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Publié dans « Cause Commune » revue du PCF

Posté par jacques LAUPIES le 17 novembre 2020

 

LE GRAND ENTRETIENN°19

Un besoin de réponses collectives, de coopérations et de commun

Par Fabien Roussel
Face à la crise du capitalisme, exacerbée par la pandémie, Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, évoque les voies à emprunter pour reconstruire du collectif et permettre aux individus et aux peuples de s’émanciper des dominations. Après une analyse de la situation actuelle, il indique également les différentes actions qui vont ponctuer la rentrée politique.

Propos recueillis par Léo Purguette

CC : Quelles leçons tirez-vous de la crise sanitaire ?
FR : Cette crise est d’abord terrible pour les victimes. Ce n’est pas la première fois qu’un virus se transmet de l’animal à l’homme. Mais il nous faut en tirer dé­sormais toutes les conséquences. Cette crise révèle les méfaits de la mondialisation et la faillite du capitalisme. Elle révèle aussi l’importance des services publics, le rôle et le courage du monde du travail, l’indispensable souveraineté qui nous a fait défaut dans de nombreux domaines, comme le sanitaire et les médicaments.
Aujourd’hui, des chercheurs font la démonstration que l’homme est responsable de la transmission d’un virus animal. Par la déforestation intensive, l’urbanisation excessive, par l’absence de règles de protection. Tout cela génère de nouveaux fléaux (épidémiques, sociaux, climatiques, économiques, etc.). Pire, ce système affaiblit tous les boucliers arrachés par les luttes des peuples pour affronter les défis posés à l’humanité à chaque étape de son développement. Regardons les conséquences des coups portés à notre système de santé publique dans la gestion de la prise en charge des malades !
Plus globalement, c’est l’ensemble des services publics qui se trouvent en difficulté pour affronter les conséquences de cette pandémie, alors même que leurs agents font montre d’un dévouement et d’une capacité créatrice extraordinaires face à cette crise. C’est également tout notre appareil productif, son profond affaiblissement, qui est directement mis en cause. Le capitalisme a transformé une pandémie en catastrophe sanitaire.

« Confronté à une crise historique, le capital veut en faire payer le coût au monde du travail et aux classes populaires. »

Même sans alternative immédiate crédible, la contestation du capitalisme a encore grandi dans ces circonstances, lesquelles ont exacerbé les contradictions entre ce système, prédateur, dévastateur, mais contraint d’en appeler à des mutations profondes d’une part, et les aspirations des peuples d’autre part, pointant notamment l’urgence de rompre avec un mode de production et une répartition des richesses créées, sources de formidables gâchis et de profondes inégalités. Cette crise sanitaire a révélé le besoin de réponses collectives, de coopérations et de commun, à toutes les échelles. Rien n’est joué. Les forces du capital montrent leur capacité à dévoyer ces aspirations, à faire diversion pour, à l’image de l’écoblanchiment (greenwashing), préserver et renforcer les mêmes logiques.

CC : Emmanuel Macron après avoir promis de se réinventer a nommé Jean Castex. Comment interprétez-vous ce choix ?
FR : Les discours en trompe-l’œil sur les « jours heureux » censés suivre la pandémie n’ont servi qu’à obtenir le consentement de la société le temps du confinement généralisé. Confronté à une crise historique, le capital veut en faire payer le coût au monde du travail et aux classes populaires. Le gouvernement de Jean Castex, Premier ministre désigné pour ne pas faire de l’ombre au président de la République contrairement à son prédécesseur, s’est vu doté d’une feuille de route en trois volets : rassembler les troupes à six cents jours de la présidentielle ; poursuivre l’éclatement du paysage politique et, plus particulièrement, la conquête d’un électorat de droite qui approuve sa politique dans les sondages, d’où la nomination à Matignon d’un personnage issu du sarkozysme ; conduire à cet effet une ligne de retour à l’orthodoxie libérale et austéritaire, relance des contre-réformes des retraites et de l’assurance-chômage, attaque contre la République en mettant en concurrence les collectivités territoriales, aggravation du cours répressif et autoritaire des dernières années…

« Ce système affaiblit tous les boucliers arrachés par les luttes des peuples pour affronter les défis posés à l’humanité à chaque étape de son développement. »

Désigné pour son enracinement local et son « gaullisme social » revendiqué, le nouveau chef du gouvernement a aussi pour mission de déminer les terrains de confrontation avec le mouvement populaire, afin de préserver les chances d’Emmanuel Macron en 2022. C’est une équation impossible à résoudre. Nous entrons dans une phase de très grande instabilité, de grandes tensions, d’affaiblissement de l’autorité de l’exécutif sur le pays, d’aggravation de la crise politique que connaît la France depuis un certain temps déjà.

CC : Vous avez estimé à l’Assemblée que le budget 2019 avait été « très bien exécuté ». De quel point de vue ?
FR : Au nom des députés communistes, j’ai dû prononcer un discours à l’assemblée sur l’exécution du budget 2019. C’est un exercice démocratique qui a lieu tous les ans à la même époque. C’est le rôle du parlement de contrôler l’action du gouvernement.
Pour sortir un peu du discours traditionnel, j’ai effectivement ironisé en expliquant que le budget 2019, le « budget des riches », comme nous l’avions appelé, avait été très très bien exécuté ! Et les riches remercient vivement le gouvernement pour cela !
Quelques chiffres pour illustrer mon propos : ce pouvoir a parfaitement servi les grandes fortunes avec la baisse de l’ISF pour un montant de 3 milliards au bénéfice de 350 000 grandes fortunes. La France compte ainsi 62 000 millionnaires de plus, mais aussi 400 000 personnes supplémentaires vivant sous le seuil de pauvreté.
Ce pouvoir est aussi celui qui déverrouille les quelques leviers qui nous restent pour résister à la domination des marchés financiers et des exigences des actionnaires des grandes multinationales. Avec le prélèvement forfaitaire unique (flat tax), avec les baisses de cotisations et les crédits d’impôts sans conditions par exemple, plus de 40 milliards d’euros ont encore alimenté les portefeuilles des grands actionnaires, dont les dividendes ont une nouvelle fois atteint des sommets en 2019.
En revanche, la Sécurité sociale a vu ses ressources baisser de 5,5 milliards d’euros et les moyens de l’hôpital public ont été de nouveau amputés de 1 milliard. Les budgets consacrés à la rénovation des passoires thermiques sont demeurés bien trop faibles pour atteindre l’objectif de 700 000 rénovations annuelles, auxquelles nous obligent nos engagements pour le climat.
Bref, ce pouvoir gère parfaitement les intérêts du capital et ceux des classes privilégiées, au détriment de ceux du monde du travail et de notre peuple en général. Voilà le contenu de cette intervention qui n’a pas fait sourire la majorité !

CC : Le PCF a lancé la plateforme « La France en commun » pour populariser ses propositions. À quoi ressemblerait ce « monde d’après » ?
FR : Ce doit être un monde où tous les parcours de vie doivent être sécurisés. L’avenir ne peut plus se conjuguer avec précarité, concurrence exacerbée entre les citoyens, les salariés et les peuples ou avec l’individualisation des droits. Il est grand temps d’imaginer et de reconstruire du collectif qui permette aux individus et aux peuples de s’émanciper des dominations. À commencer par celle du capital !
Pour cela, il faut nous donner les moyens de renforcer et d’étendre les services publics, en France et en Europe, seuls garants de l’égalité des droits mais aussi seuls à même de relever les grands défis de la période. Un exemple, celui des transports : plutôt que de déréguler et de privatiser plus tous les modes de déplacements, nous proposons au contraire la création d’un grand pôle public des transports qui se donne pour objectif non seulement de garantir le droit aux déplacements pour tous, mais aussi d’inscrire l’organisation des transports dans l’ambition de la transition écologique, en favorisant les complémentarités, l’aménagement du territoire, plutôt que la rentabilité et la concurrence forcenées.
L’avenir passe également par une reconquête industrielle dans notre pays, garantissant notre indépendance productive et contribuant à révolutionner les modes de production. La mondialisation capitaliste a considérablement affaibli notre outil productif, supprimé de nombreux emplois et liquidé tant de savoir-faire. Elle a fragilisé notre capacité à répondre aux besoins de notre pays et considérablement affaibli les territoires. Il faut pour cela changer les règles de « qui décide ? » : les actionnaires ou les salariés et les citoyens ? Nous pensons que la question des pouvoirs de ces derniers est désormais cruciale pour changer fondamentalement ce monde.

« Il faut réussir à convaincre les Françaises et les Français de bâtir ensemble un projet de société pour eux, pour leurs enfants et pour l’avenir de notre planète. »

Le « monde d’après » doit également être celui des nouvelles coopérations entre les nations et les peuples et d’une visée collective de la communauté internationale en faveur du désarmement et de la paix. Il doit être celui où chacun est respecté dans sa dignité, dans ses capacités créatrices et qui se débarrasse donc de toutes les violences et de toutes les formes de domination.

CC : Les élections municipales ont été l’occasion de conquêtes mais aussi de pertes pour le PCF, elles ont aussi été l’occasion de rassemblements inédits des gauches. Qu’en retenez-vous ?
FR : D’abord qu’au-delà de la crise sanitaire, l’abstention inédite témoigne d’un approfondissement inquiétant de la crise politique à l’œuvre dans le pays depuis de trop nombreuses années. Cette fracture revêt évidemment des causes multiples. Il y a les scandales à répétition entachant la vie politique, les promesses non tenues des gouvernements successifs ou d’élus. Il y a aussi l’absence d’espoir, d’alternative crédible. Bref, il faut savoir écouter toutes les raisons pour lesquelles des salariés, des hommes et des femmes, des jeunes ne vont plus voter. Parfois, nous avons aussi notre part de responsabilité.
C’est en les écoutant, avec humilité, et en étant capables de changer notre discours pour répondre à leurs attentes tout en portant leurs colères que nous renouerons avec une part de ces électeurs et électrices. J’y crois profondément. C’est un véritable défi pour le Parti communiste. Sans cela, quel est notre avenir ? Nous avons vocation à gouverner, à bâtir une majorité. Il y a donc du monde à convaincre et d’abord chez les abstentionnistes dont beaucoup votaient à gauche.
Concernant les résultats, le bilan est mitigé. Le premier tour, avec plus de cent cinq communes où les maires communistes sortants ont été réélus, a montré que des majorités peuvent l’emporter quand des maires communistes rassemblent, répondent aux aspirations sociales et écologiques de leur population et mènent aussi des combats contre les logiques libérales qui dominent dans le pays.
En revanche, partout où la gauche, voire le PCF lui-même, est divisé dans des villes traditionnellement très à gauche la droite a moins de difficultés à s’imposer.

CC : Avec une université d’été réduite et une Fête de l’Humanité qui ne peut se tenir à La Courneuve pour cause de menace sanitaire, quelle forme donnerez-vous à la rentrée des communistes ?
FR : Les conditions sanitaires de cette rentrée imposent effectivement de renoncer à des rassemblements importants. Nous voulons d’abord éviter que le virus circule de nouveau et être ainsi responsables d’éventuels foyers épidémiques. Nous n’en serons pas moins offensifs pour autant.
Je m’exprimerai le 29 août lors de l’université d’été à Malo-les-Bains où nous accueillons diverses personnalités du monde syndical et associatif.
Le comité national planchera également pendant deux jours sur l’emploi les 5 et 6 septembre, avec l’objectif de faire des propositions pour notre pays montrant qu’il est possible de sécuriser l’emploi, de répondre aux urgences sociales et climatiques, de partager les décisions à tous les niveaux pour reprendre la main sur notre économie et la mettre au service des êtres humains et de la planète. C’est donc un comité national important qui appellera à l’action avec une date mise en discussion : celle du 10 octobre. Mais je n’en dis pas plus !

CC : Quelles batailles prioritaires mènerez-vous sur le terrain national comme international ?
FR : La situation économique et sociale est catastrophique, avec la multiplication des suppressions d’activités et d’emplois dans le pays, souvent initiés par des grands groupes industriels et financiers qui bénéficient par ailleurs d’un flot impressionnant d’argent public. Nous appelons les salariées et les salariés à intervenir, partout dans le pays, pour d’autres choix que ceux imposés par les conseils d’administration des multinationales.
Dans l’aéronautique, l’automobile, la filière énergie, mais aussi dans tous les services publics, nous appelons les communistes, les militants et les élus à investir les luttes et à mettre en débat des propositions offensives, pour sécuriser l’emploi et la formation, pour augmenter les salaires et les pensions, pour exiger des embauches là où les besoins ne sont pas satisfaits.
Nous sommes également déterminés à faire de la jeunesse une priorité. Elle est la première victime de la politique du pouvoir et du patronat, avec des conséquences terribles pour les conditions de vie de centaines de milliers de jeunes confrontés non seulement à la précarité, mais aussi à la misère !
À l’échelle européenne et internationale, nous voyons bien l’urgence de faire grandir une nouvelle conception de la mondialisation. L’Europe ne doit plus être un espace de « concurrence libre et non faussée », mais au contraire un territoire de nouvelles souverainetés coopérantes. C’est ce que nous voulons construire avec d’autres forces progressistes du continent. Et au plan international, nous entendons être utiles à tous les mouvements visant à l’émancipation des peuples, que ce soit en Palestine, où une paix juste et durable passe notamment par la reconnaissance de l’État palestinien, ou encore à Cuba où nous voulons contribuer à une mobilisation internationale contre le blocus imposé à ce pays qui aura fait preuve d’une immense solidarité durant la crise sanitaire.

« La France compte 62 000 millionnaires de plus, mais aussi 400 000 personnes supplémentaires vivant sous le seuil de pauvreté. »

C’est dans toutes ces mobilisations, en France comme à l’échelle internationale, que nous voulons donner l’espoir d’un changement en 2022. Mais pas un simple changement juste pour battre Macron et Le Pen. Ce que nous voulons pour notre pays, c’est un changement de politique, un changement profond pour notre pays et pour nos concitoyennes et concitoyens mais aussi pour le climat et la nature.
Nous devons révolutionner le travail, reprendre le pouvoir sur nos modes de production et définir ensemble ce que nous voulons produire dans le pays et comment.
Il ne s’agit pas seulement de reprendre le pouvoir à la finance, au capital. Il faut réussir à convaincre les Françaises et les Français de bâtir ensemble un projet de société pour eux, pour leurs enfants et pour l’avenir de notre planète.

CC : Le centenaire du PCF se tient sous la formule « Cent ans d’avenir ». Quels sont pour vous les défis du communisme du XXIe siècle ?
FR : Le communisme, c’est plus que jamais l’avenir. Le capitalisme vient encore, avec l’enchevêtrement des crises sanitaire, économique, sociale, écologique, démocratique, de démontrer à quel point sa voracité menaçait le devenir même de l’humanité. Face à ce qui est un authentique défi de civilisation, le communisme est toujours ce mouvement « de l’immense majorité au profit de l’immense majorité », que décrivaient Marx et Engels dans leur célèbre Manifeste. Il a à son service, au pays de la grande Révolution, un parti dont la richesse provient de ces dizaines de milliers d’hommes et de femmes, présents sur le terrain, impliqués dans les mobilisations, dont certaines et certains sont des élus connus de leurs concitoyens pour leur engagement de chaque instant. Par-delà les vicissitudes de l’histoire, ce parti n’a jamais cessé de vouloir renouveler le mouvement ouvrier, de proposer à la France et à son peuple une voie d’espérance, de faire en sorte que le monde du travail et celui de la création artistique ou culturelle deviennent la force motrice de l’émancipation humaine. Il s’est affaibli ces dernières années mais, comme les élections municipales l’ont montré, il demeure une formation vivante et incontournable, auquel sa vitalité militante a permis de reconquérir plusieurs grandes municipalités cette année. On ne le dira jamais assez, l’influence du PCF est un gage de progrès pour notre pays : lorsqu’il est fort, toute la gauche et les classes travailleuses le sont aussi, et c’est l’inverse lorsque son audience recule. C’est le message que nous voulons porter à l’occasion de ce centenaire.

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Des arguments qui font réfléchir

Posté par jacques LAUPIES le 15 novembre 2020

 

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LES PARLEMENTAIRES COMMUNISTES METTENT LE PAQUET POUR LA RENOVATION DU TRIAGE SNCF DE MIRAMAS

Posté par jacques LAUPIES le 15 novembre 2020

 

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Le député P Dharreville et le sénateur J Bacchi mettent tout en œuvre pour que dans le cadre du débat public sur la nouvelle liaison routière Fos Salon, la question du report modal soit intégrée, en particulier envers le ferroviaire.

 La question du devenir et de la rénovation du triage SNCF de Miramas est essentielle sur le plan économique, social et environnemental.

  • Suite à une rencontre avec le coordinateur régional de la SNCF, vous trouverez ci-joint les courriers adressés par P Dharreville :

- À Jean Pierre Farandou PDG du Groupe SNCF ; à Frederic Delorme Président de Fret SNCF ; à Luc Lallemand PDG de SNCF Réseau

 Pierre Dharreville a aussi mis en place des RDV avec la Ministre de l’écologie et le secrétaire d’état aux transports

  • De son côté J Bacchi a visité ce vendredi le triage de Miramas à l’invitation du syndicat des Cheminots CGT de Miramas (voir l’article du journal La Marseillaise de samedi 14 novembre) et va interpeller le Préfet afin que la table ronde que nous réclamons depuis maintenant 2 ans se tienne rapidement.

 Les Cheminots Communistes avec leurs élus mettent le paquet pour sauver le triage SNCF à la gravité de Miramas et plus largement pour défendre et développer le service public ferroviaire.

 Nous ne manquerons pas de vous faire un retour de leurs réponses respectives.

 Mobilisons-nous, rassemblons-nous, donnons-nous les moyens d’avancer et de gagner !

 Pour les Cheminots Communistes

H Bascunana et Marcel Almero

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Il y a propriété et propriétés…

Posté par jacques LAUPIES le 15 novembre 2020

 

Le philosophe Pierre Crétois. © Editions Amsterdam

Le philosophe Pierre Crétois. © Editions Amsterdam
 

Pierre Crétois, philosophe : « Il faut donner priorité à l’accès universel aux biens d’accomplissement »

Samedi 14 Novembre 2020

Avec « la Part commune », le philosophe Pierre Crétois déconstruit le concept de propriété privée, dont il montre les dangers à la fois sociaux et écologiques. Il invite à repenser la propriété comme un juste accès aux biens communs. ENTRETIEN

 
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Pour sauver la société des inégalités qui ne cessent de se creuser davantage, pour sauver la nature des outrances humaines, il est urgent de repenser le concept de propriété. Le philosophe Pierre Crétois nous y invite dans un essai riche et stimulant, « la Part commune. Critique de la propriété privée ». Contre l’appropriation et l’accumulation sans limites, il y développe un concept de propriété partagée, dont l’institution seule est susceptible de nous faire retrouver notre part commune. Les choses naturelles et humaines ne peuvent être accaparées sans mesure ni conscience politique : elles sont des lieux de rencontre et de partage, dont l’accès doit être garanti à tous.

Quelles sont les ambiguïtés de l’idéologie propriétaire que votre essai entend « débusquer » ?

PIERRE CRÉTOIS J’appelle « idéologie propriétaire » non ce que dit le droit au sujet de la propriété, mais plutôt un ensemble de représentations qui orientent nos comportements et nos attentes de façon souterraine. Pour cette idéologie, la propriété est un droit naturel de la personne qui s’acquiert par le seul travail individuel, qui sanctionne un mérite et sur quoi personne n’a le droit d’interférer, pas même l’État. Cette idéologie est problématique, parce qu’elle est travaillée par des contradictions multiples. La propriété privée est censée être absolue. Or, pour permettre à des propriétaires de cohabiter pacifiquement, il faut nécessairement limiter les droits de propriété. En outre, la propriété, censément acquise par le travail, permet le non-travail par la rente une fois transformée en capital lucratif.

En quoi le droit de propriété est-il venu à constituer le principe des autres droits ? À quelle école de pensée depuis John Locke cette tendance peut-elle être rattachée ?

PIERRE CRÉTOIS John Locke est un penseur du droit naturel qui fait l’hypothèse d’un état de nature antérieur à l’existence des sociétés politiques. Pour lui, l’être humain dispose de véritables droits pleins et entiers avant l’instauration de l’État. C’est un des premiers à avoir centré la question du droit naturel en général sur celle des droits naturels de l’être humain. Il pose une liste des droits fondamentaux : l’existence, la liberté et les biens. Ces droits naturels sont des propriétés de l’individu (properties). Il s’agit d’une interprétation libérale des droits naturels, qui les considère comme des choses que l’on a plutôt que comme des conditions générales de l’accomplissement de l’être humain. C’est ce que Marx attaque dans son ouvrage « la Question juive ».

« Le démon de la propriété privée infecte tout ce qu’il touche », écrit Rousseau, que vous citez. Pour Marx aussi, la propriété privée infecte et dénature notre rapport au monde. Quels sont selon vous les effets les plus pervers de l’absolutisme propriétaire ?

PIERRE CRÉTOIS Depuis les origines de l’idéologie propriétaire, avec le phénomène des enclosures (terme anglais pour désigner la mise en clôture des champs), l’absolutisme propriétaire a pour symbole la clôture. La propriété est interprétée comme un droit de se séparer du reste de la société et de tout l’écosystème. La propriété est alors une zone sur laquelle chacun peut exercer un contrôle absolu sans avoir de comptes à rendre. Or, les droits de propriété devraient plutôt être vus comme des éléments juridiques qui structurent nos relations avec les autres et avec la nature que comme des droits de faire sécession.

Icon QuoteLes droits de propriété devraient plutôt être vus comme des éléments juridiques qui structurent nos relations avec les autres et avec la nature que comme des droits de faire sécession.

Vous démontez les arguments fondés sur le mérite et le travail par lesquels sont le plus souvent justifiées les inégalités de propriété et de richesse…

PIERRE CRÉTOIS Il y a un point de convergence curieux entre Locke et Marx, c’est la centralité qu’occupe le travail dans leurs conceptions respectives de l’acquisition. Marx tire toutes les conséquences de l’idée lockéenne d’une acquisition fondée sur le travail. Il faut exproprier les expropriateurs et rendre le capital aux travailleurs. Ce faisant, il admet un lien puissant entre propriété et travail. Ce lien travail-propriété n’a pourtant rien d’une évidence. Bien des causes de ce que je produis sont indépendantes de mon travail. La récolte de l’agriculteur dépend de bien d’autres facteurs que de son seul et unique travail : le terrain, les semences, le climat, la chance… Que son travail produise quelque chose et soit même nécessaire est sans doute vrai, mais que tout ce qu’il produit provienne de son seul et unique travail est absolument contestable.

Il faut donc reconnaître qu’il y a dans ce que nous récoltons une large part qui n’est pas imputable à notre travail. Se débarrasser de la mythologie du travail et du mérite permet de faire place à des questionnements essentiels portant sur la façon dont les ressources doivent être équitablement réparties au sein de la société. En effet, s’il est vrai que nul ne mérite ce qu’il a, il n’y a alors plus aucun obstacle moral pour soumettre la distribution générale des ressources à des principes de justice.

 

Les concepts de propriété sociale d’Alfred Fouillée, ainsi que de dette sociale de Léon Bourgeois signifient-ils que personne ne possède rien sans les autres ?

PIERRE CRÉTOIS En effet, les penseurs et hommes politiques solidaristes comme Fouillée ou Bourgeois sont des jalons importants dans l’histoire sociale de la IIIe République. Léon Bourgeois, penseur et homme politique solidariste, fut un des premiers défenseurs de l’impôt sur le revenu. Il a publié un livre important, « Solidarité » (1896). Selon lui, nous ne devons pas ce que nous avons qu’à nous-mêmes. Nul, en effet, ne peut se prétendre self-made-man, car personne ne se fait seul et sans l’aide de l’armée invisible de ses semblables. En ce sens, mieux on est loti, plus nous sommes redevables à la société. L’impôt sur le revenu est alors une façon de reconnaître qu’une part de ce que nous gagnons ne nous revient pas.

Rousseau met en scène « le moment charnière de la révolte des pauvres démunis contre les riches qui les privent du nécessaire ». Ne sommes-nous pas allés au bout de cette menace et d’un tel moment charnière ?

PIERRE CRÉTOIS Oui, c’est certain. Les inégalités mondiales explosent. Nous sommes sans doute tout proches de la situation évoquée par Rousseau, situation qui impose la refondation du contrat social. La propriété n’est légitime qu’à partir du moment où, pour les plus modestes, la respecter n’est pas un contrat de dupes. En outre, l’époque actuelle ajoute un point que Rousseau n’avait pu anticiper : la crise écologique montre que l’usage que nous faisons de ce qui nous appartient peut nuire aux autres, notamment par la pollution qu’il produit. On ne peut donc séparer la propriété de tout l’écosystème dont elle fait partie.

Icon QuotePlutôt que de chercher qui du capitalisme, de l’Etat ou du collectif des travailleurs est légitime propriétaire des moyens de production, j’ai préféré reprendre le problème à la racine.

Redéfinir un concept de propriété comme norme sociale attentive à la communauté et à l’environnement n’impose-t-il pas de redéfinir les échelles de valeur entre les biens, ainsi que des limites aux rémunérations ?

PIERRE CRÉTOIS Défendre l’inappropriabilité des choses ou leur copossession fondamentale ce qui, sous ma plume, signifie sensiblement la même chose, implique de faire droit à ce qu’il y a de commun dans le propre. Qu’il y ait une part commune dans toutes les ressources, y compris appropriées, impose que leur gestion et leur distribution soient compatibles avec l’exigence d’équité. Il s’agit d’assurer la compatibilité de l’usage ou de l’exploitation des biens (y compris privés) avec les droits que la communauté peut faire valoir sur ces mêmes biens. Cela suppose de donner la priorité aux exigences de justice sur les considérations purement économiques.

Pour cela, il faut certes relativiser ou subordonner la propriété, mais il n’est pas nécessaire de défendre une économie dirigée ou entièrement pilotée par l’État. Il faut et il suffit de soumettre l’économie à des cadres généraux assurant l’équité globale du système. Parmi ces cadres régulateurs qui déterminent l’espace dans lequel il est légitime de disposer de ce qui nous appartient, on peut imaginer, outre un salaire minimum, un salaire maximum, un Code du travail protecteur ou même un revenu de base inconditionnel. Au contraire de ce que l’on laisse souvent croire, il n’existe, a priori, aucun argument moral (fondé, par exemple, sur le caractère confiscatoire de l’impôt ou sur la défense de la propriété privée) valable pour faire obstacle au financement de ces dispositifs.

Les choses seraient donc inappropriables dans l’absolu. Les biens premiers et communs seraient selon vous des droits d’accès à l’alimentation, au logement, à la santé, à l’éducation, à la culture… Comment étendre ces droits d’accès de façon juste, dégagée des impasses de la propriété privée ?

PIERRE CRÉTOIS Ce qui compte n’est pas la propriété privée des choses mais l’accès à ce qui, à travers elles, nous permet de mener la vie qui nous convient. On sait que le partage et la propriété socialisée (les services publics) permettent, souvent bien mieux que la propriété privée, d’offrir à tous un accès à un ensemble de ressources essentielles (éducation, sport, culture, santé, justice…). La prise de conscience du fait qu’il faut donner priorité à l’accès universel aux biens d’accomplissement, plutôt que de favoriser systématiquement l’accession à la propriété privée, m’apparaît comme une intuition essentielle pour surmonter la croyance selon laquelle la propriété et les marchés sont la meilleure manière de conduire au progrès social.

Vous traitez relativement peu des expériences collectivistes….

PIERRE CRÉTOIS Bien qu’elle me soit très sympathique, j’ai volontairement pris le parti de ne pas partir de l’hypothèse communiste. Cela s’explique simplement. Il y a une ambiguïté dans ce que l’on entend par collectivisme : soit c’est la propriété étatisée, soit c’est la propriété coopérative. Ces deux versions de ce que l’on entend par collectivisme ou abolition de la propriété privée appartiennent à deux traditions politiques divergentes : le communisme étatique ou le communisme libertaire. Je n’avais pas l’intention d’entrer dans la question à ce niveau. Plutôt que de chercher qui du capitaliste, de l’État ou du collectif des travailleurs est légitime propriétaire des moyens de production, j’ai préféré reprendre le problème de la propriété à la racine pour voir comment peuvent s’articuler équitablement les diverses revendications portant sur les ressources. Nous sommes en train de vivre une transition, il faut renouveler radicalement notre appareil conceptuel.

Le défi politique actuel n’est-il pas de concilier la conception sociale de la propriété avec le respect et le contrôle mutuel des désirs et projets de chacun ?

PIERRE CRÉTOIS C’est exactement cet équilibre ténu entre la conception sociale de la propriété et la garantie de la liberté individuelle qu’il s’agit de trouver. D’ailleurs, il n’est pas certain que l’une aille sans l’autre.

En savoir plus
« La Part commune. Critique de la propriété privée »
de Pierre Crétois. Éditions Amsterdam, 220 pages, 16 euros.
Les suggestions de l’auteur
« L’Invention de la propriété privée »
de Rafe Blaufarb. Éditions Champ Vallon, 2016.
« La Théorie politique de l’individualisme possessif »
de Hobbes à Locke », de Crawford Brough Macpherson. Éditions Gallimard, 2004.
« La Juste Part »
de David Robichaud et Patrick Turmel. Éditions les Liens qui libèrent, 2016.

 dans POLITIQUE

Maître de conférences en philosophie politique à l’université Bordeaux-Montaigne, Pierre Crétois, depuis la parution de sa thèse, « le Renversement de l’individualisme possessif, de Hobbes à l’État social » (Classiques Garnier, 2014), poursuit ses recherches sur les limites du concept moderne de propriété. Il est également auteur de nombreux articles.

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Un coup les vieux, un coup les jeunes, un coup les commerçants, bref les coupables sont, selon les médias, partout dans le développement de la pandémie…La pauvreté s’installe ça c’est sur : c’est la généralisation de la mendicité pendant que s’installe une répression sournoise ! Résistez, respirez, ne vous laisser pas endormir par le grand bourgeois, le moyen et le petit, par le prolétaire moutonnier. Soyez grand !

Posté par jacques LAUPIES le 14 novembre 2020

 

Supporter des amphis ultrabondés en début d'année, puis s'adapter à des cours en semi-présentiel, puis passer au distanciel... suivre un cursus universitaire s'apparente à un parcours du combattant. © Lilian Cazabet/Hans Lucas

Supporter des amphis ultrabondés en début d’année, puis s’adapter à des cours en semi-présentiel, puis passer au distanciel… suivre un cursus universitaire s’apparente à un parcours du combattant. © Lilian Cazabet/Hans Lucas
 

Ils témoignent : Génération Covid, une jeunesse sacrifiée ?

Samedi 14 Novembre 2020

Ils ont 20 ans, l’âge auquel on construit sa vie étudiante, professionnelle, amicale, amoureuse, parfois – souvent – tout cela à la fois. Leur présent et leur avenir, déjà obscurcis par la crise sociale et écologique, se dessinent, depuis le premier confinement, plus noirs encore. Et comme si cela ne suffisait pas, ils ont été accusés de diffuser le Covid. « Il est difficile aujourd’hui d’avoir 20 ans », reconnaissait Macron. Dont acte ? TÉMOIGNAGES.

 

Il devait fêter ça comme il se doit. Vingt ans, ce n’est pas rien, hein ? Et puis le Covid est passé par là. Avec lui, son lot de mesures sanitaires chaque fois plus restrictives. Les masques, la distanciation physique ? On s’adaptera. Le couvre-feu ? Pas grave, la fête aura lieu plus tôt. Le nouveau confinement ? L’affaire devenait décidément de plus en plus compliquée. Finalement, c’est à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), dans un cercle familial des plus restreints, que Martin Jamet devait passer le cap d’une autre décennie, ce mercredi 4 novembre. « Je crois que je vais regarder l’élection présidentielle américaine à la télé », dit-il, le ton un poil désabusé. « Vingt ans, c’est symbolique ! Ça devrait être festif. Mais loin de mes amis, ça devient morne, une vraie déchirure… »

 

Surtout, le jeune homme redoute de devoir passer ses belles années entre vagues épidémiques, confinements à répétition, masques et distanciation. Un comble, pour l’étudiant en licence 3 de cinéma à Paris-Dauphine. Car sa vraie vie, à 20 ans, il la voyait en train de discuter ferme avec ses camarades du Michel-Ange, le dernier film de Konchalovsky. Ou en usant les vieux fauteuils du ciné-club de son université. Avant la crise, celui qui aspire au métier de scénariste savait déjà qu’il s’engageait dans un secteur précaire, difficile. Mais là, ce sont les stages, les festivals qui se ferment à lui. Autant d’opportunités envolées, pourtant incontournables afin de se forger un précieux réseau. « J’avoue ne plus avoir de perspectives. La visibilité est hyperréduite. Personne aujourd’hui ne peut se projeter au-delà de ne serait-ce que quinze jours, alors dans un an ! » soupire-t-il.

« Se serrer les coudes »

Si le Covid bouleverse le monde entier, il secoue plus particulièrement la jeune génération. Cette crise sanitaire, vite devenue une crise économique et sociale, est en bonne voie pour brouiller durablement la vie des jeunes. Emmanuel Macron l’a dit le 14 octobre dernier : « C’est dur d’avoir 20 ans en 2020. » Mais le constat présidentiel reste bien pauvre d’actions. Car, comme le souligne la sociologue Anne Lambert, « ce dont ont besoin les jeunes, c’est de se projeter dans un horizon collectif qui leur fait une place sur le marché du travail ».

 

Avant le Covid déjà, le taux de chômage des jeunes actifs (25 %) était de deux et demi à trois fois plus élevé que celui du reste de la population. Au début des années 1980, environ 12 % de ces jeunes actifs étaient en emploi précaire. Ils sont 35 % aujourd’hui. Et l’âge moyen d’accès du premier CDI est proche de 29 ans. « Je suis sceptique pour l’avenir mais, dans le fond, on est tous dans la même merde. On va se serrer les coudes entre jeunes et trouver de nouvelles solutions pour l’emploi. Enfin je l’espère. » Antoine Meulenyser, 21 ans, est en première année d’un BTS commerce en alternance. Or, trouver une entreprise qui accepte un apprenti relève aujourd’hui du miracle. Problème : un contrat avec une entreprise, c’est la condition indispensable pour la poursuite des études. « Immobilier, concession automobile, banque… J’ai frappé aux portes de toutes les entreprises de mon département, dans les Yvelines. Un bon tiers de ma classe est dans le même cas que moi, sans entreprise. Nous avons jusqu’à janvier pour en trouver une. Mais avec le confinement, les boîtes ne prennent même pas la peine de répondre aux mails. C’est mort… »

« Quelque chose qui cloche »

Théo Legendarme, 21 ans, pensait avoir eu plus de chance. Son alternance, après une recherche acharnée, il l’avait enfin décrochée. Pourtant, rien n’était joué. En deuxième et dernière année d’une école parisienne d’audiovisuel, il devait chercher dans un secteur très affecté par la crise du Covid. « Finalement, une entreprise de production audiovisuelle m’a pris à l’essai. Au début, tout allait bien, se souvient-il. En juillet, l’État avait proposé de payer la totalité de la formation. Le problème, c’est que l’entreprise n’a pas pu bénéficier de cette aide. J’étais payé 980 euros. Je leur coûtais trop cher. » Théo avait 45 jours de mise à l’essai. Au 44e jour, on l’informe qu’il ne continuera pas. « Ils m’ont fait passer pour quelqu’un de pas sérieux auprès de mon école. Ils ont signé ensemble une rupture de contrat dans mon dos », tempête-t-il. Quand il se présente à son école, on lui signifie que, sans alternance, il ne peut plus suivre les cours. « Aujourd’hui, j’ai du mal à me projeter dans un an, deux ans, avec le Covid, et vivre toujours comme ça. S’il n’y a pas d’alternative, je rentrerai dans la police ou la gendarmerie. Au moins, là, il y a du boulot. »

 

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Cassandre Sagan peut voir l’avenir plus sereinement. Un privilège en ces temps de vache maigre. La jeune femme de 21 ans, qui vit chez ses parents dans la périphérie de Poitiers, en est consciente : « Beaucoup d’apprentis ont perdu leur alternance. » En BTS opticien-lunetier, elle a trouvé un opticien à Neuville-de-Poitou qui entendait bien former un jeune pour l’embaucher plus tard. Aujourd’hui, la jeune femme, malade du Covid, récupère chez elle. De quoi cogiter. Car cette crise, dit-elle, l’a poussée à réfléchir davantage. « Je me sentais protégée contre pas mal de maladies, avec un système de santé que je pensais performant. Et puis l’engorgement des hôpitaux a remis beaucoup de choses en question. Au départ, je voulais être infirmière ou sage-femme. Mais les études sont extrêmement élitistes. Je n’ai pas été admise en deuxième année. Pourtant, j’aurais été capable de le faire, j’en suis convaincue. Et le besoin en personnels soignants est énorme. Alors je me dis qu’il y a quelque chose qui cloche. Que ce n’est pas normal. »

Les voyages form(ai)ent la jeunesse

Pour Crescent Duplessy, à 22 ans, l’école est finie. Fort de son diplôme de l’école parisienne du Conservatoire libre du cinéma français, il imaginait avoir son autonomie, trouver un travail et vivre, pourquoi pas, avec sa copine. Tout ça, c’était avant. Avant que le Covid ne frappe de plein fouet le monde de la culture. Toutes ses candidatures en tant que monteur sont restées lettres mortes. « C’est un secteur qui va avoir du mal à se renouveler. Il aura du mal à recruter des gens comme moi », craint-il. Crescent rêvait de courts métrages. Ses projets sont à l’arrêt.

 

« Je vis un épisode très particulier de ma vie, comme tous ceux de ma génération. La crise sanitaire nous coupe tout espoir. Je me suis inscrite à Pôle emploi… » L’espoir de Natacha Scandella, étudiante en 4e année aux beaux-arts de Besançon, c’était un séjour Erasmus, quasi obligatoire pour valider l’année. Naples, en Italie, avait donné son feu vert. Mais, très vite, c’est le flou total. Plus question avec la montée du Covid de partir le premier semestre. Le second semestre ? Peut-être. Mais rien de sûr. « J’avoue que je ne sais plus rien. Je suis déroutée. Mes plans sur le long terme ont été chamboulés du jour au lendemain », se désole la jeune femme de 22 ans. Elle trouve un stage dans un collectif d’artistes à Bruxelles. Mais, là aussi, les frontières se ferment. « J’ai reçu un mail la semaine dernière qui m’annonçait l’annulation du projet. » Confinée en colocation à Besançon, elle se dit désorientée, avec un rythme complètement perturbé et sa promotion divisée. « Je vais commencer un mémoire sans méthodologie, sans repère. Je suis perdue. » Pourtant, Natacha assure ne pas être au fond du trou. Et se trouve même privilégiée, avec des parents qui lui assurent une sécurité financière. « Car là, les jobs étudiants, c’est mort. »

Dans le quartier du Franc-Moisin, à Saint-Denis, véritable ville dans la ville avec ses 8000 habitants, 47 % des moins de 25 ans sont au chômage.

Logements précaires, jeunes obligés de retourner chez leurs parents, jobs étudiants en berne, enseignement à distance et décrochage… depuis mars, le Covid a décuplé les inégalités parmi les jeunes, alors que les classes dites populaires forment à elles seules, selon l’Insee, la moitié de la population active. Ces jeunes vivent aussi bien dans les cités qu’à la campagne ou dans des zones périurbaines. Ils se retrouvent moins bien armés que les autres face à la saturation du marché de l’emploi.

 

Dans le quartier du Franc-Moisin, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), véritable ville dans la ville avec ses 8 000 habitants, 47 % des moins de 25 ans sont au chômage. Djibril Fahim, 22 ans, est sorti de la fac avec une licence de comptabilité. Depuis presque un an, il cherche un emploi. « Je connais quelqu’un qui a été pris à un des postes auxquels je postulais. Il a moins d’expérience que moi. Mais lui, il habite dans les Hauts-de-Seine et il ne s’appelle pas Djibril », dit-il l’air fataliste. Le Covid lui a soufflé le peu d’espoir qu’il lui restait de trouver un emploi qui correspondrait à ses diplômes. Et même un emploi tout court. Pour ajouter à la morosité ambiante, les rencontres avec les potes deviennent quasi impossibles depuis le nouveau confinement, dans cette cité où les patrouilles de police représentent le lot quotidien.

Drôle d’endroit pour une rencontre

Dans le pavillon familial des Yvelines, Antoine est branché sur les réseaux sociaux. Une bien maigre compensation. « C’est mieux que rien, souffle-t-il. Et c’est là où l’on s’aperçoit de la valeur des relations sociales. » Pour une éventuelle relation amoureuse, il faudra attendre encore, sourit-il. Théo n’a pas eu cette patience. Il s’inscrit sur Tinder, un site de rencontres. « J’ai rencontré quelqu’un mais on ne peut pas se voir. Elle habite à Paris et moi dans le Val-d’Oise. C’est frustrant. Et j’imagine notre première rencontre avec des masques sur le visage. C’est bizarre, non ? »

Natacha explique que le Covid l’a fait sortir brutalement de l’insouciance. Et avoue qu’être confinée dans un tout petit appartement avec un colocataire peut devenir pesant. Mais cette situation hors normes lui a aussi permis de se retrouver elle-même. « Lorsque tu revois les gens, tu te sens plus authentique et tu ne t’encombres plus avec une posture sociale. »

Un coup les vieux, un coup les jeunes, un coup les commerçants, bref les coupables sont, selon les médias, partout dans le développement de la pandémie...La pauvreté s'installe ça c'est sur : c'est la généralisation de la mendicité pendant que s'installe une répression sournoise ! Résistez, respirez, ne vous laisser pas endormir par le grand bourgeois, le moyen et le petit, par le prolétaire moutonnier. Soyez grand ! dans POLITIQUE
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