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SAHEL. LES QUATRE LEÇONS D’UN COUP D’ÉTAT QUI NE RÈGLE RIEN (L’Humanité de ce jeudi)

Posté par jacques LAUPIES le 19 août 2020

 

Bamako, le 18 août. Des manifestations anti-françaises se multipliaient depuis plusieurs mois dans les rues de la capitale. Rey Byhre/Reuters

Bamako, le 18 août. Des manifestations anti-françaises se multipliaient depuis plusieurs mois dans les rues de la capitale. Rey Byhre/Reuters
Jeudi, 20 Août, 2020

SAHEL. LES QUATRE LEÇONS D’UN COUP D’ÉTAT QUI NE RÈGLE RIEN

Après le putsch militaire ayant chassé du pouvoir le président élu Ibrahim Boubacar Keïta, le Mali se retrouve plus isolé que jamais. Et toujours sous occupation militaire française.

 

1. pourquoi le gouvernement malien était sur la sellette

À rebours du précédent coup d’État militaire de 2012 réalisé par le capitaine Sanogo, lequel avait stupéfié la population malienne comme les pays voisins, celui survenu mardi s’est déroulé dans un calme relatif, certes encore troublé le soir même par des détonations d’armes lourdes à proximité du palais présidentiel. Officiellement, aucun mort n’était cependant à déplorer, et des scènes de liesse populaire ont accompagné les convois des putschistes qui ont renversé le gouvernement démocratiquement élu d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). Ces derniers, qui ont annoncé la mise en place d’un Comité national pour le salut du peuple (CNSP) et l’organisation rapide d’élections libres et transparentes pour revenir à une forme de normalité constitutionnelle, ont certes accompli l’objectif de la coalition d’opposition hétéroclite du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques du Mali (M5-RFP), à savoir la chute du gouvernement et/ou du président.

Depuis les élections législatives organisées au printemps dernier, et dont les résultats étaient âprement contestés, le gouvernement malien faisait face à une fronde politique sans précédent, exacerbée par la crise sociale et sanitaire provoquée par l’épidémie de Covid-19, sur fond de guerre avec les groupes djihadistes et d’un mécontentement profond de l’armée malienne. « Nous avons décidé de prendre nos responsabilités devant le peuple et devant l’histoire. Notre pays, le Mali, sombre de jour en jour dans le chaos, l’anarchie et l’insécurité par la faute des hommes chargés de sa destinée », a accusé le colonel major Ismaël Wagué, chef d’état-major adjoint de l’armée de l’air et propulsé porte-parole des mutins.

2. Les raisons de la discrétion française

L’armée comme la diplomatie française, pourtant principale force d’occupation du Mali où elle pilote l’opération « Barkhane », censée lutter contre les groupes djihadistes présents dans le Sahel, ont jusqu’à présent été d’une rare discrétion. À titre d’exemple, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a patiemment attendu la réaction états-unienne et surtout celle de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), pour condamner à son tour « avec la plus grande fermeté cet événement grave » et réaffirmer « son plein attachement à la souveraineté et à la démocratie malienne ». Parfaitement au fait de la situation politique, militaire et sociale à Bamako, Paris disposait paradoxalement d’une marge de manœuvre relativement faible. Depuis plusieurs mois, des manifestations anti-françaises, attisées par une classe politique locale largement discréditée, réclamaient dans la rue le départ des soldats de l’opération « Barkhane », accusés d’être incapables de régler la situation sécuritaire, d’occuper militairement le pays, voire d’être complices avec les nombreux groupes armés qui précipitent chaque jour un peu plus le Sahel dans le chaos.

3. L’insuffisante soumission d’IBK et du Mali

Mais ces dernières semaines, c’est bien vers le président malien et son gouvernement, accusés de corruption, voire de népotisme – IBK étant soupçonné de préparer son fils Karim pour lui succéder – que se concentrait la colère des manifestants. Des marches parfois réprimées dans la violence, et dont les rangs étaient principalement grossis par les partisans de l’imam salafiste Mahmoud Dicko, ex-allié d’IBK passé dans l’opposition, qui jure sans convaincre ne nourrir aucune ambition politique. Considéré comme trop faible par Paris, Ibrahim Boubacar Keïta n’a donc bénéficié que du soutien minimal de l’ex-puissance coloniale, laquelle jugeait son « allié » insuffisamment malléable, voire désobéissant. À la suite de la participation d’IBK au sommet Russie-Afrique organisé par Vladimir Poutine à Sotchi au mois d’octobre 2019, pourtant aux côtés de la plupart des dirigeants africains alignés ou non sur l’agenda français – des responsables politiques maliens avaient été convoqués à l’ambassade de France à Bamako, les diplomates tricolores hurlant à la traîtrise…

4. Un putsch qui révèle la fébrilité des pays voisins

En attendant un éclaircissement des revendications comme des ambitions des putschistes de Bamako, l’étau se resserre sur un pays grand comme deux fois la France où des régions entières échappent à l’autorité du gouvernement. L’Union européenne comme l’Union africaine ont condamné le coup d’État, exigé la « libération immédiate » du président IBK et de ses ministres, tandis que la Cédéao annonçait la « fermeture des frontières aériennes ainsi que l’arrêt de tous les flux et transactions économiques, commerciales et financières entre les pays membres et le Mali ». Une pression aisément compréhensible, et qu’il s’agit d’interpréter à l’aune des tensions politiques qui agitent plusieurs États de la zone (Guinée, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Niger), eux-mêmes confrontés à une forte contestation interne et à des échéances électorales à hauts risques. En particulier à Abidjan, où le président Alassane Ouattara, installé militairement au pouvoir par la France, fait face à de violentes manifestations lui déniant le droit de se présenter, le 31 octobre prochain, à un troisième mandat.

Marc de Miramon

UNE CRISE QUI DURE DEPUIS LES ÉLECTIONS DE MARS

Depuis les législatives de mars-avril, le Mali traverse une profonde crise politique. Le 26 mars, le chef de l’opposition Soumaïla Cissé est enlevé en pleine campagne ; le 29, malgré l’apparition du Covid-19, le premier tour de l’élection est maintenu. Le second a lieu le 19 avril. Le vote est marqué par de multiples irrégularités. Le 30 mai, l’imam Mahmoud Dicko, des partis d’opposition et un mouvement de la société civile nouent une alliance réclamant la démission du président. Le chef de l’État reconduit à la mi-juin le premier ministre Boubou Cissé, puis ouvre la porte à un gouvernement d’union nationale. Le 10 juillet, une manifestation est durement réprimée (on déplore 23 morts et plus de 150 blessés selon l’opposition). Le 29 juillet, un projet d’« union sacrée » soutenu par la Cédéao capote. Le 12 août, des milliers de manifestants réclament à Bamako la démission du président.

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