• Admin.du Site

  • Archives

Finance. Comment on a relancé la machine à bulles

Posté par jacques LAUPIES le 23 avril 2021

 

Finance. Comment on a relancé la machine à bulles dans POLITIQUE

 
 

Finance. Comment on a relancé la machine à bulles

Vendredi 23 Avril 2021

Depuis plusieurs mois, les marchés boursiers connaissent une surchauffe spectaculaire qui ne profite qu’à une minorité d’individus et fait courir des risques à l’ensemble de l’économie.

 

Une crise ? Quelle crise ? En pleine pandémie mondiale, alors que les pays comptent les morts du Covid, les grands indices boursiers jouent la valse des milliards. Jamais peut-être le gouffre n’a paru aussi grand entre économie financière et économie « réelle », au point que la possibilité d’un krach majeur – un de ceux qui ébranlent le capitalisme tous les vingt ans – recommence à se matérialiser.

1une frénésie, signe de l’emballement des marchés

Le CAC 40 a frôlé la barre des 6 320 points le 19 avril, vers 16 heures, un chiffre qui laissera probablement de marbre les lecteurs non boursicoteurs… Pour prendre la mesure du phénomène, il suffit de rappeler que depuis avril 2001, le CAC n’avait dépassé durablement les 6 000 points qu’en mai 2007. Soit un an environ avant la déflagration des subprimes.

Autre signe de l’emballement des marchés, l’appétit des entreprises pour les mises en Bourse. Coinbase, plateforme d’échange de cryptomonnaies naguère connue des seuls initiés, a débarqué au Nasdaq mi-avril, cet indice regroupant les valeurs technologiques américaines. Valorisation : 86 milliards de dollars, soit plus que le géant Facebook neuf ans auparavant ! Sur l’année 2020, 420 entreprises sont entrées en Bourse aux États-Unis, levant un total de 145 milliards de dollars auprès des investisseurs, record absolu depuis trente ans.

Ancien trader et observateur avisé des marchés financiers, Thomas Veillet regarde grimper la fièvre avec circonspection. « Vous avez une société américaine qui s’appelle Hometown International, dans le New Jersey. C’est un marchand de sandwichs, géré par un type tout seul. Eh bien cette entreprise est cotée à 100 millions de dollars en Bourse, malgré un chiffre d’affaires annuel de 14 000 dollars ! C’est assez symptomatique de ce qu’on observe en ce moment : on parie sur des trucs qui n’existent quasiment pas. »

Comment mesurer l’écart qui se creuse entre les performances boursières et les réalités économiques ? Il existe plusieurs baromètres, tels que le ratio « capitalisation boursière/PIB » (voir graphique ci-contre). On peut aussi regarder le Shiller PE Ratio, un indicateur qui se calcule en divisant la capitalisation boursière des entreprises américaines par leurs bénéfices moyens en valeur réelle et sur dix ans. En gros, plus le ratio est élevé, plus la capitalisation est excessive en regard de la rentabilité des entreprises. En février, écrivent les économistes David Bourghelle et Jacques Ninet, ce ratio se situait « à environ 36, bien au-delà de sa moyenne historique de 16,8 et de son niveau de 32,6 observé en septembre 1929, juste avant l’éclatement de la bulle spéculative ayant conduit au krach de 1929 ». Ce n’est pas très bon signe.

2des banques centrales prises à leur propre piège

Cette frénésie est en grande partie alimentée par les banques centrales elles-mêmes, qui arrosent les marchés mondiaux de liquidités, par deux canaux : le rachat massif de titres de dette (États et entreprises) et l’abaissement des taux d’intérêt. La BCE, par exemple, prévoit de racheter 1 850 milliards d’euros d’actifs d’ici à mars 2022. Problème : cette manne supposée relancer la locomotive de l’économie nourrit surtout la machinerie financière.

« La faiblesse des taux d’intérêt fait affluer les acheteurs d’actions, explique l’économiste Thomas Dallery. Les banques réalisant moins de profit sur le crédit, elles préfèrent aller sur les marchés plutôt que de prêter aux entreprises. Par ailleurs, la faiblesse des taux rend les obligations (titres de dette) très peu rentables aux yeux des investisseurs institutionnels (fonds de pension, compagnies d’assurances, etc.). Comme ces derniers doivent toujours verser des prestations à leurs clients, ils se tournent vers des placements plus rentables. Enfin, les entreprises profitent des bas taux pour mettre sur pied des programmes de rachats d’actions, très profitables aux actionnaires. »

« Personne ne sait ce qui se serait passé si la BCE n’avait pas mené une telle politique, ajoute l’économiste Jézabel Couppey-Soubeyran. Les États européens, obligés de se financer sur les marchés en absence d’union budgétaire, se seraient peut-être retrouvés en grande difficulté. Mais il faut reconnaître que ces injections de liquidités ont très peu d’effets d’entraînement sur l’économie réelle. »

En attendant, les banques centrales se retrouvent prises au piège d’un mécanisme qu’elles ont elles-mêmes mis en place : si elles ferment le robinet des liquidités trop rapidement, les taux d’intérêt risquent de s’envoler, semant la panique sur les marchés.

3Des milliards tirés de la tech et des cryptomonnaies

« Avant même d’éclater, les bulles posent un certain nombre de problèmes, rappelle Thomas Dallery. Le premier d’entre eux est le creusement des inégalités de patrimoine : ce sont les plus riches qui détiennent des actifs. » Qui sont les milliardaires de la spéculation ? Sans surprise, on les trouve principalement au centre des deux plus grosses bulles boursières du moment : les valeurs technologiques et les cryptomonnaies.

Elon Musk, l’emblématique patron de Tesla (voitures électriques), a eu le plaisir de voir sa fortune multipliée par six l’année dernière, grâce à l’envol de ses actions. En un an, il a gagné la bagatelle de 126 milliards de dollars, soit environ 480 millions par jour.

Autres grands gagnants de la frénésie boursière, les investisseurs qui ont parié sur l’envol du bitcoin, dont la valorisation globale a quadruplé en un an, atteignant 1 000 milliards de dollars. Sur la planète, onze individus ont raflé la plus grosse mise, parmi lesquels : Brian Armstrong, patron de la plateforme Coinbase, dont la fortune est estimée à 6,5 milliards de dollars ; Sam Bankman-Fried, un trader en cryptomonnaies de 28 ans seulement (4,5 milliards de dollars de fortune personnelle) ; ou encore les jumeaux Winklevoss (1,6 milliard chacun), rendus mondialement célèbres après avoir accusé leur ancien camarade d’Harvard Mark Zuckerberg de leur avoir chipé l’idée de Facebook…

Au-delà de ces noms clinquants, d’autres ménages fortunés tirent traditionnellement profit des bulles. En France, seuls 20 % des foyers fiscaux déclarent percevoir des dividendes. En 2018, par exemple, 23,2 milliards d’euros ont été versés au total. Mais selon les calculs de France Stratégie, 64 % de l’enveloppe globale (soit 15 milliards) ont atterri dans les poches de 38 000 foyers. À eux seuls, 3 800 foyers français ont encaissé près de 5 milliards de dividendes.

4La possibilité d’un krach

« Une bulle financière, c’est le produit d’une croyance collective en l’idée que les prix vont continuer à monter de manière indéfinie, résume David Bourghelle. Tant que la hausse est à l’œuvre, tout le monde sur le marché a intérêt à ce que les cours grimpent, car tout le monde y gagne. L’éclatement d’une bulle, c’est le retournement, parfois soudain et violent, de cette croyance collective. »

Toute la question est de savoir quand aura lieu le retournement, et de tenter d’en mesurer les conséquences… Sans pour autant jouer les Madame Irma de la finance. « Ce qui détermine la dangerosité d’une bulle, c’est sa taille et le nombre de personnes sur lesquelles elle pourrait retomber », explique Thomas Dallery. À ce titre, la bulle des cryptomonnaies, tirée par l’envol du bitcoin (1 BTC = 45 000 euros), n’est pas la plus menaçante. Pour l’économiste Ludovic Desmedt, un éclatement localisé n’aurait pas forcément de conséquences macroéconomiques majeures, dans la mesure où le nombre d’utilisateurs actifs de bitcoins reste faible. « Les grands fonds d’investissement à la recherche de rendements en détiennent, mais ils se débrouillent pour garder des portefeuilles extrêmement diversifiés. Il existe des fonds plus exposés, mais dont la taille est plus réduite. Cela dit, je ne dis pas qu’un éclatement serait indolore : il pourrait fragiliser, par ricochet, des entreprises comme Tesla, dont le PDG, Elon Musk, est un ardent défe nseur des ’’cryptos’’. »

« Selon moi, la bulle la plus fragile est probablement celle des marchés boursiers, et surtout des valeurs technologiques (comme Tesla), estime Thomas Dallery. Il est tout à fait possible que la croissance continue pendant des mois. Mais le pire des scénarios serait qu’un événement vienne casser la dynamique : mauvais résultats annoncés par des entreprises, changement de réglementation, etc. » Pour qu’une crise financière majeure survienne, il faut que les banques soient touchées. Un retournement des marchés boursiers, sur lesquels elles ont investi des milliards, pourrait allumer la mèche.

L’éclatement de la bulle obligataire serait en fait le plus dévastateur : une remontée brutale des taux d’intérêt mettrait États et entreprises en grande difficulté. Pour mémoire, l’endettement mondial atteignait le montant faramineux de 233 400 milliards d’euros en 2020. C’est bien pour ça que les banques centrales y regarderont à deux fois avant de prendre ce type de décision… Du moins peut-on l’espérer.

 

Gabon, Environnement, Touri... |
Site des Jeunes Tassilunois |
Histoire d'Europe |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | RETROVISEUR SANSALVATORIEN
| larurale
| Droit Administratif des Bie...