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À propos du livre de Philippe Corcuff et de la « grande confusion »

Posté par jacques LAUPIES le 12 août 2021

À propos du livre de Philippe Corcuff et de la « grande confusion » 

Le politologue, professeur à l’IEP de Lyon, a publié aux éditions Textuel un ouvrage dense que l’historien et directeur de la publication de Regards Roger Martelli tente de décrypter. 

Philippe Corcuff n’a jamais été de ceux qui écrivent pour se faire des amis. Pour tout dire, il griffe plus qu’il ne ronronne. Il va parfois trop loin ? Il est injuste à l’occasion ? Sans doute. Mais les 660 pages de ce livre sont parmi les plus utiles qui aient été écrites ces temps-ci [1]. 

L’extrême droite ordonne aujourd’hui la dynamique d’ensemble du débat d’idées. Elle a déconstruit le primat de l’égalité ; elle a imposé le paradigme de l’identité. L’identarisme et l’ultraconservatisme structurent le paysage idéologique contemporain. À côté d’eux ou entre les deux se situe une zone floue où se retrouvent des pensées, venues de la droite comme de la gauche, qui acceptent une part des présupposés de l’extrême droite, alors même qu’elles prétendent la terrasser. Pour Corcuff, c’est la zone de la « grande confusion » ; c’est l’univers du « confusionnisme ». Il lui adjoint un opérateur intellectuel qui le colore et le rend possible : le « conspirationnisme » ou « complotisme ». Quelle que soit l’intention d’un auteur, quels que soient l’horizon idéologique et le positionnement politique, quiconque met un doigt dans l’engrenage contribue à nourrir la dérive vers la droite extrême. Pour Corcuff, le confusionnisme et le conspirationnisme contredisent le parti pris de l’émancipation. 

Le premier chapitre est un remarquable exposé de la méthode par le recours à l’exemple. Corcuff décortique certains des propos de trois auteurs : Jacques Julliard, Frédéric Lordon et Mathieu Bock-Côté, un historien, un économiste et un philosophe. Il prend bien soin de préciser que ces trois hommes ne sont en aucune façon superposables : le premier vient de cette gauche « décomplexée » du Nouvel Observateur, qui a conduit vers les rivages du social-libéralisme, avant de glisser vers un républicanisme souverainiste ; le deuxième appartient à la gauche radicale, dont il est une composante intellectuelle très médiatisée ; le troisième est un nationaliste ultraconservateur québécois avéré. Les deux premiers se situent à deux pôles opposés de la gauche ; le troisième est franchement à droite. Ils n’ont donc rien de commun et pourtant, quelque chose les rapproche : leur critique de l’universalisme et du mondialisme réputés abstraits, leur passion pour un enracinement national renvoyé du côté du concret et leur attraction pour la protection que la nation est censée procurer face aux désordres du monde. 

Si l’on s’en tient à leurs mots clés, force est de constater qu’ils résonnent avec ce qui fut une caractéristique en longue durée des extrêmes droites européennes — Corcuff évoque longuement Maurice Barrès. Cela n’en fait ni des membres ni même des otages de ce courant de pensée. Mais cela oblige à se demander si une telle familiarité contrecarre l’avancée vers la grande régression possible ou si, au contraire, elle y contribue, fût-ce involontairement. Pour Corcuff, la réponse se trouve du côté du second terme. On devrait convenir avec lui qu’on ne combat pas l’extrême droite par la ruse, en reprenant ses mots. 

Il ne sert à rien de résumer un travail titanesque, qui mobilise un matériau d’une grande richesse et un arsenal conceptuel rigoureux. Je ne me prononcerai pas ici sur la pertinence des clés théoriques qui sont les siennes. Mais j’indiquerai, à partir des miennes, ce que je retiens de la masse des informations qu’il nous donne et ce qui, parfois, me sépare de son propos : 

Les idées de l’extrême droite ne sont pas des élucubrations fumeuses, inventées par quelques virtuoses contemporains des médias. Elles ont des racines historiques profondes, formalisées par des penseurs brillants. Corcuff évoque Barrès : il aurait pu remonter plus loin. Un des tout premiers penseurs de la contre-révolution, Joseph de Maistre, écrit ainsi en 1796, dans ses Considérations sur la France : « Or, il n’y a point d’homme dans le monde. J’ai vu dans ma vie, des Français, des Italiens, des Russes, etc. ; je sais même, grâce à Montesquieu, qu’on peut être Persan. Mais quant à l’homme, je déclare ne l’avoir rencontré de ma vie ; s’il existe, c’est bien à mon insu ». Pour la pensée réactionnaire des racines intouchables, l’égalité et l’universalité sont des chimères tournant le dos à l’ordre, à la fois naturel et divin, qui distribue les individus en langues, en groupes sociaux et en États. Toute remise en cause de cet ordre inégal expose les sociétés à la malédiction divine, au désordre et à la destruction. 

Pendant quelques décennies, les idées d’extrême droite ont subi le discrédit de leurs porteurs, balayés par la défaite des fascismes européens. Puis la droite extrême a peu à peu redressé la tête et repris l’offensive, d’abord sur le plan des idées. Sitôt qu’il fut avéré, dès le début des années 1970, que s’essoufflait le cycle favorable de la grande croissance d’après-guerre, elle s’est glissée dans les failles que l’événement suscitait. Alain de Benoist, théoricien brillant de la « Nouvelle droite », fut l’un des premiers à expliquer que le grand cycle de l’égalité, ouvert par les révolutions « occidentales » et prolongé par le mouvement ouvrier, laissait désormais la place au cycle de l’identité. 
Les désordres qui suivirent la fin de la guerre froide ont ouvert un champ nouveau à cette conviction, en lui donnant les ressorts mentaux du « choc des civilisations » théorisés par l’Américain Samuel Huntington. Le temps était venu de la grande peur de la civilisation occidentale menacée, par le « grand remplacement » provoqué par les flux migratoires, comme par l’expansion démographiquement inévitable de l’islam. « Nous ne sommes plus chez nous » : la formule populaire relie désormais les angoisses d’en bas et les pensées élaborées en haut ; elle rapproche l’homme de la rue, Alain de Benoist et… l’académicien Alain Finkielkraut. 

L’obsession identitaire est venue de l’extrême droite, puis elle a gagné la droite et, enfin, elle n’a pas épargné la gauche. Du coup, elle a contribué à effacer la frontière qui sépare les deux grands regroupements politiques. Le mouvement a commencé à la fin des années 1980, autour de « l’affaire du foulard islamique ». Elle s’est élargie dans la décennie suivante, parfois au nom de la République [2], plus souvent au nom de la laïcité. Avec le XXIe siècle, l’islam devient le catalyseur des craintes devant le lien social qui se défait, l’autorité qui se délite, l’esprit public qui se dissout. 
Trois notions finissent par s’entremêler dans la montée du malaise. Avec le 11 — Septembre, le choc des civilisations glisse à la « guerre contre le terrorisme islamique » et à « l’état d’exception » qui en découle. L’insécurité devient un paradigme dominant, touchant tous les domaines de la vie sociale, jusqu’à « l’insécurité culturelle ». Enfin, le sentiment de l’identité perdue nourrit la dénonciation, de plus en plus hystérique, de tout ce qui mine les appartenances réputées fondamentales : le « communautarisme » des minorités, « l’islamisme » et plus récemment encore « l’islamo-gauchisme ». Sécurité, identité et islamophobie sont désormais inséparables dans l’univers mental des discriminations que veut structurer l’extrême droite. 
La dénonciation du nouvel ennemi se fait en reliant, de façon variable, la défense des racines chrétiennes oubliées, de la civilisation européenne encerclée et de la laïcité bafouée. Elle se fait volontiers au nom du peuple, le vrai, celui qui croit aux valeurs saines d’enracinement, délaissées par les élites emportées par le vent du mondialisme. Ce ne sont plus la droite et la gauche qui se font face, mais le peuple et la nation face à leurs adversaires qui conspirent contre elles. La messe est dite : l’heure est… au rassemblement national. Pour parachever le mouvement, il ne reste plus qu’à doter le rassemblement de sa majuscule. 

La montée des extrêmes droites est, à parts égales, le fruit du dérèglement social alimenté par la mondialisation financière, de la crise démocratique avivée par cinq décennies de « gouvernance » [3] et de la crise politique qui a fait éclater, dans les consciences, la pertinence du couple droite-gauche, que l’histoire avait structuré autour du dilemme de l’égalité. Nous sommes ainsi confrontés à une situation où se combinent les pulsions sécuritaires et identitaires, pour légitimer l’avènement de sociétés construites autour du couple de la protection nationale et de l’exclusion. Devant la difficulté à identifier les causes du mal-être, la vieille tentation du bouc émissaire reparaît et, avec elle, le recours classique à l’idée du complot, amplifiée par l’expansion réseaux sociaux instantanés. Quand on ne sait plus désigner les logiques sociales qu’il faut combattre, il ne reste plus qu’à vitupérer les individus qui trament dans l’ombre leurs forfaits : selon les cas, ils sont situés en haut (les élites, la caste, le système, l’établissement…) ou en bas (l’immigré, le musulman ou le bouc émissaire de toujours, à savoir le juif). 
Exacerbée par le doute, la colère se mue alors volontiers en méfiance et en ressentiment. L’issue se cherche dans la protection généralisée et le renforcement des clôtures, matérielles ou symboliques. Au fil des années, une cohérence régressive s’est ainsi installée. Dans ce contexte, Corcuff a raison de suggérer que tout relâchement de la vigilance, que toute concession à l’air du temps est grosse de capitulation devant la pression idéologique de l’extrême droite. Dans les années 1980-1990, le socialisme européen s’est abîmé en intégrant, comme une donnée incontournable, l’hégémonie de la doxa ultralibérale. Il s’est mis à faire, de la concurrence et de la compétitivité, des valeurs de la gauche elle-même. Il s’est transformé en social-libéralisme : ce faisant, il a perdu son âme, ses militants et ses électeurs. 
En intégrant une part du vocabulaire de l’extrême droite, en légitimant l’obsession de la sécurité, de l’identité ou de la protection nationale, la même mésaventure peut arriver à une gauche qui prétendrait disputer au lepénisme les catégories populaires, en intégrant une part de ses mots de prédilection et de ses affects. Si elle suivait cette piste, la gauche actuelle risquerait d’amplifier le désastre amorcé par la crise du soviétisme et la déconfiture de la social-démocratie libéralisée. Ce n’est pas qu’il faille fermer les yeux sur les dysfonctionnements sociaux qui se cristallisent autour des mots de la sécurité, de l’identité ou de la protection. Mais l’essentiel reste de délégitimer les systèmes idéologiques puissants qui se sont constitués autour de ces mots : il n’est pas de pire ennemi de la sûreté que l’idéologie sécuritaire ; le nationalisme étouffe ce qu’il reste de propulsif dans l’idée de nation ; le protectionnisme finit inéluctablement par contredire le besoin de protection. Saluer ostensiblement les mots, aujourd’hui, revient à donner un peu plus de force aux systèmes de pensée qui en font leurs icônes et le symbole de leur ossature. 

Corcuff s’inscrit dans l’espace de la gauche et pas de n’importe quelle gauche. Il n’aime pas le terme de « gauche radicale » et lui préfère la « gauche d’émancipation » ? Soit. L’essentiel est qu’il a choisi de ne pas oublier sa propre « famille »  :  la gauche dont il se réclame n’est pas épargnée par le risque de glissement. Elle peut le faire de façon consciente (ne pas laisser à l’extrême droite le champ de la sécurité et de l’identité) ; elle peut aussi le faire par omission (ne pas donner des armes à l’adversaire). 
Là encore, Corcuff a globalement raison : tout ce qui contribue un tant soit peu à entériner l’inflation des mots prônés par le Rassemblement national, tout ce qui alimente la survalorisation du sécuritaire et de l’identitaire participe plus ou moins du repli encouragé par un air du temps délétère. Penser que l’ennemi de mon ennemi peut être un ami, suggérer que tout « antilibéral » peut être un allié quel que soit son positionnement politique est une aberration. Juger qu’il ne faut pas insister sur la prégnance persistante de l’antisémitisme, au motif que l’islamophobie est le péril dominant, est une faute. Ne voir dans une réalité — par exemple le mouvement si complexe des « Gilets jaunes » — que la part qui conforte ses propres combats est une légèreté. Une fois encore, sur ces points il faut entendre les inquiétudes de Corcuff. 

La masse énorme et irrécusable de citations qu’il entasse pour nous est un signal d’alarme et nul à mes yeux ne peut se dispenser d’une introspection vigilante. Il y a pourtant quelque chose, dans la construction de son propos, qui peut nuire à sa perception et même contredire son propre parti pris. Ainsi, pour donner plus de relief à ses mises en garde et par souci d’exhaustivité, Corcuff se livre parfois à l’exercice des listes à la Prévert, où des individus souvent opposés sont cités en masse compacte et non hiérarchisée. Il veut montrer de façon spectaculaire l’ampleur du phénomène « confusionniste ». Mais cette rhétorique peut nourrir à son insu ce qu’il récuse lui-même : l’idée du « tous pareils ». 
Corcuff sait parfaitement que l’on ne peut pas mettre sur le même plan l’usage des mots, alors même qu’ils sont insérés dans des dispositifs intellectuels opposés. Il précise d’ailleurs lui-même que tout recours au vocabulaire national n’implique pas une propension irrépressible au nationalisme. On peut être sensible à l’exigence de souveraineté, qui accompagne volontiers le désir d’autonomie d’un territoire donné, sans être pour autant taxé de souverainiste. On peut mettre en cause les réseaux de décision qui sont depuis toujours une composante du pouvoir, sans s’enliser pour autant dans le conspirationnisme, dès lors que l’on ne fait pas, de ces réseaux, des cénacles occultes où de maléfiques manipulateurs orientent le mouvement du monde, en tirant les fils des marionnettes occupant pour eux le devant de la scène. Dans le même ordre d’idée, j’ai plaidé naguère pour une critique radicale de l’identité [4] et, en règle générale, je préfère à la notion d’identité celle « d’identification » qui est à la fois plus dynamique (elle évoque une construction et pas une essence figée) et plus complexe (elle admet la pluralité des sentiments d’appartenance sans postuler entre eux quelque hiérarchie que ce soit). Je me garde pourtant de classer tout utilisateur de l’identité dans la catégorie des identitaires. 
Dans l’esprit persistant des Lumières, on peut s’inscrire dans la valorisation de l’universel. À condition de ne pas oublier que l’universalité n’est pas une donnée, mais une construction complexe. Il est dès lors des figures tellement abstraites de cet universel qu’elles le rabattent vers la norme, toujours celle des dominants, contredisant de fait la possibilité pour les dominés de toute émancipation, individuelle et collective. On doit se défier de la tentation communautaire — la figure pauvre du commun : cela n’autorise pas certains (dont n’est pas notre auteur…) à mettre sur le même plan le communautarisme des dominés et celui des dominants. Corcuff a raison de rester réticent devant l’affirmation de « l’essence noire » proposée par le philosophe décolonial Norman Ajari [5]. Mais il est difficile d’oublier qu’elle est produite d’abord par le désir discriminatoire de ceux qui, comme Laurent Bouvet [6], demandent aux « minoritaires » de masquer leur spécificité pour ne pas heurter le peuple de la « majorité ». On peut ne pas aimer que l’on exalte la différence, pour contrer le processus de la mise à la norme, et détester plus encore le refus de la spécificité et de la singularité, au nom d’une conception excluante de l’universalité. Il n’y a pas de société vivable sans commun, mais il n’y a pas de commun supportable sans le multiple qui lui donne chair… 
Délégitimer des systèmes de pensée extrêmes n’implique pas que la position « raisonnable » se situe dans un juste milieu entre eux. Il ne s’agit pas, par exemple, de faire la moyenne entre un universalisme éradicateur se réclamant d’une certaine laïcité et le repli sur les identités minoritaires refermées en communautés protectrices. C’est l’effacement de la sphère publique concrète qui pousse à la recherche de substituts unificateurs symboliques, fondant l’ordre social sur le respect de normes dominantes définies comme celles du plus grand nombre [7]. C’est par ailleurs le recul du commun dans l’ensemble de la vie sociale qui nourrit la montée des discriminations et pousse les discriminés à s’instituer en communautés légitimes, aspirant à la reconnaissance et à la dignité. Ce n’est pas le « communautarisme » qui tue le commun, mais la carence de commun qui produit et alimente le communautarisme. C’est en restructurant socialement et politiquement l’espace du commun que l’on dépassera la contradiction entre les « communautés » trop réduites et un universel uniformisant à l’excès. 

Cela me conduit à une interrogation plus fondamentale. Corcuff nous met devant l’évidence d’un espace discursif qui regroupe des idéologies et des individus hétérogènes, autour de notions qui sont par ailleurs des pivots pour l’univers ultraconservateur qu’il convient de combattre. Il dessine donc pour nous un ensemble qu’il désigne, dans son titre même, par le terme de « grande confusion ». La formule est bonne. Mais l’existence de ladite confusion légitime-t-elle l’apparition d’un nouveau concept, celui de « confusionnisme »  ? 
La cohérence relative d’une idéologie est la clé de sa reproduction. Dans le paysage intellectuel contemporain, on peut ainsi noter l’existence de deux pôles, situés aux extrémités d’un axe allant globalement de la droite à la gauche. Du côté le plus à droite, se trouve le pôle qui semble aujourd’hui le plus attractif ou le plus susceptible d’hégémonie : il peut être caractérisé à la fois de sécuritaire, identitaire, nationaliste, antimondialiste et protectionniste. Du côté le plus à gauche se repère le pôle de l’émancipation : ses maîtres mots sont égalité, citoyenneté, mondialité, solidarité, mise en commun. 
Entre les deux se situe un espace beaucoup plus flou (ou « confus ») qui recoupe des sensibilités et des individus venant à la fois de la gauche et de la droite. Mais par définition, cet espace n’a pas d’axe unificateur, ce qui voue ses membres à subir l’attraction de l’un ou l’autre des deux pôles structurés. Corcuff a mille fois raison de dire que, dans le moment présent, cette dominante ne porte pas dans le sens que nous pouvons espérer. A-t-il pour autant raison d’autonomiser l’espace au point de lui donner un statut identique aux deux pôles de cohérence ? On peut craindre que cette façon de voir globalisante n’essentialise un ensemble hétérogène dont l’épaisseur dépend de l’attractivité de pôles d’influence qui lui sont extérieurs. Le risque est alors que le confusionnisme ne fasse qu’ajouter du découragement et… de la confusion. 

Cela me conduit naturellement au dernier point. J’ai dit au départ que, malgré les distances que je peux exprimer, ce livre est de la plus grande et plus courageuse utilité. Il dissuade de donner des armes au pôle régressif dominant. Il encourage à l’autovigilance nécessaire. Mais l’indispensable critique de la confusion ne suffit pas à ce qu’advienne la clarté qui peut la dissiper. Le travail de Corcuff nous incite donc à un effort qui ne relève pas d’un seul individu : celui qui permet que la dominante s’inverse et que la gauche d’émancipation retrouve une dynamique d’hégémonie qu’elle a progressivement perdue dans le champ de la gauche. L’expérience récente l’a suffisamment montré : nul mouvement populaire, même massif, ne peut freiner l’expansion de l’extrême droite, s’il ne peut pas s’adosser à une contre-offensive idéologique maîtrisée, à un projet alternatif cohérent et attractif et à des constructions politiques à la hauteur des enjeux. 

Convenons que, sur ce terrain, il nous reste beaucoup à faire. 

  

Notes 

[1] Philippe Corcuff, La grande confusion. Comment l’extrême droite gagne la bataille des idées, Textuel, 2021 

[2] le 4 septembre 1998, une tribune du Monde titrée « Républicains n’ayons plus peur » se désole de voir « liquéfiées les autorités d’ascendance, de compétence, de commandement et enfin de métier » et dresse le tableau d’« individus désintégrés, livrés aux nationalismes de quartier ou de cité, aux solidarités viscérales de la communauté ou de la bande, aux prestiges du caïd et de l’argent facile, aux mirages virtuels et télévisuels ». La tribune est signée par Régis Debray, Max Gallo, Jacques Julliard, Blandine Kriegel, Olivier Mongin, Mona Ozouf, Anicet Le Pors et Paul Thibaud, figures intellectuelles marquantes de courants de gauche souvent opposés par ailleurs 

[3] Roger Martelli, La Bataille des mondes, Éditions François Bourin, 2013 

[4] Roger Martelli, L’Identité, c’est la guerre, Les Liens qui Libèrent, 2016 

[5] Norman Ajari, La dignité ou la mort. Éthique et politique de la race, La Découverte, 2019 

[6] Laurent Bouvet, L’insécurité culturelle, Fayard, 2015 

[7] En 1801, le Concordat définissait la primauté du catholicisme en le désignant comme « la religion de la majorité des Français ». Il est curieux que des « laïques » se prévalent de la même démarche pour prôner l’invisibilité des « minorités » 

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algérie incendies

Posté par jacques LAUPIES le 12 août 2021

 

 

Pompiers et habitants tentent d’éteindre l’incendie d’un bâtiment du village d’Ain al-Hammam, à l’est d’Alger, le 10 août. Abdelaziz Boumzar/Reuters

Pompiers et habitants tentent d’éteindre l’incendie d’un bâtiment du village d’Ain al-Hammam, à l’est d’Alger, le 10 août. Abdelaziz Boumzar/Reuters

 

Maghreb. Le nord de l’Algérie dévasté, les citoyens se mobilisent

Jeudi 12 Août 2021

Le feu ronge des zones forestières et menace des villages dans les montagnes de Kabylie. Les autorités algériennes ont décrété trois jours de deuil national à partir de ce jeudi, après la mort d’au moins 65 personnes.

 

Des vies broyées, des forêts dévastées, des villages encerclés par les flammes et des habitants désespérés en fuite dans une atmosphère apocalyptique… plusieurs régions du nord de l’Algérie, notamment la Kabylie, ont basculé dans l’enfer durant la nuit du 9 août, prises au piège d’une cinquantaine d’incendies quasi simultanés pour la plupart survenus en fin d’après-midi ou en début de soirée. Selon un bilan provisoire, 65 personnes ont péri, dont 28 soldats morts au combat auprès des sapeurs-pompiers. Sept d’entre eux ont perdu la vie après avoir sauvé une centaine de personnes dans la ville de Béjaïa (sur la côte est). Un gendarme et 37 citoyens sont décédés dans la seule ville de Tizi-Ouzou, capitale de la Kabylie.

Le président de la République a rendu hommage sur Twitter aux militaires « morts en martyrs » après leurs opérations de sauvetage. La direction de la protection civile précise la localisation du désastre sur 18 wilayas (préfectures). Son ampleur est impressionnante. Les villes de Bouira, Sétif, Khenchela, Guelma, Béjaïa, Bordj Bou Arreridj, Boumerdès, Tiaret, Médéa, Tebessa, Blida et Skikda demeurent menacées par l’emballement des flammes dans leurs environnements immédiats. « Hier, nous étions à 99 foyers dans 18 wilayas. Ce matin (mercredi – NDLR), nous sommes à 69 foyers dans 14 wilayas. Beaucoup d’efforts ont été consentis durant la nuit, où il y a eu l’extinction de 30 foyers d’incendie », déclare mercredi matin un responsable de la protection civile sur les ondes de la Chaîne 3 (radio publique). « Un travail est en cours pour l’acquisition de moyens aériens adaptés à la topographie algérienne, à savoir des avions avec des capacités qui permettent d’intervenir sans risque. (…) Un Canadair avec dix tonnes d’eau, ça peut faire beaucoup de dégâts lorsque l’espace forestier est réduit et qu’il y a des habitations dedans. (…) Renforcer les moyens aériens n’est pas la solution ultime. Ça peut at ténuer un incendie mais pas l’éteindre. Éteindre un feu de forêt, ce sont des techniques complexes  », explique-t-il sur les mêmes ondes .

Des paysages qui rappellent les bombardements au napalm

Ces incendies en série interviennent en pleine canicule, tandis que des vents entretiennent les foyers et attisent le feu. Une chaleur extrême devrait perdurer jusqu’au 15 août au Maghreb, selon les services météorologiques algériens, avec des températures atteignant 46 degrés. Le pays traverse de plus une période de sécheresse. L’eau se fait rare et les robinets sont pratiquement à sec sur une grande partie du territoire, plus particulièrement dans les agglomérations. Dès lors, le caractère criminel de ce sinistre généralisé est la piste privilégiée des autorités. Les départs de feu sont le plus souvent proches de zones montagneuses habitables.

La presse locale n’hésite pas à pointer le ciblage prémédité des lieux, l’intention de provoquer la panique des villageois et de disperser les moyens de lutte. Les scènes relatées confirment ces desseins. L’horreur vécue dans le village kabyle de Taourit Mokrane, proche de la ville de Larbaa Nath Irathen, est édifiante. « On a vite compris, à ce moment, qu’on n’y pouvait rien. Il ne nous restait alors seulement qu’à quitter les lieux et fuir les flammes », raconte le chef du comité de village au quotidien francophone Liberté. Après des heures de lutte éprouvante face à des flammes « qui atteignent par moments une dizaine de mètres de hauteur »les jeunes mobilisés jettent l’éponge. « Les vents forts nous ont trahis et Dieu nous a abandonnés. (…) J’ai alerté tout le village. Les jeunes ont frappé à toutes les portes, demandant aux habitants de ramasser ce qui pouvait être sauvé et de quitter les lieux, en urgence. » Les récits livrés mercredi décrivent un paysage cauchemardesque : maisons en ruine, véhicules carbonisés, bétail décimé… Les anciens évoquent les bombardements au napalm de l’armée coloniale durant la guerre de libération.

Selon des sources concordantes, trois « pyromanes » auraient été arrêtés à Médéa et un quatrième à Annaba. Des investigations sont en cours, tant de nombreux indices mènent sur cette voie. Le ministre de l’Intérieur Kamel Beldjoud en est convaincu. « Seules des mains criminelles peuvent être à l’origine du déclenchement simultané d’une cinquantaine d’incendies à travers plusieurs localités de la wilaya », déclare-t-il devant la presse . Le premier ministre estime pour sa part, dans un communiqué, que les « sites de déclenchement des incendies ont été soigneusement sélectionnés ». Ceci afin d’être difficiles d’accès pour les secours et de causer un maximum de dégâts. Il se base sur des « analyses préliminaires au niveau de la région de Tizi-Ouzou ».

En attendant, l’heure est à la solidarité. Entre rumeurs, fausses nouvelles, images suspectes et autres élucubrations de youtubeurs, les réseaux sociaux foisonnent d’appels de toute nature pour venir en aide aux sinistrés. Très présente dans cet élan, la diaspora tente de franchir les barrières bureaucratiques pour faire parvenir des équipements médicaux, dont les concentrateurs d’oxygène pour les malades du Covid. La crise sanitaire ne recule pas. Les Algériens observent trois jours de deuil à compter d’aujourd’hui.

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Des paroles pour rassurer, des actes pour décourager…C’est du Macron tout…

Posté par jacques LAUPIES le 12 août 2021

 

 

La ministre de l’Écologie, Barbara Pompili, et Emmanuel Macron ont réussi à vider la loi climat de ses propositions les plus fortes.Le 14 décembre, ils rencontraient pourtant la Convention citoyenne sur le climat, inspiratrice de cette loi. Thibault Camus/Pool/AFP

La ministre de l’Écologie, Barbara Pompili, et Emmanuel Macron ont réussi à vider la loi climat de ses propositions les plus fortes.Le 14 décembre, ils rencontraient pourtant la Convention citoyenne sur le climat, inspiratrice de cette loi. Thibault Camus/Pool/AFP

 

Gouvernement. Climat : le double discours de l’exécutif

Jeudi 12 Août 2021

Les déclarations catastrophées du président et de ses ministres, à la suite de la publication du rapport du Giec, cachent mal l’absence d’actions concrètes.

 

Attendu, redouté, le dernier rapport du Giec sur le dérèglement climatique a fait réagir le gouvernement et le chef de l’État. « Le rapport du Giec est sans appel. À nouveau, a ainsi déclaré Emmanuel Macron sur Twitter. Le temps de l’indignation est derrière nous. Accord de Paris, neutralité carbone au niveau européen, loi climat… La France restera du côté de ceux qui agissent. En novembre, à Glasgow, scellons un accord à la hauteur de l’urgence ! »

La ministre de l’Écologie, Barbara Pompili, s’est également montrée volontaire après la publication du rapport des experts : « Le défi est immense, car il implique de sortir en une décennie d’une civilisation fondée sur les énergies fossiles depuis plusieurs siècles. » Selon elle, « la ligne est claire : appliquer pleinement et partout l’accord de Paris. À la fois pour réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre et nous adapter à des événements climatiques de plus en plus extrêmes », a également précisé la ministre, au moment où des incendies géants ravagent la Grèce et l’Algérie. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a appelé « tous les États qui ne l’ont pas encore fait à rehausser » leurs politiques visant à réduire les émissions de gaz effet de serre.

« Ils ont eu une opportunité avec la loi climat, ils ne l’ont pas saisie »

Ces déclarations semblent tomber sous le coup du bon sens, alors que les effets catastrophiques du changement climatique sont déjà visibles. Sauf que l’on en viendrait presque à oublier, en les écoutant, que ce sont ceux qui sont aux manettes et qui disposent du pouvoir de changer les choses qui s’indignent.

Depuis quatre ans en particulier, en ce qui concerne Emmanuel Macron et son gouvernement. À qui intiment-ils donc cette urgence à relever un « défi immense », à « rehausser » les mesures, à sortir des énergies fossiles ? À eux-mêmes ? À regarder certains éléments clés du bilan de la majorité macroniste en la matière, ce serait bienvenu.

Depuis qu’il est au pouvoir, l’exécutif actuel aurait pu prendre les mesures nécessaires à la mise en œuvre de l’accord de Paris, au moins sur le territoire national… Au Réseau Action Climat (RAC), Aurore Mathieu, la responsable politiques internationales de l’ONG, regrette des « occasions perdues »« Ils ont eu une opportunité intéressante avec la loi climat, qu’ils n’ont pas saisie », ce qui dénote, selon elle, un « double discours entre la volonté affichée et une loi vidée de sa substance, qui ne permettra pas d’atteindre les objectifs de 2030 ». La loi climat avait été expurgée par le gouvernement des propositions les plus fortes formulées par la Convention citoyenne pour le climat. Pourtant, Aurore Mathieu voit au moins trois leviers sur lesquels le gouvernement français aurait pu agir.

« Avec son parc nucléaire, la France n’a pas ce souci de devoir décarboner son énergie électrique. Mais, via son agence BPI France, elle continue à financer des projets pétroliers et gaziers à travers le monde. » Elle ne fait pas non plus « sa juste part pour aider les pays en développement dans leur transition énergétique. Elle donne 6 milliards par an, ce qui est largement insuffisant. Or, sans cet argent, il est impossible que ces pays diminuent leurs émissions de gaz à effet de serre ». Le Réseau Action Climat vise également l’insuffisance des politiques mises en œuvre sur le territoire national : les sources d’émission proviennent essentiellement de notre alimentation et de notre modèle de production agricole, des logements « passoires thermiques », et des transports, « premier secteur émetteur », selon le RAC. « Pour y remédier, il faudrait de vrais investissements dans le ferroviaire », rappelle Aurore Mathieu.

Le gouvernement n’est pas seulement critiqué par les ONG. Au début de l’été, le Conseil d’État, saisi par la ville de Grande-Synthe, a condamné l’État à « prendre toutes mesures utiles » sous neuf mois pour se mettre sur la voie de tenir ses engagements climatiques. Il examinera les preuves d’actions de la France au mois d’avril 2022. Les tweets du président de la République et de ses ministres risqueraient de ne pas peser lourd, en l’absence d’actions concrètes pour relever ce « défi immense ».

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Stratégie populaire pour le socialisme

Posté par jacques LAUPIES le 10 août 2021

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Stratégie populaire pour le socialisme

Vendredi 6 août 2021, par  Jean-Paul Legrand, popularité : 100%

Il ne faut jamais sous-estimer l’adversaire. #Macron n’est pas si stupide qu’il pourrait le faire croire. Il a une stratégie pour tenter de surmonter les contradictions du capitalisme : c’est d’ailleurs son job. Sa stratégie est éminemment idéologique : faire bien comprendre au peuple que l’Etat que la bourgeoisie avait concédé en 1945 avec la SéCu et les nationalisations c’est bien fini et que l’hôpital public est un leurre vendu par les communistes et autres marxistes. Il faut briser dans la tête des gens tout germe de communisme et donc démontrer qu’on ne peut rien faire de très sérieux en portant « à bout de bras les services publics ».

Convaincre les gens que dans notre monde, la collectivisation c’est la mort et la fin des libertés individuelles, l’impossibilité du rêve capitaliste pour que chacun ait sa chance de devenir riche si il le mérite. Il n’y a rien de hasardeux dans sa #stratégie qui est bien pensée : désorganiser la société et surtout tout ce qui relève de l’action publique pour convaincre que tout ce qui est public est une aberration économique et donc que la seule issue est le capitalisme libéral. Cette stratégie s’inscrit dans la continuité d’une œuvre destructrice commencée par l’impérialisme depuis des décennies par le combat qu’il n’a cessé de mener contre les pays qui avaient commencé à construire le socialisme. Tout ce que la France avait conquis grâce aux luttes des travailleurs et au mouvement d’émancipation des peuples (Algérie, Indochine, Afrique noire), tout cela a été inlassablement attaqué et en grande partie détruit. Cependant l’existence d’un PCF ancré dans la réalité française était l’obstacle principal. Mitterrand et ses successeurs se sont employés à affaiblir le PCF qui, il faut le reconnaître, a commis de graves erreurs stratégiques jusqu’à être réduit à une Force d’appoint de la gauche réformiste. Mais pour le capital il s’agit d’éradiquer non seulement ce qui reste de l’organisation communiste mais surtout les idées de transformation sociale portée par le courant marxiste et d’amener les gens à leur propre auto-exploitation en reniant ou en assimilant le communisme au nazisme, en révisant l’histoire, en falsifiant les événements jusqu’à effacer la contribution majeure et décisive de l’URSS dans l’écrasement du nazisme.

Il est absolument indispensable pour les militants révolutionnaires de reconquérir le terrain idéologique trop longtemps laissé à l’adversaire en raison de positions attentistes et réformistes de certains dirigeants du PCF qui ont épousé les thèses d’un Mélenchon ou d’autres politiciens et qui ont amené le PCF sur une activité essentiellement électoraliste en négligeant le lien dialectique entre le peuple et le parti via les organisations de base que sont les cellules communistes.

J’invite mes lecteurs à suivre les excellents entretiens sur le capitalisme avec l’économiste marxiste Antoine #Vatan dans les vidéos réalisées avec Aymeric Monville et notamment sur sa démonstration sur la baisse du taux de profit des capitalistes mesurée sur un siècle. Le capitalisme contemporain est absolument confronté à cette tendance inhérente à l’accumulation du capital : la BTTP , la baisse tendancielle du taux de profit découverte par Karl Marx et qui s’est confirmée depuis. Ce phénomène est le problème majeur de la classe capitaliste qui cherche par tous les moyens à le juguler : concentration et socialisation de plus en plus importante de la production, surexploitation des travailleurs par l’augmentation de la précarité, du chômage, de la flexibilité, flux tendu, dans un contexte général d’une augmentation très importante du nombre de salariés à l’échelle mondiale et leur mise en concurrence etc… une myriade de méthodes pour faire face à cette baisse du taux de profit. La classe capitaliste en France doit impérativement participer à la concurrence mondiale pour tenter d’échapper à cette baisse sur le court terme mais la contradiction inhérente au #capitalisme fait qu’elle n’y parviendra que partiellement au prix d’une augmentation de l’exploitation générale des travailleurs qu’elle a obtenue progressivement depuis une quarantaine d’années avec le tournant libéral-libertaire dont parle Michel #Clouscard dans son œuvre.

Par ailleurs en situation de crise du capitalisme, la lutte idéologique s’intensifie. Le néo-fascisme agit de façon extrêmement insidieuse en organisant une opposition au pouvoir qui n’est pas une opposition au capitalisme mais à ceux qui gouvernent. Car en réalité le néo-fascisme est un concurrent du libéralisme dans la gestion du capitalisme. Le néo-fascisme va donc utiliser les divers mécontentements qui traversent la société pour tenter de les unifier dans un mouvement de masse qui assimilera la démocratie au capitalisme et réclamera des solutions autoritaires sous couvert d’une lutte contre des monstres que l’extrême-droite a inventé et qu’elle appelle « gouvernement mondial » ou « la conspiration des élites » occultant la réalité de classe qui est la concurrence à mort entre les capitalistes et les différentes bourgeoisies à l’échelle mondiale. Car l’accumulation du capital ne peut se réaliser que par la concurrence entre capitalistes autrement dit entre ceux qui font tout pour que la sur exploitation soit au maximum et puissent tirer ainsi une profitabilité maximum.

Je cite ce qu’écrit à juste raison Lorenzo Battisti, un militant italien :

« Le mouvement contre le Pass Sanitaire s’inscrit dans la continuité des nombreuses manifestations obscurantistes qui ont eu lieu en France et en Europe ces derniers mois. Elles ont « en elles-mêmes » une racine d’extrême droite car elles sont basées sur l’irrationalisme (« le virus n’existe pas » « c’est une grippe normale » « on peut la soigner avec le médicament x mais on ne nous le dit pas » etc) et sur la conspiration. Elle repose sur l’idée que l’homme ordinaire est victime d’un système d’exploitation dans lequel tout est contrôlé par un petit cercle d’élites ayant le pouvoir de tout contrôler et de tout planifier. Ceux qui viennent, comme moi, du pays qui a inventé le fascisme, savent très bien que c’est la base culturelle du fascisme. Celui qui pense cela n’est pas encore un fasciste, mais il est à un pas de le devenir.

Malheureusement, il y a aujourd’hui beaucoup de gens qui confondent la lutte des classes avec la lutte contre les élites : la première est une lutte pour la démocratie et l’égalité, la seconde est une route qui mène au fascisme. Pourquoi ? Parce que si cette élite toute puissante existe, il n’y a aucune possibilité de démocratie, en fait tout le monde en démocratie est compromis avec l’élite qui contrôle tout. Une élite internationale (et certains soulignent même la racine juive). Eh bien, si c’est le cas, la seule solution dans ce cas c’est une force anti-démocratique et nationaliste, dirigée par un homme (ou une femme ?), qui libère le pays de la démocratie corrompue des élites. »

Cette analyse décrit bien le contenu idéologique du #fascisme qui pénètre une partie des masses populaires actuellement, même si il n’y a pas automaticité entre idéologie et vote politique, car beaucoup parmi ces gens s’abstiennent aujourd’hui mais pourraient en l’absence d’un véritable travail de l’organisation communiste basculer dans le vote en faveur du RN.

Que faire ?

Macron a absolument besoin de l’épouvantail fasciste pour sa réélection. Pour lui la question est que faire pour la remontée du RN qui est en perte de vitesse comme l’ont montré les régionales ? Macron ne voit pas d’un mauvais œil les manifs antipass surtout lorsqu’elles sont menées ou récupérées par les membres connus de la fachosphère. Evidemment c’est un jeu dangereux, mais Macron a-t-il le choix désormais ?

La grande bourgeoisie observe de près les capacités de Macron à manœuvrer pour que le mouvement populaire se divise davantage car pour elle c’est un impératif. Elle est extrêmement préoccupée à l’idée de la probabilité d’un mouvement social d’ampleur, voire d’une explosion qui pourrait être au centuple de celle de 2018 avec les gilets jaunes. Elle craint que les citoyens qui vivent durement la crise, et en particulier que les ouvriers et les salariés les plus exploités dans leur grande masse qui sont durement touchés par des vagues de licenciements, par la précarité et l’inflation soient à la tête d’un mouvement général qui déboucherait sur une très grave crise politique mettant en cause la bourgeoisie et tout son personnel politique.
La question est comment les #communistes peuvent être utiles non seulement dans le cadre des échéances institutionnelles que sont les élections mais aussi si les citoyens réagissent massivement dans leur diversité, même avec confusion mais déterminés à en finir avec un trop long mépris et une politique de plus en plus dure qui touche désormais non seulement les couches populaires mais d’autres couches extrêmement mécontentes.

L’absence d’une stratégie prenant en compte cette probabilité ne pourrait que favoriser les fascistes qui auraient vite les faveurs de la grande bourgeoisie pour diviser par la violence et la mise en avant de questions strictement sociétales le mouvement populaire.

Il faut donc profiter de la campagne de Fabien #Roussel pour que les questions et analyses stratégiques soient posées dans les rencontres avec les citoyens et que les fédérations et sections du PCF utilisent ce moment pour reconstruire des cellules au plus près des gens. Alimenter la réflexion des citoyens mais aussi en retour celles des militants communistes sur l’inédit de la situation que nous vivons est et sera d’une extrême importance. Cela doit poser plus que jamais la question de quelle société il faut et comment y parvenir, comment la construire, et de quel parti il nous faut dans ce but.

La seule issue est le socialisme. Il faut que le PCF avance sur ces questions si l’on veut construire un rassemblement populaire de classe qui devienne majoritaire. Cela passe inévitablement par la reconstruction d’un parti organisé en cellules se dotant d’une orientation marxiste en formant des centaines de cadres animant la vie du parti en lien avec les travailleurs, les ouvriers, les femmes et les jeunes.

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Rémi Dreyfus, une vie pour la liberté

Posté par jacques LAUPIES le 10 août 2021

 

 

Rémi Dreyfus, une vie pour la liberté dans POLITIQUE
 
Vendredi 6 Juin 2014

Rémi Dreyfus, une vie pour la liberté

(Mise à jour le 10 août 2021). Rémi Devers-Dreyfus, un des derniers survivants français du Débarquement, est décédé à l’âge de 101 ans. Début 1942, viscéralement patriote, il décide de partir pour Londres. Engagé dans les Forces françaises libres, il est choisi pour débarquer avec la division anglaise en Normandie. L’Humanité lui rend hommage.

 

Mobilisé en 1940, il est expulsé de l’armée d’armistice à Lyon comme sous-officier juif en 1941. Il rejoint alors Londres où il intègre l’Ecole des cadets de la France libre. Officier parachutiste SAS, bilingue, l’officier de liaison arrive en planeur, le 6 juin 1944 entre Caen et la Manche, puis participe aux combats de la Libération. Après guerre, il travaille dans l’édition. À Paris, il fréquente les cercles proches des anciens de Combat et d’Albert Camus grâce à son épouse Colette, née Braun. Le couple a deux fils, Thomas et Nicolas, ancien président de la Société des lecteurs et lectrices de l’Humanité. Ses obsèques auront lieu jeudi 12 août à 15 heures au cimetière du Montparnasse. L’Humanité présente ses condoléances à sa famille et à ses proches.

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(Article publié initialement le 6 juin 2014). Rémi Dreyfus est très fier de son insigne des Forces françaises libres, numéro 7 042, et de sa médaille militaire. Il ne les porte que dans les grandes occasions. Il oublie volontiers de mentionner qu’il est aussi officier de la Légion d’honneur. Mais aujourd’hui, parmi les invités dans la tribune officielle du 70e anniversaire du débarquement, ces décorations seront à leur place sur sa poitrine. Le 6 juin 1944, Rémi Dreyfus, officier parachutiste, membre des SAS (Special Air Service), débarquait en Normandie dans un des planeurs de la 6e Airborne.

Regard vif, humour au bord des lèvres, bon pied bon œil, Rémi Dreyfus, 94 ans, raconte son incroyable histoire avec un naturel désarmant. Comme si toute cette aventure relevait de l’évidence. À 21 ans, en avril 1940, tout juste sorti d’HEC – il est fils d’un banquier – il est rattrapé par la guerre. « J’ai été appelé pour vivre une retraite peu glorieuse, de Rambouillet jusqu’à Limoges. Je suis resté dans “l’armée de l’armistice” – l’équivalent des 100 000 hommes laissés à l’armée allemande en 1918 –, pour faire la police en cas de besoin. Ici, cette armée n’a jamais fait la police, ce sont les miliciens qui s’en sont chargés ! Elle n’avait aucun moyen. J’étais dans un régiment de cavalerie, mais on défilait à bicyclette. Mis en état d’alerte, nous avons reçu l’ordre de nous porter à Marseille pour embarquer. Le problème, c’est que l’hiver était très froid et qu’il fallait faire chauffer les moteurs chaque jour. Quand l’alerte a été donnée, nous n’avions plus d’essence ! Cette armée est restée l’arme au pied, comme beaucoup de Français. »

En août 1941, Rémi Dreyfus est démobilisé. Il accompagne alors son père, très malade, jusqu’à son décès. « Il est mort officiellement d’un cancer mais, en fait, il est mort de chagrin : son pays détruit, sa banque détruite, la mairie de son village (il en était le maire depuis 25 ans) dont l’accès lui a été interdit car il était juif, alors que dans ma famille, on se définissait comme français, laïques, républicains, porteurs d’un nom plutôt célèbre. » C’est avec un large sourire qu’il évoque aujourd’hui la blague d’un ami juif polonais : « Moi, je suis juif par la grâce de Dieu ; toi, tu es juif par la grâce d’Hitler ! »

Le jeune homme par réaction « purement et simplement patriotique », parce qu’il veut défendre son pays, décide de rejoindre l’Angleterre. « J’aurais pu faire le choix d’entrer dans la Résistance. Une jeune femme, Colette, que j’ai épousée après la guerre et qui était depuis juin 1940 dans le mouvement Combat, m’a permis, grâce à son réseau, de passer en Espagne à hauteur de Font-Romeu. » Avec l’aide de paysans catalans, des conseils de son frère déjà arrivé à Londres (il faut se faire passer pour un Anglais), il rejoint le consulat anglais de Barcelone, puis Madrid, rate le passeur à la frontière portugaise et décide d’agir seul – « la nuit était claire, j’ai dû traverser tout habillé un fleuve à la nage » –, trouve une petite embarcation à Lisbonne pour rejoindre Gibraltar… Trois mois après son départ, il arrive à Londres.

Dès son arrivée, en mai 1942, il s’engage dans les Forces françaises libres. « Le général (de Gaulle) voulait alors qu’une force française participe au débarquement, que tout le monde croyait proche. J’avais le grade de maréchal des logis, alors il m’a demandé de faire une école d’officiers. En novembre, j’ai demandé à rejoindre les parachutistes, dans l’idée d’être opérationnel plus vite. On ne s’était pas dérangé pour boire des bières dans les bars de Londres – ce qui était agréable –, mais pour se battre ! Ce sont des parachutistes polonais qui nous ont formés. Du coup, je sais dire “relevez les pointes de pied” ou “serrez les coudes” en polonais ! » Éclat de rire, l’homme se propose de donner de suite des conseils aux lecteurs du journal pour sauter de trois mètres de haut sans risquer de se faire mal.

Devenu officier parachutiste avec ses collègues, ils obtiennent du général l’autorisation d’intégrer la brigade SAS (Special Air Service), où ils apprennent toutes les techniques de sabotage et de guérilla. Le 3 juin 1944, il est dans son camp d’entraînement dans le nord de l’Écosse. « On est venu chercher un officier parachutiste parlant aussi bien le français que l’anglais pour la 6e Airborne. J’imaginais une mission en France, en Norvège… À Londres, l’officier qui m’a reçu m’a annoncé que j’allais débarquer, dès le lendemain, en Normandie. » Surprise totale. Le jeune homme, qui a des fourmis dans les jambes, est ravi.

Au matin du 6 juin, il prend place dans un planeur tracté par un bombardier quadrimoteur. « Par le hublot, je voyais des centaines de bateaux, j’entendais les escadrilles de chasse. Notre convoi comptait 300 planeurs. Je me suis dit : “C’est pas possible, nous sommes invincibles !” » Son planeur atterrit dans une zone proche de Ranville, où « Rommel n’avait pas planté ses “asperges” (rails, pieux…) Les parachutistes anglais avaient déjà libéré la zone. C’était plutôt calme ». N’étant intégré dans aucun « stick » (une équipe de dix parachutistes), il patrouille dans le no man’s land entre les deux lignes de front à peu près stabilisées, à l’affût de renseignements.

Fin juillet, il retourne en Angleterre. Le 15 août, jour du débarquement en Provence, il est parachuté entre Chalons et Mâcon. Sa mission, couper la nationale 6 aussi souvent que possible, « pour couper la route aux troupes allemandes qui se dirigeaient vers le nord. J’étais attendu par le maquis du Charolais. J’avais 400 kilomètres d’avance sur les troupes alliées. Notre mission était de couper les communications de La Rochelle à Belfort ! La brigade SAS a été d’une efficacité redoutable. Mon secteur était peu propice à l’embuscade et aux sabotages : peu de forêts traversées, routes longilignes… Le 4 septembre, l’armée française traversait “mon” territoire ». Un souvenir assombrit cette libération : le combat meurtrier de Sennecey-le-Grand (Saône-et-Loire), au cours duquel de nombreux soldats français ont laissé la vie.

La vie sous l’uniforme prend fin peu après pour Rémi Dreyfus. « Je n’ai jamais eu de problème nulle part ! » lâche-t-il dans un sourire, mais la guerre n’est pas finie. La jeune femme qui lui a permis, deux ans plus tôt, de quitter la France, a été arrêtée par la police française, livrée aux Allemands le 1er mai 1944, « jour de la saint Philippe », et déportée à Ravensbrück. « Elle a survécu par miracle et n’a été libérée que le 8 mai 1945. » Les retrouvailles ont lieu à l’hôtel Lutetia. La vie pouvait enfin reprendre ses droits.

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