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Point de vue de Foucault sur les prisons et tout ce qui leur ressemble : à retenir à notre époque ou se développent des moralisations douteuses ?

Posté par jacques LAUPIES le 27 avril 2021

 

J’ai publié ces texte en 2010 avec le commentaire qui suit

 

“Quoi d’étonnant si la prison ressemble aux usines, aux écoles, aux casernes, aux hôpitaux, qui tous ressemblent au prisons ?”

Provocation ? Michel Foucault (19261984) a mis en évidence les raisons pour les sociétés modernes de la négation de la folie la considérant comme une maladie “se privant ainsi d’une certaine liberté, et privant la folie de de son sens.” “l’exclusion sociale, notamment par l’enfermement (psychiatrique, carcéral…) est le moyen par lequel le pouvoir s’assure la maitrise des individus. Foucault souligne la similitude de traitement de certains groupes d’individus, situés à la limite de la société (les fous, les prisonniers, les enfants, les soldats…). Ils sont enfermés dans des structures spécialisées organisées selon le même modèle de “l’institution disciplinaire”

(Corinne Soulay, dans “l’actu” revue destinée aux adolescent)

Dans la même revue Corinne soulay explique : “L’injonction séculaire de la sexualité. En matière de sexualité, l’hypothèse généralement admise est que, depuis le XVIème siècle, on assiste à une répression croissante de la sexualité, avec comme point culminant le puritanisme. Le XXème siècle apparait alors comme celui de la libération sexuelle. Pas tout à fait, selon Michel Foucault. Pour lui, le discours sur le sexe repose sur des “manipulations”, une certaine normalisation de l’approche de la sexualité. La prétendue libération sexuelle serait en fait la soumission à  l’injonction séculaire d’avoir à connaitre le sexe”

Foucault aurait-il raison ? Ce n’est pas ce qui se passe dans nore société depuis des décades, et qui ne fait qu’empirer : une sorte d’instrumentalisation de la sexualité qui sert de diversion au pouvoir, qui dément le constat du philosophe !

Allez dites moi de qui est ce texte édifiant ?

Nous savons, sans le comprendre, que quiconque fait ce qui est défendu, viole le tabou, devient tabou lui-même. Mais comment concilions-nous ce fait avec ces autres que le tabou s’attache non seulement aux personnes ayant fait ce qui est défendu, mais aussi à des personnes se trouvant dans des situations spéciales, à ces situations mêmes et à des objets inanimés ? Quelle est donc cette propriété si dangereuse qui reste toujours semblable à elle-même, malgré la diversité des conditions ? Il ne peut s’agir que d’une chose: d’un facteur qui attise les désirs de l’homme et l’induit dans la tenta­tion d’enfreindre la prohibition.

L’homme qui a enfreint un tabou devient tabou lui. même, car il possède la faculté dangereuse d’inciter les autres à suivre son exemple. Il éveille la jalousie et l’envie : pourquoi ce qui est défendu aux autres serait-il permis à lui? Il est donc réellement contagieux, pour autant que son exemple pousse à l’imitation, et c’est pourquoi il doit lui-même être évité.

Mais sans même avoir enfreint un tabou, l’homme peut devenir tabou, d’une façon permanente ou passagère, parce qu’il se trouve dans une situation capable d’exciter les désirs défendus des autres, de faire naître chez eux le conflit entre les deux extrêmes de leur ambivalence. La plupart des situations et des états exceptionnels appartiennent à cette catégorie et possèdent cette force dangereuse. Chacun envie le roi ou le chef pour ses privilèges ; et il est probable que chacun voudrait être roi. Le cadavre, le nouveau-né, la femme dans ses états de souffrance attirent, par leur impuissance à se défendre, l’individu qui vient d’atteindre sa maturité et qui y voit une source de nou­velles jouissances. C’est pourquoi toutes ces personnes et tous ces états sont tabou ; il ne convient pas de favoriser, d’encourager la tentation

Et celui là ? A propos du rêve !

Il convient de noter que nos productions oniriques – nos rêves – ressemblent intimement aux productions des maladies mentales, d’une part, et que, d’autre part, elles sont compatibles avec une santé parfaite. Celui qui se borne à s’étonner des illusions des sens, des idées bizarres et de toutes les fantasmagories que nous offre le rêve, au lieu de chercher à les comprendre, n’a pas la moindre chance de comprendre les productions anormales des états psychiques morbides. Il restera, dans ce domaine, un simple profane… Et il n’est pas paradoxal d’affirmer que la plupart des psychiatres d’aujourd’hui doivent être rangés parmi ces profanes!

Comprendre leur vie sexuelle ?

. L’attitude des malades ne permet guère, il est vrai, de démontrer la justesse de ma proposition. Au lieu de nous aider à comprendre leur vie sexuelle, ils cherchent, au contraire, à la cacher par tous les moyens. Les hommes, en général, ne sont pas sincères dans ce domaine. Ils ne se montrent pas tels qu’ils sont : ils portent un épais manteau de mensonges pour se couvrir, comme s’il faisait mauvais temps dans le monde de la sensualité. Et ils n’ont pas tort ; le soleil et le vent ne sont guère favorables à l’activité sexuelle dans notre société; en fait, aucun de nous ne peut librement dévoiler son érotisme à ses semblables. Mais, lorsque les malades ont commencé à s’habituer au traitement psychanalytique, lorsqu’ils s’y sentent à l’aise, ils jettent bas leur manteau mensonger, et alors seulement ils peuvent se faire une opinion sur la question qui nous occupe. Malheureusement, les médecins ne sont pas plus favorisés que les autres mortels quant à la manière d’aborder les choses de la sexualité, et beaucoup d’entre eux subissent l’attitude, faite à la fois de pruderie et de lubricité, qui est la plus répandue parmi les hommes dits « cultivés ».

au prisons ?”

Provocation ? Michel Foucault (19261984) a mis en évidence les raisons pour les sociétés modernes de la négation de la folie la considérant comme une maladie “se privant ainsi d’une certaine liberté, et privant la folie de de son sens.” “l’exclusion sociale, notamment par l’enfermement (psychiatrique, carcéral…) est le moyen par lequel le pouvoir s’assure la maitrise des individus. Foucault souligne la similitude de traitement de certains groupes d’individus, situés à la limite de la société (les fous, les prisonniers, les enfants, les soldats…). Ils sont enfermés dans des structures spécialisées organisées selon le même modèle de “l’institution disciplinaire”

(Corinne Soulay, dans “l’actu” revue destinée aux adolescent)

Dans la même revue Corinne soulay explique : “L’injonction séculaire de la sexualité. En matière de sexualité, l’hypothèse généralement admise est que, depuis le XVIème siècle, on assiste à une répression croissante de la sexualité, avec comme point culminant le puritanisme. Le XXème siècle apparait alors comme celui de la libération sexuelle. Pas tout à fait, selon Michel Foucault. Pour lui, le discours sur le sexe repose sur des “manipulations”, une certaine normalisation de l’approche de la sexualité. La prétendue libération sexuelle serait en fait la soumission à  l’injonction séculaire d’avoir à connaitre le sexe”

Foucault aurait-il raison ? Ce n’est pas ce qui se passe dans notre société depuis des décades, et qui ne fait qu’empirer : une sorte d’instrumentalisation de la sexualité qui sert de diversion au pouvoir, qui dément le constat du philosophe !

Allez dites moi de qui est ce texte édifiant ?

Nous savons, sans le comprendre, que quiconque fait ce qui est défendu, viole le tabou, devient tabou lui-même. Mais comment concilions-nous ce fait avec ces autres que le tabou s’attache non seulement aux personnes ayant fait ce qui est défendu, mais aussi à des personnes se trouvant dans des situations spéciales, à ces situations mêmes et à des objets inanimés ? Quelle est donc cette propriété si dangereuse qui reste toujours semblable à elle-même, malgré la diversité des conditions ? Il ne peut s’agir que d’une chose: d’un facteur qui attise les désirs de l’homme et l’induit dans la tenta­tion d’enfreindre la prohibition.

L’homme qui a enfreint un tabou devient tabou lui. même, car il possède la faculté dangereuse d’inciter les autres à suivre son exemple. Il éveille la jalousie et l’envie : pourquoi ce qui est défendu aux autres serait-il permis à lui? Il est donc réellement contagieux, pour autant que son exemple pousse à l’imitation, et c’est pourquoi il doit lui-même être évité.

Mais sans même avoir enfreint un tabou, l’homme peut devenir tabou, d’une façon permanente ou passagère, parce qu’il se trouve dans une situation capable d’exciter les désirs défendus des autres, de faire naître chez eux le conflit entre les deux extrêmes de leur ambivalence. La plupart des situations et des états exceptionnels appartiennent à cette catégorie et possèdent cette force dangereuse. Chacun envie le roi ou le chef pour ses privilèges ; et il est probable que chacun voudrait être roi. Le cadavre, le nouveau-né, la femme dans ses états de souffrance attirent, par leur impuissance à se défendre, l’individu qui vient d’atteindre sa maturité et qui y voit une source de nou­velles jouissances. C’est pourquoi toutes ces personnes et tous ces états sont tabou ; il ne convient pas de favoriser, d’encourager la tentation

Et celui là ? A propos du rêve !

Il convient de noter que nos productions oniriques – nos rêves – ressemblent intimement aux productions des maladies mentales, d’une part, et que, d’autre part, elles sont compatibles avec une santé parfaite. Celui qui se borne à s’étonner des illusions des sens, des idées bizarres et de toutes les fantasmagories que nous offre le rêve, au lieu de chercher à les comprendre, n’a pas la moindre chance de comprendre les productions anormales des états psychiques morbides. Il restera, dans ce domaine, un simple profane… Et il n’est pas paradoxal d’affirmer que la plupart des psychiatres d’aujourd’hui doivent être rangés parmi ces profanes!

Comprendre leur vie sexuelle ?

. L’attitude des malades ne permet guère, il est vrai, de démontrer la justesse de ma proposition. Au lieu de nous aider à comprendre leur vie sexuelle, ils cherchent, au contraire, à la cacher par tous les moyens. Les hommes, en général, ne sont pas sincères dans ce domaine. Ils ne se montrent pas tels qu’ils sont : ils portent un épais manteau de mensonges pour se couvrir, comme s’il faisait mauvais temps dans le monde de la sensualité. Et ils n’ont pas tort ; le soleil et le vent ne sont guère favorables à l’activité sexuelle dans notre société; en fait, aucun de nous ne peut librement dévoiler son érotisme à ses semblables. Mais, lorsque les malades ont commencé à s’habituer au traitement psychanalytique, lorsqu’ils s’y sentent à l’aise, ils jettent bas leur manteau mensonger, et alors seulement ils peuvent se faire une opinion sur la question qui nous occupe. Malheureusement, les médecins ne sont pas plus favorisés que les autres mortels quant à la manière d’aborder les choses de la sexualité, et beaucoup d’entre eux subissent l’attitude, faite à la fois de pruderie et de lubricité, qui est la plus répandue parmi les hommes dits « cultivés ».

Petit commentaire : suffit de retourner aux grands classiques de la psychanalyse pour constater à quel point avec un siècle de séparation entre l’élaboration de leur science et les jours que nous vivons, nous n’avons guère progressé dans nos mœurs. Certes des catégories sociales privilégiées économiquement et intellectuellement ont pu utiliser ces savoirs extraordinaires pour ce que j’appellerai leur confort et donc une certaine déculpabilisation. Sans doute sont-ils aujourd’hui plus nombreux à y accéder par delà les barrières sociales mais soyons clairs : combien sont massivement  prisonniers de coutumes, de préceptes religieux, d’interdits de toutes sortes venus du fond des âges et à l’inverse d’exploitation éhonté d’une vision réductrice de la sexualité, souvent à caractère politique ou économique ? Bien plus qu’on ne le pense ! Y compris parmi ceux qui se réfèrent un peu légèrement ou accessoirement à la psychanalyse et à l’auteur des textes précédents que vous avez bien sûr reconnu : un certain Sigmund FREUD

 

 

 

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Les militaires factieux, les policiers haineux, les extrémistes religieux, autant d’outils pour une bourgeoisie affolée par la grogne populaire qu’il faut canaliser et éloigner des communistes !

Posté par jacques LAUPIES le 26 avril 2021

 

 

«	Un mauvais pas pour l’entreprise de dédiabolisation du RN	», souligne le politologue Jean-Yves Camus. Antonin Burat/Hans Lucas/AFP

« Un mauvais pas pour l’entreprise de dédiabolisation du RN », souligne le politologue Jean-Yves Camus. Antonin Burat/Hans Lucas/AFP
 

La coupable offre de service de Marine Le Pen aux ex-généraux qui menacent la France

Lundi 26 Avril 2021

Des militaires parlent de « guerre civile » dans un brûlot publié par Valeurs actuelles, soixante ans après le putsch d’Alger. Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national et candidate à la présidentielle de 2022, les appelle à la soutenir. Silence de l’exécutif.

 

Après un appel à l’insurrection signé Philippe de Villiers en une du ­magazine, Valeurs actuelles a récidivé le 21 avril. L’hebdomadaire d’extrême droite a publié sur son site Internet un « appel » signé d’un quarteron de généraux et de « hauts gradés », intimant aux dirigeants politiques « un retour de l’honneur et du devoir ».

 

Des préconisations à peine ambiguës

Les auteurs de ce brûlot adressé au président de la République, au gouvernement et aux parlementaires n’y vont pas par quatre chemins. La France serait victime d’un « délitement qui, à travers un certain antiracisme » a pour « seul but » de « créer sur notre sol un mal-être, voire une haine entre les communautés ». Il serait le fait de « l’islamisme et des hordes de banlieue », entraînant « le détachement de multiples parcelles de la nation pour les transform er en territoires soumis à des dogmes contraires à notre Constitution ».

Ils adressent leurs préconisations, à peine ambiguës : « Si rien n’est entrepris, le laxisme continuera à se répandre inexorablement dans la société, provoquant au final une ­ explosion et l’intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles. » « Il n’est plus temps de tergiverser, sinon, demain, la guerre civile mettra un terme à ce chaos croissant », préviennent-ils, non sans avoir lancé cette sorte d’avertissement aux destinataires de leur appel : « N’oubliez pas que, comme nous, une grande majorité de nos concitoyens est excédée par vos louvoiements et vos silences coupables. »

Une attaque explicite contre la démocratie

Mais ce n’est pas tout. Trois jours plus tard, c’est la candidate du RN à l’élection présidentielle, Marine Le Pen, qui prend la plume pour répondre, toujours dans Valeurs actuelles, aux militaires signataires. Dans une autre tribune, elle salue leur initiative, « rare dans l’institution militaire »« Déjà de nombreux hauts fonctionnaires et des personnalités de la société civile nous ont ralliés. Je vous invite à vous joindre à notre action ! » lance la députée d’extrême droite.

L’allusion à « l’intervention de nos camarades d’active » tout comme la désignation des « hordes de banlieue » ont suscité un certain émoi à gauche. De même, la date choisie pour la publication de cette tribune, le 21 avril, coïncide avec les soixante ans du 21 avril 1961, date du putsch des généraux à Alger… Étant donné la mouvance à l’initiative de la publication, la présence d’un ex-général, Christian Piquemal, renvoyé à « l’état civil » par le gouvernement en 2016 en raison de son affichage à l’extrême droite, cette coïncidence ne peut être liée au hasard. Fabien Roussel, le secrétaire national du PCF, a dénoncé un texte qui « en dit long sur les menaces d’extrême droite contre notre démocratie. Et toujours pas de réaction d’Emmanuel Macron et du gouvernement ! » s’est-il indigné sur Twitter.

Le vice-président (PCF) du Sénat, Pierre Laurent, a demandé « solennellement » que Valeurs actuelles et les 20 généraux signataires « soient poursuivis et condamnés par la justice ».

Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise à la présidentielle, les a qualifiés de « militaires en retraite factieux », et a dénoncé l’absence de réaction d’Emmanuel Macron, « chef des armées », en comparant à l’inverse les campagnes contre l’Unef pour ses réunions non mixtes. « J’en appelle à tous : personnalités, partis, associations et syndicats. Il est plus que temps de réagir », a-t-il écrit sur Facebook.

Le vice-président (PCF) du Sénat, Pierre Laurent, a demandé « solennellement » que Valeurs actuelles et les 20 généraux signataires « soient poursuivis et condamnés par la justice »« Soixante ans après le début du putsch d’Alger, 20 généraux menacent explicitement la République d’un coup d’État militaire. Marine Le Pen les appelle à la rejoindre », a tweeté l’ancien candidat socialiste à la présidentielle, Benoît Hamon.

Le rôle des syndicats de police qui « jouent avec le feu »

Pour le politologue spécialiste de l’extrême droite Jean-Yves Camus, cette tribune, « signée par 20 officiers généraux du cadre de réserve dans une proportion négligeable », n’est pas anodine. Le chercheur estime cependant que le gouvernement aurait tort de réagir, car il lui donnerait une importance qu’elle n’a pas…Plus intéressante est, selon lui, la réaction de Marine Le Pen : « Ce qu’elle leur dit, c’est qu’il n’y a pas d’espace politique pour eux », en les appelant à la rejoindre. « Mais, de ce fait, elle s’en empare assez maladroitement. C’est un mauvais pas pour son entreprise de dédiabolisation du RN », avance le politologue.

Journaliste et spécialiste des mouvements d’extrême droite violents, Frédéric Charpier (1) se montre plus alarmant sur la stratégie derrière le martelage à l’œuvre contre les banlieues. « C’est un calcul pour capter l’électorat de droite dans une espèce de confédération, avec Le Pen au cœur du projet », redoute-t-il. Outre ces militaires connus pour leur engagement à l’extrême droite, il pointe le rôle des syndicats de police qui « jouent avec le feu », des « chaînes du groupe Bolloré » et « d’autres groupes de pression » dont la volonté serait de mettre Marine Le Pen au plus haut à l’issue du premier tour de la présidentielle.

« Il faut éviter que tout le monde s’en foute, prévient-il.  Les gens sont très marqués par ces débats sur les questions migratoires et le terrorisme. Cette anxiété générale, ajoutée à l’anxiété sanitaire, crée un bain très favorable à l’extrême droite, d’autant qu’à gauche, rien ne se dessine en face pour l’instant. » C’est peut-être bien à la gauche, en effet, d’intervenir pour éteindre cet incendie, allumé par le gouvernement avec le débat sur les « séparatismes ». Lui-même ne s’en chargera pas…

(1) Auteur des Plastiqueurs. Une histoire secrète de l’extrême droite violente, La Découverte, 2018.

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A quel saint se vouer pour combattre le (la) Covid ?

Posté par jacques LAUPIES le 25 avril 2021

C’est sans doute la question que se pose un certain nombre de personnes partout dans le monde et en France en particulier. Trouver le bon test, se faire vacciner ou pas et avec quel vaccin. Il ya tellement de versions que du scientifique droit dans ses bottes au complotiste qui marche sur la tête allez savoir ou est la vérité.

Car évidemment en arrière plan il y a le politique et pas très loin le financier. 

Et encore plus loin derrière tout ça une foule indifférente ou apeurée  qui le serait moins si le système de santé était en capacité  de soigner sans être contraint au au tri et à la sélection entre les infectés en faisant attendre les pathologies dites non urgentes Et que dire des africains sans dose, des indiens dépassés et brésiliens malmenés par des semi fachos…

 

 

L’autotest, une nouvelle arme contre l’épidémie ?

Lundi 26 Avril 2021

Si l’utilisation de ce nouvel outil en milieu scolaire peut sembler pertinente, le proposer aux particuliers, au regard de son efficacité moindre et de son coût non négligeable, interroge son utilité face au virus.

 

Les autotests, un « outil de plus » dans l’arsenal de lutte contre le Covid-19 ? C’est en tout cas ainsi que l’exécutif les a présentés, jeudi 15 avril, lors d’une conférence de presse. Disponibles depuis le 12 avril en pharmacie pour les particuliers, ils doivent être déployés à partir du 10 mai dans les lycées (un autotest par semaine et par élève, à réaliser dans l’établissement) et pour les personnels de l’éducation nationale (deux autotests par semaine et par personne, à réaliser chez soi). Le gouvernement en a commandé 64 millions pour le milieu scolaire, soit de quoi tenir environ jusqu’au début du mois d’août selon nos calculs, et jusqu’à début juillet si la Haute Autorité de santé, qui les réserve pour l’instant aux plus de 15 ans, autorise la semaine prochaine leur utilisation pour les collégiens.

Les tests PCR restent recommandés en cas de symptômes

Ces tests à réaliser soi-même, en se passant un écouvillon dans le nez, fonctionnent sur le même principe que les tests antigéniques, délivrant un résultat en moins d’une demi-heure. Ils sont toutefois moins efficaces que leurs cousins, les PCR. Ce n’est pas un problème, selon l’épidémiologiste Dominique Costagliola, s’ils sont régulièrement répétés au sein de populations ciblées. «  Tous les travaux de modélisation montrent que c’est le rythme qui compte, plus que leurs propriétés intrinsèques. Si on les répète souvent, cela va permettre de détecter les cas beaucoup plus vite que si on ne les utilisait pas, et donc de diminuer les risques », explique-t-elle. Le Conseil scientifique, qui conseille le gouvernement dans la gestion de l’épidémie, a d’ailleurs préconisé le déploiement des autotests en premier lieu en milieu scolaire.

Leur usage pour les particuliers pose en revanche plus de questions. Destinés en priorité aux personnes asymptomatiques, les PCR restant recommandés en cas de symptômes, c’est précisément pour cette catégorie que les autotests sont le moins sensibles. Peu agréable, la méthode de prélèvement nasal interroge l’efficacité de leur réalisation. Estimer la profondeur à laquelle enfoncer l’écouvillon, ou si l’on a recueilli suffisamment de matière, peut s’avérer complexe. Or, « des résultats faussement négatifs peuvent résulter d’un mauvais prélèvement », peut-on lire sur la notice d’utilisation d’un des douze kits proposés sur le marché. « L’échantillon prélevé peut contenir une concentration d’antigène inférieure au seuil de sensibilité » du test, découvre-t-on sur un autre.

« Le contraire d’une politique de santé publique »

« Le problème, c’est que si vous êtes négatif, cela ne veut pas dire que vous n’avez pas le virus. Cela envoie un message faussement rassurant, vous pouvez penser que vous n’avez rien, mais quand même être porteur et exposer votre entourage », s’inquiète Dominique Costagliola. De plus, un résultat positif doit dans tous les cas être confirmé par un test PCR, afin notamment d’assurer le suivi des cas par les autorités sanitaires.

500 000 autotests ont déjà été distribués dans les pharmacies d’officine, selon le ministère de la Santé. À quelques exceptions près (pour les aides à domicile et les aidants familiaux), ils ne sont pas remboursés par la Sécurité sociale, contrairement aux tests PCR et antigéniques. Leur prix ne doit pas excéder 6 euros jusqu’au 15 mai, puis 5,20 euros à compter de cette date. Des tests payants et moins efficaces, quel intérêt pour la population générale, peut-on légitimement se demander ? « C’est du business, on gère l’épidémie comme un marché, c’est le contraire d’une politique de santé publique », s’agace une source hospitalière haut placée, qui avoue ne pas comprendre autrement leur déploiement pour un usage individuel. De quoi faire prendre au nouvel outil présenté par l’exécutif les airs d’un vulgaire gadget.

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La poussée de l’extrême droite n’est pas inéluctable

Posté par jacques LAUPIES le 24 avril 2021

Nota : ceux qui me font l’honneur de suivre ce blog, pourront constater  que ce n’est pas d’aujourd’hui que j’ai pu prévoir les évolutions de l’extrême droite lepéniste,  notamment son rapprochement avec la droite « classique » qu’elle soit d’inspiration ultra libérale ou plus modérée.

Eh bien voilà nous y sommes et tous ceux qui à droite comme à gauche, jouent les vierges effarouchées de la défense de la démocratie, de la liberté, du social et se sont comportés comme des autruches face à ces évolutions qui risquent de conduire à un rassemblement dont rêvent les pétainistes de notre temps, tous ces apôtres de la naïveté y seront pour leurs frais.

Ces pauvres âmes boboïsées hantent les plateaux médiatiques ou l’on analyse entre soi sans bien voir ce qui se passe sur le terrain. Ils sont dans leur bulle, règlent leurs petits comptes en famille pendant que dans ces masses qui leur échappent, où l’on analyse peu, naissent l’indifférence, parfois le dégout de la politique, et surtout l’ignorance des solutions possibles pour la fin des inégalités. Et peut-être les prémices de la révolte dont on ne peut prévoir la couleur…

Tant que le peuple rigole à défaut de pleurer sur son malheur, une bonne partie de lui se gave de sucreries bon marché, de coca cola et autres saloperies alimentaires coupe faim, que le prix du tee shirt fabriqué en chine et des baskets marqués frauduleusement se réduit, la bourgeoisie à sa réserve d’imbécilités auxquelles s’ajoute celle de ceux qui se croient les plus futés parce qu’ils bouffent les cinq fruits et légumes et jouent les écologistes culpabilisés.

Toutes les strates sociales – pas le temps de détailler - ont leur dose de tranquillisant et ce n’est pas le soi disant traumatisme d’un virus qui va les réveiller. Bien au contraire il s’avère un complément à la moutonnerie générale. Magnifique contexte pour exciter les Zemmour et autres « penseurs » de la nouvelle droite qui ose se dire populaire. Sans oublier ceux qui voudraient ressusciter la politique de Saint François de Corrèze. 

Il est grand temps que la voix des communistes s’élève hors de ce brouhaha ou se complaisent libéraux et socio démocrates. 

C’est surtout pour cela que je suis à fond pour une candidature communiste à la présidentielle et partout ou cela est possible la présence ouverte de communistes !

La poussée de l’extrême droite n’est pas inéluctable si les réformistes de tout poil reconnaissent leur responsabilité dans ce danger imminent !

 

 

le vote RN s’est répandu au sein de la jeunesse. La part du vote RN des 25-34 ans est passée de 23 % en 2017 à 29 % d’intentions pour 2022. Vincent Isore/IP3

 

Présidentielle 2022. L’extrême droite aiguise ses couteaux

Samedi 24 Avril 2021

Porté par un climat social et politique délétère, dédiabolisé et promu par la machine médiatique, l’ex-FN, devenu Rassemblement national, poursuit son ascension. La fille Le Pen, qui se voit déjà élue en 2022, a lancé une stratégie de ratissage tous azimuts, fluctuant sur une « ligne de crête » entre radicalité et normalisation, outrance et respectabilité. Que fait la gauche face à une extrême droite plus que jamais dangereuse ?

 

Dans les périodes de grande confusion, il arrive que les loups tentent de se faire passer pour des agneaux. Convaincue de pouvoir remporter l’élection présidentielle de 2022, cinq ans après avoir hissé le FN au deuxième tour pour la seconde fois dans l’histoire de la Ve République, Marine Le Pen sent des vents porteurs. Et la possibilité d’une accession à la présidence « n’a jamais été aussi importante qu’aujourd’hui », claironnait-elle, début avril, dans un entretien au mensuel d’extrême droite « l’Incorrect ».

Terreau favorable

Le parti extrême droite est plus que jamais banalisé, dix ans après que Marine Le Pen en a pris la présidence, puis changé le nom en Rassemblement National. Pire, ses thématiques sont au centre des débats, comme l’analyse Bruno Cautrès, politologue au CNRS et au Cevipof : « La thématique de l’islamo-gauchisme, les thèmes identitaires et sur la laïcité, cette obsession française, créent un climat d’opinion qui lui est favorable », un point de vue corroboré par Florent Gougou, maître de conférences à Sciences-Po Grenoble : « Tant qu’il y aura des questions d’immigration, d’identité nationale, des terreaux pour le vote RN vont se créer, en particulier au sein des milieux ouvriers. »

 

À un peu plus d’un an de l’élection, plusieurs sondages montrent un niveau particulièrement inquiétant d’intentions de vote : le dernier en date, réalisé par l’Ifop et paru dans « le JDD » du 11 avril, donne Marine Le Pen en tête au 1er tour avec 25 à 27 % des voix selon les candidats en présence, et 24 % au chef de l’État. Surtout, son score augmenterait sensiblement au second tour, avec 46 % face à Emmanuel Macron ; en 2017, elle avait été battue plus largement, ne recueillant que 33,9 % des suffrages.

 

Tous ces chiffres sont, bien entendu et selon l’expression consacrée, à prendre avec des pincettes. Cependant, pour Bruno Cautrès, « même s’il manque beaucoup de paramètres, il faut prendre les sondages pour ce qu’ils sont : un climat de l’opinion ». Pour le chercheur au CNRS, deux points sont marquants : sa position en tête du 1er tour, « parfois nettement, ce qui est inédit », et son score présumé au second tour, « très haut, avec des scénarios autour de 50 % : cela traduit quelque chose ».

La candidate entend rassurer. Sa base électorale élargie, il s’agit d’aller chercher les voix qui manquent… à droite. 35 % des électeurs de la droite « classique » ont une bonne opinion à son sujet.

Radiographie d’un vote

Ce quelque chose, c’est sans aucun doute la capacité de Marine Le Pen à s’être imposée comme première opposante et à avoir su élargir sa base électorale. Pour Florent Gougou, « de fait, en arrivant à 25 %, le RN a séduit au sein de nouveaux groupes sociaux, dans des catégories jusque-là rétives à sa politique. On voit désormais des cadres de la fonction publique, des bourgeois, des enseignants, qui votent pour le RN ». Selon l’étude de l’Ifop, 35 % des sondés déclarent avoir voté au moins une fois pour le RN, et 23 % plusieurs fois. Et si 21 % d’entre eux déclarent ne pas savoir pourquoi, les raisons d’un tel vote sont toujours marquées par la volonté d’exprimer le rejet des autres partis (65 %, contre 35 % de votes par adhésion) et le sentiment d’un déclin du pays, pour 91 % des électeurs du RN. Ce qui fait dire à Frédéric Dabi, le directeur de l’institut de sondage, que cet électorat a le « sentiment de vivre dans une citadelle assiégée ».

Ce n’est pas un hasard si cinq des treize têtes de liste pour les prochaines régionales sont des anciens de LR et de la droite.

Si Marine Le Pen a élargi la base électorale sociologique de son parti, il demeure soutenu d’abord par un vote ouvrier et employé, deux catégories en première ligne face aux politiques libérales menées par Macron et ses prédécesseurs. Autre évolution majeure, en termes de classes d’âge : le vote RN s’est répandu au sein de la jeunesse. Même si elle demeure largement abstentionniste, la part du vote RN des 25-34 ans est passée de 23 % en 2017 à 29 % d’intentions pour 2022.

Marine Le Pen joue d’ailleurs fortement la carte de la jeunesse, notamment avec Jordan Bardella, bombardé n° 2 du parti, et promettant des aides aux jeunes agriculteurs et une hausse de 25 % des aides au logement pour les moins de 27 ans. Quant aux 18-24 ans, dont les intentions de vote sont comparables à celles de l’ensemble de la population (21 %), la nouveauté réside dans « un vote d’adhésion qui atteint désormais 60 % », pointe Frédéric Dabi.

Rejet de l’immigration, des musulmans et discours sécuritaire

Pourtant, si la stratégie de Marine Le Pen, depuis dix ans, est de « normaliser » le vote RN et de séduire de nouveaux pans de l’électorat, le parti d’extrême droite reste perçu comme tel pour 74 % des Français, et raciste pour 62 %. « Oui, nous sommes toujours antisystème », répondait récemment David Rachline, le maire de Fréjus (Var). Les points cardinaux du RN demeurent le rejet de l’immigration, des musulmans et les discours sécuritaires. Le programme du RN prévoit l’interdiction du voile dans l’espace public, quitte à interdire aussi d’autres signes comme la kippa… « D’autres religions doivent faire des sacrifices pour renforcer la laïcité menacée », a osé le trésorier du RN, Wallerand de Saint-Just. Et les identitaires sont toujours aussi nombreux, y compris au sein de l’appareil : ainsi Damien Rieu, cofondateur de Génération identitaire et militant fasciste historique, a été investi pour les prochaines départementales dans la Somme. Pourtant, le discours médiatique de façade se veut rassurant, Marine Le Pen affirmant que « l’islam est compatible avec la République ».

 

Allégeance aux marchés

Rassurer, c’est d’ailleurs désormais le credo de la candidate de l’extrême droite. Sa base électorale établie, il s’agit d’aller chercher les voix qui manquent… à droite. Pour le RN, la défaite de 2017 est due à la réticence de la bourgeoisie sur son programme économique et anti-européen. Selon une étude ViaVoice, 35 % des électeurs de la droite « classique » ont aujourd’hui une bonne opinion de Marine Le Pen : « C’est là que réside l’essentiel de nos réserves d’électeurs », précise Thierry Mariani, lui-même venu de LR. Pour Bruno Cautrès, il est clair que « Marine Le Pen a changé de communication, elle veut faire passer le message qu’elle veut gagner et s’en donne les moyens, sur l’Europe, l’économie, l’euro. Que conservera-t-elle de la période Philippot et du discours social mêlant État providence et chauvinisme ? Je demande à voir ».

Tenir en même temps un vote de colère, antisystème, et séduire un électorat bourgeois plus frileux, c’est désormais le « en même temps » du RN. Un objectif énoncé crûment par Nicolas Bay, député européen et vice-président du RN : « Il y a une ligne de crête à tenir. Il faut à la fois rassurer sur un certain nombre de thèmes (…) et être capable de catalyser une colère profonde en étant suffisamment transgressif. » Fini le Frexit ou la sortie de l’euro, abandonnés entre 2017 et les européennes de 2019, et retour aux fondamentaux économiques de la droite classique : dans une tribune au journal « l’Opinion » datée du 21 février – un choix loin d’être anodin –, Marine Le Pen défend une certaine orthodoxie budgétaire : « Une dette doit être remboursée, il y a là un aspect moral essentiel », écrit-elle.

Dans sa volonté de ratisser chez les chefs d’entreprise, les artisans et les milieux d’affaires, Marine Le Pen montre patte blanche. « Il y a des signes évidents d’évolution sur la question européenne et économique, qui était un obstacle infranchissable pour un électorat de droite bourgeoise plus classique », corrobore Bruno Cautrès. Alimentée en notes par un groupe de hauts fonctionnaires anonymes, les Horaces, la cheffe du RN « a compris que c’était sur ce sujet qu’elle était le plus attendue. Cette fois, ce n’est pas une campagne pour arriver au second tour », détaille Thierry Mariani. Mais, pour l’heure, le RN n’a toujours pas de programme économique, en dépit de la communication tous azimuts pour séduire la droite. Et ce n’est pas un hasard si cinq des treize têtes de liste pour les prochaines régionales sont des anciens de LR et de la droite.

« Gouvernement d’union nationale »

Cette volonté de ratisser large s’incarne également dans un autre thème : l’écologie. Le RN a présenté un ensemble de mesures qui seraient soumises à référendum, avec des questions telles que : « Souhaitez-vous développer les espaces verts en milieu urbain ? » Sous l’influence d’Hervé Juvin, devenu proche conseiller, Marine Le Pen a développé plusieurs petits mouvements satellites, comme « les Localistes », fondé par Juvin et le transfuge de la FI, Andréa Kotarac, chargé de mettre en avant la conception identitaire de l’écologie à la sauce RN. Kotarac avait également été missionné fin 2019 pour débaucher des cadres de la gauche, notamment radicale et souverainiste. Peine perdue, faute de candidats…

 

Marine Le Pen veut toutefois donner l’image d’un rassemblement du « meilleur de la droite et de la gauche » au sein d’un « gouvernement d’union nationale » qui irait « d’Arnaud Montebourg à Marion Maréchal ». Et, depuis deux ans, la présidente du RN voudrait se donner une image de « présidentiable » – un mot que répète à tout bout de champ son équipe de communication. Elle a annoncé son intention de quitter la présidence du RN, « sans doute après l’été », le temps d’être réélue à sa présidence lors du congrès de Perpignan en juillet.

 

Une façon, selon Bruno Cautrès, de « donner le sentiment qu’elle s’adresse aux Français directement ». Dans ce duel mortifère avec Emmanuel Macron que les deux veulent imposer de force au pays, la cheffe du RN, malgré de solides relais médiatiques, peine à convaincre : 26 % des Français seulement en ont une image positive, 16 % lui trouvent une stature présidentielle, et les électeurs la jugent moins compétente et sincère qu’il y a quatre ans. Un des nombreux paradoxes d’une campagne présidentielle de tous les dangers face à une extrême droite plus que jamais aux portes du pouvoir.

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Finance. Comment on a relancé la machine à bulles

Posté par jacques LAUPIES le 23 avril 2021

 

Finance. Comment on a relancé la machine à bulles dans POLITIQUE

 
 

Finance. Comment on a relancé la machine à bulles

Vendredi 23 Avril 2021

Depuis plusieurs mois, les marchés boursiers connaissent une surchauffe spectaculaire qui ne profite qu’à une minorité d’individus et fait courir des risques à l’ensemble de l’économie.

 

Une crise ? Quelle crise ? En pleine pandémie mondiale, alors que les pays comptent les morts du Covid, les grands indices boursiers jouent la valse des milliards. Jamais peut-être le gouffre n’a paru aussi grand entre économie financière et économie « réelle », au point que la possibilité d’un krach majeur – un de ceux qui ébranlent le capitalisme tous les vingt ans – recommence à se matérialiser.

1une frénésie, signe de l’emballement des marchés

Le CAC 40 a frôlé la barre des 6 320 points le 19 avril, vers 16 heures, un chiffre qui laissera probablement de marbre les lecteurs non boursicoteurs… Pour prendre la mesure du phénomène, il suffit de rappeler que depuis avril 2001, le CAC n’avait dépassé durablement les 6 000 points qu’en mai 2007. Soit un an environ avant la déflagration des subprimes.

Autre signe de l’emballement des marchés, l’appétit des entreprises pour les mises en Bourse. Coinbase, plateforme d’échange de cryptomonnaies naguère connue des seuls initiés, a débarqué au Nasdaq mi-avril, cet indice regroupant les valeurs technologiques américaines. Valorisation : 86 milliards de dollars, soit plus que le géant Facebook neuf ans auparavant ! Sur l’année 2020, 420 entreprises sont entrées en Bourse aux États-Unis, levant un total de 145 milliards de dollars auprès des investisseurs, record absolu depuis trente ans.

Ancien trader et observateur avisé des marchés financiers, Thomas Veillet regarde grimper la fièvre avec circonspection. « Vous avez une société américaine qui s’appelle Hometown International, dans le New Jersey. C’est un marchand de sandwichs, géré par un type tout seul. Eh bien cette entreprise est cotée à 100 millions de dollars en Bourse, malgré un chiffre d’affaires annuel de 14 000 dollars ! C’est assez symptomatique de ce qu’on observe en ce moment : on parie sur des trucs qui n’existent quasiment pas. »

Comment mesurer l’écart qui se creuse entre les performances boursières et les réalités économiques ? Il existe plusieurs baromètres, tels que le ratio « capitalisation boursière/PIB » (voir graphique ci-contre). On peut aussi regarder le Shiller PE Ratio, un indicateur qui se calcule en divisant la capitalisation boursière des entreprises américaines par leurs bénéfices moyens en valeur réelle et sur dix ans. En gros, plus le ratio est élevé, plus la capitalisation est excessive en regard de la rentabilité des entreprises. En février, écrivent les économistes David Bourghelle et Jacques Ninet, ce ratio se situait « à environ 36, bien au-delà de sa moyenne historique de 16,8 et de son niveau de 32,6 observé en septembre 1929, juste avant l’éclatement de la bulle spéculative ayant conduit au krach de 1929 ». Ce n’est pas très bon signe.

2des banques centrales prises à leur propre piège

Cette frénésie est en grande partie alimentée par les banques centrales elles-mêmes, qui arrosent les marchés mondiaux de liquidités, par deux canaux : le rachat massif de titres de dette (États et entreprises) et l’abaissement des taux d’intérêt. La BCE, par exemple, prévoit de racheter 1 850 milliards d’euros d’actifs d’ici à mars 2022. Problème : cette manne supposée relancer la locomotive de l’économie nourrit surtout la machinerie financière.

« La faiblesse des taux d’intérêt fait affluer les acheteurs d’actions, explique l’économiste Thomas Dallery. Les banques réalisant moins de profit sur le crédit, elles préfèrent aller sur les marchés plutôt que de prêter aux entreprises. Par ailleurs, la faiblesse des taux rend les obligations (titres de dette) très peu rentables aux yeux des investisseurs institutionnels (fonds de pension, compagnies d’assurances, etc.). Comme ces derniers doivent toujours verser des prestations à leurs clients, ils se tournent vers des placements plus rentables. Enfin, les entreprises profitent des bas taux pour mettre sur pied des programmes de rachats d’actions, très profitables aux actionnaires. »

« Personne ne sait ce qui se serait passé si la BCE n’avait pas mené une telle politique, ajoute l’économiste Jézabel Couppey-Soubeyran. Les États européens, obligés de se financer sur les marchés en absence d’union budgétaire, se seraient peut-être retrouvés en grande difficulté. Mais il faut reconnaître que ces injections de liquidités ont très peu d’effets d’entraînement sur l’économie réelle. »

En attendant, les banques centrales se retrouvent prises au piège d’un mécanisme qu’elles ont elles-mêmes mis en place : si elles ferment le robinet des liquidités trop rapidement, les taux d’intérêt risquent de s’envoler, semant la panique sur les marchés.

3Des milliards tirés de la tech et des cryptomonnaies

« Avant même d’éclater, les bulles posent un certain nombre de problèmes, rappelle Thomas Dallery. Le premier d’entre eux est le creusement des inégalités de patrimoine : ce sont les plus riches qui détiennent des actifs. » Qui sont les milliardaires de la spéculation ? Sans surprise, on les trouve principalement au centre des deux plus grosses bulles boursières du moment : les valeurs technologiques et les cryptomonnaies.

Elon Musk, l’emblématique patron de Tesla (voitures électriques), a eu le plaisir de voir sa fortune multipliée par six l’année dernière, grâce à l’envol de ses actions. En un an, il a gagné la bagatelle de 126 milliards de dollars, soit environ 480 millions par jour.

Autres grands gagnants de la frénésie boursière, les investisseurs qui ont parié sur l’envol du bitcoin, dont la valorisation globale a quadruplé en un an, atteignant 1 000 milliards de dollars. Sur la planète, onze individus ont raflé la plus grosse mise, parmi lesquels : Brian Armstrong, patron de la plateforme Coinbase, dont la fortune est estimée à 6,5 milliards de dollars ; Sam Bankman-Fried, un trader en cryptomonnaies de 28 ans seulement (4,5 milliards de dollars de fortune personnelle) ; ou encore les jumeaux Winklevoss (1,6 milliard chacun), rendus mondialement célèbres après avoir accusé leur ancien camarade d’Harvard Mark Zuckerberg de leur avoir chipé l’idée de Facebook…

Au-delà de ces noms clinquants, d’autres ménages fortunés tirent traditionnellement profit des bulles. En France, seuls 20 % des foyers fiscaux déclarent percevoir des dividendes. En 2018, par exemple, 23,2 milliards d’euros ont été versés au total. Mais selon les calculs de France Stratégie, 64 % de l’enveloppe globale (soit 15 milliards) ont atterri dans les poches de 38 000 foyers. À eux seuls, 3 800 foyers français ont encaissé près de 5 milliards de dividendes.

4La possibilité d’un krach

« Une bulle financière, c’est le produit d’une croyance collective en l’idée que les prix vont continuer à monter de manière indéfinie, résume David Bourghelle. Tant que la hausse est à l’œuvre, tout le monde sur le marché a intérêt à ce que les cours grimpent, car tout le monde y gagne. L’éclatement d’une bulle, c’est le retournement, parfois soudain et violent, de cette croyance collective. »

Toute la question est de savoir quand aura lieu le retournement, et de tenter d’en mesurer les conséquences… Sans pour autant jouer les Madame Irma de la finance. « Ce qui détermine la dangerosité d’une bulle, c’est sa taille et le nombre de personnes sur lesquelles elle pourrait retomber », explique Thomas Dallery. À ce titre, la bulle des cryptomonnaies, tirée par l’envol du bitcoin (1 BTC = 45 000 euros), n’est pas la plus menaçante. Pour l’économiste Ludovic Desmedt, un éclatement localisé n’aurait pas forcément de conséquences macroéconomiques majeures, dans la mesure où le nombre d’utilisateurs actifs de bitcoins reste faible. « Les grands fonds d’investissement à la recherche de rendements en détiennent, mais ils se débrouillent pour garder des portefeuilles extrêmement diversifiés. Il existe des fonds plus exposés, mais dont la taille est plus réduite. Cela dit, je ne dis pas qu’un éclatement serait indolore : il pourrait fragiliser, par ricochet, des entreprises comme Tesla, dont le PDG, Elon Musk, est un ardent défe nseur des ’’cryptos’’. »

« Selon moi, la bulle la plus fragile est probablement celle des marchés boursiers, et surtout des valeurs technologiques (comme Tesla), estime Thomas Dallery. Il est tout à fait possible que la croissance continue pendant des mois. Mais le pire des scénarios serait qu’un événement vienne casser la dynamique : mauvais résultats annoncés par des entreprises, changement de réglementation, etc. » Pour qu’une crise financière majeure survienne, il faut que les banques soient touchées. Un retournement des marchés boursiers, sur lesquels elles ont investi des milliards, pourrait allumer la mèche.

L’éclatement de la bulle obligataire serait en fait le plus dévastateur : une remontée brutale des taux d’intérêt mettrait États et entreprises en grande difficulté. Pour mémoire, l’endettement mondial atteignait le montant faramineux de 233 400 milliards d’euros en 2020. C’est bien pour ça que les banques centrales y regarderont à deux fois avant de prendre ce type de décision… Du moins peut-on l’espérer.

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