessez le feu et à des négociations sérieuses et équilibrées.

Dans toutes les zones qui sont déstabilisées le chemin vers la paix ne peut passer par la restauration de l’ordre ancien qui a mené à ces blocages, à ces crises et à ses guerres.

L’Union Européenne doit cesser d’alimenter les conflits par les armes comme par la propagande et accepter les médiations et le rôle prééminent de l’ONU comme cadre multilatéral de coopération.

L’Union Européenne doit cesser toutes les opérations qui transforment la Méditerranée, la Manche et d’autres mers en cimetière. Une politique d’accueil digne, humaine et légale doit être proposée pour les millions de personnes qui fuient les guerres, les conditions climatiques et la misère.

Nous devons aussi proposer un vaste et inclusif partenariat pour le développement, en faveur de la construction des infrastructures (énergies, transport, télécommunications en particulier) et du développement des services publics en Afrique et au Proche Orient. Nous proposons que chaque pays de l’UE abonde ce fond de développement à hauteur de 2 % de son PIB (niveau des dépenses militaires exigé par l’OTAN) sans contrepartie ni dette pour les pays en voie de développement.

Chaque personne doit pouvoir vivre dignement dans son pays et participer à son développement.

 

Axe n°2 : Pour le climat, un nouveau système productif est à bâtir : Plan de transition climat

La parti présentera le 6 novembre prochain son plan de transition climat – remplacer par le nom officiel de ce plan – qui est un plan très solide scientifiquement et très ambitieux économiquement et socialement. Ce plan apporte une argumentation solide pour porter des changement urgents. Notre parti est le seul à porter, autour du climat, un projet de société global et cohérent, le seul à exprimer que les changements nécessaires ne sont pas que techniques mais nécessitent de modifier en profondeur les structures sociales et économiques.

Il suppose notamment (en cohérence avec les travaux de la commission économie) :

  • D’énormes investissements publics dans de nombreux secteurs (production énergétique, logement, transports, usines et structures productives, …) ;
  • De réorienter massivement les flux de plus-value en direction de ces investissements, sur la base d’autre critères que la rentabilité ;
  • De modifier la structure financière et les critères comptables ; reconstituer les monopoles publics dans les domaines du transport, de la production d’énergie et des réseaux ;
  • Le retour d’une organisation en service public de secteurs clés comme la production électrique, l’énergie ou les transports de voyageurs et de marchandises, et le développement de nouveaux services publics comme par exemple un service public de voitures individuelles électriques partagées.
  • Un vaste plan éducatif.
    L’ambition de ce plan et l’urgence des problématiques donne tout son sens à la perspective socialiste que nous envisageons à moyen terme pour notre pays.

 

Axe n° 3 : Faire sauter les verrous libéraux, développer de nouvelles formes sociales avancées de propriété des outils de production : pôles publics

Le traité de l’UE de Lisbonne, comme ceux qui l’ont précédé, sacralisent la propriété privée, l’économie de marché et l’accumulation capitaliste du profit. Les bourgeoisies des pays de l’UE (en particulier française) se sont appuyés sur ces outils et la valeur quasi-constitutionnelle des traités pour détruire et vider de leur sens les conquêtes populaires de l’après guerre. Les avancées historiques portées par le conseil National de la Résistance est encore inscrite dans le cœur de la société française.

Elles ont cherché à faire tourner la roue de l’histoire en arrière et le résultat en est, non pas une « construction », mais une destruction.

Nous devons clairement réaffirmer la supériorité de la propriété collective des grands moyens de production, notamment en ce qui concerne l’énergie et le transport et la fin des mise en concurrence des grands services publics (y compris la santé, l’éducation l’eau…) et, en créant de nouveaux services (voir Anicet Le Pors) pour la protection des personnes, de l’environnement et de l’humanité.

Nous disposons en France d’une expérience très avancée en termes de service public nationalisés, dont le meilleur exemple est la création de l’Electricité de France par Marcel Paul, le Parti Communiste et la mobilisation des électriciens et gaziers. Ce modèle était basé sur :

  • la garantie, pour tous, d’un service universel, de qualité, moderne et à bas prix, hors marché capitaliste ;
  • un statut très avancé des personnels en termes de formation et de protection sociale, droit du travail, participation à la gestion et aux décisions stratégiques ;
  • la capacité à contribuer à la modernisation du pays, en relation avec les entreprises privées du secteur selon une répartition des rôles stable et claire et grâce à l’articulation avec le Commissariat à l’Energie Atomique, créé aussi à la libération par le communiste, prix Nobel, Frédéric Joliot Curie.

L’avancée de ce modèle a été paradoxalement confirmée par la vague de nationalisation de 1981. Il est en effet clair que la seule nationalisation d’entreprises de secteurs stratégiques n’avait pas alors permis des avancées réelles, ni pour les consommateurs, ni pour les salariés, ni pour le pays.

La notion de pôles publics, développée par le parti et la commission économique du Parti répond à cette problématique. Elle permet d’envisager une nouvelle étape qui s’appuie sur l’expérience de 1945, en l’approfondissant dans la perspective future d’une économie socialiste de marché.

Elle doit être un axe de campagne fort, à décliner concrètement sur les secteurs concernés.

Il faut démontrer que le développement de services publics modernes et portant le développement du pays est incompatible avec ce traité qui doit donc être remplacé par un nouveau cadre multilatéral de coopération.

Enfin, il faut porter clairement l’idée que la réindustrialisation d’un pays comme la France nécessite une forte implication de l’état et de la puissance publique. Les pôles publics peuvent être le vecteur essentiel de cette réindustrialisation.

Un pôle public du logement, récupérant les logements et bâtiments possédés par les banques et assurances et maître d’ouvrage de la rénovation et de la construction des logements en lien avec les collectivités et les habitants serait par exemple un puissant outil de transformation urbaine et de l’aménagement du territoire. Il pourrait tirer l’ensemble de la filière vers de nouvelles technologies de production et de nouveaux modes d’usage du logement.

 

Axe n° 4 : Unir le peuple en renversant les hiérarchies sociales

Le ton populaire, simple, direct et plein de solidarité porté par notre secrétaire national depuis la campagne présidentielle a fait mouche dans de nombreuses catégories sociales. C’est parce qu’il répond à une problématique majeure de notre société. C’est parce qu’il est au fond, un discours qui porte et appelle à un point de vue de classe. Il change les termes du débat.

La bourgeoisie a l’habitude d’imposer sa hiérarchie sociale : les classes supérieures dominent la société. Les « essentiels », ceux qui produisent les richesses, font vivre et fonctionner l’ensemble de la société sont invisibilisés et privés largement de participation à vie sociale et politique. La petite bourgeoisie se considère habituellement comme le porte-parole légitime du peuple (privé de parole) et déteste être remise en cause dans ce rôle.

Un actif sur deux est soit ouvrier, soit employé. Mais la présence de ces classes sociales à l’assemblée, au sénat, ou même dans les conseils des collectivités locales est rare. La presse et la télévision ne leur accorde qu’une portion congrue. Le travail en général reste un huis clos.

La dignité, l’ampleur et la popularité du mouvement contre la réforme des retraites sont un autre exemple de prise de parole et d’intervention de classe dans la vie politique. Ce mouvement a également reçu un fort soutien dans de nombreuses catégories sociales, tout en rencontrant des obstacles, en particulier pour généraliser les grèves. Pour changer la donne politique et les termes du débat une nouvelle phase et d’autres perspectives comme celle d’un front populaire des grèves et des luttes et les renforcements des organisations syndicales et politiques à l’intérieur des entreprises sont nécessaires. .Le moment des élections européennes doit être une étape importante

de débat et de mobilisation dans les entreprises. En agissant ainsi, nous permettrons aux travailleurs de se saisir de l’élection européenne, de lui donner un sens et d’y faire irruption pour que cette élection soit un moment de lutte et de structuration.

Cela montre la capacité des classes travailleuses à porter une direction pour l’ensemble du peuple. Ce n’est pas un hasard si la popularité de notre secrétaire national s’est accélérée à la suite de ce mouvement social.

C’est cette analyse de classe, portée par la classe qui peut seule donner son sens à la notion de souveraineté comme un droit collectif du peuple. Non seulement la grande bourgeoisie française n’a pas défendu la souveraineté nationale, mais elle a même appuyé son abandon au sein des institutions européennes. Car pour la bourgeoisie, la perte de souveraineté était au fond une reconquête : la reprise des acquis sociaux de 1945, la destruction de la capacité d’agir du peuple.

Plutôt la soumission à l’UE et aux USA que les acquis de la Libération.

Nous devons porter une critique de classe concrète et pédagogique de la démocratie bourgeoise libérale actuelle. Nous devons lui opposer un retour aux sources de la démocratie et une République sociale, laïque et féministe : le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple, la priorité de l’intérêt collectif sur les intérêts privés, notamment ceux du capital qui dominent aujourd’hui, la satisfaction collective des droits et besoins matériels essentiels, le développement des forces productives pour répondre aux besoins sociaux, l’unité du peuple comme base.

 

Axe n°5 : Faire société autour du travail

La misère économique et sociale, la perte du sens au travail et des repères collectifs constitue une source majeure de mal-être. La division des gens entre eux, la construction d’opposition en large partie artificielle entre des catégories de population qui partagent au fond de mêmes intérêts sociaux, le développement des réflexes racistes et des oppositions religieuses (réelles ou fantasmées) est un grand danger. La crise de la jeunesse, le développement des trafics, notamment de drogue, de la violence, dont les classes populaires sont les premières victimes exacerbe ces divisions.

La crise démocratique et la manipulation de l’opinion publique par des médias contrôlés par les grands groupes capitalistes enferme notre peuple dans des répétitions dangereuses. Les rejets se multiplient mais l’oligarchie financière continue d’imposer sa politique et son point de vue. C’est un cercle vicieux : la difficulté à porter des changements politiques profonds nourrit l’abstention des classes populaires et le désintérêt pour la politique. En même temps, l’abstention et le désintérêt des classes populaires empêche de porter des changements dans notre système politique. Le verrou du traité de l’UE et le fonctionnement des institutions de l’UE est un outil essentiel de ce blocage démocratique.

Une large partie de la classe travailleuse n’a plus accès à un collectif syndical actif sur son lieu de travail ni à une expression politique communiste. C’est encore plus vrai pour les couches les plus jeunes et les plus précarisées.

Or, ceux qui font tourner la société sont les mieux placés pour voir ce qui ne fonctionne pas et sont les seuls capables de l’énergie nécessaire pour le combat du changement. C’est le sens des orientations de notre dernier congrès. Cela doit aussi, dans la lignée de notre histoire et de nos campagnes déjà menées, un axe fort de campagne : la parole à la classe travailleuse, des candidats de la classes travailleuse pour des députés de la classe travailleuse, un travail pour construire des expressions collectives.

Les prises de consciences s’accélèrent. L’unité des classes travailleuses, l’organisation collective à l’échelle des masses doit traduire ces prises de consciences en capacité d’agir. Le Parti et les organisations de masse sont l’outil à développer pour porter et structurer cette capacité d’agir collective.

En cohérence également avec nos choix de congrès, nous devons porter l’ensemble de ces débats sur les lieux de travail qui sont les lieux privilégiés de conscientisation et de formation.

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