La triste histoire du jour 21 – La mort d’un jeune de 23 ans pour des faits politiques !
Posté par jacques LAUPIES le 16 février 2026
Quelle tristesse ! Mais au fond qui sont les coupables si ce n’est une classe dominante aux pouvoirs économique, politique et médiatique considérables qui exploite et crée ainsi les conditions d’une violence inexcusable !
Après la mort de Quentin D., le risque de représailles brunes contre LFI et les antifascistes
Après la mort du militant nationaliste Quentin D., le procureur de Lyon a annoncé ce lundi que l’enquête était élargie aux faits criminels d’homicide volontaire tandis que les groupuscules d’extrême droite promettent des représailles aux antifascistes et aux insoumis. Des menaces prises au sérieux par les renseignements.

© Vincent Isore/IP3
Devant l’Institut d’études politiques (IEP) dans le 7e arrondissement de Lyon (Rhône), le calme est trompeur. Ce lundi 16 février, deux jours après la mort du militant nationaliste Quentin D., les vacances scolaires viennent de débuter. Et peu nombreux sont ceux qui s’aventurent aux abords du théâtre du drame survenu à la suite d’une action du collectif fémonationaliste Némésis contre la venue de l’eurodéputée Rima Hassan.
« Personne ne doit mourir devant Sciences-Po, repose en paix, Quentin », peut-on lire sur l’emballage d’une rose blanche accrochée sur un lampadaire. Ailleurs dans la ville, l’atmosphère est bien différente. Dans la rue, l’extrême droite déverse ses appels à la vengeance à même les murs.
« Islamo-gauchistes hors de nos facs »
« À mort R. Arnault » : le nom de Raphaël Arnault, député LFI et cofondateur de la Jeune Garde, un groupe antifasciste accusé par l’extrême droite d’être responsable des faits, est inscrit sur les pentes du Vieux-Lyon. Un tag accompagné de l’inscription « 1161 », code d’AAFA : anti-antifa.
Dans l’après-midi ce lundi, le procureur de la république de Lyon, Thierry Dran, a fait état des avancées de l’enquête. Il a d’abord rappelé l’action de Némésis, dont les activistes étaient porteuses d’une banderole arborant le slogan « Islamo-gauchistes hors de nos facs », tout en entonnant des chants racistes, selon des témoins joints par l’Humanité. Le procureur précise que deux d’entre elles ont été la cible de violences.
Vers 18 heures, jeudi, au niveau des rues Yves-Farges et Victor-Lagrange, à trois petites minutes de marche de l’IEP, le groupe qui devait venir en renfort des militantes fémonationalistes aurait été « pris à partie violemment par un groupe d’une vingtaine d’individus masqués et cagoulés ». Selon Thierry Dran, « la plupart parvenaient à s’enfuir. Mais trois personnes se retrouvaient isolées et étaient immédiatement frappées par plusieurs individus ». Dont Quentin D.
L’autopsie fait état d’un traumatisme cranio-encéphalique majeur
Au sol, le militant identitaire est « frappé à de nombreuses reprises, par au moins six individus », poursuit le procureur. Transporté chez lui par des amis, il sera pris en charge plus d’une heure plus tard alors que son pronostic vital est largement engagé. Il ne survivra pas. L’autopsie pratiquée lundi, deux jours après l’annonce du décès de Quentin D., a révélé un traumatisme cranio-encéphalique majeur, associé à une fracture temporale droite.
Une enquête criminelle pour homicide volontaire a été ouverte, en plus d’une enquête délictuelle pour violence aggravée avec trois circonstances : en réunion, masqué et porteur d’armes par destination. À ce stade, le procureur de la République se refuse à tout commentaire sur le profil des auteurs de ces violences mortelles. Refusant la cacophonie politique générale qui cible « l’ultragauche » – dans la matinée, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, n’avait pas hésité à associer la Jeune Garde et La France insoumise à ces faits.
Du côté des militants antifascistes, une crainte émerge devant l’exploitation politique effrénée de ce drame. Celle de subir de violentes représailles de l’extrême droite. À en croire les boucles de discussions de certains groupuscules, que l’Humanité a pu consulter, ces inquiétudes sont fondées.
Sur plusieurs d’entre elles, on peut voir des drapeaux LFI piétinés accompagnés d’un salut de Kühnen à trois doigts, variante du salut nazi créée dans les années 1970 pour revendiquer cette idéologie tout en échappant aux poursuites judiciaires. Mais aussi des photos de militants « gauchistes » à « traquer ». Parfois accompagnées de leurs noms, prénoms, adresses et lieux de travail.
Certains sont directement accusés du meurtre. Parmi eux, deux étudiants, un ancien militant LFI et une joueuse amatrice de handball de la région du Beaujolais. Des mises en cause parfois relayées sur X par des « journalistes » du média d’extrême droite Frontières, sans que soient toutefois apportés d’éléments tangibles prouvant leur implication.
Menaces, insultes et attaques
Autour de la Jeune Garde, les menaces fleurissent depuis ce week-end. L’avocate du groupe, Aïnoha Pascual, nous rapporte faire l’objet de menaces et d’insultes. Mais aussi d’avertissements : « On se souviendra de vous », la harcèlent depuis plusieurs heures des individus non identifiés.
Un ton particulièrement menaçant que l’on retrouve partout en France. À Paris, dimanche soir, des militants d’extrême droite ont été vus se livrant à des saluts nazis boulevard de Ménilmontant, bastion antifasciste parisien, criant « on est chez nous » et « justice pour Quentin ». Des croix gammées ont également été taguées sur la statue de la place de la République.
Ailleurs, des permanences de La France insoumise ont subi des attaques. À l’Humanité, LFI rapporte que son siège national a été dégradé, tout comme cinq locaux de campagne de candidats aux municipales, le domicile personnel d’un représentant et quatre permanences parlementaires. Dont celle d’Aurélien Le Coq, député insoumis du Nord. Une action qui serait, selon nos informations, l’œuvre du groupuscule Nouvelle Droite. Le parlementaire nous confie avoir déposé plainte.
Faire de la victime un martyr de la cause nationaliste
Dans toute la fachosphère s’exprime la volonté de faire de Quentin D. un « martyr » de la cause nationaliste. Un qualificatif d’ailleurs employé par le Figaro dans son éditorial de ce lundi, qui désigne Quentin comme « un martyr de la liberté d’expression que l’extrême gauche, aidée par trop de complices, veut remplacer par sa hideuse loi de la meute ».
« Aucune mort nationaliste est en vain. On s’inspirera de leur courage », peut-on lire sur la boucle des Baroudeurs, un club néofasciste qui organise régulièrement des « camps d’aguerrissement » pour se préparer « au combat ». « Son sacrifice nous oblige à jamais, écrit le groupuscule nationaliste Red Angers sur sa boucle Telegram à destination de ses 2 000 abonnés. Après le temps des larmes s’impose celui du combat. »
Nombreux sont les militants de ces groupes à reprendre les derniers mots supposés de Quentin D., « On remettra ça, les gars ! » pour les mettre au service d’appels à la violence. « Comme lui, la lutte à mort nous rend joyeux », revendique le groupuscule suprémaciste Luminis dans un message interne adressé à ses partisans. Sur Telegram, l’ancien dirigeant du groupuscule pétainiste aujourd’hui dissout l’Œuvre française, Yvan Benedetti, menace : « Les responsables devront payer ! Les antifas, pour qui les nationaux et les nationalistes sont des obsessions psychiatriques et maladives. LFI qui a fait d’une racaille antifa un député, et de ses nervis des attachés parlementaires. » Dans le même esprit, l’Action française appelle les siens à « la réaction par tous les moyens ».
« Lorsqu’ils reprennent ce qui aurait été le dernier mot de Quentin D., c’est comme pour annoncer qu’il y aura un second round, décrypte le sociologue Emmanuel Casajus, spécialiste de l’extrême droite, connu pour avoir infiltré l’Action française. Ils pensent à se venger. On peut craindre des expéditions punitives, des attaques de conférences, de réunions de gauche ou de militants isolés. »
Des dysfonctionnements sécuritaires
Des craintes largement partagées par les services de renseignements. « Oui, il y a un risque. À Lyon, où les groupuscules d’extrême droite veulent de longue date mettre la main sur la ville, mais pas seulement », confie un agent à l’Humanité. Selon lui, le contexte politique, entre les discours aux accents trumpiens entendus en marge des procès du RN, l’ascension de Jordan Bardella dans les sondages, les crises internationales, permet à ces groupuscules de « relever la tête et de se sentir légitimes, voire invincibles ».
Pour lui, ces événements mettent en lumière une faille sécuritaire. « On a raté quelque chose, il faut bien le dire, confie-t-il. Il ne fallait pas être grand clerc pour savoir qu’à Lyon, capitale des groupuscules d’extrême droite, il pouvait y avoir du désordre autour d’une conférence de Rima Hassan. Il y a d’ailleurs eu des remontées des services. » Et d’ajouter : « La question à se poser, c’est pourquoi on n’a pas fait le boulot ? On ne parle pas de groupes qui ont suivi un homme sur 3 kilomètres avant de le passer à tabac dans un lieu discret. C’était à quelques mètres d’un événement à risques, en plein jour. » Sur ce point, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, n’a pour l’heure apporté aucun élément de réponse.
Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés









