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Venezuela : l’accaparement d’un territoire par Exxon Mobil et le Pentagone.

Posté par jacques LAUPIES le 13 décembre 2023

 

Lundi 4 décembre 2023, par  pam, popularité : 75%

 

 

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 Venezuela : l’accaparement d’un territoire par Exxon Mobil et le Pentagone. dans POLITIQUE
Photo : ExxonMobil extrait du pétrole au large du Guyana (Photo : Keith Wood).

« Le-Venezuela-veut-envahir-le-Guyana ! ». L’internationale médiatique inverse (une fois de plus) les rôles pour occulter une énième stratégie états-unienne contre le Venezuela. Exxon Mobil et le Pentagone, après avoir acheté le gouvernement du Guyana, déploient un plan médiatico-militaire pour tenter de s’emparer de l’Esequibo – zone riche en pétrole, qui fait historiquement partie du Venezuela. Le Guyana affirme que ce territoire lui appartient, et a officiellement exprimé son intention d’y établir des « bases militaires états-uniennes ». « Nous devons protéger nos intérêts nationaux », a déclaré le vice-président du Guyana, Bharrat Jagdeo, « nous travaillons avec nos alliés pour mettre au point un plan pour toutes les éventualités et nous aurons la visite de deux équipes du ministère états-uniens de la défense la semaine prochaine, puis plusieurs visites en décembre et une représentation de haut niveau. » Les grands médias inversent les rôles, mais qu’attendre d’autre de leur part ? N’ont-ils pas relooké les violences d’extrême droite de ces dernières années en « manifestations-populaires-réprimées-par-Maduro » ? N’ont-ils pas occulté le blocus pétrolier et les sanctions de l’Occident pour imputer l’exode de population à « l’échec-du-socialisme-bolivarien » ? Ou sacré le putschiste d’extrême droite Juan Guaido « président du Venezuela » ?

Explications de María Páez Victor, sociologue et Docteure en philosophie d’origine vénézuélienne vivant au Canada.

Les attaques des États-Unis et de leurs alliés contre le Venezuela comprennent 930 sanctions illégales qui excluent le pays des financements internationaux et l’empêchent d’acheter des médicaments, de la nourriture, de produire ou de vendre son pétrole. Il y a également eu un soutien direct et indirect à des tentatives de coup d’État, des violences de rue entraînant des meurtres et des blessures, des cyberattaques sur le réseau électrique, le sabotage du pétrole et des infrastructures, le financement de bandes criminelles, la corruption de fonctionnaires, des tentatives d’assassinat contre le président et son cabinet. Mais aussi la mise en place d’une fausse présidence, l’appropriation de la compagnie pétrolière CITGO et de milliards d’actifs vénézuéliens dans les banques, l’impossibilité pour le pays d’obtenir des vaccins Covid-19 en cas de pandémie, ainsi qu’une attaque brutale contre la monnaie. On estime qu’au moins 100.000 Vénézuéliens ont perdu la vie à cause des sanctions illégales [1]. Il semble que cela n’ait pas suffi. Les États-Unis, par l’intermédiaire de leur créature Exxon Mobil, et main dans la main avec leur allié impérial, la Grande-Bretagne, s’apprêtent à réaliser le plus grand accaparement de terres depuis que les États-Unis se sont emparés d’un quart du Mexique, au moyen d’un tour de passe-passe judiciaire.

Des problèmes de longue date : la terre et l’or

Toutes les anciennes cartes du Venezuela, depuis l’époque où il a été cartographié pour la première fois sous la domination espagnole, montrent que sa frontière orientale est le fleuve Esequibo (en rouge sur la carte ci-dessous, le Rio Esequibo limitrophe avec le Guyana).

 dans POLITIQUE

De l’autre côté du fleuve se trouvait un territoire revendiqué plus tard par l’Angleterre et qui est devenu la Guyane britannique. C’est un endroit que les explorateurs assoiffés d’or ont envahi à la recherche du mythe de l’El Dorado, qu’ils n’ont pas trouvé, mais ils ont trouvé de l’or et l’or sucré de la canne à sucre. Grâce à une campagne de désinformation délibérée, impliquant la cartographie bidon de R. Schomburgk, dès 1835, l’Empire britannique a pénétré sur le territoire vénézuélien. Après que la Grande-Bretagne a donné son indépendance à la Guyane britannique, qui est devenue le Guyana, ces incursions n’ont pas cessé. Le territoire à l’ouest du fleuve ainsi revendiqué par le Guyana et qui fait l’objet du litige, mesure 159 542 km², soit un territoire plus grand que le Portugal et les Pays-Bas réunis.

La controverse de longue date a atteint son paroxysme lorsqu’en 1899, un tribunal arbitral a été convoqué à Paris pour régler la question – sans la présence d’un seul Vénézuélien ! Les juges étaient britanniques, américains et russes. Les États-Unis, invoquant une quelconque raison d’être présents en raison de leur propre doctrine Monroe, ont présumé représenter le Venezuela. La sentence, à la surprise générale, a profité à la Grande-Bretagne.

Le Venezuela a continué à lutter contre ce vol judiciaire étonnant de la terre qui avait toujours fait partie du Venezuela, et après de longues luttes diplomatiques, l’accord de Genève de 1966 a été accepté par les deux parties. Il déclarait catégoriquement nulles et non avenues les actions du Tribunal de Paris de 1899 et stipulait que les deux parties – le Venezuela et le Guyana – étaient obligées de négocier à l’amiable et de bonne foi pour résoudre toutes les questions concernant l’Esequibo. En outre, compte tenu de cet accord, les deux parties ont accepté en 1980 le mécanisme de bons offices des Nations unies, selon lequel une personne nommée conjointement aiderait à mettre en œuvre les négociations.

Le sujet du jour : L’or noir

En 2014/15, la société pétrolière la plus sinistre et la plus prédatrice du monde, Exxon Mobil, ennemie déclarée du Venezuela, a découvert du pétrole sur terre et en mer dans le territoire contesté. Cela a mis fin à toutes les négociations à l’amiable en cours entre le Venezuela et le Guyana, car la prospérité d’Exxon Mobil a pris le dessus sur le gouvernement du Guyana. L’actuel premier ministre, par exemple, a reçu 18 millions de dollars en échange de son refus de poursuivre les négociations, de sa dénonciation de l’accord de Genève de 1966 et de sa demande d’application de la décision du tribunal de Paris de 1899 par l’intermédiaire d’une nouvelle équipe de juges partiaux de la Cour internationale de justice, qui n’a en fait d’autre compétence que son propre mandat élargi. En juin dernier, la journaliste Amy Westervelt, du site états-unien The Intercept, a rédigé un rapport intitulé « How Exxon Captured a Country Without Firing a Shot » (Comment Exxon s’est emparé d’un pays sans tirer un coup de feu), faisant allusion au Guyana, et alertant par ailleurs sur le grave risque environnemental que représente le refus de la Exxon Mobil de laisser contrôler ses activités extractivistes.

Mais le plus dangereux, c’est que la société pétrolière exhorte le Guyana à provoquer agressivement le Venezuela pour qu’elle puisse se présenter au monde comme une « victime » du Venezuela. L’objectif est de provoquer une guerre frontalière afin que la flotte navale du commandement sud des États-Unis – désormais commodément postée dans les mers adjacentes – puisse ensuite intervenir militairement et envahir le Venezuela. Depuis 2015, le Guyana effectue des manœuvres militaires avec le Southern Command des USA, avec le Venezuela comme cible.

Il n’y a rien que les États-Unis souhaitent davantage qu’une « cause », réelle ou non, pour envahir le Venezuela et mettre la main sur le pétrole, le gaz et les minerais précieux qui y abondent. Comme ils ne peuvent plus compter sur les gouvernements de droite de la Colombie et du Brésil, ils manipulent maintenant le Guyana pour qu’elle devienne leur suppléant dans la guerre. La flotte du commandement sud des États-Unis est déjà stationnée dans les eaux au large de l’Esequibo et, en fait, les États-Unis ont une présence militaire au Guyana même.

Cependant, le Venezuela comprend clairement cette ruse. Il a rappelé n’être jamais entré en guerre pour envahir un autre pays comme le montre l’histoire de la république du Venezuela, enracinée dans l’épopée de Simon Bolivar. Si l’armée vénézuélienne a bataillé au 19ème siècle en Colombie, au Pérou, en Bolivie et en Équateur, ce fut toujours pour les libérer de l’empire espagnol. Le Venezuela recherche une issue pacifique.

Les habitants de l’Esequibo

Le Guyana est l’un des pays les plus inégaux et les plus pauvres de la région. Ses entreprises d’extraction sont aux mains de sociétés étrangères, et les revenus qu’elles procurent au pays n’ont pas eu l’impact correspondant sur les indicateurs de santé et de bien-être de la population. La première tentative de mesure de la pauvreté a eu lieu en 1992-93, puis en 2006. Un universitaire a conclu : « L’histoire économique du Guyana est celle de l’esclavage, de l’indignation, du colonialisme et d’une stratification sociale basée sur la couleur de la peau » [2] Les premières élections libres ont eu lieu en juin 1953, mais elles ont été suivies en octobre de la même année par une invasion britannique avec des troupes et des navires, soutenue par les États-Unis, qui a renversé le gouvernement populiste élu de Cheddi Jagan et de Forbes Burnham.

La société guyanaise souffre d’accusations de corruption, d’inefficacité et de brutalité policière. Elle compte environ 78.500 autochtones, soit 10 % de la population, qui ont été malheureusement et historiquement négligés par le gouvernement guyanais, mais qui défendent aujourd’hui leurs droits par le biais de leurs propres mouvements, car depuis 1990, l’exploitation multinationale des ressources s’est accrue et a mis en évidence l’incapacité du gouvernement à reconnaître et à garantir les droits des autochtones [3]. [De nombreux autochtones de l’Esequibo se considèrent comme des Vénézuéliens, ou du moins comme ayant une double nationalité. Depuis le gouvernement Chávez, le Venezuela propose des projets conjoints qui profiteraient aux deux pays, en particulier à la population de l’Esequibo, tout comme il exploite efficacement et à l’amiable le gaz avec Trinité-et-Tobago sur les mers partagées.

Le référendum

La position du Venezuela sur l’Esequibo est fondée sur les frontières qu’il a toujours eues depuis qu’il était une capitainerie générale de l’empire espagnol, comme l’indique clairement l’article 10 de la constitution vénézuélienne. Par conséquent, le 6 décembre 2023, le peuple vénézuélien sera invité à répondre par « oui » ou par « non » à un référendum de cinq questions : s’il rejette l’arbitrage de Paris de 1899, s’il approuve l’accord de Genève de 1966 comme seul mécanisme contraignant pour résoudre le problème, s’il accepte de ne pas reconnaître la compétence de la Cour internationale de justice, s’il s’oppose à l’appropriation unilatérale des eaux territoriales de l’Esequibo par le Guyana. La cinquième question clé demande aux électeurs s’ils acceptent la création d’un nouvel État, appelé Guayana Esequiba, sur le territoire contesté, l’octroi de la citoyenneté vénézuélienne à ses habitants et la mise en œuvre de programmes sociaux accélérés.

Cette dernière question est d’une importance politique cruciale car elle offre aux habitants d’Esequibo tous les avantages, les droits, l’égalité, les services et la prospérité que le gouvernement et les institutions vénézuéliens peuvent aujourd’hui offrir à leurs citoyens. Cette question est si cruciale que le Guyana et Exxon Mobil ont immédiatement demandé à la Cour internationale de justice d’intervenir dans le litige pour faire quelque chose d’impossible : interdire à la nation vénézuélienne d’organiser un référendum pour ses propres citoyens ! Autrement dit, intervenir directement dans les affaires intérieures d’un pays souverain et violer sa Constitution. Telle est la crainte qu’ils éprouvent à l’égard de la voix du peuple.

La CIJ n’est pas compétente sur cette question, parce que toute demande de cette nature doit être formulée par les deux parties, et que le Venezuela n’a pas accepté l’implication ou la compétence de cette cour. Pourtant, Exxon Mobil a payé les frais de justice considérables du Guyana devant ce tribunal. Le 1 décembre, la CIJ n’a pas donné de suite concrète à la demande du Guyana d’empêcher les électeurs vénézuéliens de s’exprimer via le référendum.

Photo : mobilisation populaire des vénézuélien(ne)s pour défendre l’appartenance de l’Esequibo au territoire du Venezuela.

Le processus électoral vénézuélien – considéré par l’ancien président américain Jimmy Carter comme le meilleur au monde – procède toujours à un vote d’essai afin de s’assurer que tout fonctionne correctement. Ce vote d’essai du 19 novembre avait eu un résultat surprenant : la participation a été trois fois plus importante que lors de tout autre vote d’essai, plus de 3 millions d’électeurs s’étant déplacés ! C’est une indication claire du grand intérêt que les Vénézuéliens portent à l’Esequibo. En fait, l’Esequibo est la question unificatrice la plus importante au Venezuela aujourd’hui. Gouvernement, artistes, oppositions, ONG, syndicats, secteur privé, éducateurs, etc., il semble que le pays tout entier se lève pour défendre l’Esequibo. Les résultats de ce scrutin, organisé le 3 décembre, ont confirmé la reconnaissance très majoritaire de la population, tous signes politiques confondus, à l’appartenance historique de l’Esequibo au Venezuela : https://twitter.com/teleSURtv/status/1731498911263494506 (9). Le « oui » l’a emporté sur les cinq questions à plus de 95 %, avec une participation de plus de 10,5 millions d’électeurs, un chiffre plus élevé que lors des deux élections précédentes. Pour le journaliste argentin Marco Teruggi : « Ce qui est atypique dans ce concours, ce n’est pas seulement l’objet du vote, mais aussi la participation de la majorité des dirigeants de la droite aux élections. Ainsi, dimanche, les anciens candidats à la présidence Henrique Capriles Radonski et Javier Bertucci, le leader Henry Ramos Allup du parti Acción Democrática, le prochain candidat à la présidence au profil d’outsider Benjamin Rausseo, des maires et des gouverneurs de l’opposition ont voté. « Nous nous conformons au mandat de la Plate-forme unitaire, qui a accepté et recommandé que les Vénézuéliens analysent les questions, donnent leur avis et votent lors de ce référendum qui nous permet, après avoir examiné et réfléchi à chaque question, de donner notre avis pour défendre un morceau de terre », a déclaré Manuel Rosales, gouverneur de l’État de Zulia, du parti Un Nuevo Tiempo. « Je suis un opposant à ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui (…) mais il est important que nous défendions la souveraineté nationale, nous devons savoir séparer le bon grain de l’ivraie », a déclaré Luis Florido, autre dirigeant de l’opposition, après avoir voté. » (10)

Mais il y a un facteur, en dehors des cartes, du droit judiciaire et du référendum, qui aura un impact sur cette question : il s’agit d’Exxon Mobil et des millions qu’elle distribue aux politiciens, aux avocats et aux médias pour obtenir cet accaparement de terres.

Exxon Mobil est peut-être la compagnie pétrolière la plus criminelle au monde. Pendant des décennies, ses ingénieurs connaissaient parfaitement les effets des combustibles fossiles sur le climat, mais non seulement ils ont étouffé cette information, mais ils ont payé des écrivains, des scientifiques et des médias pour qu’ils nient l’existence du changement climatique [4]. Elle a violé les droits de l’homme d’innombrables populations rurales et indigènes ; et en Indonésie, sa collaboration avec un gouvernement brutal lui a valu d’être accusée de génocide [5].

Il semble que partout où elle opère, elle commette des écocides, des crimes contre la nature. L’un de ses pires crimes a été la catastrophe écologique causée par son pétrolier, l’Exxon Valdez. En 1989, il a déversé 10,8 millions de gallons de pétrole brut en Alaska, provoquant la mort de 100 000 à 250 000 oiseaux marins, de centaines de loutres, de phoques, d’aigles, d’orques et d’innombrables poissons. Exxon Mobil a passé des années à se battre devant les tribunaux, à nier sa culpabilité et à tenter de se soustraire au paiement des dommages causés. En fin de compte, après 20 ans de litiges, elle a versé à l’État d’Alaska la somme dérisoire de 507 millions de dollars, soit un dixième du coût des dommages causés par sa marée noire [6]. [Si elle peut faire cela à l’Alaska dans son propre pays, imaginez le peu de protection environnementale que les habitants, la flore et la faune vierges de l’Esequibo obtiendraient de cette société irresponsable.

C’est ce monstre qui a acheté le Guyana et qui s’attaque aujourd’hui à la souveraineté du Venezuela. Il ne s’agit pas simplement d’un différend territorial entre deux pays, mais plus encore, ce qui est en jeu, c’est la validité du droit international, l’intégrité de l’accord de Genève de 1966, l’intégrité des bons offices des Nations Unies et l’honnêteté de la Cour internationale de justice (si elle existe). En fin de compte, il s’agit d’une lutte entre la démocratie d’une nation latino-américaine et les intérêts rapaces d’une puissante société pétrolière au service de l’empire américain.

Cependant, le Venezuela a déjà vaincu un empire…

María Páez Victor

Traduction : merci à Bernard Tornare. Source en anglais

Notes :

 

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