• Accueil
  • > Archives pour septembre 2020

Télévision. L’inquiétante farce sinistre du « diable gay »

Posté par jacques LAUPIES le 8 septembre 2020

 

« Tu deviendras un hétéro, mon fils » est un documentaire utile, conçu comme un road-movie, enrichi de témoignages de victimes et d’activistes. © Tohubohu Films

« Tu deviendras un hétéro, mon fils » est un documentaire utile, conçu comme un road-movie, enrichi de témoignages de victimes et d’activistes. © Tohubohu Films
 

Télévision. L’inquiétante farce sinistre du « diable gay »

Lundi 7 Septembre 2020

Le documentaire de Caroline Benarrosh, Tu deviendras hétéro, mon fils, dénonce les « thérapies de conversion » qui, aux États-Unis, détruisent la personnalité de jeunes homosexuels.

 

Certains se prétendent psychothérapeutes. D’autres arborent le col ou la croix de pasteurs, tous ont en commun de retarder de plusieurs siècles. Et pourtant, le documentaire dans lequel ils apparaissent, réalisé par Caroline Benarrosh, et que diffuse ce mardi soir France 5 n’a rien d’un film historique. C’est au contraire une histoire contée au présent, nourrie de témoignages de jeunes hommes du XXI e siècle. Tu deviendras hétéro, mon fils est un document utile, qui montre et dénonce la réalité des « thérapies dites de conversion », qui ont toujours cours aux États Unis. « Plus de 700 000 personnes sont déjà passées par ces centres, dont la moitié mineurs, contraints par leurs parents. Avec pour seul «résultat», des drames humains», pointe le dossier de présentation.

Icon Quote C’est un monde de souffrance, de violences et, souvent, de rupture familiale qui se dévoile.

CAROLINE BENARROSH

« Quand j’ai commencé à m’intéresser au sujet, je me suis trouvée, sur Internet, devant des centaines de témoignages de jeunes Américains qui ont subi ces  «thérapies». Je n’imaginais pas que cela puisse exister et à cette échelle » nous explique Caroline Benarrosh. Son film donne longuement la parole à trois jeunes adultes, Lucas, Matthew et Jordan, issus de trois milieux sociaux différents, et qui ne se connaissent pas. Mais tous ont vécu le même drame. « Quand j’ai dit à mes parents : je crois que je suis gay, ils m’ont répondu : on te connaît, tu n’es pas gay, on va réparer ça », raconte l’un d’eux. Ainsi a débuté son calvaire. On dénombre plus de 700 000 jeunes qui ont eu à subir aux États-Unis ce type de violences, morales comme physiques. Certains se sont suicidés.

L’administration Trump écrit l’histoire à l’envers

« C’est un véritable business », insiste Caroline Benarrosh qui a découvert que des slogans pour ce type de « traitements » s’affichent au coin de certaines rues comme de vulgaires publicités. « En Floride, considérée comme l’État le plus progressiste, on dénombre pourtant le plus grand nombre de ces soi-disant thérapeutes », qui ont pignon sur rue. Car leur pratique est légale. Seuls certains dérapages font l’objet d’enquêtes… L’administration du président Barack Obama avait entrepris des actions visant à rendre illégaux ces centres fermés mais Donald Trump s’est empressé, dès son arrivée à la Maison-Blanche de piétiner ces projets. Son actuelle campagne électorale ne vaut pas mieux. « Mike Pence, son vice-président, et Betsy DeVos, sa secrétaire (ministre) de l’Éducation, sont tous les deux des chrétiens classés très à droite, qui soutiennent de très grosses associations ouvertement homophobes comme le Family Research Council (FRC), et ce n’est pas rassurant. L’histoire s’écrit à l’envers », ajoute la réalisatrice.

Des charlatans aux méthodes barbares

Dans les années 1950, le maccarthysme s’en est pris avec violence aux homosexuels aux États Unis, et jusque dans les années 1970 les grands journaux d’alors consacraient de grands sujets positifs à ces « thérapies » qui n’ont jamais soigné personne, ne s’agissant en aucune manière d’une maladie. « Je suis une maman, poursuit Caroline Benarrosh et je ne peux pas comprendre comment des parents peuvent laisser leurs enfants entre les mains de bourreaux simplement parce qu’ils sont homosexuels, comment ils peuvent admettre que ces structures apprennent à leurs propres enfants à se détester en raison de leur nature profonde, et visent à détruire leur personnalité ». Certains de ces charlatans accusent sans rire les jeunes « d’être possédés par le diable gay ». Une farce sinistre. Mais plusieurs de ces garçons et filles qui se sont échappés ont décidé de réagir contre cet obscurantisme.

♦ Tu deviendras hétéro, mon fils de Caroline Benarrosh, sur France 5 à 20h50.

Télévision. L’inquiétante farce sinistre du « diable gay » dans POLITIQUE

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

Plan de relance : le puits sans fond des aides aux entreprises

Posté par jacques LAUPIES le 6 septembre 2020

Plan de relance : le puits sans fond des aides aux entreprises dans POLITIQUE

 
 

Plan de relance : le puits sans fond des aides aux entreprises

Vendredi 4 Septembre 2020

Le plan de relance annoncé ce jeudi rouvre en grand les vannes des cadeaux fiscaux, avec notamment une baisse de 20 milliards d’euros d’impôts pour les entreprises. Cette politique, menée depuis 25 ans, coûte bien plus cher qu’elle ne rapporte. DÉMONSTRATION.

 

Pour le Medef, la rentrée a un avant-goût de Noël. Le plan de relance présenté hier prévoit une nouvelle pluie d’aides fiscales aux entreprises, dont certaines n’ont pas grand-chose à voir avec la crise en cours. Le pouvoir a ainsi décidé de diminuer le poids des impôts de production (taxe sur les salaires, cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, etc.) de 20 milliards d’euros. Vieille revendication patronale, cette baisse ne correspond cependant pas à un besoin urgent de l’économie (lire à ce sujet notre entretien avec l’économiste Mathieu Plane).

200 milliards d’euros par an

« Le plan de relance n’est pas un cadeau fait aux entreprises, c’est un cadeau à la France », affirme gravement le premier ministre… Un peu comme s’il cherchait à désamorcer par avance les critiques soulevées par cette salve de ristournes fiscales.

Pourtant, ces critiques méritent d’être entendues. Depuis plus de 25 ans, une bonne partie de la politique économique a consisté en un déversement d’argent public en direction des entreprises, sous prétexte de lutte contre le chômage. En 2019, plus de 66 milliards d’euros ont été consacrés à la baisse du « coût » du travail, par l’intermédiaire d’allègements de cotisations sociales et de crédits d’impôts pour l’emploi de salariés à domicile, notamment. En intégrant la totalité des niches fiscales (dont le crédit d’impôt recherche, censé inciter les entreprises à investir dans la recherche), certains chiffrages arrivent à la somme de 200 milliards d’euros par an (1).

« Ces politiques ont échoué »

D’où cette question brûlante : avec le recul, ces politiques ont-elles rempli leurs objectifs ? La réponse de Clément Charbonnier, économiste spécialiste du sujet, est sans appel : « Ces politiques ont échoué. Cette affirmation ne se base pas simplement sur le niveau final de chômage (globalement stable depuis 30 ans – NDLR), mais sur des évaluations statistiques. »

Petit retour en arrière. Depuis 1993 et sous la pression d’un efficace lobbying patronal, la France a empilé les dispositifs fiscaux : allègements de cotisations en dessous de 1,2 Smic (1993-1998) ; exonérations liées au passage aux 35 heures (1998-2002) ; allègements « Fillon » (2003-2005) ; crédit d’impôt compétitivité emploi (2012), etc. En matière de réduction du « coût » du travail, l’objectif est atteint : « Au total, les cotisations sociales et patronales qui financent les régimes de Sécurité sociale sont désormais nulles au niveau du Smic », notait France stratégie en juillet 2017.

Depuis 1993, rien ne va plus

Pour ce qui est de l’emploi, c’est moins probant. Si l’on en croit les études scientifiques, les seules exonérations à avoir rempli leur objectif seraient finalement celles de 1993 : entre 120 000 et 490 000 emplois (on notera la largeur de la fourchette) auraient été créés ou préservés, pour un coût de 6,4 milliards d’euros en 1998.

Depuis, rien ne va plus. La réforme du 17 janvier 2003 visait à unifier les dispositifs d’exonération de cotisations sociales entre les entreprises travaillant à 35 heures et celles à 39. Le montant de ces ristournes atteint alors 20 milliards d’euros par an. Selon une étude de l’Insee d’août 2010, cette réforme aurait permis de créer ou sauvegarder… 15 500 emplois en tout et pour tout, dans les entreprises travaillant 39 heures.

Le CICE de François Hollande fait mieux, mais pour un coût exorbitant. Selon un rapport du comité de suivi paru fin 2018, il n’aurait créé que 100 000 emplois sur la période 2013-2015, pour un effet quasi nul sur l’investissement. Des estimations ultérieures aboutissent à un volume d’emplois plus important, mais pour un coût faramineux (20 milliards d’euros par an).

5 200 euros par emploi et par mois

C’est d’ailleurs l’une des principales limites de ce type de dispositif : même lorsqu’ils permettent de créer de l’emploi, la note est salée. En janvier 2015, le Liepp (Laboratoire d’évaluation des dépenses publiques dépendant de Sciences Po) soulignait ainsi : « Sur les 27 milliards annuels consacrés aux exonérations générales de cotisations employeur et aux dispositifs concernant l’emploi de salariés à domicile, plus de 6 milliards d’euros sont consacrés à des politiques dont le coût est supérieur à 62 500 euros par an et par emploi créé. » Soit 5 200 euros par emploi et par mois ! À ce prix-là, autant créer des emplois publics directement…

Sans compter que cette manne contribue à creuser les déficits. En effet, les exonérations de cotisations sociales ne sont pas intégralement compensées par l’État. Entre 2008 et 2018, cela représente un manque à gagner pour les caisses de la Sécurité sociale de près de 30 milliards d’euros.

Services bon marché

Évidemment, la baisse du « coût » du travail ne fait pas que des malheureux : « Les entreprises, bien qu’elles n’embauchent pas plus, augmentent in fine leurs marges, rappelle Clément Charbonnier. De plus, le développement de services bon marché (tels que le ménage à domicile subventionné – NDLR) bénéficie aux consommateurs de ces services, qui sont majoritairement les ménages à plus hauts revenus. »

À gauche, certains plaident pour que l’on cesse de se focaliser sur le « coût » du travail : « Pour la seule année 2019, les entreprises ont versé 273 milliards d’euros en dividendes (aux actionnaires) et intérêts (aux banques et marchés financiers), souligne Denis Durand, économiste communiste. S’il y a un ’’coût’’ à diminuer, c’est bien celui du capital. »

(1) Estimation réalisée par le pôle économique de la CGT en 2017.
 dans POLITIQUE

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

Hier je me plaignais de l’insuffisance d’engagement de la jeunesse et des conséquences dramatiques que cela peut avoir pour leur avenir ! Quel professeur de lycée dans cette ville et à fortiori quel jeune lycéen de terminale connait Marx et situe l’importance de son oeuvre ?

Posté par jacques LAUPIES le 5 septembre 2020

 

David Graeber Professeur à la London School of Economics

David Graeber Professeur à la London School of Economics
 

La mort de David Graeber, penseur d’un après-capitalisme

Jeudi 3 Septembre 2020

[Mise à jour le 3 septembre 2020]. Sa femme, Nika Dubrovsky, a annoncé sur Twitter la mort, à 59 ans, de l’anthropologue et économiste américain David Graeber, l’un des fondateurs du mouvement américain Occupy Wall Street, militant anarchiste américain, théoricien de la pensée libertaire nord-américaine. Nous republions l’entretien accordé le 19 septembre 2018 pour son livre, sur les Bullshit Jobs,  ces emplois inutiles et vides de sens qui se sont multipliés avec la financiarisation du monde.

 

Comment définiriez-vous les bullshit jobs ?

David Graeber Leur définition est essentiellement subjective. Même les personnes qui font un bullshit job, ou « job à la con », ne peuvent en justifier l’existence. Si leur emploi pouvait disparaître, ça ne ferait aucune différence, comme me l’ont confié eux-mêmes des avocats d’affaires. Comment suis-je devenu conscient de ce phénomène ? Je viens d’une famille ouvrière, et le monde universitaire m’était étranger. Quand je rencontrais des gens aux soirées, je leur demandais ce qu’ils faisaient dans la vie. Ils tentaient souvent d’éviter la question, ou répondaient qu’ils ne faisaient rien. Je pensais qu’ils étaient très modestes. Mais après un verre ou deux, je me rendais compte qu’ils ne faisaient effectivement strictement rien. Ils répondaient honnêtement. J’ai été très étonné de découvrir qu’une grosse proportion de gens travaillant dans les bureaux étaient convaincus que leur emploi ne devrait pas exister. Soit parce qu’ils ne faisaient rien, soit qu’ils pensaient que leur travail n’avait aucune utilité pour leur entreprise, ou que toute l’entreprise, voire le secteur lui-même, ne devrait pas exister. Après avoir lancé un appel à témoins sur Twitter, par un jeu de questions-réponses avec de nombreux correspondants détenteurs de ces emplois, nous avons mis en place collectivement une typologie regroupant cinq grandes catégories : les larbins, les porte-flingue, les rafistoleurs, les cocheurs de cases, les petits chefs.

Pourquoi ne pas évoquer dans votre livre les « jobs de merde », pénibles et mal rémunérés, plutôt que ces « jobs à la con » ?

David Graeber On connaît déjà les jobs de merde. Les gens savent que le capitalisme les rend malheureux, que ça crée des inégalités, de l’aliénation, de l’exploitation. Mais ils pensent que c’est un système raisonnable en fin de compte, car ils le croient efficace. Or si 37 à 40 % des gens déclarent que la disparition de leur emploi ne ferait aucune différence, comme des sondages au Royaume-Uni et aux Pays-Bas l’ont relevé, cela démontre que ce système n’est pas efficace. Je vous rappelle que nous parlons d’un très grand nombre de personnes. Certaines ne font rien du tout. On ne leur donne aucun travail à réaliser. Elles restent assises toute la journée et doivent parfois faire semblant de s’occuper. D’autres n’arrivent pas à savoir ce que l’on attend d’elles ou constatent que leur travail n’a aucun effet, ne bénéficie à personne : c’est une forme de violence spirituelle, mentale. Les gens évoquent leur anxiété, leur dépression, leurs maladies psychosomatiques. Et ce qui rend leur situation encore plus difficile, c’est qu’ils n’arrivent pas à justifier pourquoi ils se sentent si mal.

Vous évoquez un paradoxe. Ces jobs se sont développés grâce au capitalisme mais ils défient sa logique : inefficaces, sources de stagnation technologique…

David Graeber Oui, mais peut-on encore parler de capitalisme ? Certains éléments relèvent plus du féodalisme, c’est pourquoi je parle d’un féodalisme managérial. Ce système entraîne une création incessante de niveaux intermédiaires, qui touche tous les secteurs, même créatifs. Dans le journalisme, il existe maintenant des producteurs, des éditeurs, des rédacteurs… À Hollywood, on compte six à sept niveaux de cadres qui n’existaient pas précédemment. Et c’est pour ça que les scénarios sont devenus tellement mauvais : vingt personnes vont tenir à mettre leur patte dans l’écriture, chacune à leur tour, et ça va changer tout le scénario ! Entre les gens qui ont de l’argent et ceux qui travaillent vraiment, il y a des couches de parasites. On retrouve le même schéma dans les entreprises : on compte deux fois plus de cadres que d’employés, qui, eux, travaillent. Est-ce encore du capitalisme ? Ce système est encore plus développé dans les industries de la finance, où s’opère une fusion entre les bureaucraties du public et du privé.

Pourquoi les gens ne refusent-ils pas ces emplois absurdes ?

David Graeber Beaucoup de gens m’ont écrit que, au début, ils ont essayé de vivre grâce à des emplois utiles. Mais ils ne pouvaient pas se le permettre financièrement. Il y a un paradoxe. Si vous voulez faire quelque chose d’utile, il faut déjà être logé, posséder des ressources héritées. Si vous venez d’un milieu ouvrier, sauf si vous avez la chance de trouver un emploi utile et bien payé, vous allez vous retrouver comme cette femme, Anne, dont je parle dans le livre. Anne exerçait dans une école maternelle un travail extrêmement utile, très gratifiant mais elle ne pouvait pas payer ses factures. Finalement, la jeune femme a dû prendre un emploi où elle surlignait des formulaires pour une société qui vérifiait les contrats d’assurance santé : un travail totalement absurde mais grâce auquel elle gagnait un salaire quatre fois supérieur au précédent.

Vous critiquez la difficulté de s’attaquer à ce système en raison de notre définition du travail, qui se concentre sur la production en minimisant l’importance du « care », ce que vous appelez sa « dimension aidante »…

David Graeber Je crois que c’est la chose la plus provocante que j’ai écrite. Dans la tradition de critique de gauche dont je viens, il y a une fétichisation de la production. Les gens parlent de la valeur travail en occultant ce que j’appelle le « travail aidant » ou travail du care. Je cite souvent l’exemple d’un verre : on le fabrique une fois, on le lave mille fois ! Or personne ne parle de ce travail-là qui consiste, non pas à fabriquer ou produire, mais à conserver les choses, à s’en occuper, à aider les gens. Dans mon livre, j’évoque le cas des employés du métro de Londres. L’entreprise essayait de se débarrasser des guichetiers, voulant les remplacer par des machines. Les employés ont répliqué en expliquant que leur travail allait bien au-delà de la distribution de billets : « Espérons que vous n’allez pas perdre vos enfants dans un couloir, que vous ne tomberez pas malade, que vous ne vous ferez pas importuner par un ivrogne… » Voilà un exemple de travail du care. Ces gens sont là pour aider les autres, mais, comme dans beaucoup de travail prolétaire qui ne se résume pas au travail en usine, la dimension « aidante » de leur activité n’est pas reconnue.

Comment se fait-il que ces emplois ne soient pas valorisés ?

David Graeber C’est l’une des choses que j’essaie de comprendre. Je crois qu’une partie de cela a à voir avec la hiérarchie, et avec l’emploi féminin et domestique, qui n’a jamais été valorisé de la façon dont il le devrait. Comme certaines féministes marxistes l’ont souligné, la théorie du travail de la valeur est aussi une théorie de la valeur du travail. Ce qui veut dire que le système décide quel type de travail est valorisé et lequel ne l’est pas. Il existe aussi un point de vue théologique. Si on lit la Bible, mais aussi le poète grec Hésiode, avec le mythe de Prométhée, on retrouve la même histoire en quelque sorte. Les hommes se sont rebellés contre Dieu et ont été punis. Dieu est un créateur. Les hommes ont été punis en devant réaliser ce que Dieu fait : créer nos propres vies. Les hommes imitent Dieu mais d’une façon très douloureuse. On retrouve cette conception dans le travail, imitation de l’acte de création qui est aussi un autosacrifice. Et l’être humain doit être malheureux pour ça. C’est terriblement incrusté dans notre sens du travail. Être heureux au travail est presque considéré comme quelque chose de mal. Les gens disent : « Je ne peux pas croire que je sois payé pour faire ça. » Si votre travail rend service à d’autres, pourquoi ne devriez-vous pas être heureux au boulot ? Et pourtant la société estime que, puisque vous êtes heureux au travail parce qu’il bénéficie aux autres, vous devriez être payé moins. Aux États-Unis, les enseignants sont en grève, les professeurs et les médecins au Royaume-Uni, les aides à domicile en France, les infirmiers en Nouvelle-Zélande. Pourquoi ? La productivité augmente dans l’industrie, mais diminue dans les activités du care. La «bullshitisation» et l’accroissement de la classe bureaucratique rendent difficile le travail des « aidants », en raison de la numérisation qui a des effets opposés dans le monde de l’usine et dans le monde du travail du care. Dans un cas, ça accroît la productivité, et dans l’autre, ça la fait diminuer. Que les grèves surviennent dans le secteur du care n’est pas une surprise, avec une énorme pression sur les salaires due à cette baisse de productivité. Mais aussi parce que ces activités du care sont devenues de plus en plus importantes avec le temps qui passe.

En quoi le revenu universel de base peut-il être une des réponses, selon vous ?

David Graeber Il s’agit d’une proposition de transition. Créer un revenu universel de base ne va pas créer l’utopie mais cela peut résoudre le problème des bullshit jobs. Je ne parle pas des versions bourgeoises, qui voudraient juste ajouter un revenu additionnel, ni des versions de droite pour remplacer ainsi toutes les aides sociales. Le revenu universel dont je parle doit être suffisant pour vivre. Il faut séparer le travail des moyens de subsistance. Si vous êtes un prolétaire, vous êtes obligé de vendre votre force de travail, mais si vous possédez un revenu vous n’êtes plus prolétaire. Vous n’avez plus besoin de vous vendre. C’est un moyen de combattre les inégalités. Les gens les plus convaincants sur le revenu universel de base viennent des milieux féministes. Comme ceux qui se battent pour un salaire ménager. On leur a dit que c’était une provocation, que ce n’était pas très sérieux, mais ces personnes pointaient les inégalités, l’exploitation. Et la dernière des choses qu’elles souhaitaient, c’était la mesure du travail ménager. C’est quoi la quantité de travail mesurable quand on s’occupe d’un enfant malade ? Avec le revenu universel, c’est à vous de décider quelle partie vous voulez mettre dans le travail productif ou dans le travail du care, toutes ces choses qu’on ne peut pas quantifier.

Pourquoi pense-t-on que les gens ne feront rien si on leur donne le choix de travailler ou non ?

David Graeber C’est extraordinaire : il y a des mécanismes qui nous convainquent qu’on se comporterait d’une façon, alors qu’on se comporterait en fait d’une autre manière. Quand on veut punir un prisonnier, on lui ôte le droit au travail. Or même si un prisonnier a suffisamment d’argent, de quoi manger, s’il peut regarder la télévision, il préférera repasser des pantalons plutôt que ne rien faire du tout. Comme tout être humain, un détenu a besoin de réaliser des choses qui provoquent des résultats, qui ont un impact sur le monde. En psychologie, on appelle cela « le plaisir d’être cause ». C’est fondamental pour les individus. Si on leur enlève ça, ils ne deviennent plus rien.

David Graeber

Professeur à la London School of Economics

Hier je me plaignais de l'insuffisance d'engagement de la jeunesse et des conséquences dramatiques que cela peut avoir pour leur avenir ! Quel professeur de lycée dans cette ville  et à fortiori quel jeune lycéen de terminale connait Marx et situe l'importance de son oeuvre ? dans POLITIQUE

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

Quand les jeunes se mobilisent l’espoir renaît ! Je regrette souvent que dans ma ville, où les problèmes de formation professionnelle les obligent à se déplacer, où sont minces les perspective d’emploi, ou la pauvreté s’est installée, ils ne s’engagent pas politiquement à nos côtés. Car en définitive ils seront demain les victimes de leur indifférence entretenue par l’idéologie dominante qui au mieux, où au pire comme on voudra les enferme dans un obscurantisme moderne : celui diffusé par les médias !

Posté par jacques LAUPIES le 4 septembre 2020

Quand les jeunes se mobilisent l'espoir renaît ! Je regrette souvent que  dans ma ville, où les problèmes de formation professionnelle les obligent à se déplacer, où sont minces les perspective d'emploi, ou la pauvreté s'est installée, ils ne s'engagent pas politiquement à nos côtés. Car en définitive ils seront demain les victimes de leur indifférence entretenue par l'idéologie dominante qui au mieux, où au pire  comme on voudra les enferme dans un obscurantisme moderne : celui diffusé par les médias ! dans POLITIQUE

 
 

Climat : 6 jeunes attaquent 33 États en justice, dont la France

Vendredi 4 Septembre 2020

Des adolescents portugais déposent plainte, devant la Cour européenne des droits de l’homme, contre les pays qui, selon eux, « aggravent le réchauffement climatique ». La France en fait partie.

 

En même temps que le feu dévorait les forêts portugaises pendant l’été 2017, il a allumé leur conscience. Dans la région de Leiria, au centre du Portugal, Claudia avait 19 ans quand les incendies monstres ont tué plus de 120 personnes près de chez elle. « Une impression de désolation et une angoisse énorme », se souvient la jeune femme aujourd’hui en école d’infirmière.

« Ça change nos vies »

Martim, 17 ans, n’a pas pu aller à l’école pendant plusieurs jours, l’air chargé de fumées étant irrespirable. L’année suivante, les vagues de chaleur ont fait exploser les records de température : 44 degrés à Lisbonne, la capitale. « Ce ne sont pas quelques jours par an, ces vagues de chaleur extrêmes sont devenues la norme. Et ça change nos vies : impossible de faire du sport dehors ou de se balader en forêt ; mon petit frère, asthmatique, ne peut pas sortir de la maison », explique pour sa part Sofia, 15 ans.

En clair, « le Portugal vit déjà les effets du changement climatique. Notre génération a droit à un futur dans un environnement sain », revendique Claudia. Avec Mariana, 8 ans, Catarina, 20 ans et André, 12 ans, ils lancent une requête devant la Cour européenne des droits de l’homme, à Strasbourg. Au total, ils visent 33 pays, sur les 47 que compte le Conseil de l’Europe : les pays de l’Union européenne, ainsi que la Russie, la Turquie, la Norvège, la Suisse et le Royaume-Uni. « Ce sont les pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre (GES), qui aggravent donc le réchauffement climatique », précise Gerry Liston, responsable juridique du Réseau mondial d’action juridique (le Glan), l’ONG qui a monté le dossier des six jeunes requérants.

Multiplication par 30 du nombre de morts

Le but de leur action est d ’« obtenir une décision contraignante juridiquement pour forcer les gouvernements en Europe à prendre les actions urgentes pour respecter l’accord de Paris, à savoir limiter le réchauffement à + 1,5 °C », continue Marc Willers, leur avocat. Du haut de ses 12 ans, André, lui, explique « ne pas vouloir attaquer les États en tant que tels, mais les pousser à écouter les scientifiques ».

À l’appui de leur dossier, les données montrent en effet que leur avenir sera affecté, si rien n’est fait. Entre autres, la multiplication par 30 du nombre de morts en raison des vagues de chaleur en Europe de l’Ouest si, d’ici à la fin du siècle, le réchauffement atteint +3 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Ou encore, une hausse du niveau de la mer estimée, au Portugal, à 40 cm entre d’ici à 2 100.

Si, depuis cinq ans, le combat pour le climat se mène de plus en plus dans les prétoires, cette plainte est cependant « une première », avance Marc Willers. Car elle se tient devant la Cour européenne des droits de l’homme. Au cœur de l’accusation, l’article 2 de la Convention européenne des droits de l’homme, lequel précise que « le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi ».

Des mois de procédure

L’avocat compte bien défendre que la convention « oblige les gouvernements à combattre le réchauffement climatique en réduisant drastiquement leurs émissions de GES ». Aussi bien dans leur frontière nationale qu’à l’extérieur. « Les États doivent être tenus responsables pour les émissions auxquelles ils contribuent en dehors de leurs propres frontières. Il faut donc aussi prendre en compte l’exportation d’énergies fossiles, l’importation de biens dont la production en a nécessité, les émissions des entreprises nationales à l’étranger, ou encore le financement par des banques de projets d’extraction à l’étranger », continue le spécialiste.

La procédure risque d’être longue – des mois, voire des années. Première étape : obtenir que la Cour européenne considère « recevable » la plainte des adolescents. Les tribunaux, en tout cas, tendent à donner raison aux citoyens : après la première victoire, en 2015, de l’ONG Urgenda qui a obligé les Pays-Bas à baisser ses émissions de GES, la Cour suprême irlandaise a obligé, en août dernier, le gouvernement à revoir son plan contre le réchauffement climatique. Pour Claudia, il y a « encore de l’espoir. Partout, des jeunes se mobilisent pour le climat. Avec cette action, nous voulons en amener le plus possible dans ce combat. La parole des jeunes doit être plus entendue ».

 dans POLITIQUE
What do you want to do ?

New mail

What do you want to do ?

New mail

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

Pierre Dharréville Député des Bdr intervient…

Posté par jacques LAUPIES le 3 septembre 2020

cliquez sur ce lien pour visionner la vidéo

Pierre Dharréville Député des Bdr intervient... dans POLITIQUE

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

12345
 

Gabon, Environnement, Touri... |
Site des Jeunes Tassilunois |
Histoire d'Europe |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | RETROVISEUR SANSALVATORIEN
| larurale
| Droit Administratif des Bie...