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Petit à petit on avance (y compris sur la sexualité)

Posté par jacques LAUPIES le 4 septembre 2021

 

 

Colette (Odile Vuillemin), « résistante de l’ombre » et coupable idéale. © Sarah Alcalay/FTV/Alaudafilms2/MakingProd

 Colette (Odile Vuillemin), « résistante de l'ombre » et coupable idéale. © Sarah Alcalay/FTV/Alaudafilms2/MakingProd

 

Télévision. Odile Vuillemin : « Une émotion est souvent plus forte que de longs discours »

Samedi 4 Septembre 2021

Dans « Deux Femmes », diffusé sur Arte le lundi 6 septembre, Odile Vuillemin incarne avec brio le rôle de Colette, condamnée parce que femme et libre, dans la France de 1965. L’affaire du « Bois Bleu » reste l’un des exemples les plus marquants d’erreur judiciaire. L’actrice évoque avec nous un personnage « dramatiquement moderne ».

 

Colette, votre personnage, affirme dès sa première apparition sa singularité dans la France de 1965 : les mots qu’elle emploie pour rompre avec son amant, son attitude sont, même aujourd’hui, l’apanage des hommes…

 Odile Vuillemin. © David Nivière/Abacapress

ODILE VUILLEMIN C’est tellement le sujet ! Colette est loin des représentations habituelles des femmes, et encore plus de celles de cette époque. Elle est hors genre. C’est ce qui rend le film déroutant. Et le propos est encore actuel en 2021 : à bien des égards, Colette est une femme résolument libre. Et qui l’assume pleinement, quelles qu’en soient les conséquences. En cela, elle est dramatiquement moderne. Elle assume son corps, elle assume le corps des autres dans son combat pour l’avortement, et elle assume aussi pleinement son désir, son plaisir, sa coquetterie, et sa féminité dans ce qu’elle a de plus futile et de plus profond. Qui est sa part de ce qu’on appelle la masculinité, puisqu’on a attribué tous ces atouts très forts aux hommes. On ne sait pas pourquoi !

Colette le dit à un moment à son mari : elle différencie l’amour et le plaisir, le fait d’avoir des amants et un mari…

ODILE VUILLEMIN Nous avons une éducation qui associe la sexualité à la fidélité. Dans d’autres sociétés, c’est plus simple et le rapport sexuel est plus sain, physiologique, là où nous y avons mis énormément d’affect. Je ne juge pas, je trouve les deux bien, à chacun de se construire son univers. Mais force est de constater que, chez nous, nous avons beaucoup de barrières autour de la sexualité. Dans d’autres sociétés, c’est plus simple. Quand je suis allée faire une cure ayurvédique en Inde, on m’a dit qu’il y avait trois choses importantes dans la vie : dormir, le sexe et une bonne alimentation. Le sexe fait partie des piliers de la santé. Je pose ça là.

Anne-Marie Leroux, la juge d’instruction, première femme à instruire ce genre d’affaires, vient d’un milieu conservateur…

ODILE VUILLEMIN C’est une des dimensions très chouettes de cette histoire, d’ailleurs : ces deux femmes se sauvent l’une l’autre. Colette est clairement sauvée par Anne-Marie, puisque celle-ci la fait libérer. Mais d’un autre côté, Anne-Marie se voit ouvrir toute une porte sur sa féminité, qui était une facette inexplorée de sa personnalité.

Elle a un engagement fort avec sa bataille pour l’avortement…

ODILE VUILLEMIN Elle est en accord avec ses choix de vie, quand elle se bat pour ces questions. Mais elle ne prône rien. Et c’est là sa force. Je ne suis pas fan en ce moment du mot féminisme, que je trouve galvaudé. Ce qui m’a plu, avec ce film, c’est qu’on pose une situation. Et c’est à chacun, avec son libre arbitre, de faire son examen de conscience… ou pas. On offre un postulat, une possibilité de réflexion, sans jugement. Chaque personnage représente un point de vue de l’époque. Colette n’est pas militante dans sa féminité. Elle est. Point. Il n’y a pas une once de provocation chez elle. Et c’est sans doute ce qui la rend insupportable aux yeux de ses détracteurs. Elle est libre. C’est insupportable, cette liberté, pour les gens qui ne le sont pas. C’est une perfection, cette femme.

Elle pourrait de façon très simple se disculper, mais elle ne trahit pas ceux qui militent avec elle.

ODILE VUILLEMIN C’est une vraie résistante de l’ombre. Son militantisme se situe peut-être là, dans une action où elle aide les autres, plutôt que de militer pour elle-même. C’est beaucoup plus puissant, en fait.

À l’époque de « Profilage », vous disiez qu’être actrice, c’est être un révélateur de conscience.

ODILE VUILLEMIN J’aime cette fonction première du métier de comédien, de fou du roi qui offre un miroir de la société. Même si nous sommes aussi là pour divertir. Le public plébiscite les fictions sociétales. Je sais que « l’Emprise » a réellement sauvé des femmes (1). Nous avons cette fonction d’utilité publique qui est touchante et pleine de responsabilités. Ce qui me plaît, c’est qu’une émotion transmise est souvent plus forte que de longs discours. La fiction offre une forme d’empathie permettant de ressentir ce que l’autre a vécu.

Vous avez tourné pour TF1, « Il ou elle », où vous jouez la mère d’un adolescent garçon qui veut devenir fille. Vous avez dit alors que vous aimiez défendre la différence…

ODILE VUILLEMIN C’est une sorte de leitmotiv, qui a commencé par la Chloé de « Profilage » (série de TF1 où Odile Vuillemin a joué de 2009 à 2016 – NDLR). Chloé est arrivée juste après le Dr House, un antihéros. En France, nous avions, à l’inverse, des fictions de super- héros, avec des bonnes femmes bioniquement belles, hyperintelligentes. Chloé, c’est pour la première fois la possibilité d’une anti-héroïne télévisuelle. J’aime beaucoup l’idée de faire valoir ce droit à la différence. Comme pour Colette. 

(1) Elle a incarné en 2014, pour TF1, l’héroïne de « l’Emprise », inspiré de l’histoire d’Alexandra Lange, mère de quatre enfants qui a tué le mari qui la battait.

« Sois belle et tais-toi »

Elle est belle, Colette Chevreau (Odile Vuillemin). Et élégante, aussi. Elle est libre, surtout, Colette. Et dans ce petit village de la France étriquée et machiste de 1965, ce cocktail détonant manque de la mener à l’échafaud. Sans la combativité d’une juge d’instruction, Anne Marie Leroux (Agathe Bonitzer), Colette Chevreau aurait été victime d’une erreur judiciaire. Colette aide des femmes enceintes à avorter, ce qui peut lui valoir de dix à quinze ans de prison. Elle a des amants. Elle en quitte un, sans regrets ni remords, à Arras, ce soir-là. Avant de rentrer, tranquillement, dans sa famille, auprès de son mari et de ses enfants, qu’elle chérit. Sur le chemin du retour, elle croise son banquier, lui demande un rendez-vous, et en informe son mari. Il est 18 heures. Le lendemain, dans la presse, elle apprend que ledit banquier a été retrouvé carbonisé dans sa voiture, et que sa mort est estimée à 17 heures par le légiste. Par esprit de probité, elle informe le commissaire André Faureins (Aurélien Recoing), chargé de l’enquête. Celui-ci a retrouvé des croquis de femme nue chez la victime. Sans procéder à aucune vérification, il se met en tête que Colette est la coupable. Et une machine infernale, constituée de cancans, de misogynie, de fantasmes, se met en marche : Colette devient aux yeux de tous la « diabolique ». L’affaire est tirée d’une histoire vraie, celle dite du crime du « Bois Bleu ». C’est aussi une histoire exemplaire : pour sauver l’activité de son réseau de militants pro-IVG, Colette renonce à fournir son alibi. Comme une résistante des droits humains.

  • « Deux Femmes », sur France 2, lundi 6 septembre à 21 h 5.
 

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