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« La Russie mise sur un épuisement de l’Occident »

Posté par jacques LAUPIES le 24 juillet 2022

 

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Pascal Boniface, géopolitologue et président-fondateur de l’Iris. PHOTO IRIS
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ENTRETIEN

Le géopolitologue et fondateur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), Pascal Boniface, revient sur les bouleversements mondiaux occasionnés par cinq mois de conflit ukrainien.

La Marseillaise : Comment, en l’espace de cinq mois, le conflit ukrainien a-t-il bousculé les équilibres mondiaux ?

Pascal Boniface : Une nouvelle division très nette en Europe s’est établie. Elle n’est plus « Est-Ouest » comme auparavant, mais sépare la Russie de tous les autres pays, à l’exception peut-être de la Hongrie. Cette coupure est non seulement politique, mais également économique, stratégique, culturelle et scientifique. Nous sommes revenus à un très faible niveau de relations entre Moscou et les Occidentaux, qu’on n’avait plus connu depuis Staline.

On observe aussi un fait national ukrainien qui s’est réveillé et consolidé. Poutine est à l’inverse de l’objectif qu’il cherchait à atteindre, à savoir le retour de l’Ukraine dans le giron Russe. Il a gagné la région du Donbass, comme il a gagné la Crimée en 2014 mais le sentiment national ukrainien se fait contre la Russie. Les Ukrainiens sont aujourd’hui très nettement pro-occidentaux. Soulignons également que cette guerre est un triomphe pour les Américains. La débâcle de Kaboul a été oubliée et Washington apparaît comme le seul acteur capable de protéger l’Europe.

 

La Russie est-elle isolée sur la scène internationale ?

P.B. : Les Occidentaux ont commis l’erreur de croire que le reste du monde allait les suivre dans les sanctions. Ils ont une nouvelle fois confondu la communauté internationale et la communauté occidentale. D’un côté, l’Occident est uni mais est relativement isolé par rapport au reste du monde. De l’autre, la Russie est coupée de l’Occident, mais n’est pas isolée du monde.

 

Quelles conséquences durables de la guerre pour l’Europe ?

P.B. : Le projet d’autonomie stratégique européen est au point mort. Il y a plus de deux ans, Emmanuel Macron disait que l’Otan était en état de mort cérébrale. C’est aujourd’hui l’autonomie stratégique européenne qui l’est. L’Europe vit dans la peur d’une attaque militaire russe. Son réflexe a été de se réarmer auprès des Américains et de leur demander de renforcer leur présence sur le Vieux Continent. Les demandes de la Suède et de la Finlande de rejoindre l’Otan sont l’illustre exemple du retour en force des États-Unis. Tant que Poutine sera au pouvoir, il sera extrêmement difficile de normaliser les relations avec la Russie. De plus, en se coupant du gaz russe, l’Europe va se tourner vers le gaz de schiste américain, plus cher et plus polluant.

 

Jusqu’où Vladimir Poutine est-il prêt à aller dans cette guerre qui est partie pour durer ?

P.B. : La victoire rapide qu’il espérait a échoué, comme son projet de démilitariser une Ukraine aujourd’hui plus armée que jamais. Le président Ukrainien Zelensky est érigé au rang de héros en Occident et on a le sentiment qu’on s’installe dans une guerre de longue haleine. Poutine a un peu dilapidé son héritage. Pendant très longtemps, il a patiemment reconstruit la puissance russe. Mais avec cette guerre, il va affaiblir son pays. Si pour l’heure la Russie n’est pas trop touchée économiquement dans la mesure où elle vend ses hydrocarbures plus chers, elle va, à terme, s’appauvrir. Le ralentissement de ses échanges économiques et la fuite de ses cerveaux seront coûteux. Le Kremlin mise sur un épuisement de l’Occident qui pour l’instant ne faiblit pas dans son soutien à l’Ukraine.

 

La diplomatie a-t-elle encore une carte à jouer dans ce conflit ?

P.B. : Même si pour l’instant ce sont les armes qui parlent, c’est par la diplomatie qu’on mettra fin à la guerre. Les solutions militaires ne sont que le prélude à une solution diplomatique que pour l’instant personne ne souhaite. Tant qu’ils n’ont pas reconquis leurs territoires perdus, les Ukrainiens ne veulent pas accepter un cessez-le-feu et les Russes veulent augmenter leur emprise territoriale avant de négocier. Mais il sera bien nécessaire un jour de parvenir à un accord de paix.

 

Peut-on mesurer l’ampleur des dommages collatéraux de cette guerre de par le monde ?

P.B. : La guerre a aggravé le ralentissement de l’économie mondiale. La Chine est fortement impactée par la hausse du prix des denrées alimentaires et de l’énergie, comme la plupart des pays du monde qui souffrent de ce conflit.

Propos recueillis par Arnaud Deux

 

« La géopolitique tout simplement », de Pascal Boniface et Anne Sénéquier. Édition Eyrolles, 2021, 26 euros.

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