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À Marseille, « Mimmo » accueilli en héros

Posté par jacques LAUPIES le 7 novembre 2022

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Domenico Lucano, dit « Mimmo » est l’ancien maire de Riace, une petite ville de près de 2 500 habitants située dans la région Calabre, dans le sud de l’Italie. Ex-professeur et sympathisant communiste, il lutte depuis son plus jeune âge pour les droits humains. Parmi lesquels, l’accueil de réfugiés qu’il met en place dans son village, lui redonnant un nouveau souffle économique et démographique. Les personnes exilées sont accueillies dignement, Riace acquiert une notoriété internationale. Puis, le rêve s’éteint, Mimmo est condamné par la justice italienne. La solidarité serait-elle un crime ? En attendant le verdict de son procès en appel, prévu au début de l’année 2023, il continue de défendre son rêve : l’expérience Riace.

SOLIDARITÉ

L’ancien édile, criminalisé par la justice italienne pour l’aide qu’il a apporté à des milliers de personnes exilées, a été accueilli en héros samedi à Marseille.

Il est 15h30 lorsque les portes de l’Hôtel de Ville s’ouvrent. D’une seule et même voix, les centaines de personnes amassées devant la mairie lancent « Bravo Mimmo ! », les yeux rivés sur cet homme qu’ils admirent. Domenico Lucano dit « Mimmo », ancien maire de Riace, est devenu un symbole de l’accueil des personnes exilées. Des élus municipaux, nationaux, européens sont présents. Il est célébré, encouragé, applaudit, acclamé, la foule entonne des chants résistants et antifascistes.

Sur le parvis de la mairie, des réfugiés le reconnaissent, s’approchent de lui, l’embrassent, demandent à immortaliser le moment. Mimmo est gêné, mais accepte toutes les sollicitations. Des dizaines de fois, il est remercié pour son engagement, son combat, soit la preuve qu’il existe une autre voie, qu’un accueil digne est possible.

Puis il se met en chemin vers le musée d’Histoire. Le parcours de Mimmo résonne avec celui de Marseille. Ce n’est pas un hasard si c’est ici, qu’il est accueilli comme un héros. Quand on évoque son combat, il répond : « C’était normal pour moi. » « Cela correspondait à une vision politique qui était la mienne, celle de la gauche », tient-il à préciser.

 

Riace, un modèle « d’avant-garde »

Cette vision, que beaucoup nomment utopie concrète, est restituée dans « Un paesa di resistenzia » (un pays en résistance), le deuxième documentaire sur Riace de Shu Aiello et Catherine Catella – dont des extraits ont été projetés dans le musée – ou comment Lucano a redonné vie à un petit village calabrais que tous fuyaient. « J’ai démontré que l’arrivée de ces personnes était fondamentale pour construire une communauté, même rurale, c’était magnifique », relate Mimmo Lucano avec fierté. « Imaginez ce petit village du sud profond de l’Italie, avec des personnes de toutes les origines, des Palestiniens, des Kurdes, c’était comme imaginer un nouveau pays, de nouvelles possibilités », s’émeut-il.

Pour Sébastien Thiéry, du collectif Perou, « Riace est notre avant-garde ». « Considérez Riace comme un morceau d’Europe en avance sur son temps », appuie-t-il face à une salle pleine à craquer. Un peu partout sont assis des jeunes et des moins jeunes, des citoyens engagés, des curieux et des voyageurs de passage. L’un d’entre eux prend la parole. Il est Égyptien, vit à Naples et face à Mimmo il ne cache pas son émotion. « Toute l’Italie est avec toi », lui assure-t-il.

 

Instrumentalisé par l’extrême droite italienne

Et pourtant, l’expérience Riace trouve des ennemis un peu partout et surtout en Italie. Le 1er octobre 2018, Mimmo est arrêté, 17 chefs d’accusation sont retenus contre lui, dont association de malfaiteurs, détournement de fonds publics et abus de pouvoir. Quelques mois plus tôt, Matteo Salvini, qui était alors le chef de l’extrême droite italienne, vient d’entrer au ministère de l’Intérieur. Lucano doit s’exiler de son village pendant près d’un an. Puis, en septembre 2021, il est condamné à 13 ans de prison et 500 000 euros d’amende, accusé d’avoir organisé des mariages blancs pour des femmes déboutées du droit d’asile, et attribué des marchés, sans appel d’offres.

Lui, estime avoir été l’instrument politique d’une extrême droite qui gagne du terrain et voit en lui l’homme à abattre. Si bien que la justice suspend son élection et en convoque de nouvelles. Le camp de Mimmo perd la mairie, raflée par l’extrême droite, avec un candidat soutenu par nul autre que Matteo Salvini en personne. Son procès en appel s’est ouvert le 26 octobre et partout, la solidarité s’organise.

« C’est contre ça qu’il faut qu’on se batte aujourd’hui, l’étau se referme. Chez nous aussi, l’extrême droite monte », s’inquiète l’eurodéputé écologiste Damien Carême. « Soyons des millions dans la rue à défendre cette solidarité et à demander d’accueillir les réfugiés. C’est comme cela qu’on fera fléchir nos gouvernants », s’exclame-t-il.

Rocco Femia, directeur de la revue Radici et ami de Mimmo, arrivé en France il y a 30 ans, lance : « Nous ne pouvons pas tous les accueillir, peut-être. Mais n’oublions pas que jusqu’à hier, les pauvres, les déshérités, les clandestins, c’était nous. »

À Riace, toute trace de cette magnifique utopie n’a pas disparue. À l’entrée du village, demeure une fresque, avec ces mots : « Ne fermez pas la porte. »

Laureen Piddiu

« Nous ne pouvons pas tous les accueillir, peut-être. Mais n’oublions pas que jusqu’à hier, les pauvres, les déshérités, les clandestins, c’était nous ».

Rocco Femia

 

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