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Abdullah Naibi, président du Nouveau Parti du peuple afghan : « La population n’a pas voulu défendre un État aussi corrompu »

Posté par jacques LAUPIES le 17 août 2021

Abdullah Naibi : « Nous voulons mener la bataille pour organiser les jeunes, les femmes, tous ceux qui s’opposent à l’idéologie des talibans, afin d’imposer un autre point de vue. » © Julien Jaulin/Hans Lucas

Abdullah Naibi, président du Nouveau Parti du peuple afghan : « La population n’a pas voulu défendre un État aussi corrompu »

Lundi 16 Août 2021

L’Afghanistan est aux mains des islamistes depuis dimanche après la prise du pouvoir à Kaboul, sans combats. Pour le dirigeant du Nouveau Parti du peuple afghan, l’idée d’organiser la résistance aux talibans est posée.

 

Après la déroute, la peur et la colère des Afghans et des Kabouliotes livrés à leur sort dominaient. Abdullah Naibi, qui a toujours dénoncé la corruption du pouvoir des moudjahidin, tente maintenant de rassembler les progressistes face aux talibans.

 

Cet effondrement aussi rapide du gouvernement afghan vous a-t-il surpris ?

ABDULLAH NAIBI Pas vraiment. Cet effondrement était prévisible et je dirais que c’est une bonne chose. L’État afghan était pourri. Ses dirigeants ont jeté la société dans une situation de décadence totale. Cet État était gangrené par la corruption. C’est pourquoi les Afghans ne l’ont pas défendu. C’est aussi le résultat de la stratégie américaine et de l’Otan en Afghanistan. Ils ont joué avec le destin d’un peuple. Le fait d’intégrer les talibans dans le jeu international ne pouvait pas donner autre chose. Je remarque également que le Pakistan a joué la carte de la modernité avec eux, en déclarant avec la troïka élargie (États-Unis, Russie, Chine et Pakistan – NDLR) qu’il ne voulait pas l’instauration d’un Émirat islamique des talibans en Afghanistan.

Dans le même temps, le fait que les talibans se soient emparés du pouvoir a une conséquence immédiate. La façade démocratique qui était de mise n’existe plus. Les forces qui s’étaient laissé berner et voulaient croire en cette image démocratique se rendent compte maintenant ce qu’il en était en réalité. Nos analyses se sont révélées justes, nous qui nous battions contre l’État et contre les talibans. J’avais déjà dit il y a vingt ans que l’arrivée des États-Unis en Afghanistan ne résoudrait rien. Notamment parce que vouloir instaurer un État national et démocratique avec les moudjahidin à l’époque, notamment avec le Jamiat-e-Islami de Massoud, était d’une contradiction terrible parce qu’ils n’en voulaient pas. Un tel État aurait demandé le retrait des forces armées étrangères de l’Afghanistan, ce qui allait à l’encontre des visées stratégiques des États-Unis.

Quel impact aura le retour au pouvoir des talibans ?

ABDULLAH NAIBI Les talibans ne peuvent plus se comporter comme avant. Vingt ans ont passé et, quoi qu’ils fassent, ils ne pourront empêcher une ouverture vers l’extérieur. Paradoxalement, leur arrivée au pouvoir pourrait se traduire par l’instauration de la paix en Afghanistan, la disparition de la corruption et avec elle l’instauration d’une justice en laquelle les gens auront confiance, bien que ce soit une justice islamique conforme à la Charia. Il ne faut pas masquer la réalité. Dans les zones rurales, les populations ont des idées proches des talibans, y compris les femmes. Elles estiment qu’avec eux elles ont là une sorte d’assurance-vie, elles pensent être protégées, avoir de quoi à manger et élever leurs enfants.

J’espère, et nous allons travailler à ça, qu’une prise de conscience politique se produira et qu’elle amènera un nouvel engagement. La jeunesse, qui n’a pas connu autre chose que l’État sous occupation américaine, et les femmes instruites doivent se rendre compte qu’il faut se battre. Une nouvelle page s’ouvre avec toutes ses contradictions. Une analyse détaillée permettra de dégager le chemin à suivre. Mais, pour l’heure, la création d’une résistance armée n’est pas à l’ordre du jour.

Comment votre parti va-t-il agir ?

ABDULLAH NAIBI Pour notre part, suite à une réunion du comité central du Nouveau Parti du peuple, nous allons proposer la tenue d’une conférence programmatique de toutes les forces de gauche, progressistes afghanes, de l’intérieur et de l’extérieur. Nous voulons mener la bataille pour organiser les jeunes, les femmes, tous ceux qui s’opposent à l’idéologie des talibans et à leur vision du monde, afin d’imposer un autre point de vue. Ce qui nécessite un combat de grande envergure.

Quelle va être l’attitude internationale ?

ABDULLAH NAIBI Le Pakistan, la Chine et la Russie notamment n’ont pas intérêt à ce que les talibans dérapent. Islamabad a besoin de calme en Afghanistan et une paix durable pour des raisons économiques. La Chine veut établir des relations de bon voisinage avec les talibans en vue d’avoir accès aux ressources naturelles d’Afghanistan. Pour la Russie, une stabilité dans le sud des Républiques d’Asie centrale empêcherait l’infiltration des combattants islamistes extrémistes sur son territoire. Les pays occidentaux doivent maintenir la pression sur Kaboul pour empêcher l’instauration d’une dictature religieuse archaïque dans le pays. La reconnaissance internationale doit dépendre de l’attitude des nouveaux maîtres de Kaboul concernant la question des droits de l’homme et le statut de la femme dans la société afghane. Enfin, et c’est un point essentiel à mon avis, l’Europe et surtout la France doivent soutenir les forces démocratiques afghanes dans leur lutte pour la démocratie et le progrès, ce qui a été négligé jusqu’à maintenant.

 

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