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Pour les résistants le chemin emprunté ne fut pas un long fleuve tranquille…

Posté par jacques LAUPIES le 20 novembre 2020

POLITIQUE

AFP PHOTO / MARTIN BUREAU

AFP PHOTO / MARTIN BUREAU
 

Disparition de Daniel Cordier

Vendredi 20 Novembre 2020

Daniel Cordier, grand résistant, ancien secrétaire de Jean Moulin, est mort. Il avait 100 ans. 

 

Issu d’une famille de négociants bordelais, royalistes maurassiens, Daniel Cordier milite à 17 ans à l’Action française. Il est, au début de la guerre, antisémite, antisocialiste, anticommuniste, antidémocrate et ultranationaliste. Déçu par l’attitude du maréchal Pétain, et révolté par l’annonce de la demande d’armistice Daniel Cordier gagne l’Angleterre et s’engage alors aux côtés de de Gaulle. Il est parachuté près de Montluçon en juillet 1942. De là il gagne Lyon et entre au service de Jean Moulin. Il prend alors le surnom d’Alain en référence au philosophe. Après l’arrestation et l’assassinat de Moulin Cordier reste jusqu’au 21 mars 1944 au service de Claude Bouchinet-Serreulles son successeur. Puis il passe en Espagne en mars 1944, où il est arrêté et interné puis rejoint la Grande-Bretagne.

Comme il le raconte dans Alias Caracalla, ses convictions évoluent au fil de ses rencontres et de ses expériences. Il abandonne ses positions royalistes et maurassiennes, et évolue vers un socialisme humaniste. Devenu marchand d’art après guerre puis historien, l’homme qui avait gardé ses distances avec la politique  est sorti du silence le 30 avril 2017 pour dénoncer la présence de l’extrême droite au second tour de la présidentielle. « (Marine) Le Pen, dans la vie politique française, représente la négation de tout ce pour quoi nous nous sommes battus. Le Pen, c’est la France de la réaction, c’est la France de Maurras qui continue. Ce retour est effrayant », avait déclaré ce gaulliste de la première heure.

En hommage nous republions un entretien qu’il nous avait accordé en 2013 à l’occasion des 70 ans du Conseil national de la Résistance. 

 

Daniel Cordier : « Seule la liberté compte dans la vie »

Lundi 27 Mai 2013

Entretien réalisé par Caroline Constant

Daniel Cordier a été secrétaire de Jean Moulin de juillet 1941 à juin 1943. À quatre-vingt-treize ans, il n’oublie pas qu’il y a eu 100 000 arrestations de résistants et près de 40 000 morts dans leurs rangs…

Avant d’être parachuté en France, votre responsable, à Londres, vous a dit 
que vous rentriez 
« en solitude ». C’était ça, 
la vie de secrétaire 
de Jean Moulin ?

DANIEL CORDIER. Toutes les personnes que 
je voyais autour de Jean Moulin étaient 
les chefs, les fondateurs des mouvements de résistance, leurs adjoints… J’ai connu très peu de monde dans la Résistance, entre 50 et 100 personnes en tout… En 1942, aucun de ces mouvements de Résistance n’avait encore été contacté par Londres. Ils n’avaient pas d’argent. Même ceux qui avaient un journal ont commencé à le ronéotyper à 60 exemplaires, comme Libération à Paris ! Ils disent toujours qu’ils ont terminé à 40 000 exemplaires, mais ça, c’est tout à fait à la fin. La Résistance, c’était du bricolage : d’après les dernières études, on comptabilise environ 240 000 résistants… face à 40 millions de Français. N’oubliez pas qu’il y a eu 100 000 arrestations de résistants, et près de 40 000 morts dans nos rangs…

Vous avez rejoint de Gaulle à Londres 
dès le 25 juin 1940…

DANIEL CORDIER.Nous étions très peu, vraiment des fous, qui voulions que la France s’oppose à l’Allemagne. J’avais dix-neuf ans, j’étais un des plus âgés. Mon meilleur ami avait dix-sept ans. Nous étions des enfants. Il y en a qui sont venus en culottes courtes, qui sont montés à bord de bateaux sans valises. Ils ont suivi, souvent à partir de Brest, leurs grands frères, et avaient à peine quatorze-quinze ans.

Pourquoi avoir tant tardé à écrire 
vos souvenirs ?

DANIEL CORDIER. Je ne voyais pas forcément l’intérêt d’écrire mes souvenirs, parce que je n’ai pas fait la guerre. J’étais parti à la guerre pour tuer des boches et n’en ai tué aucun. Et puis, il y a encore plus grave : mon antisémitisme, qui me venait de ma famille, de mon milieu… mon rejet de l’antisémitisme, s’est produit quand je suis allé à Paris la première fois, et que j’ai vu un juif portant l’étoile jaune, un père ou un grand-père avec son enfant. C’était d’une violence extraordinaire. J’aurais voulu demander pardon à cet homme d’avoir été antisémite. Je le savais pourtant, grâce aux journaux. Mais entre savoir et voir, il y a une différence.

Vous montrez une poignée d’hommes déterminés qui changent la donne et l’histoire, non ?

DANIEL CORDIER. Certes, mais c’est un très long chemin. Il y a beaucoup de drames et de tensions dans cette histoire de la Résistance. Début 1942, les chefs de la Résistance, comme Henri Frenay, Emmanuel d’Astier de La Vigerie, Henri Giraud… estimaient que, contrairement au général de Gaulle, ils n’avaient pas quitté la France, et que, par conséquent, les futurs chefs de la France, c’étaient eux.

Moulin arrive à fédérer, le 27 mai 1943, ces mouvements si divers, et il en sort le programme du Conseil national de la Résistance (CNR), qui est un marqueur social fort de notre société…

DANIEL CORDIER. Le programme du CNR, hélas, Moulin n’y a pas participé, il a été arrêté après s’être donné beaucoup de mal pour réunir ces hommes. Cela dit, Moulin était d’une famille républicaine, et il se méfiait énormément du général de Gaulle, parti en Angleterre, et qui y avait créé un pouvoir politique. La première question qu’il a posée à de Gaulle, c’est : « Rétablirez-vous la République ? » De Gaulle lui a repondu : « Mais bien sûr ! », ce qui était moins qu’évident : je suis bien placé pour savoir que, parmi les soldats présents à Londres, aucun ne voulait de retour à la République ! Bien sûr, je n’ai jamais tenu ce discours à Jean Moulin !

Quelle leçon devons-nous tirer ?

DANIEL CORDIER. La leçon, c’est que seule la liberté compte dans la vie. Et pour la liberté, il faut risquer la mort, si on vous menace de vous en priver ! C’est encore aujourd’hui mon point de vue. De ma vie, c’est la seule chose que je referais à l’identique. Bientôt, nous ne serons plus là. Mais il restera toutes les archives qui vont s’ouvrir, d’Amérique, de Russie, d’Allemagne… Les historiens auront alors gain de cause : tous les noms de ceux qui ont dénoncé leur voisin à Vichy, aux Allemands, seront écrits noir sur blanc…

  • Lire aussi :

Le parcours si singulier de Daniel Cordier
« Aux Glières, nous nous retrouvons autour de l’esprit de résistance du CNR »

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