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Etrangers ou pas il y a des situations dramatiques parmi les mineurs et les jeunes en général : pas d’accès à des formations conséquentes, pas de revenus, pas de logement parfois et pas de moyens de transports pour se rendre au travail ! Est ce digne d’une société ou des salopards inconscients se gavent et se permettent de juger des délinquances prématurées que leur égoïsme génère.

Posté par jacques LAUPIES le 12 octobre 2020

 

«	Ce sont des enfants qui vont sortir plus vite de l’ASE parce qu’ils partagent l’objectif que nous leur fixons	: l’autonomie	», témoigne Ludivine, travailleuse sociale. Camille Millerand/Divergence

« Ce sont des enfants qui vont sortir plus vite de l’ASE parce qu’ils partagent l’objectif que nous leur fixons : l’autonomie », témoigne Ludivine, travailleuse sociale. Camille Millerand/Divergence
 

Mineurs isolés. Des parcours loin des clichés

Lundi 12 Octobre 2020

Délinquants par nature, les mineurs étrangers ? Ces discours sont une insulte à la réalité et au travail de fourmi des travailleurs sociaux qui les accueillent. N’en déplaise : ces jeunes réussissent en France, et ils réussissent à la France.

 

«Ils sont voleurs, ils sont violeurs, ils sont assassins, c’est tout ce qu’ils sont. » Les propos d’Éric Zemmour ne doivent pas faire illusion. Leur outrance quasi psychiatrique, qui cherche à mettre dans le même sac criminel l’ensemble de ceux qu’on appelle les « mineurs non accompagnés » (MNA), peut sembler facile à réfuter. Mais le but d’un Zemmour n’est pas que ses propos soient pris pour argent comptant. Il est d’instiller le doute ; et avec le doute, la peur ; et avec la peur, le rejet de l’autre et la haine. Le seul moyen de réduire à néant de tels propos et d’annihiler leurs effets délétères, c’est donc de les confronter à la réalité. Car celle-ci est tout autre. Et qui est mieux placé pour parler de cette réalité que ces travailleurs sociaux qu’on entend si rarement et qui, dans des conditions souvent difficiles, prennent en charge ces enfants qui arrivent chaque jour sur notre territoire ?

« Ce sont des propos de haine de la part de quelqu’un qui ne connaît pas ces jeunes », s’indigne Ingrid (1), directrice d’une importante structure d’accueil de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) dans un département de province. Ludivine (1), cadre de l’ASE depuis plusieurs années dans un département d’Île-de-France, dit tout simplement son « écœurement ». Car c’est aussi leur travail que de tels discours attaquent. « Pour ceux qui arrivent à 15 ans, poursuit la jeune femme, c’est moins difficile, car dans ce cas-là, ils peuvent, de droit, demander la nationalité française. Mais la plupart arrivent après 16 ans. Oui, certains ont un parcours cabossé, des traumatismes liés à des violences subies avant ou après leur arrivée, un passage en rétention… Tout cela nécessite un accompagnement psychologique. Souvent, ils ne sont pas francophones, sans nouvelles de leur famille , sans même savoir s’ils la reverront un jour, mais ils en portent quand même les attentes… et la pression que cela fait reposer sur eux. »

Ces professionnelles de l’aide à l’enfance n’évacuent pas la question de la minorité : « Nombre de ceux qui nous arrivent sont majeurs », confie Ludivine, ajoutant : « Quand on voit comment les majeurs sont accueillis, on peut comprendre certaines stratégies… » En Île-de-France, on estime qu’environ un tiers des arrivants sont finalement reconnus mineurs. Les choses sont, en théorie, très cadrées : les départements, qui ont la responsabilité de l’ASE, disposent de cinq jours pour évaluer les arrivants – les frais étant remboursés par l’État. Pendant cette période, ils ont une obligation de « mise à l’abri » et doivent donc placer les jeunes dans des structures appropriées. C’est la première difficulté : entre des foyers destinés avant tout à l’accueil d’enfants français retirés à leur famille et l’hôtel, il n’y a rien. Facteur aggravant, l’évaluation peut prendre bien plus longtemps, surtout quand des contestations se font jour : six mois, un an… parfois plus. Les départements gèrent donc cette situation en fonction de leurs moyens… et de leurs choix politiques.

« Ici pendant toute une période, raconte Ingrid, la politique du département c’était : les MNA sont des étrangers avant d’être des enfants, donc ils relèvent de l’État, pas de nous. » Pour eux, c’était l’hôtel direct, sans suivi médico-social, sans orientation… « Les choses ont changé à présent », reprend Ingrid. Les délais d’évaluation ont été réduits, les séjours à l’hôtel ne sont plus qu’un bref préalable à une vraie prise en charge. « Il faut dire, précise-t-elle, que tant l’évaluation par la préfecture à l’aide du fichier biométrique des entrants que le confinement ont considérablement réduit les arrivées. » Ludivine, elle, reconnaît qu’évaluer ces adolescents, « c’est un métier. Il faut analyser leur récit, connaître le terrain… ». Elle n’hésite pas à tacler au passage la fameuse radio censée évaluer l’âge osseux : « On sait qu’il y a une marge d’erreur de 18 mois. Pour des jeunes qui ont entre 16 et 18 ans, c’est énorme. »

La qualité de la prise en charge se dégrade, faute de moyens

Les deux jeunes femmes s’accordent en tout cas sur un point : quand la prise en charge est effective, le succès est au rendez-vous. « Ce sont, par la force des choses, des jeunes qui sont plus matures que les autres, souligne Ingrid. Ils savent qu’ils doivent s’investir, bien travailler. Le plus souvent, nous leur proposons d’entrer en apprentissage. Ce sont des formations courtes qui leur offrent plus rapidement une perspective d’emploi et donc de régularisation, à 18 ans. Cela leur permet aussi d’avoir un peu de revenus, dès 16 ans. » Ce qui arrange aussi les départements, obsédés par le coût de prise en charge : « Chez nous, on a un éducateur pour huit MNA, alors que pour les autres enfants accueillis à l’ASE, c’est du un pour deux. » Le coût à la journée, lui, se situerait entre 50 et 80 euros par jour et par enfant… contre 250 euros.

« Ils choisissent des formations où ils savent qu’ils pourront travailler, relève Ludivine. Traitement des déchets, restauration, mécanique auto, métiers de bouche, plomberie, chaudronnerie, couverture… Ils viennent combler des manques dans ces secteurs-là, ils ne rechignent pas à se lever à 4 heures du matin, malgré des patrons peu scrupuleux parfois ! On doit aussi leur apprendre à faire respecter leurs droits. Mais on sait que ce sont des enfants qui vont sortir plus vite de l’ASE parce qu’ils partagent l’objectif que nous leur fixons : l’autonomie. » Et ces trajectoires leur permettent d’espérer une régularisation effective à leurs 18 ans… « De moins en moins, dénonce Ludivine. Les refus de titres de séjour, malgré des parcours parfaits, sont de plus en plus fréquents. On arrive souvent à les faire régulariser quand même, mais cela prend beaucoup de temps et d’énergie. Et le confinement n’a pas arrangé les choses : les délais se sont allongés. » Certains secteurs grands pourvoyeurs d’apprentissage, comme la restauration, ont beaucoup souffert et offrent moins de débouchés.

« On ne peut pas sauver tout le monde, reconnaît Ingrid, mais il y a aussi des échecs pour les enfants “habituels” de l’ASE. Avec les MNA, il y a plus de réussites que d’échecs. Nos éducateurs demandent à travailler avec eux. » Ludivine renchérit : « Ils sont reconnaissants. On reçoit des lettres, parfois longues, où ils remercient les travailleurs sociaux, où ils remercient la France, où ils disent qu’ils n’oublieront pas ce qu’on a fait ni ce que la France a fait pour eux… Ils ont envie de s’en sortir, notamment pour aider leur famille au pays. Ils ne viennent pas ici pour faire terroristes ! »

Lucide, la jeune femme reconnaît également que l’échec existe : « On a parfois des parcours trop cabossés pour être accompagnés, des gamins des rues qu’on récupère et qui n’ont pas demandé de prise en charge à leur arrivée. Ça existe. C’est vraiment marginal mais ça existe. » Mais pour elle, le vrai problème est ailleurs : « La qualité de prise en charge se dégrade parce que les départements n’ont plus ou ne mettent plus les moyens. On a des prises en charge qui s’arrêtent brutalement à 18 ans : c’est vécu comme une injustice, un nouveau traumatisme. Le refus de titre de séjour, alors que le gamin a tout bien fait, a un diplôme, une promesse d’embauche : cela nous met en difficulté, vis-à-vis d’eux et parce que ça engorge tout le dispositif. Mais ça, ce sont des décisions politiques. » On y revient donc. « C’est le manque de moyens pour accompagner ces enfants qui est nuisible. Plus on ferme, plus on complique, plus on restreint la prise en charge… et plus on fragilise la réussite de ce travail. Il faut donner les moyens nécessaires aux départements. » Les discours à la Zemmour et tout ce qui s’en approche sont donc, avant tout, autoréalisateurs. Voilà pourquoi il faut les combattre.

(1) Les prénoms ont été changés.
Le 93 et le 94 dénoncent le « chantage » gouvernement

Pour chaque mineur non accompagné pris en charge, les départements reçoivent de l’État une aide forfaitaire de 500 euros. Mais un décret du 23 juin les oblige à orienter chaque MNA vers la préfecture afin de les inscrire au fichier biométrique des « jeunes étrangers se présentant sur leur sol comme mineurs non accompagnés ». Faute de quoi, l’aide perçue pourrait être réduite dans des proportions inconnues… puisque soumises à un décret ultérieur. La Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne ont annoncé, le 5 octobre, avoir déposé conjointement un recours contre cet arrêté, y voyant « une entrave au principe de libre administration » des collectivités locales et « une atteinte à la dignité » des jeunes accueillis. Le premier de ces deux départements franciliens qualifie même ce décret de « chantage ».

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Le Congrès de Tours

Posté par jacques LAUPIES le 11 octobre 2020

 

Congrès de Tours, la naissance de la section française de l’Internationale communiste

Mercredi 7 Octobre 2020

À l’occasion de l’exposition « Aux alentours du congrès de Tours » au musée de l’Histoire vivante de Montreuil, l’Humanité vous invite à plonger dans ce processus, qui à travers la décennie 1914-1924, vit la naissance de la section française de l’Internationale communiste. Une histoire vieille de cent ans qui débute par l’assassinat de Jaurès, le 31 juillet 1914, au café du Croissant à Paris. Visite guidée avec les co-commissaires de l’exposition.

Retrouvez les informations du musée de l’Histoire vivante ici http://www.museehistoirevivante.fr/

Découvrez également La nuit se déchire à Tours le roman de Philippe Pivion en exclusivité pour les lecteurs de l’humanite.fr

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Face à la politique libérale d’Emmanuel Macron, une autre voie est possible

Posté par jacques LAUPIES le 9 octobre 2020

 

Face à la politique libérale d’Emmanuel Macron, une autre voie est possible

Déclaration politique du groupe Communiste Républicain Citoyen et Ecologiste -

 Par / 6 octobre 2020

Face à la politique libérale d’Emmanuel Macron, une autre voie est possible dans POLITIQUE

La France traverse une crise économique, sociale et environnementale d’une rare violence.

La pandémie de la Covid-19 a considérablement renforcé ce constat. Les sénatrices et sénateurs du groupe CRCE saluent l’engagement des personnels de santé et des « premiers de corvée » qui y font face.

Outre les drames humains qu’elle entraîne, la pandémie a mis en avant les désastres entraînés par la mondialisation financière. La mise à l’arrêt de notre économie entraîne une explosion du chômage et de la précarité. La faim fait son retour dans notre pays.

Notre pays est menacé comme beaucoup d’autres par une forme de désintégration économique, sociale et démocratique.

La désintégration économique, résultat d’une mondialisation libérale sauvage, a été soulignée par la crise sanitaire actuelle démontrant l’incapacité de notre pays à faire face à des besoins matériels évidents et urgents. L’une des plus grandes urgences est le renforcement de notre système de santé, en redonnant en particulier les moyens nécessaires à l’hôpital, et en restaurant notre souveraineté en matière de médicament et matériel.

Cette désintégration économique implique une désintégration sociale accélérée. Le droit du travail, les droits sociaux, attaqués depuis des années, sont encore dégradés au nom du sauvetage de l’économie.

Cette pandémie aggrave une crise politique profonde, une crise de confiance à l’égard des élu-e-s, une crise de valeurs. Il s’agit là d’un véritable processus de désintégration démocratique.

Notre peuple subit depuis maintenant 40 ans une précarisation croissante, une angoisse qui s’amplifie d’année en année face à l’avenir.

Alors que le progrès technologique permet en théorie l’amélioration de la qualité de vie, bien souvent c’est à une dégradation des conditions d’existence que l’on assiste, comme l’attestent la réduction drastique de l’accès aux soins, les difficultés à se loger dignement, la maltraitance du transport au quotidien.

Les promesses non tenues depuis des décennies, les vives déceptions après les grands espoirs de 1981, de 1997, mais aussi après le référendum de 2005, l’espoir pour certains d’« un nouveau monde », sont de toute évidence à la source de cette grave perte de confiance, symbolisant l’abstention croissante lors des consultations électorales. Cette perte de confiance ouvre le chemin aux démagogues, à ceux qui, pour conquérir le pouvoir, dressent ceux qui souffrent les uns contre les autres, plutôt que de les unir face aux puissances financières. Le danger de la montée du Front national, présent au second tour de la dernière élection présidentielle, puise sa raison d’être dans ce terreau de déception, de colère, d’injustice.

L’élection d’Emmanuel Macron ne s’est pas faite par adhésion à son projet, mais pour faire barrage à l’extrême droite. Elle est intervenue dans ce contexte de désillusion, de colère, de division et de mise en cause des deux partis qui ont dominé la vie politique de ces dernières décennies et des renoncements libéraux et promesses non tenues successifs.

E. Macron avait été mis sur orbite pour sauver un système en perdition. L’affichage, amplement relayé par des médias aux ordres, fut celui d’un renouvellement, d’une rupture, menés par un président jeune soudainement exonéré de ses responsabilités passées.

Trois ans après son élection, la réalité s’impose : le nouveau Chef de l’État a mené une offensive tous azimuts au service des riches et du patronat pour laquelle il n’a pas été élu.

Les électrices et électeurs du 7 mai 2017 n’avaient pas voté pour la casse du Code du Travail, pour l’exonération de l’ISF du patrimoine mobilier, pour la casse du logement social annoncée par la remise en cause de l’APL ou pour la sélection à l’université.

Elles et ils n’ont pas voté pour les privatisations, pour le démantèlement du service public et le bradage de notre industrie, d’ADP à Engie en passant par la SNCF.

Elles et ils n’ont pas voté pour une mise en accusation des collectivités territoriales et leur asphyxie financière. Quand on sait qu’elles sont un lien irremplaçable de proximité, d’expression de la solidarité nationale et de mise en œuvre du service public.

Le groupe CRCE est favorable à un approfondissement de la décentralisation mais certainement pas dans un contexte d’austérité budgétaire et de mise en concurrence généralisée. Elle devra s’appuyer sur un État démocratisé, renforcé dans ses missions pour assurer l’égalité sur le territoire de la République.

Le groupe CRCE s’oppose au projet du gouvernement, accompagné par la droite parlementaire, d’instaurer une politique de différenciation entre collectivités territoriales.

La montée en puissance de ce concept qui se substituerait à une vision républicaine de l’organisation du territoire est dangereuse.

Les électrices et électeurs n’ont pas voté enfin pour l’instauration d’une forme inédite d’exercice solitaire du pouvoir présidentiel en s’appuyant sur un système médiatique inféodé.

L’autoritarisme croissant d’E. Macron, l’affichage du mépris à l’égard du peuple et une volonté non dissimulée de museler le Parlement inquiètent dans de nombreux rangs. Le groupe CRCE agira pour les pleins respects des pouvoirs des assemblées et des parlementaires. Ils porteront le projet d’une nouvelle République, plaçant la démocratie et l’humain en son cœur.

La ligne conductrice du nouveau pouvoir est la soumission totale à la volonté du marché, quitte à affaiblir la démocratie et à contester les fondations de la République.

Face à cette attaque violente contre les intérêts populaires, le groupe CRCE maintiendra une opposition résolue à la politique libérale d’Emmanuel Macron et multipliera des propositions pour souligner qu’une autre voie est possible, celle d’une transformation écologique, sociale et économique.

Les sénatrices et sénateurs du groupe CRCE porteront la nécessité d’un retour de la puissance publique pour contrer la dictature des marchés financiers.

Le rôle et la conception actuelle de la Banque Centrale Européenne doivent être remis en cause pour ouvrir la voie à une réorientation démocratique et sociale de l’Europe.

En tout état de cause, les sénatrices et sénateurs du groupe CRCE agiront pour une réforme de la fiscalité et contre l’évasion fiscale, permettant ainsi une juste redistribution des richesses.

Elles et ils agiront pour que l’épargne ne soit pas détournée de l’intérêt général au profit des marchés financiers.

Elles et ils porteront la construction d’un pôle public financier permettant d’atteindre cet objectif en redonnant au pouvoir politique les moyens d’intervention nécessaires.

La crise de la Covid-19 a mis en évidence le lien étroit entre le combat pour les droits sociaux et l’épanouissement humain, et le combat pour l’environnement, contre le réchauffement climatique et pour la biodiversité. Ce combat implique, qui peut en douter, un nouveau mode de développement économique en rupture avec un système capitaliste fondé sur le profit et l’intérêt privé.

Conscients de ces nouveaux enjeux écologiques, éthiques, démocratiques qui pèsent sur le devenir de notre société, les sénatrices et sénateurs du groupe CRCE sont convaincus de la nécessité d’inventer un nouveau mode de développement susceptible de préserver la planète pour les générations à venir et de garantir le droit à l’accès pour tous aux biens vitaux (eau, énergie, alimentation…). La transition énergétique doit s’accélérer et ne pas demeurer un vœu pieu.

La transition écologique, cette véritable révolution verte, exige en particulier un effort de grande ampleur, historique, pour réduire l’émission de carbone. L’industrie, les transports, le logement, sont des secteurs qui seront les moteurs de ce combat pour l’avenir de notre planète et de celles et ceux qui la peuplent, humains et animaux.

Dans ce cadre, celui d’un développement durable, elles et ils se battront pour une véritable politique de réindustrialisation de notre pays, fondée sur une exploitation à la fois économe et équitable des ressources de la planète, préservant la biodiversité et assurant un environnement viable et non pollué. Elles et ils alertent sur la nécessité d’initier de nouveaux modes de consommation compatibles avec ces objectifs. Elles et ils s’inscrivent de manière déterminée dans un grand débat national sur l’énergie et sur une transition énergétique susceptible de créer des milliers d’emplois. Elles et ils considèrent donc indispensable, dans un tel cadre, de promouvoir la recherche scientifique et technique et l’investissement par des politiques publiques audacieuses.

Elles et ils veulent ainsi contribuer à la construction d’une alternative crédible et durable permettant de nouveaux progrès humains.

Elles et ils agissent pour un enseignement ouvert à toutes et à tous, porteur d’égalité. La culture, durement touchée par la crise, sera au cœur de leur préoccupation.

Elles et ils agissent avec détermination en faveur du droit des femmes tout particulièrement frappées par l’austérité. Elles et ils porteront le combat contre les violences dont elles sont victimes. Elles et ils soulignent qu’une nouvelle fois, en octobre 2020, le groupe CRCE est le seul groupe sénatorial présidé par une femme et qui respecte la parité.

Elles et ils proposent une réforme des politiques de sécurité en rappelant la nécessaire prévention fondée sur une police de proximité rendue impossible par l’austérité budgétaire. Elles et ils condamnent les violences policières, trop souvent érigées comme réponse à la délinquance.

Elles et ils luttent avec détermination contre toutes les formes de racisme, d’antisémitisme et de discriminations.

Elles et ils appellent à une gestion pragmatique et humaniste des flux migratoires et exigent le respect sans faille des droits des migrants et des réfugiés.

Elles et ils agissent avec détermination pour le développement et la paix dans le monde.

Elles et ils soutiennent et accompagnent les mouvements sociaux dont l’expression est essentielle pour résister à la politique libérale en œuvre. Elles et ils seront à leur côté, comme lors des mouvements contre l’éclatement de la SNCF ou la tentative de destruction de notre régime de retraite. Elles et ils seront à leur côté dans les luttes pour l’emploi à l’heure où les plans sociaux se multiplient.

Elles et ils exigent le respect du droit de manifester et condamnent le recours à la force par les autorités publiques.

Considérant que rien ne se fera sans l’intervention du peuple lui-même, elles et ils associent les organisations syndicales, les associations et les citoyens à leur travail législatif.

Elles et ils sont convaincus que l’une des clés du changement est dans la participation du peuple au débat public, à la vie économique, sociale et à la vie politique, ainsi qu’aux grands choix écologiques. Elles et ils agiront pour un débat public pluraliste, citoyen, qui exige de libérer l’information du carcan de la finance et de l’influence du pouvoir exécutif.

C’est pourquoi elles et ils pensent que la démocratie doit être refondée dans la cité comme sur le lieu de travail et se prononcent pour une nouvelle République citoyenne, sociale et écologique portant la justice sociale et le progrès, en son cœur.

Dans ce cadre, elles et ils se prononcent pour une profonde réforme d’une seconde chambre, démocratisée, pluraliste, diverse et ouverte aux citoyen(ne)s.

Le groupe CRCE respectera en son sein la diversité. Chaque sénatrice et sénateur compte pour un, et aucune décision, aucun vote ou proposition de loi ne lui est imposé, l’unité d’action étant décidée par le libre débat.

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Soutenir les salariés de « Fibre Excellence »

Posté par jacques LAUPIES le 7 octobre 2020

Je reproduis l’article paru ce jour dans le journal LA MARSEILLAISE dont j’ai été correspondant local il y a bien des années et qui, en ce temps là, avait précisément soutenu les luttes des travailleurs de cette entreprise (à l’époque appelée « Cellulose du Rhône ») Les communistes de Tarascon ont toujours soutenu l’existence de cette entreprise en exigeant le maintien des avantages sociaux acquis et la nécessité d’engagement sérieux concernant l’élimination de tout impact  sur l’environnement ! 

C’est possible pour « Fibre Excellence » (ou tout autre repreneur) qui est un important débouché pour la filière bois qui représenterait des milliers d’emplois ! La population, les élus doivent soutenir l’action des salariés qui va dans ce sens.

L’avenir de Fibre Excellence Tarascon fixé le 8 octobre

06/10/2020 | 14H41
 
L’avenir de Fibre Excellence Tarascon fixé le 8 octobre
 

Le tribunal de commerce de Toulouse se penchait, ce mardi, sur le cas de l’usine de pâte à papier de TarasconFibre Excellence. Cette dernière s’est déclarée en cessation de paiement, vendredi dernier, demandant la protection dudit tribunal. Une vraie menace pour les 280 salariés du site et les plus de 3 000 emplois indirects qui dépendent de sa production. Lors de l’audience, le procureur de la république a demandé le redressement judiciaire pour l’entreprise. L’usine a donc de fortes chances d’éviter la liquidation judiciaire, synonyme de catastrophe pour la filière bois en France.

Le délibéré sera rendu le 08 octobre. Pour rappel, l’État s’est déjà engagé à soutenir économiquement le site pendant la période d’observation prévue lors d’un redressement judiciaire.

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De quoi en boucher un coin à quelques uns ! A tous ceux qui vantent les mérites de la société capitaliste (ou libérale, comme vous voudrez)

Posté par jacques LAUPIES le 6 octobre 2020

 

 

De quoi en boucher un coin à quelques uns ! A tous ceux qui vantent les mérites de la société capitaliste (ou libérale, comme vous voudrez)  dans POLITIQUEPourquoi le socialisme ? Par Albert Einstein

Vendredi 2 octobre 2020, popularité : 100%

« Pourquoi le socialisme ? » est un texte écrit en 1949 par le physicien Albert Einstein, et publié la même année dans le premier numéro de la revue étasunienne marxiste Monthly Review. Il signe une tribune économique d’excellente qualité, dans laquelle il détaille les méfaits du capitalisme et la transition nécessaire vers une économie socialiste, fondée sur la propriété publique et la planification de la production. Cet article, traduit en français, nous fait découvrir l’engagement méconnu du plus grand scientifique du 20ème siècle, qui lui vaudra d’être qualifié d’« ennemi de l’Amérique » par Joseph McCarthy au Congrès.

Considérons d’abord la question du point de vue de la connaissance scientifique. Il pourrait paraître qu’il n’y ait pas de différences méthodologiques essentielles entre l’astronomie, par exemple, et l’économie : les savants dans les deux domaines essaient de découvrir les lois généralement acceptables d’un groupe déterminé de phénomènes, afin de rendre intelligibles, d’une manière aussi claire que possible, les relations réciproques existant entre eux. Mais en réalité de telles différences existent. La découverte de lois générales en économie est rendue difficile par la circonstance que les phénomènes économiques observés sont souvent influencés par beaucoup de facteurs qu’il est très difficile d’évaluer séparément.

En outre, l’expérience accumulée depuis le commencement de la période de l’histoire humaine soi-disant civilisée a été — comme on le sait bien — largement influencée et délimitée par des causes qui n’ont nullement un caractère exclusivement économique. Par exemple, la plupart des grands États dans l’histoire doivent leur existence aux conquêtes. Les peuples conquérants se sont établis, légalement et économiquement, comme classe privilégiée du pays conquis. Ils se sont attribués le monopole de la terre et ont créé un corps de prêtres choisis dans leur propre rang. Les prêtres, qui contrôlèrent l’éducation, érigèrent la division de la société en classes en une institution permanente et créèrent un système de valeurs par lequel le peuple fut dès lors, en grande partie inconsciemment, guidé dans son comportement social.

Mais la tradition historique date pour ainsi dire d’hier ; nulle part nous n’avons dépassé ce que Thorstein Veblen appelait « la phase de rapine » du développement humain. Les faits économiques qu’on peut observer appartiennent à cette phase et les lois que nous pouvons en déduire ne sont pas applicables à d’autres phases. Puisque le but réel du socialisme est de dépasser la phase de rapine du développement humain et d’aller en avant, la science économique dans son état actuel peut projeter peu de lumière sur la société socialiste de l’avenir.

En second lieu, le socialisme est orienté vers un but éthico-social. Mais la science ne peut pas créer des buts, encore moins peut-elle les faire pénétrer dans les êtres humains ; la science peut tout au plus fournir les moyens par lesquels certains buts peuvent être atteints. Mais les buts mêmes sont conçus par des personnalités animées d’un idéal moral élevé et — si ces buts ne sont pas mort-nés, mais vivants et vigoureux — sont adoptés et portés en avant par ces innombrables êtres humains qui, à demi inconscients, déterminent la lente évolution de la société.

Pour ces raisons nous devrions prendre garde de ne pas surestimer la science et les méthodes scientifiques quand il s’agit de problèmes humains ; et nous ne devrions pas admettre que les spécialistes soient les seuls qui aient le droit de s’exprimer sur des questions qui touchent à l’organisation de la société.

D’innombrables voix ont affirmé, il n’y a pas longtemps, que la société humaine traverse une crise, que sa stabilité a été gravement troublée. Il est caractéristique d’une telle situation que des individus manifestent de l’indifférence ou, même, prennent une attitude hostile à l’égard du groupe, petit ou grand, auquel ils appartiennent. Pour illustrer mon opinion je veux évoquer ici une expérience personnelle. J’ai récemment discuté avec un homme intelligent et d’un bon naturel sur la menace d’une autre guerre, qui, à mon avis, mettrait sérieusement en danger l’existence de l’humanité, et je faisais remarquer que seule une organisation supranationale offrirait une protection contre ce danger. Là-dessus mon visiteur me dit tranquillement et froidement : « Pourquoi êtes-vous si sérieusement opposé à la disparition de la race humaine ? »

Je suis sûr que, il y a un siècle, personne n’aurait si légèrement fait une affirmation de ce genre. C’est l’affirmation d’un homme qui a vainement fait des efforts pour établir un équilibre dans son intérieur et qui a plus ou moins perdu l’espoir de réussir. C’est l’expression d’une solitude et d’un isolement pénibles dont tant de gens souffrent de nos jours. Quelle en est la cause ? Y a-t-il un moyen d’en sortir ?

Il est facile de soulever des questions pareilles, mais il est difficile d’y répondre avec tant soit peu de certitude. Je vais néanmoins essayer de le faire dans la mesure de mes forces, bien que je me rende parfaitement compte que nos sentiments et nos tendances sont souvent contradictoires et obscurs et qu’ils ne peuvent pas être exprimés dans des formules aisées et simples.

L’homme est en même temps un être solitaire et un être social. Comme être solitaire il s’efforce de protéger sa propre existence et celle des êtres qui lui sont le plus proches, de satisfaire ses désirs personnels et de développer ses facultés innées. Comme être social il cherche à gagner l’approbation et l’affection de ses semblables, de partager leurs plaisirs, de les consoler dans leurs tristesses et d’améliorer leurs conditions de vie.

C’est seulement l’existence de ces tendances variées, souvent contradictoires, qui explique le caractère particulier d’un homme, et leur combinaison spécifique détermine dans quelle mesure un individu peut établir son équilibre intérieur et contribuer au bien-être de la société. Il est fort possible que la force relative de ces deux tendances soit, dans son fond, fixée par l’hérédité. Mais la personnalité qui finalement apparaît est largement formée par le milieu où elle se trouve par hasard pendant son développement, par la structure de la société dans laquelle elle grandit, par la tradition de cette société et son appréciation de certains genres de comportement.

Le concept abstrait de « société » signifie pour l’individu humain la somme totale de ses relations, directes et indirectes, avec ses contemporains et les générations passées. Il est capable de penser, de sentir, de lutter et de travailler par lui-même, mais il dépend tellement de la société — dans son existence physique, intellectuelle et émotionnelle — qu’il est impossible de penser à lui ou de le comprendre en dehors du cadre de la société. C’est la « société » qui fournit à l’homme la nourriture, les vêtements, l’habitation, les instruments de travail, le langage, les formes de la pensée et la plus grande partie du contenu de la pensée ; sa vie est rendue possible par le labeur et les talents de millions d’individus du passé et du présent, qui se cachent sous ce petit mot de « société ».

Il est, par conséquent, évident que la dépendance de l’individu à la société est un fait naturel qui ne peut pas être supprimé — exactement comme dans le cas des fourmis et des abeilles. Cependant, tandis que tout le processus de la vie des fourmis et des abeilles est fixé, jusque dans ses infimes détails, par des instincts héréditaires rigides, le modèle social et les relations réciproques entre les êtres humains sont très variables et susceptibles de changement. La mémoire, la capacité de faire de nouvelles combinaisons, le don de communication orale ont rendu possibles des développements parmi les êtres humains qui ne sont pas dictés par des nécessités biologiques. De tels développements se manifestent dans les traditions, dans les institutions, dans les organisations, dans la littérature, dans la science, dans les réalisations de l’ingénieur et dans les œuvres d’art. Ceci explique comment il arrive que l’homme peut, dans un certain sens, influencer sa vie par sa propre conduite et comment, dans ce processus, la pensée et le désir conscients peuvent jouer un rôle.

L’homme possède à sa naissance, par hérédité, une constitution biologique que nous devons considérer comme fixe et immuable, y compris les impulsions naturelles qui caractérisent l’espèce humaine. De plus, pendant sa vie il acquiert une constitution culturelle qu’il reçoit de la société par la communication et par beaucoup d’autres moyens d’influence. C’est cette constitution culturelle qui, dans le cours du temps, est sujette au changement et qui détermine, à un très haut degré, les rapports entre l’individu et la société. L’anthropologie moderne nous a appris, par l’investigation des soi-disant cultures primitives, que le comportement social des êtres humains peut présenter de grandes différences, étant donné qu’il dépend des modèles de culture dominants et des types d’organisation qui prédominent dans la société. C’est là-dessus que doivent fonder leurs espérances tous ceux qui s’efforcent d’améliorer le sort de l’homme : les êtres humains ne sont pas, par suite de leur constitution biologique, condamnés à se détruire mutuellement ou à être à la merci d’un sort cruel qu’ils s’infligent eux-mêmes.

Si nous nous demandons comment la structure de la société et l’attitude culturelle de l’homme devraient être changées pour rendre la vie humaine aussi satisfaisante que possible, nous devons constamment tenir compte du fait qu’il y a certaines conditions que nous ne sommes pas capables de modifier. Comme nous l’avons déjà mentionné plus haut, la nature biologique de l’homme n’est point, pour tous les buts pratiques, sujette au changement. De plus, les développements technologiques et démographiques de ces derniers siècles ont créé des conditions qui doivent continuer.

Chez des populations relativement denses, qui possèdent les biens indispensables à leur existence, une extrême division du travail et une organisation de production très centralisée sont absolument nécessaires. Le temps, qui, vu de loin, paraît si idyllique, a pour toujours disparu où des individus ou des groupes relativement petits pouvaient se suffire complètement à eux-mêmes. On n’exagère pas beaucoup en disant que l’humanité constitue à présent une communauté planétaire de production et de consommation.

Je suis maintenant arrivé au point où je peux indiquer brièvement ce qui constitue pour moi l’essence de la crise de notre temps. Il s’agit du rapport entre l’individu et la société. L’individu est devenu plus conscient que jamais de sa dépendance à la société. Mais il n’éprouve pas cette dépendance comme un bien positif, comme une attache organique, comme une force protectrice, mais plutôt comme une menace pour ses droits naturels, ou même pour son existence économique.

En outre, sa position sociale est telle que les tendances égoïstes de son être sont constamment mises en avant, tandis que ses tendances sociales qui, par nature, sont plus faibles, se dégradent progressivement. Tous les êtres humains, quelle que soit leur position sociale, souffrent de ce processus de dégradation. Prisonniers sans le savoir de leur propre égoïsme, ils se sentent en état d’insécurité, isolés et privés de la naïve, simple et pure joie de vivre. L’homme ne peut trouver de sens à la vie, qui est brève et périlleuse, qu’en se dévouant à la société.

L’anarchie économique de la société capitaliste, telle qu’elle existe aujourd’hui, est, à mon avis, la source réelle du mal. Nous voyons devant nous une immense société de producteurs dont les membres cherchent sans cesse à se priver mutuellement du fruit de leur travail collectif — non pas par la force, mais, en somme, conformément aux règles légalement établies. Sous ce rapport, il est important de se rendre compte que les moyens de la production — c’est-à-dire toute la capacité productive nécessaire pour produire les biens de consommation ainsi que, par surcroît, les biens en capital — pourraient légalement être, et sont même pour la plus grande part, la propriété privée de certains individus.

Pour des raisons de simplicité je veux, dans la discussion qui va suivre, appeler « ouvriers » tous ceux qui n’ont point part à la possession des moyens de production, bien que cela ne corresponde pas tout à fait à l’emploi ordinaire du terme. Le possesseur des moyens de production est en état d’acheter la capacité de travail de l’ouvrier. En se servant des moyens de production, l’ouvrier produit de nouveaux biens qui deviennent la propriété du capitaliste.

Le point essentiel dans ce processus est le rapport entre ce que l’ouvrier produit et ce qu’il reçoit comme salaire, les deux choses étant évaluées en termes de valeur réelle. Dans la mesure où le contrat de travail est « libre », ce que l’ouvrier reçoit est déterminé, non pas par la valeur réelle des biens qu’il produit, mais par le minimum de ses besoins et par le rapport entre le nombre d’ouvriers dont le capitaliste a besoin et le nombre d’ouvriers qui sont à la recherche d’un emploi. Il faut comprendre que même en théorie le salaire de l’ouvrier n’est pas déterminé par la valeur de son produit.

Le capital privé tend à se concentrer en peu de mains, en partie à cause de la compétition entre les capitalistes, en partie parce que le développement technologique et la division croissante du travail encouragent la formation de plus grandes unités de production aux dépens des plus petites. Le résultat de ces développements est une oligarchie de capitalistes dont la formidable puissance ne peut effectivement être refrénée, pas même par une société qui a une organisation politique démocratique.

Ceci est vrai, puisque les membres du corps législatif sont choisis par des partis politiques largement financés ou autrement influencés par les capitalistes privés qui, pour tous les buts pratiques, séparent le corps électoral de la législature. La conséquence en est que, dans le fait, les représentants du peuple ne protègent pas suffisamment les intérêts des moins privilégiés. De plus, dans les conditions actuelles, les capitalistes contrôlent inévitablement, d’une manière directe ou indirecte, les principales sources d’information (presse, radio, éducation). Il est ainsi extrêmement difficile pour le citoyen, et dans la plupart des cas tout à fait impossible, d’arriver à des conclusions objectives et de faire un usage intelligent de ses droits politiques.

La situation dominante dans une économie basée sur la propriété privée du capital est ainsi caractérisée par deux principes importants : premièrement, les moyens de production (le capital) sont en possession privée et les possesseurs en disposent comme ils le jugent convenable ; secondement, le contrat de travail est libre. Bien entendu, une société capitaliste pure dans ce sens n’existe pas. Il convient de noter en particulier que les ouvriers, après de longues et âpres luttes politiques, ont réussi à obtenir pour certaines catégories d’entre eux une meilleure forme de « contrat de travail libre ». Mais, prise dans son ensemble, l’économie d’aujourd’hui ne diffère pas beaucoup du capitalisme « pur ».

La production est faite en vue du profit et non pour l’utilité. Il n’y a pas moyen de prévoir que tous ceux qui sont capables et désireux de travailler pourront toujours trouver un emploi ; une « armée » de chômeurs existe déjà. L’ouvrier est constamment dans la crainte de perdre son emploi. Et puisque les chômeurs et les ouvriers mal payés sont de faibles consommateurs, la production des biens de consommation est restreinte et a pour conséquence de grands inconvénients.

Le progrès technologique a souvent pour résultat un accroissement du nombre des chômeurs plutôt qu’un allégement du travail pénible pour tous. L’aiguillon du profit en conjonction avec la compétition entre les capitalistes est responsable de l’instabilité dans l’accumulation et l’utilisation du capital, qui amène des dépressions économiques de plus en plus graves. La compétition illimitée conduit à un gaspillage considérable de travail et à la mutilation de la conscience sociale des individus dont j’ai fait mention plus haut.

Je considère cette mutilation des individus comme le pire mal du capitalisme. Tout notre système d’éducation souffre de ce mal. Une attitude de compétition exagérée est inculquée à l’étudiant, qui est dressé à idolâtrer le succès de l’acquisition comme une préparation à sa carrière future.

Je suis convaincu qu’il n’y a qu’un seul moyen d’éliminer ces maux graves, à savoir, l’établissement d’une économie socialiste, accompagnée d’un système d’éducation orienté vers des buts sociaux. Dans une telle économie, les moyens de production appartiendraient à la société elle-même et seraient utilisés d’une façon planifiée. Une économie planifiée, qui adapte la production aux besoins de la société, distribuerait le travail à faire entre tous ceux qui sont capables de travailler et garantirait les moyens d’existence à chaque homme, à chaque femme, à chaque enfant. L’éducation de l’individu devrait favoriser le développement de ses facultés innées et lui inculquer le sens de la responsabilité envers ses semblables, au lieu de la glorification du pouvoir et du succès, comme cela se fait dans la société actuelle.

Il est cependant nécessaire de rappeler qu’une économie planifiée n’est pas encore le socialisme. Une telle économie pourrait être accompagnée d’un complet asservissement de l’individu. La réalisation du socialisme exige la solution de quelques problèmes socio-politiques extrêmement difficiles : comment serait-il possible, en face d’une centralisation extrême du pouvoir politique et économique, d’empêcher la bureaucratie de devenir toute-puissante et présomptueuse ? Comment pourrait-on protéger les droits de l’individu et assurer un contrepoids démocratique au pouvoir de la bureaucratie ?

La clarté au sujet des buts et des problèmes du socialisme est de la plus grande importance à notre époque de transition. Puisque, dans les circonstances actuelles, la discussion libre et sans entrave de ces problèmes a été soumise à un puissant tabou, je considère que la fondation de cette revue (la Monthly Review, NDLR) est un important service rendu au public.

A.E.

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