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Relevé dans « Regards »

Posté par jacques LAUPIES le 21 septembre 2020

 

Relevé dans

« On ne fait plus de politique au nom de l’intérêt général »

Sur l’intérêt général en politique

« On ne fait plus de politique au nom de l’intérêt général. »

« On n’a jamais autant été dans un moment de lutte des classes, avec une classe qui a gagné. »

« Les gouvernants travaillent aujourd’hui principalement pour les plus puissants. »

« Il nous faut des politiques qui renouent avec l’intérêt général. »

Sur la crise sanitaire

« Certaines des décisions qui ont été prises pendant la crise sanitaire l’ont été au nom de l’intérêt général. D’autres pas du tout. »

« Une politique publique pour qu’elle soit efficace, elle doit être simple. Et là, on est dans tout sauf de la simplicité. »

« Les gouvernants se sont auto-persuadés de l’incapacité de l’Etat. »

« Un gouvernement, dans des moments de crises, est sensé convoquer les partenaires sociaux. Réquisitionner. Donner des directives. Et ça ne s’est pas fait. On a un problème d’Etat profond et dont on pense la puissance publique. »

« Plus qu’un problème d’intérêt général on a un problème de service public et de politique publique. »

Sur la souveraineté, le protectionnisme

« Il y a une dégradation des termes du débat. »

« Dire que tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes parce qu’on aura relocalisé la production, c’est faux. Et c’est d’autant plus faux que d’un point de vue environnemental, ce sont souvent les derniers kilomètres qui polluent le plus. »

« Certaines choses doivent pouvoir continuer à être produites ailleurs et tant mieux. La Feta, j’ai envie qu’elle vienne de Grèce et je n’ai pas envie qu’elle soit produite ailleurs. »

« Il faut sortir de la démesure. »

« Le terme de souveraineté tend à me gonfler parce que ça ne veut strictement rien dire. »

« En France, on est souverain, on décide de nos politiques. »

Sur les indicateurs économiques

« Un bon indicateur c’est celui qui permet d’aider les personnes en charge du développement d’un pays de savoir si elles vont dans le bon chemin ou pas. Et dans ce cadre, le PIB n’est plus un bon indicateur. »

« En tant qu’élue, l’indicateur PIB ne me dit rien sur l’état des inégalités, sur la diversité ou sur les questions environnementales et sociales. »

« On est en train de vouloir faire la transition écologique et sociale avec un indicateur qui date des années 30 et 40. C’est pas possible. »

« Le PIB continue d’augmenter et le bien être des pays dits développés reste stable. »

Sur le post-capitalisme

« Je ne sais pas si c’est une société post capitaliste à laquelle j’aspire. Parce que si je suis honnête intellectuellement, et pour avoir lu Marx, Smith, Veblen ou Galbraith, je n’arrive toujours pas à mettre une définition précise sur le capitalisme. »

« Je ne sais pas comment on arrive à un système où il n’y a pas de domination. »

« Ce qui m’intéresse, c’est changer les vies quotidiennes et vivre mieux. »

« On vit dans une sorte d’infocratie où on doit se positionner sur des débats peu intéressants de manière binaire. »

« Il faut ralentir notre rythme. »

Sur l’annulation de la dette

« Face à la situation, face aux risques, il nous faut une solution technique : l’annulation de la dette est une solution que l’on met sur la table. C’est une solution qui prend. »

« Être radical, c’est avant tout être sérieux. »

« On nous a fait le procès du manque de sérieux. Argument balayé. On a dénoncé l’impossibilité technique. Argument balayé. Et maintenant, on nous fait le procès en crédibilité. Ça n’est pas aux experts de juger de la crédibilité des propositions mais aux citoyens. »

« On crève de la question de la crédibilité à gauche. Parce qu’on prive les gens de débat. »

« Les utopistes sont ceux qui pensent qu’on va pouvoir continuer comme avant. »

« La biosphère a ses limites. Penser qu’on va pouvoir faire du business ad vitam aeternam, sans respecter les limites de la biosphère, me parait peu probable. Penser qu’on va pouvoir faire du business ad vitam aeternam, avec une montée de l’extrême droite, c’est possible mais ça ne va pas le faire très longtemps. »

Sur l’Etat

« Il nous faut plus de puissance publique. Il nous faut plus d’Etat stratège. »

« On a besoin d’un Etat stratège, producteur, providence. »

« Ça ne veut pas dire qu’on a besoin d’un Etat centralisateur, surtout dans ce pays, on en crève. »

Sur le plein-emploi

« Il faut réorganiser la réduction du temps de travail parce que c’est l’une des meilleures solutions pour la transition écologique. »

« Il nous faut des fonctionnaires parce que ça ne coute pas cher. Et c’est un investissement très important. Il faut arrêter de réfléchir en termes de couts. »

Sur la conquête du pouvoir

« Il faut reconquérir les idées et il faut que les femmes reconquièrent le pouvoir parce qu’on ne nous laissera pas la place. »

« Je ne suis pas optimiste pour 2022, mais je suis très combattive. »

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Ferroviaire. « Ensemble pour le fret », le contre-plan de relance de la CGT

Posté par jacques LAUPIES le 21 septembre 2020

 

Ferroviaire. « Ensemble pour le fret », le contre-plan de relance de la CGT dans POLITIQUE

 
 

Ferroviaire. « Ensemble pour le fret », le contre-plan de relance de la CGT

Lundi 21 Septembre 2020

Le syndicat a travaillé 13 propositions pour relancer le transport ferroviaire de marchandises. Il préconise des investissements massifs sur le réseau et la sortie des logiques libérales.

 

Mille Perpignan-Rungis en 2050 ! Derrière la phrase choc, « c’est l’urgence de définir des objectifs que nous avons voulu marquer », explique Laurent Brun. En se saisissant du symbole de l’abandon du dernier train de produits frais – à l’arrêt depuis 2019 –, la CGT cheminots, qui présente ce lundi son plan de relance du fret ferroviaire, entend répondre aux postures volontaristes du gouvernement et de la direction de la SNCF. Le premier syndicat de la SNCF fixe donc un cap ambitieux : atteindre, d’ici à 2050, 25 % de parts modales pour le transport ferré de marchandises, contre 9,5 % aujourd’hui. Un horizon « et une méthode de suivi très précise », ajoute son secrétaire général qui rappelle que « des objectifs, l’État en a fixé des dizaines, comme en 2007, lors du Grenelle de l’environnement. Aucun ne s’est réalisé ».

En 13 propositions, le projet de la CGT, « Ensemble pour le fret », préconise ainsi une impulsion politique majeure pour remettre l’entreprise publique au cœur d’un plan fret de long terme, pour engager, aussi, les travaux indispensables à la régénération d’un réseau existant, mais particulièrement mal en point. Alors que « toutes les solutions libérales – baisse des coûts, gains de productivité et dérégulation – ont été tentées » depuis 2003 « de 2002 à 2018, les volumes transportés par le train sont passés de plus de 50 milliards de tonnes par kilomètre à seulement 33 milliards », relève Laurent Brun. Dans ce contexte, les 4,7 milliards d’euros que le gouvernement prévoit de consacrer au ferroviaire ne permettront pas de redévelopper l’activité mais tout juste de la stabiliser, explique la CGT.

Au « saupoudrage d’argent public » du gouvernement, la CGT oppose donc « une planification longue », en trois phases : « La reconstitution », qui d’ici à 2030 permettrait, à condition de « régénérer la plupart des installations existantes et de reconstituer les effectifs », de retrouver les volumes transportés en 2000 (55 milliards de tonnes par kilomètre) ; « l’accélération », qui à horizon 2040 ferait atteindre les 110 milliards de tonnes par kilomètre, entre autres par la création de dessertes nouvelles ; et enfin, « la consolidation », qui aboutira en 2050, et alors que les étapes précédentes auront permis de regagner des parts de marché, à l’objectif prédéfini de 25 % de part modale.

Concrètement, la réalisation d’un tel plan exige, selon la CGT, que différents leviers, politiques, commerciaux et industriels, soient actionnés. Il en va, par exemple, du rééquilibrage tarifaire entre la route et le rail. Aujourd’hui, le coût des externalités négatives (congestion, accidentologie, pollution) du transport routier est socialisé. Outre des mesures de prévention, la CGT engage l’État à « mettre en œuvre une interdiction de circulation sur certaines plages horaires » et à remettre en débat « rapidement » la question du « paiement du coût carbone du transport, dans une forme fiscale qui reste à définir ».

Mise en avant par le ministère comme l’une des mesures phares de son plan de relance, l’aide au redéveloppement du wagon isolé doit faire l’objet de « mesures sérieuses », estime la CGT. Ces petits chargements, qui permettent aux TPE-PME de choisir le fret ferroviaire quand elles n’ont pas les moyens de payer des trains entiers, recèlent, de l’avis même de la direction SNCF, un potentiel immense. « Mais c’est aussi l’activité qui nécessite le plus de moyens », souligne le syndicat. Car, si le réseau existe, il est vétuste. Ainsi, sur les 2 800 installations « terminal embranché » (infrastructure ferroviaire qui permet aux entreprises un accès direct au rail sans passer par la route), seulement un millier serait aujourd’hui desservi. Plus généralement, le maillage ferroviaire doit être remis en état afin de garantir « à chaque département, la proximité avec une gare de triage, un terminal de transport combiné (transport de camions sur des trains – NDLR) et un corridor fret », insiste la CGT. Le syndicat s’appuie d’ailleurs sur un exemple éloquent, celui des gares bois, spécialisées dans l’acheminement des grumes (troncs d’arbres entiers). Plus aucune ne fonctionne aujourd’hui alors même que les équipements existent, comme en Corrèze, où la forêt arrive pourtant à maturité. Dans cette logique, la CGT plaide pour que « les industries stratégiques ciblées dans le cadre de la politique de relocalisation du gouvernement fassent l’objet d’un volet desserte ferroviaire et aménagement du territoire ». De même que les 7 grands ports maritimes et les 19 marchés d’intérêt national (MIN).

Pour réaliser, sur plusieurs dizaines d’années, ces travaux colossaux, la CGT préconise un financement public adossé à des « subventions dédiées (fraction de la TICPE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques – NDLR), une contribution des autoroutes privées… et sanctuarisées dans un budget de programmation ferroviaire 2021-2050 ». Mais pas seulement. Sur le terrain, un changement de stratégie de SNCF Réseau s’impose. Réduction des coûts oblige, le gestionnaire public d’infrastructure privilégie les travaux nocturnes sur des voies non circulées, ce qui pénalise le fret qui circule majoritairement de nuit. « Certes, c’est plus cher », admet Laurent Brun, mais les travaux peuvent être faits « avec des équipes de proximité, de jour, et sans interruption des circulations sur longue durée ».

« La concurrence et les lois du marché n’ont jamais permis de développer le fret ferroviaire. Il faut un outil public », affirme le secrétaire général de la fédération CGT des cheminots. Intégrée et « protégée des aléas court-termistes du marché », la SNCF est au cœur du projet syndical. « Pour réorienter des marchandises sur le train, il faut d’abord investir massivement dans les triages et les voies ferrées, dans le matériel roulant (locomotives et wagons) pour offrir des solutions de transport (…) c’est le rôle d’une entreprise publique. » L’État, doit donc « permettre à la SNCF de travailler sur le temps long et protéger les dessertes pour amortir ces investissements ». La réglementation européenne le permet, affirme le syndicat qui plaide pour des attributions directes par l’État à la SNCF.

Ce contre-projet sera, dans les prochains jours, envoyé aux parlementaires et mis dans les mains des syndiqués, sur le terrain, « afin qu’ils interpellent les élus ».

Marion d’Allard

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Il faisait partie de cette espèce rare de journaliste qui savent allier leur professionnalisme et un certain militantisme sans que l’un et l’autre perdent de leur intégrité !

Posté par jacques LAUPIES le 20 septembre 2020

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Marcel Trillat, mort d’un humaniste

Samedi 19 Septembre 2020

HOMMAGE. Journaliste, réalisateur, syndicaliste, militant infatigable, ami de notre journal, Marcel Trillat est mort vendredi 18 septembre à l’âge de 80 ans. Retours sur un parcours de vie journalistique et engagé d’un homme intègre.

 

On s’était dit que c’était partie remise. Qu’on se retrouverait l’an prochain, en août à Uzeste, mais aussi en septembre, à la fête de l’Humanité, au stand des Amis de l’Huma, deux rendez-vous que Marcel Trillat ne ratait jamais. La nouvelle de sa mort a plongé ses amis, ses proches dans la stupeur. “Un grand vide” pour Alain Delmas, secrétaire de l’union départementale de la CGT-Gironde. Une “immense tristesse” pour Marc Perrone qui a composé la plupart de la musique de ses films. “La perte d’un grand journaliste, d’un réalisateur qui a toujours donné la parole à ceux qui ne l’avaient pas” pour Jean Bigot, producteur de tous ses films depuis les années 2000…

Du côté des opprimés, des sans-voix, des petits, de la classe ouvrière

Marcel Trillat, c’est ce qu’a produit de meilleur le service public de l’audiovisuel. Un journaliste intègre, honnête, engagé, humaniste, toujours du côté des opprimés, des sans-voix, des petits, de cette classe ouvrière que d’aucuns avaient décidé qu’elle avait disparu. Disparu des radars médiatiques, rayés de la carte ces “Prolos” qu’il n’a eu de cesse de filmer, au coeur de l’action, des tensions, là où la lutte vous pousse à être plus fort, plus intelligent, plus libre. Marcel Trillat était un journaliste engagé qui savait tenir un point de vue sans se soucier des politesses. Il a fait ses classes auprès des plus grands. Pierre Desgraupes, fondateur de “Cinq colonnes à la une” lui a mis le pied à l’étrier, lui a donné le goût du métier. On ne compte plus les reportages qu’il a réalisé pour Cinq colonnes, au cœur d’une actualité sociale qui le passionnait. Le pouvoir gaulliste était sur les dents. Alain Peyrefitte, sinistre ministre de l’Information, faisait de la chasse aux sorcières son passe-temps favori. Trillat aura traversé des tempêtes, pris des coups, de ses ennemis mais aussi de ses amis, parfois. Mais malgré les coups ciseaux redoutables de la censure, sa mise à l’écart de l’ORTF en 68, sa réintégration en 1981, l’arrêt de Radio Lorraine cœur d’acier par la direction de la CGT d’alors, il a mené de front son métier de journaliste et ses responsabilités professionnelles et syndicales ( à la Cgt) à France télévision, par tous les temps, sous toutes les gouvernances. Il était de la trempe de ces journalistes pour qui ce métier ne se réduit pas à ânonner bêtement une information sans saveur. Il se donnait les moyens d’aller voir, de vérifier, d’enquêter, de contre enquêter.

 

Une fermeture d’usine, des licenciements, il ne se résignait pas aux trois lignes AFP qui tombaient sur les prompteurs. Il savait que derrière ces trois lignes, ces chiffres secs, c’était la vie d’hommes et de femmes que le capitalisme foutait en l’air. Alors il se rendait sur place, dans les usines, au bistrot d’en face, s’attachant à toujours tisser les indispensables lien de confiance avec les gens qu’il filmait. C’est cette confiance qui lui permettait de pénétrer dans leur intimité, de s’installer dans la cuisine du petit pavillon ouvrier acheté à crédit, dans le salon du modeste Hlm. Et les gens racontaient, se racontaient, sentant chez lui une écoute, une attention qu’ils n’avaient jamais rencontrées jusqu’ici. Ses reportages pour Envoyé spécial, sa trilogie consacrée aux “Prolos” attestent de son engagement journalistique, de son grand professionnalisme. Jamais le journaliste qu’il était se mettait en scène. Il posait une question, une deuxième faisant naître la parole de son interlocuteur, donnant ainsi accès à une histoire. Et Marcel aimait les histoires, ces tranches de vie qui tissent l’histoire avec un grand H. Il les racontait merveilleusement, revivait ses souvenirs sans jamais se donner le beau rôle et vingt ans, trente ans après, l’émotion était là, palpable, qui l’obligeait à marquer une pause, essuyer une larme, pour mieux repartir à l’assaut des souvenirs heureux, malgré les défaites, les trahisons, parce qu’il n’avait jamais renoncé à l’idée d’un monde meilleur, d’un monde plus juste, plus fraternel…

 

(Troisième partie d’une série docu-vidéo sur la vie du journaliste et réalisateur Marcel Trillat, réalisée par Jeanne Menjoulet)

Il était une fois “le 1er mai à Saint-Nazaire”

Rien ne préparait Marcel Trillat a devenir ce grand journaliste du service public de l’audiovisuel. Fils de paysans isérois, né en 1940, c’est à l’Ecole normale de Grenoble, puis à Lyon où il poursuit des études universitaires, en pleine guerre d’Algérie, qu’il devient communiste. Mais c’est à l’occasion d’un tournage de l’émission “5 colonnes à la Une” dans la ferme familiale qu’il rencontre une première fois Pierre Desgraupes. En 1965, Marcel Trillat “monte” à Paris pour une réunion politique et retrouve Desgraupes un peu par hasard qui lui fait part de son souhait de former des jeunes journalistes de télévision. Marcel Trillat saisit la perche et s’embarque dans cette aventure télévisuelle unique en son genre qui donnera ses lettres de noblesse à la télévision publique.

Il aurait pu être enseignant, il devient journaliste et s’intéresse naturellement au monde du travail, à ces “prolos”, ces héros des temps modernes. En 1967, Trillat sait qu’à Saint-Nazaire, les ouvriers des chantiers navals, après de longs mois de lutte préparent joyeusement la manif victorieuse du 1er mai. Il propose un reportage sur ce premier mai à l’équipe de 5 colonnes. Pas très convaincue mais il faut bien traiter du 1er mai qui revient, tel un marronnier, chaque année sur le tapis en conférence de rédaction. Marcel Trillat et Hubert Knapp s’installent à Saint-Nazaire et recueillent des témoignages à la fois poignants et drôles des ouvriers, refaisant jouer, ou mimer, certaines scènes aux protagonistes. Puis ils filment la manif, les femmes, au premier plan, chevilles ouvrières silencieuses et invisibles de ce mouvement qui défilent, en tête. Trillat se révèle grand interviewer: non seulement il sait accoucher la parole de ses interlocuteurs mais aussi capter et accorder autant d’importance aux silences, aux larmes de joie et de souffrance. Au-delà du bonheur de la victoire, il filme avec son compère le bonheur de la dignité et de la fierté retrouvés. De retour à Paris, le film, pas tout à fait mixé, est projeté en petit comité, en présence d’un représentant du ministre de l’Information Alain Peyrefitte qui s’écrie, à la fin de la projection: “C’est du mauvais cinéma!”. Ce à quoi Desgraupes lui rétorque: “Monsieur, vous êtes là pour dire si c’est de la bonne ou mauvaise politique. Faites votre métier, vous êtes payé pour ça. Quant à savoir si c’est du bon ou du mauvais cinéma, c’est à nous de le dire”. Malgré le soutien de Desgraupes, le film sera censuré et jamais diffusé à la télévision. Si le film “le 1er mai à Saint-Nazaire” existe aujourd’hui en dvd, c’est parce qu’au sortir de cette projection, Marcel avait quitté la rue Cognacq-Jay en “volant” les bobines, sachant pertinemment que s’il les laissait là, elle serait aussitôt détruites. Cette même année, il réalise avec Jacques Krier et Paul Seban  “Ce jour-là” sur la mobilisation des jeunes communistes contre la guerre du Vietnam.

 

L’Humanité au coeur

Un an après, mai 68 agit comme une déflagration. Les personnels de l’ORTF se mettent en grève. Le pouvoir gaulliste fera le ménage sans ménagement, virant plus d’une centaines de journalistes dont Marcel Trillat. Les années qui suivent témoignent de sa volonté farouche de poursuivre et défendre son métier de journaliste. Il réalise des films de commandes pour le service audiovisuel de la CGT (“la Cgt en mai 68”, “le Frein” et “Étranges étrangers”, mais aussi pour le Pcf. Il parvient à réaliser pour la télévision “l’Usine”, en 1970, par l’entremise de journalistes et producteurs amis restés dans la maison et même un “Expressions directes” avec Georges Marchais en 1975, dont la production était confiée aux partis politiques. En 1976, l’Humanité-Dimanche créée une nouvelle rubrique “Une Vie”, à laquelle il collabore avec Marcel Bluwal.

17 mars 1977… Dans une des salles de la mairie de Longwy, Marcel Trillat, clope au bec, aux côtés de son confrère Jacques Dupont, entourés de plusieurs dizaines de personnes, donne le coup d’envoie de la radio Lorraine cœur d’acier, LCA, qui émet clandestinement sur le bassin minier. Cette expérience marquera à jamais Marcel Trillat. Première radio libre, il ouvre l’antenne, permet à chacun, quelque soit son appartenance syndicale ou politique, à l’exception du Front national, de s’exprimer. Pas de censure. Il riait au souvenir du générique, quelques notes tremblotantes à la flûte à bec; des interventions des “débrouilleurs” pour empêcher les tentatives de brouillage de la police; des revues de presse hilarantes où les Unes des quotidiens nationaux étaient joyeusement dézinguées en direct. C’était une “radio de l’espoir”, disait-il. Gérard Noiriel alors jeune professeur, à Longwy, aura une émission. Le chanteur Renaud s’y arrêtera un soir après un concert et reversera l’intégralité de son cachet. Guy Bedos aussi s’invitera dans les locaux enfumés de Longwy. Le professeur Albert Jacquard viendra expliquer la génétique: “Partout dans la ville, depuis tous les postes de radio, on l’écoutait nous raconter la génétique, on entendait une mouche voler” se souvenait-il. C’est la direction de la Cgt qui mettra un terme à cette aventure unique: “ça fait partie des quelques bisbilles que j’ai eu avec la Cgt. Mais j’en ai aussi eu avec le parti” confiait-il. Il restera toujours à la Cgt, siègera au conseil d’administration de France-Télévision pour le SNJ-Cgt de 2001 à 2006. Il rendra sa carte du parti en 1987 mais restera pour la vie un “communiste de cœur”, un compagnon de route et de lutte aimé de tous les militants, qu’ils soient coco, gauchistes, libertaires… 

 

“Trois cents jours de colère” en 2002, “les Prolos” en 2003 et “Femmes précaires” sont ces derniers documentaires pour la télévision, produits par VLR (Vive la Révolution), la société de production de Jean Bigot. Marcel réalisera avec Maurice Failevic “l’Atlantide, une histoire du communisme” en 2011 puis, en 2013, “des Étrangers dans la ville” qui fait écho à l’un de ses tout premiers documentaires tourné en 1970, “Étranges étrangers”, comme une déclinaison du poème de Prévert…

Marcel Trillat était de tous les combats. Militant infatigable, il aimait la vie, rire, boire un coup de gorgeon au stand des Amis de l’Huma ou partager une omelette aux cèpes au stand du Gémeur à Uzeste. Il aimait la rédaction de l’Humanité, et la rédaction le lui rendait bien. S’il le pouvait, il se joignait à nous lors du traditionnel repas de la rédaction à la fête de l’Huma. Il avait toujours un mot d’encouragement ou de félicitation, affichant son soutien à notre journal dont il fut un des plus ardents défenseurs. Il était certes fatigué mais sa mort, soudaine, laisse un grand vide….

Marie-José Sirach

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Les autoroutes source de profits pour le privé ! Le transport ferroviaire sacrifié au bénéfice de la route ! Où est donc une politique qui se prétend écologique et sociale ?

Posté par jacques LAUPIES le 18 septembre 2020

 dans POLITIQUE

 
 

L’aberration de la privatisation des autoroutes enfin reconnue au Sénat

Vendredi 18 Septembre 2020

La commission d’enquête du Sénat a livré les conclusions de son rapport, vendredi, sur la gestion des autoroutes, dont les concessions ont été privatisées en 2006. Elle pointe les surprofits de Vinci et Eiffage, et un manque à gagner de 6,5 milliards d’euros pour l’État. L’erreur de cette privatisation semble désormais reconnue à droite comme à gauche. Comment dès lors en sortir ?

 

« Position de faiblesse de l’État dans les négociations », surrentabilité pour le privé et manque à gagner pour le public. Le rapport sénatorial de la « commission d’enquête sur le contrôle, la régulation et l’évolution des concessions autoroutières » dresse un bilan au vitriol de la gestion des autoroutes, dont les concessions ont été privatisées en 2006.

L’État aurait ainsi perdu environ 6,5 milliards d’euros de recettes potentielles depuis qu’il a ouvert le capital des sociétés d’autoroute au privé (une ouverture commencée en 2002 par l’intermédiaire de Lionel Jospin, puis achevée en 2006, sous Dominique de Villepin).

17,2 milliards de profits potentiels pour Vinci et Eiffage

Côté privé en revanche, l’opération s’avère juteuse. Si l’analyse «  tend à montrer que la rentabilité économique des concessions sur la période 2006-2019 se situe légèrement en deçà des attentes », dixit le rapport, Vinci et Eiffage, principaux acteurs du secteur, devraient en revanche atteindre leur rentabilité attendue dès 2023, soit dix ans avant la fin des concessions (entre 2032 et 2036). « Au-delà de 2022, les dividendes versés atteindraient environ 40 milliards d’euros, dont 32 milliards pour Vinci et Eiffage », explique Vincent Delahaye, sénateur UDI et rapporteur de la commission d’enquête. Le coût d’acquisition en 2006 étant de 14,8 milliards d’euros, l’affaire s’avère plus que profitable.

Le sénateur de l’Essonne est également revenu sur l’épisode des négociations « secrètes » de 2015, « un mauvais raisonnement qui a donné la sensation qu’il y avait quelque chose à cacher ». Ségolène Royal et Emmanuel Macron, ministres compétents à l’époque car titulaires des portefeuilles de l’Environnement et de l’Économie, avaient accepté, pour compenser le gel des tarifs autoroutiers en 2015 voulu par Ségolène Royal, que les hausses de tarifs prévues les 1er février de chaque année soient plus importantes entre 2019 et 2023. L’accord prévoit aussi un allongement des concessions au privé, en échange de travaux à réaliser.

La négociation avait eu lieu de manière opaque, selon le souhait des sociétés d’autoroute de préserver le secret des affaires. La commission d’enquête a aussi pu auditionner ceux qui ont négocié pour leurs ministères : la désormais ministre du Travail Élisabeth Borne, directrice de cabinet de Ségolène Royal en 2015 (c’est elle qui a mené toutes les négociations, l’ex-ministre ayant admis lors de son audition avoir signé sans y avoir participé), et le secrétaire général de l’Élysée Alexis Kohler, « dircab » de Macron à la même époque.

« Le statu quo n’est pas possible »

« Face à ces constats, le statu quo n’est pas possible, juge Vincent Delahaye. Il est impératif de mieux partager les profits des sociétés d’autoroute avec l’État et les usagers pour rééquilibrer les relations entre les concédants et les concessionnaires. » Avec un rachat des concessions par la puissance publique ? « La Commission n’a pas souhaité prendre position, même si mes collègues socialistes et communistes privilégient un retour à la gestion publique », balaie Vincent Delahaye. Le rapport plaide tout de même pour un « arrêt de la prolongation des durées de concessions », le temps de «  tout remettre à plat » lors d’un « sommet des autoroutes » qui réunirait les sociétés autoroutières, l’État, les parlementaires et l’Autorité de régulation des transports. « Tout le monde a intérêt à reprendre le dialogue et à faire des compromis raisonnables », veut croire le sénateur centriste.

Trop timoré pour le groupe CRCE, dont font partie les communistes. Ses sénateurs se sont abstenus de voter le rapport, jugeant « ses propositions insuffisantes ». « Tout le monde, y compris à droite, s’accorde à dire que c’était une erreur de les concéder en 2006, mais l’option de la renationalisation a été rejetée, au nom de la dette, regrette le sénateur PCF Eric Bocquet (voir ici son entretien). Cette solution serait trop chère, Bruno Le Maire évoque un coût entre 40 et 50 milliards d’euros, mais sans qu’on sache d’où sort ce chiffre. Cet argument est farfelu, c’est surtout une question de volonté politique. »

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Alain Mabanckou : « Le racisme n’est qu’un département de la lutte des classes »

Posté par jacques LAUPIES le 17 septembre 2020

Alain Mabanckou, un auteur en quête de ce qui pourrait nous réunir. © Bruno Levy/divergence-images

Alain Mabanckou, un auteur en quête de ce qui pourrait nous réunir. © Bruno Levy/divergence-images
 

Alain Mabanckou : « Le racisme n’est qu’un département de la lutte des classes »

Jeudi 17 Septembre 2020

ENTRETIEN. L’écrivain franco-congolais publie Rumeurs d’Amérique, un essai vagabond dans lequel il explore les États-Unis qu’il connaît, en sa qualité de professeur de littérature francophone, depuis de nombreuses années, à la prestigieuse université de Californie. Il y est question de la condition des Noirs, de son statut d’étranger de couleur, qui évolue dans un milieu d’intellectuels, et de beaucoup d’autres choses encore…

 

Alain Mabanckou, à la tête d’une œuvre considérable, où le roman côtoie l’essai et la poésie, est l’auteur, entre autres, de Verre cassé, Demain j’aurai 20 ans et  le Sanglot de l’homme noir. Titulaire de nombreuses récompenses littéraires (en 2006, le prix Renaudot pour Mémoires de porc-épic), il est professeur de littérature francophone à l’université de Californie. Il publie Rumeurs d’Amérique, aux éditions Plon.

Ce livre a l’allure d’un essai itinérant composé comme un journal de bord…

ALAIN MABANCKOU Je retiens la formule de « journal de bord ». Je voulais passer d’un sujet sérieux à un sujet léger, d’un sujet complexe à un autre, inextricable. Ce livre part de l’Amérique et s’y termine, avec des bifurcations en Europe (en France) et en Afrique, afin de cerner les contours de mon parcours tricontinental. J’ai voulu être libre d’embrasser l’actualité et de permettre au lecteur de choisir des angles : la discrimination raciale, la littérature, la cuisine, la peinture, le cinéma, l’histoire, les relations franco-américaines. Je prêche une stratégie de la transhumance. Je suis en quête de ce qui pourrait nous réunir plus que de ce qui nous divise.

Que vous a appris, sur la société américaine, le fait d’enseigner la littérature française dans une grande université ?

ALAIN MABANCKOU On a souvent l’image d’une société américaine fermée. Il y a l’autre versant : des gens ouverts au monde, en particulier les jeunes. L’enseignement de la littérature d’expression française là-bas est une victoire. Mes classes sont parmi les plus remplies du département. Les étudiants y étudient non seulement les cultures françaises, mais aussi les cultures africaines, par le biais de la colonisation et des indépendances. Cette société considère la littérature française comme une unité de mesure de la culture en général. Celui qui connaît cette culture se distingue, possède une ouverture. Pour eux, c’est Balzac, Hugo, mais le génie français – surtout en philosophie – est aussi incarné par Derrida et Foucault, qui ont enseigné là-bas. Aujourd’hui, ce sont, entre autres, Kristeva et Antoine Compagnon.

Quels types d’étudiants ? D’où viennent-ils dans l’ensemble ? Y a-t-il des Noirs ?

ALAIN MABANCKOU Mes étudiants représentent la photographie de la société américaine. La prédominance dans ces classes de littérature est du côté des Américains d’origine asiatique. Viennent ensuite les « Caucasiens », comme ils disent, soit les Blancs, certains issus d’universités d’Europe, comme la Sorbonne, pour peaufiner leurs études. Les Noirs sont minoritaires. Dans une classe de soixante étudiants, j’ai parfois trois ou quatre Noirs. L’université en Californie est chère. Le financement des études est coûteux. Les familles noires pauvres n’y ont pas accès. Il y a possibilité de demander des bourses.

Vous écrivez qu’en arrivant aux États-Unis, vous avez vu une ressemblance avec le Congo-Brazzaville. Pourquoi ?

ALAIN MABANCKOU C’était quand j’habitais à Santa Monica, ville au bord de la mer, avec une végétation splendide, des cocotiers… J’avais parfois l’impression de me trouver dans ma ville de Pointe-Noire. Santa Monica a reçu des colonisateurs. Les Espagnols y ont transité. Le nom de Santa Monica vient d’un personnage historique berbère. Il y a donc une certaine filiation africaine du Nord qui y passe.

Icon Quote Dans le milieu universitaire, le racisme est subtil, enveloppé dans un langage bien fait. Il existe, mais il joue sur l’intelligence, et il faut bien gratter pour réaliser que c’est du racisme. »

Avez-vous éprouvé à votre endroit, sous quelque forme que ce soit, des relents de racisme, latent ou manifeste ?

ALAIN MABANCKOU Je ne réponds pas aux racistes, ça les rendrait intelligents et, cette intelligence, ils l’utiliseraient à mauvais escient. Une des rares fois où j’ai eu une expérience de ce type, c’était à la faculté de Dauphine, à Paris. Je venais d’obtenir mon diplôme. Mon professeur, avec qui le courant n’était jamais passé, m’a demandé quand je comptais retourner « chez moi » alors que j’avais la nationalité française ! Il s’agissait d’une forme de racisme à peine voilée, sous l’apparent souci d’une aide à l’Afrique. On peut aider l’Afrique partout où l’on se trouve.

Aux États-Unis, je suis considéré comme étant au moins, sinon un peu, au-dessus de la classe moyenne, car je suis professeur à l’université. Les racistes et les non-racistes vénèrent l’université de Californie. Les gens que je croise ont une culture intellectuelle du monde, qu’il s’agisse de professeurs ou d’étudiants. Je n’évolue pas forcément dans un milieu qui me donnerait des signes de racisme trop visibles. Dans ce milieu, le racisme est subtil, enveloppé dans un langage bien fait. Il existe, mais il joue sur l’intelligence, et il faut bien gratter pour réaliser que c’est du racisme.

Dans vos rapports avec les Noirs d’Amérique, que pensez-vous du regard qu’ils peuvent porter sur vous ?

ALAIN MABANCKOU Avec eux, ce sont d’abord, des rapports de fraternité et de solidarité, celle-ci fondée sur les injustices subies parce que nous étions noirs. Partant de là, dans chaque maison, il y a toujours des problèmes internes. Il m’est arrivé de tomber sur des Noirs américains me reprochant, en tant qu’Africain, d’avoir pactisé avec les Blancs pour vendre leurs ancêtres devenus des esclaves. Il s’agit d’un courant qui cherche à faire porter une partie de la responsabilité de la traite négrière sur les Noirs. C’est aberrant. S’il y eut des complicités, elles ne constituaient pas des éléments majeurs ayant lourdement pesé sur les conséquences d’un système de traite, dessiné par l’Occident, profitant de l’industrialisation et de la traversée des océans pour déplacer tout un peuple. Je ne vois pas un continent comploter contre tout son peuple pour le déporter et laisser des terres vierges. Les complicités étaient à voir du côté de l’avidité de certains chefs guerriers. Initiatives individuelles et non stratégies collectives. Toute tragédie a sa part d’ombre et de complicité.

L’allure vagabonde du récit fait tout le sel du livre.

ALAIN MABANCKOU C’est un livre de promenade. Impression d’écrire en marchant, ou en fixant des images sur l’objectif. Cela couvre la Californie, mais s’y trouvent aussi des accents de l’est du continent puisque j’ai également habité à Ann Arbor, dans le Michigan. C’est un voyage intérieur d’est en ouest dans l’Amérique. De Detroit, la plus grande ville du Michigan, par exemple, j’évoque le fait qu’elle a été bâtie par le comte de Cadillac, qui était français. On y a dressé une statue que les Américains n’ont pas déboulonnée ! L’espace géographique, aux États-Unis, n’est pas monotone. On passe des plaines au désert ou aux collines. Je voulais cet éclectisme avec, comme fil conducteur, un narrateur en train de brosser le portrait de son Amérique.

Icon Quote Mon Amérique n’est pas celle de Trump. Il se réfugie dans le confort de la fiction et nie la réalité. Les États-Unis se désagrègent tandis qu’il stagne dans sa bulle. Il envoie les troupes de l’État fédéral pour attaquer les États démocrates. On est quasi dans une situation de guerre civile. »

Les États-Unis traversent une crise terrible, liée à la figure ubuesque du président, à la pandémie et à un conflit interracial délibérément entretenu. Que pensez-vous de cet état de fait ?

ALAIN MABANCKOU Avec cette présidence pour le moins décousue, sans oublier les conséquences des affrontements au sujet de la race et les sujets économiques, la pandémie, tout montre qu’il y a un problème de leadership. L’Amérique, ce n’est pas celle dressée par Trump. La mienne est celle qu’ont laissée ses présidents précédents depuis Jimmy Carter et même, dans une certaine mesure, le républicain Ronald Reagan. Il a eu ses tares, mais du moins avait-il une responsabilité de chef d’État. Je ne m’appesantis pas sur Trump. Mon Amérique n’est pas la sienne. Il se réfugie dans le confort de la fiction et nie la réalité. Les États-Unis se désagrègent tandis qu’il stagne dans sa bulle. Les rues sont bondées de clochards. Des émeutes tous les jours. Il envoie les troupes de l’État fédéral pour attaquer les États démocrates. On est quasi dans une situation de guerre civile.

 

Comment définissez-vous le mouvement Black Lives Matter ?

ALAIN MABANCKOU Les mouvements des années 1960 avaient des têtes d’affiche que le peuple suivait : Malcom X, Martin Luther King, Mohamed Ali, Angela Davis, James Baldwin… Il n’y a plus de grandes figures. La rue devient le personnage principal. C’est né du désespoir des quartiers les plus pauvres qui crient : « Trop, c’est trop ! On vous avait donné des signes. Nos prophètes sont passés, et vous n’avez rien fait, alors la rue se lève. » Quand la rue se lève, les gens célèbres doivent s’écarter pour laisser la voix du peuple s’exprimer. Il n’y a plus un leader sur lequel on peut tirer pour intimider la foule, alors on tire sur la foule à l’aveugle. J’appartiens à la section des Black Lives Matter de Los Angeles et je vais à leurs réunions.

Icon Quote Le capitaliste détient les moyens de production, le prolétaire doit offrir sa force de travail. Aux États-Unis, la classe blanche est dominante. Elle détient moyens de production, médias, pouvoir, destin du pays. »

Vous parlez d’un problème de classe doublant en profondeur celui de race. Ce point de vue est-il perceptible dans le mouvement Black Lives Matter ?

ALAIN MABANCKOU Ce n’est pas perceptible. On insiste sur le problème de la race. J’ai toujours pensé que le racisme est un département de la lutte des classes. C’est l’instrument qu’une classe utilise pour en exclure une autre. La race ne précède pas la classe. La classe, on naît dedans. Certains étudient les moyens d’empêcher les autres d’entrer dans la leur. Ces moyens sont économiques, sociaux. C’est l’appropriation des moyens de production, comme le dit la philosophie marxiste-léniniste. Le capitaliste détient les moyens de production, le prolétaire doit offrir sa force de travail. Aux États-Unis, la classe blanche est dominante. Elle détient moyens de production, médias, pouvoir, destin du pays.

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