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Qui doit payer les dégâts du corona virus

Posté par jacques LAUPIES le 8 avril 2020

 

 

Éric Bocquet, sénateur PCF du Nord (Photo : Julien Jaulin/Hans Lucas)

Éric Bocquet, sénateur PCF du Nord (Photo : Julien Jaulin/Hans Lucas)
Mardi, 7 Avril, 2020

ISF, ÉVASION FISCALE… QUELLES MESURES FISCALES FACE À LA CRISE ÉCONOMIQUE QUI S’ANNONCE ? TRIBUNES

 

DEMANDONS DES COMPTES

Par Éric Bocquet, sénateur PCF du Nord

L’ampleur exceptionnelle de la crise que nous traversons va nécessairement demander des réponses financières exceptionnelles. Cette crise met clairement en évidence les conséquences néfastes pour notre système de santé des décisions libérales prises depuis trop d’années maintenant par les gouvernements successifs. La règle d’or du cadre budgétaire européen a volé en éclats, pas plus de 3 % de déficit annuel, pas plus de 60 % de montant de dette par rapport au PIB, tout cela avec un seul objectif au cœur de cette construction européenne : réduire la dépense publique et laisser toute la place au marché.

Nous avons eu droit, ces dernières semaines, à des déclarations absolument incroyables de la part de nos gouvernants, d’abord le président de la République, le 16 mars, qui nous dit : « Notre santé gratuite n’est pas un coût ou des charges mais un bien précieux. » Quelques jours plus tard, c’est Bruno Le Maire qui appelle les grandes entreprises à la plus grande modération en matière de distribution des dividendes. Le nouveau monde aurait-il perdu sa boussole libérale ? Tout le monde semble redécouvrir la nécessité d’un État et de services publics comme celui de la santé. Ils comprennent tout à coup (en apparence, bien sûr) l’utilité du « pognon de dingue » que Monsieur Macron fustigeait en juin 2018.

Le clou de la semaine fut cet appel du ministre de l’Action et des Comptes publics en direction de généreux donateurs éventuels à manifester leur solidarité financière, on croit rêver ! Fort heureusement, notre pays dispose des moyens techniques de collecter les sommes nécessaires au combat d’aujourd’hui et à celui de demain. Le gouvernement peut et doit dans l’urgence réunir le Parlement (dans les conditions sanitaires adaptées, bien évidemment) afin d’examiner un nouveau projet de loi de finances rectificatif où seraient inscrites les mesures d’urgence suivantes : rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune pour les patrimoines supérieurs à 800 000 euros, rétablissement de la taxation des dividendes au-delà des 30 % que vous aviez fixés il y a deux ans, instaurer une taxation exceptionnelle des dividendes des groupes du CAC 40, dividendes en hausse de 12 % par rapport à 2018, créer une contribution exceptionnelle des grands patrons du CAC 40 qui gagnent en moyenne 5,8 millions d’euros par an, décider la création d’un taux de TVA à 30 % sur les produits de luxe (dont le commerce se porte au mieux), créer des tranches d’impôt à 50 % pour les revenus supérieurs à 100 000 euros par an.

Il faudrait enfin engager une véritable lutte contre l’évasion fiscale, qui coûte entre 60 et 80 milliards d’euros par an à la République. Les parlementaires communistes et leurs amis sont prêts à soutenir sans réserve de telles mesures d’urgence.

 

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Vincent Drezet, ancien secrétaire général de Solidaires Finances publiques (Photo : Guillaume Clément)

QUI PAIERA « LA GUERRE » ?

Par Vincent Drezet, ancien secrétaire général de Solidaires Finances publiques

Emmanuel Macron l’a déclaré : nous sommes « en guerre » contre un ennemi invisible qui provoque une crise dont il faudra « tirer toutes les conséquences » en prenant « coûte que coûte » des « mesures de rupture ». Mais quelles mesures ? C’est un débat d’avenir majeur qui s’ouvre.

L’histoire a montré que des décisions exceptionnelles ont été prises dans des situations dramatiques avec, par exemple, la création de l’impôt sur le revenu en France en 1914 ou le New Deal aux États-Unis, qui ont vu croître sensiblement la progressivité du système fiscal. Or la loi de finances rectificative ne prévoit rien de tel. Alors, qui paiera l’effort de guerre ?

Au plan international, une rupture impose de mettre fin à la concurrence fiscale et sociale. Sous le prétexte d’attirer ou de retenir les richesses sur un territoire, elle a consisté à baisser les impôts des agents économiques les plus aisés, puis à en reporter le manque à gagner ; par la hausse de certains impôts sur l’immense majorité des ménages et des PME et la baisse des moyens de l’action publique, dont la santé. On en mesure partout le résultat. Cette stratégie n’est plus tenable.

Pour éviter une nouvelle vague d’austérité budgétaire, agir différemment s’impose… Au plan national, des mesures d’urgence constituant le premier acte d’une refonte fiscale méritent d’être mises en œuvre. Il est ainsi possible de créer une contribution sur le patrimoine du 1 % des Français qui détiennent 16 % des quelque 11 000 milliards d’euros (le patrimoine global net des ménages). Même en exonérant le véritable outil de travail et la résidence principale jusqu’à un certain montant, elle dégagerait plus de 5 milliards d’euros. Il faut aussi supprimer le prélèvement forfaitaire unique pour imposer tous les revenus financiers à l’impôt sur le revenu progressif, ce qui dissuaderait la distribution excessive de dividendes et rapporterait 2 à 3 milliards d’euros. Au-delà, il faut également créer une taxe sur les activités numériques et engager une réforme profonde de l’impôt sur les sociétés pour imposer réellement la richesse là où elle est créée. Bien entendu, partout, un renforcement résolu de la lutte contre l’évasion fiscale reste plus que jamais un enjeu majeur.

Ces mesures sont vitales pour financer une action publique affaiblie car victime de drastiques choix budgétaires, mais qui sera très sollicitée, aujourd’hui et demain. Elles contribueraient aussi à renforcer le consentement à l’impôt et constitueraient des premières « décisions de rupture », appelant d’autres choix faisant de la justice fiscale le pilier de la justice sociale et climatique. Car celle-ci reste à construire en France, en Europe et au-delà.

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Pour qu’une vraie mondialisation soit efficace dans le domaine sanitaire il faudrait qu’elle ne soit pas dominée économiquement par « les » capitalismes ! Mais il est d’autres fléaux à combattre, la guerre en est un, la vraie, celle qui tue stupidement des millions d’êtres humains ! Il y a des étapes à franchir certes mais une gouvernance mondiale à l’abri des impérialismes économiques seule pourra en finir avec ces deux fléaux et leur essence : l’exploitation du travail avec les inégalités de développement qui l’accompagnent. Le reste n’est que littérature…

Posté par jacques LAUPIES le 7 avril 2020

 

 

Pour Bertrand Badie, une crise d'une telle ampleur était «parfaitement imaginable». (Photo : Patrice Normand/Leextra/Leemage)

Pour Bertrand Badie, une crise d’une telle ampleur était «parfaitement imaginable». (Photo : Patrice Normand/Leextra/Leemage)
Lundi, 6 Avril, 2020

« CONTRE LE VIRUS, IL FAUT DÉCLOISONNER LE MONDE POUR MENER SOLIDAIREMENT CE COMBAT  » L’APPEL DE BERTRAND BADIE, SPÉCIALISTE DES RELATIONS INTERNATIONALES

Entretien. Professeur des universités à Sciences-Po Paris, spécialiste des relations internationales, Bertrand Badie revient sur les conséquences géopolitiques de la pandémie de coronavirus. Et rappelle qu’il importe de ne plus ignorer ce qu’est véritablement la mondialisation.

 

Quel regard portez-vous sur cette pandémie ?

Bertrand Badie. Cette crise apparaît comme une grande découverte, autant pour l’opinion publique que pour les dirigeants politiques, économiques ou sociaux. On a le sentiment que tout le monde a été pris par surprise. La première erreur vient de là. Une crise sanitaire de cette ampleur était parfaitement imaginable et les dimensions que la mondialisation pouvait conférer à un tel désastre parfaitement lisibles. Dès 1994, le Pnud (Programme des Nations unies pour le développement – NDLR) avait alerté sur le risque de crise sanitaire mondiale. Cette surprise est liée au fait qu’on continue à ignorer ce qu’est véritablement la mondialisation. On n’a pas su déterminer à quel point cette incroyable accélération des contacts, des communications et des échanges était dans le même temps une mise en commun de tous les défis que chaque individu chez soi peut rencontrer. Faute de gérer la mondialisation, on est resté exclusivement rivé à la lecture économique et à la généralisation du marché sans remarquer le phénomène social. Depuis plus de trente ans, on n’a pas réfléchi à un traitement social, à un encadrement capable de nous protéger face à ces catastrophes. On peut citer au moins trois phénomènes : le risque sanitaire, l’insécurité environnementale et l’insécurité alimentaire. Toutes les trois sont issues de la mondialisation. Aujourd’hui, on se rend compte qu’ils sont au centre même de l’évolution de l’humanité et des risques qui pèsent sur elle.

Faut-il se préparer à d’autres crises planétaires ?

Bertrand Badie. Les questions sanitaires ont été ignorées durant des décennies, alors qu’on savait le risque incroyable de ces épidémies. Jusqu’à présent, elles touchaient presque exclusivement les pays du Sud. Les 200 millions d’impaludés dans le monde ou l’épidémie Ebola qui a frappé le golfe de Guinée et la République démocratique du Congo ne dérangeaient personne. Désormais, on s’aperçoit que pays en développement ou pays développé, tout le monde est confronté au même défi. D’autres catastrophes suivront et il faut espérer que l’expérience douloureuse de cette crise réveille enfin les responsables politiques. Les politiques sanitaires nationales avaient été abandonnées au nom de l’ultralibéralisme régnant. Il faudra construire une gouvernance sanitaire mondiale.

La crise actuelle favorise-t-elle la poursuite de la bataille géopolitique ?

Bertrand Badie. Son principal effet est de balayer les vieux schémas géopolitiques. Il n’y a, face à des problèmes si graves, qu’une manière de réagir, elle doit être globale et transnationale. Ressortir les vieilles querelles politiques ou se dissimuler derrière les paravents souverainistes et nationalistes est absurde. Le virus n’a ni passeport, ni nationalité, ni besoin de visa pour progresser. Au contraire, il faut décloisonner le monde pour mener solidairement ce combat.

Pourquoi la mise en place d’une coopération mondiale n’apparaît-elle pas ?

Bertrand Badie Il faut distinguer plusieurs aspects. D’abord, face à une crise de cette ampleur, il faut agir dans l’urgence. Et les réactions nationales sont davantage prêtes que les réactions mondiales. Elles sont moins efficaces mais plus faciles à être appliquées sur le très court terme. Deuxième élément, on voit bien comment les ressorts multilatéralistes sont grippés. Au niveau européen, il n’y a pas aucune coordination. Les prolongements économiques et sociaux de cette crise ne sont pas du tout pris en compte de manière solidaire par l’Union européenne. Les « corona bonds » (des obligations pour lever de l’argent – NDLR) illustrent la faillite de l’Europe d’aujourd’hui. Sur le plan global, ce n’est, hélas, guère mieux. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) est reléguée dans un rôle tout à fait secondaire, condamnée à lire le soir de vagues communiqués généraux. Elle se retrouve incapable de faire son travail d’harmonisation des politiques sanitaires et de définition des normes communes pour pouvoir lutter globalement et efficacement contre ce virus.

Sur le moyen terme, vous apparaissez confiant sur un multilatéralisme qui prendrait le dessus. Par quel biais ?

Bertrand Badie. Il faut d’abord énumérer tous les secteurs où nous sommes en situation de faiblesse. Premier secteur, nous manquons d’informations. Si les États mettaient en commun leurs connaissances en matière sanitaire comme à travers le comptage des victimes du coronavirus, les choses iraient beaucoup mieux. Deuxième niveau : harmoniser les politiques sanitaires. Les initiatives doivent être prises de manière coordonnée entre pays voisins. Il n’est pas normal que la Belgique fasse le choix du confinement et que les Pays-Bas le refusent totalement. Troisième élément, c’est la question de l’assistance. Dans les zones les plus faibles, il faut que la communauté internationale, par le biais de l’OMS, ait des moyens d’intervenir à la place des États. Quatrième besoin essentiel : édicter des normes communes. Cette crise devrait nous en faire découvrir l’urgente nécessité. Il reste à convaincre les États avec l’argument utilitaire. Il existe une conjonction assez étonnante entre cette crise et ceux qui étaient dans la rue en 2019, de Santiago du Chili à Alger ou Paris. Nous entendons aujourd’hui les mêmes revendications : une demande très forte du retour du social et le procès d’une vision trop individualiste de la mondialisation. Il y a une volonté de construire l’acte II de la mondialisation. C’est irréversible.

Entretien réalisé par Vadim Kamenka
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Il aurait fallu y penser avant : l’Humanité publie les différentes déclarations gouvernementales et quelques autres qui le démontrent…

Posté par jacques LAUPIES le 6 avril 2020

 

 

https://www.humanite.fr/story/le_gouvernement_face_au_coronavirus_la_verite_des_dates/index.html#timeline

 

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Vaccins : des affaires à suivre !

Posté par jacques LAUPIES le 5 avril 2020

 

Photo AFP

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Jeudi, 2 Avril, 2020

COURSE AU VACCIN, L’URGENCE D’UNE COOPÉRATION MONDIALE

Depuis le mois de janvier, une quarantaine de laboratoires dans le monde sont engagés dans la recherche d’un vaccin contre le Sars-CoV2. Mais cette course contre la montre est plombée par une redoutable concurrence entre pays. Derrière, des questions de gros sous, d’influence et de souveraineté.

 

Laboratoires de recherche publique, start-up dédiées aux biotechnologies ou multinationales de l’industrie pharmaceutique, ils se sont lancés dans la course dès le 7 janvier, lorsqu’une équipe de Shanghai a publié la séquence génétique complète du Sars-CoV2, le coronavirus à l’origine de la pandémie mondiale en cours. Objectif, travailler à la mise au point d’un vaccin. Devant cette maladie émergente qui a désormais poussé la moitié de l’humanité au confinement faute d’outils adaptés pour contenir la contagion, l’enjeu économique est colossal. Le marché mondial des vaccins est lucratif. Il a connu, dans la dernière décennie, une nette envolée : il représentait 26 milliards de dollars en 2011, puis 32,3 milliards de dollars en 2014 ; il devrait franchir la barre des 80 milliards de dollars à l’horizon 2025. À lui seul, le vaccin contre la grippe brassait en 2018 près de 4 milliards de dollars et devrait dépasser les 6 milliards en 2026.

 

La demande monte et les profits grimpent, dopés par les innovations : vaccins thérapeutiques, vaccins combinés, vaccin antigrippal universel en cours de développement, qui susciterait l’immunité contre toutes les souches du virus de la grippe, etc. Quant aux recherches portant sur des vaccins protégeant des infections graves, chroniques, sur un traitement lourd et difficile comme le VIH, elles laissent encore entrevoir de nouvelles opportunités économiques.

Des préparations complexes à produire

Pourtant, les vaccins ne représentent que 2 % du gigantesque marché mondial du médicament, qui dépassait en 2018 les 1 046 milliards de dollars de chiffre d’affaires (environ 928 milliards d’euros), en croissance de 5 % par rapport à l’année précédente (1). Ils sont complexes à produire et impliquent des coûts de recherche-développement d’autant plus lourds que c’est ici la concurrence qui prime, plutôt que la coopération, même si leur mise au point donne ponctuellement lieu à des « partenariats ». Pour le coronavirus, le coût du développement d’un vaccin pourrait approcher les 2 milliards d’euros… Le retour sur investissement, lui, est plus modeste qu’avec un médicament classique, puisqu’une à deux injections sont nécessaires, seulement, pour déclencher l’immunité.

 

Pourquoi, alors, se lancer dans la course ? Pour les jeunes sociétés de biotechnologies, qui revendent le plus souvent les licences aux géants du secteur, le bénéfice symbolique se conjugue, pour beaucoup d’entre elles, à des enjeux de capitalisation boursière : plus de 820 entreprises de biotechnologies sont aujourd’hui cotées dans le monde, pour une capitalisation globale dépassant 1 000 milliards de dollars. L’affichage du succès que représente la mise au point d’un nouveau vaccin est aussi, pour les majors de l’industrie pharmaceutique, affaire d’image, de notoriété et de prestige scientifique, avec des retombées escomptées sur l’ensemble de leurs gammes de produits et des perspectives de renégociation, avec les pouvoirs publics, des prix régulés de certains médicaments.

Un défi industriel inouÏ

« Trente à quarante laboratoires aux statuts très divers sont actuellement dans la course, poussés par la renommée mondiale que leur assurerait un succès. Pour l’instant, les géants de l’industrie pharmaceutique observent, les laissent se battre, financent un peu et, lorsqu’un vaccin crédible apparaîtra, ils négocieront des contrats de licence, avec des royalties à l’échelle mondiale. La demande est forte, il faudra inonder la planète de plusieurs milliards de doses ; ce sera un défi industriel inouï, qu’il sera difficile de relever en se passant des majors », observe Claude Le Pen, économiste de la santé, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine.

Brevets et licences pourraient-ils, dès lors, entraver la production à grande échelle et l’accès des populations les moins solvables au vaccin ? En fait, l’acuité de la crise sanitaire globale pourrait accélérer des tendances déjà latentes, jusqu’à faire voler en éclats les règles en vigueur en matière de propriété intellectuelle. Un précédent pourrait ici faire jurisprudence : en 2001, les trusts de l’industrie pharmaceutique avaient finalement renoncé, devant le scandale mondial suscité par leur démarche, à poursuivre le gouvernement sud-africain, coupable à leurs yeux d’avoir autorisé les entreprises locales à produire des traitements génériques contre le sida, ou à les importer sans passer par les brevets des multinationales. L’année précédente, le VIH avait emporté 2,4 millions d’Africains et, cinq ans plus tôt, Pretoria avait invoqué, pour déroger aux accords de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les droits de propriété intellectuelle relatifs au commerce, une clause d’exception prévue par ces mêmes accords en cas d’urgence sanitaire. Les États pourraient, demain, mobiliser les mêmes arguments pour contourner les obstacles posés par le brevetage d’un futur vaccin.

La recherche du prestige

Du séquençage génétique du virus jusqu’aux premiers essais cliniques et à la fabrication du produit, les protocoles sont complexes, lourds : la mise au point d’un vaccin efficace et sûr requiert 12 à 24 mois. Le temps de la recherche n’est pas celui du récit médiatique, ni celui des promesses politiques comme celles de Donald Trump, qui jure qu’un vaccin sera disponible « dans 2 ou 3 mois ». Mais, dans un monde multipolaire aux équilibres mouvants, la course au vaccin contre le Sars-CoV2 est une course contre la montre qui implique, entre soft power et guerre économique, des enjeux géostratégiques nouveaux, dans un contexte de crise structurelle de la mondialisation capitaliste.

 

Berceau de la pandémie, la Chine, qui met en scène son aide à des pays européens dépassés par la crise sanitaire, tient, pour l’heure, une longueur d’avance. Dès le 20 mars, Pékin annonçait le lancement d’un premier essai clinique : 108 volontaires âgés de 18 à 60 ans, tous originaires de Wuhan où est apparu le Covid-19 en novembre 2019, ont reçu les premières injections ; ils seront suivis pendant 6 mois. Étape saluée avec des accents nationalistes assumés par l’éditorial du « Global Times » : « Le développement d’un vaccin est une bataille que la Chine ne peut se permettre de perdre ! » La Russie, elle, se flatte d’être entrée dans une phase de tests sur des animaux, avec des premiers résultats attendus en juin et, en France, l’équipe du laboratoire d’innovation vaccinale de l’Institut Pasteur travaille d’arrache-pied depuis plusieurs semaines. La concurrence, dans cette affaire, n’est pas seulement un frein à la recherche et un fardeau économique ; elle peut prendre un tour rocambolesque, jusqu’à provoquer des crises diplomatiques d’un genre nouveau. Le 16 mars dernier, le gouvernement allemand accusait publiquement Donald Trump d’avoir voulu faire main basse sur un laboratoire allemand travaillant sur le développement d’un vaccin contre le Sars-CoV2 en vue d’en obtenir « l’exclusivité » pour les États-Unis. « Les chercheurs allemands jouent un rôle de premier plan dans le développement de médicaments et vaccins, et nous ne pouvons permettre que d’autres cherchent à se procurer l’exclusivité de leurs résultats ! » s’emportait le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas. Dans la foulée, le laboratoire en question, CureVac, implanté à Tübingen (dans le Bade-Wurtemberg), démentait l’existence de tractations financières avec l’hôte de la Maison-Blanche, tandis que le ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer, confirmait au contraire les dires de son collègue. L’affaire fut aussitôt mise à l’ordre du jour du comité de crise du gouvernement chargé de piloter la lutte contre l’épidémie de coronavirus, et on apprit dans la presse allemande que Donald Trump avait tenté d’appâter à coups de millions de dollars des scientifiques allemands, leur faisant miroiter des investissements dans l’entreprise à condition que le futur vaccin soit réservé « uniquement aux États-Unis ».

Sans confirmer l’offre d’achat, CureVac avoua finalement dans un communiqué que son PDG avait été personnellement invité, le 3 mars, par le président américain à la Maison-Blanche pour discuter du « développement rapide d’un vaccin contre le coronavirus ». Une semaine plus tard, le laboratoire annonçait, sans plus d’explications, le départ de ce même PDG et le ministre allemand de l’Économie, Peter Altmaier, se félicitait de la « décision formidable » de CureVac de refuser les avances de Washington. Berlin promet désormais d’opposer son veto à tout projet d’investissement dans des entreprises nationales jugées stratégiques. Élan patriotique ? En coulisses, Bruxelles faisait en fait monter les enchères. À l’issue d’une rencontre avec les dirigeants de CureVac, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, louait leur « technologie prometteuse pour développer un vaccin » et mettait sur la table un soutien financier de 80 millions d’euros…

Bientôt dépendants de la Chine ?

« L’accès à une couverture vaccinale sûre est un enjeu de souveraineté, remarque Claude Le Pen. Pour l’instant, la France et l’Europe sont exportatrices de vaccins. Mais, imaginons que la Chine, qui affiche la volonté d’investir dans ce secteur et dispose de toutes les compétences requises pour cela, développe la première un vaccin contre le coronavirus. Cela nous placerait dans une situation de dépendance : Pékin pourrait le réserver, d’abord, à la population chinoise, et renvoyer à plus tard les exportations. » Vaccins, médicaments, tests, masques apparaissent dans cette crise, au-delà du soin, comme des biens stratégiques. Un fragment d’ARN, et c’est toute l’architecture de la globalisation capitaliste qui est mise en question.

(1) Avec de très fortes disparités, puisque les États-Unis représentaient à eux seuls 47,5 % de la consommation de médicaments, loin devant l’Europe (23,2 %), l’Asie/Pacifique (22,5 %), l’Amérique latine (4,4 %), le Moyen-Orient (1,9 %), l’Afrique (0,5 %).

Rosa Moussaoui
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Et c’est Préfet ça !

Posté par jacques LAUPIES le 4 avril 2020

 

Le préfet de police de Paris Didier Lallement. AFP

Le préfet de police de Paris Didier Lallement. AFP
Vendredi, 3 Avril, 2020

APRÈS L’INSULTE AUX MORTS, AUX MALADES ET AUX SOIGNANTS, LA DÉMISSION DU PRÉFET LALLEMENT EST UNE ÉVIDENCE

Le préfet de police Didier Lallement a établi le vendredi 3 avril « une corrélation » entre les malades en réanimation et ceux qui n’ont pas respecté le confinement. Un raccourci provocateur et indigne qui a suscité une levée de boucliers chez les soignants et bien au-delà. D’autant que l’homme, nommé il y a un an à Paris après avoir géré de manière très répressive le mouvement des Gilets jaunes à Bordeaux, n’en est pas à ses premiers propos scandaleux…

 

Ce n’est pas son premier fait d’armes mais celui-ci a provoqué un véritable tollé. Ce vendredi 3 avril, lors d’une interview sur BFMTV, le préfet de police de Paris Didier Lallement a déclaré : « Ceux qui sont aujourd’hui hospitalisés, ceux qui sont en réanimation, désormais aujourd’hui, ce sont ceux qui au début du confinement ne l’ont pas respecté. C’est très simple. Il y a une corrélation très simple. »

Dans la foulée, responsables politiques mais aussi soignants n’ont pas manqué de réagir. « Je n’ai pas de mot, c’est proprement scandaleux. Insulter, traiter ceux qui sont en danger de mort de délinquants, c’est un véritable scandale. Il faudra dire à M. Le préfet qu’il y a des soignants en réanimation. Après de tels propos, il ne peut que démissionner », a notamment réagi le Pr Frédéric Adnet du Samu de Seine-Saint-Denis. « C’est inadmissible de dire des choses pareilles ne reposant sur aucun élément scientifique ou épidémiologique et stigmatisant pour des gens qui souffrent et sont victimes d’une maladie grave », ajoute Jean-Daniel Lelièvre, épidémiologiste à l’Institut Mondor de recherche biomédicale.

Après la répression du mouvement social…

Déjà remontée contre la répression du mouvement social exercée par le préfet Lallement, la gauche est aussi montée au créneau. « Pour lui, ceux qui sont malades ou qui sont morts l’ont bien cherché ! Écœurant. L’état d’urgence sanitaire ne doit pas avoir ce visage insultant. Les gens doivent être respectés ! », a lancé Jean-Luc Mélenchon tandis qu’une autre insoumise, Clémentine Autain, estimait qu’il « a bien cherché l’exigence de sa démission ». Même tonalité du côté des communistes : « Quelle honte ! Quel mépris pour toutes celles et ceux qui risquent leur vie au travail et attrapent le Covid19 ! Il était déjà responsable de la gestion désastreuse des manifs à Paris. Il fait encore une fois preuve d’inhumanité. Il doit démissionner ! », a tancé Fabien Roussel le secrétaire national du PCF. « Son rôle n’est pas d’attribuer des bons points. Ces propos sont absolument scandaleux, il y a aujourd’hui un policier qui est mort en Seine-et-Marne du coronavirus. C’est à ceux qui sont obligés d’aller travailler tous les jours, qui ne peuvent pas se confiner, qu’il faut penser », a abondé Olivier Faure, le premier secrétaire du PS.

Les propos du préfet ont fait réagir jusque dans les rangs de la majorité. « L’autorité n’est pas la brutalité et le maintien de l’ordre n’est pas le jugement moral de nos concitoyens. En plus de méthodes très contestables et contestées, le préfet Lallement sort régulièrement de son devoir de réserve. Combien de temps encore ? », a notamment tweeté le député LaREM, Aurélien Taché.

Contenir l’incendie

Dans l’après-midi, sur demande du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, la préfecture a tenté de contenir l’incendie par un communiqué : « Didier Lallement regrette les propos qu’il a tenus ce matin lors d’une opération de contrôle des mesures de confinement et tient à les rectifier ». Et de poursuivre : « Son intention n’était pas d’établir un lien direct entre le non-respect des consignes sanitaires et la présence de malades en réanimation ». À écouter et réécouter son intervention, c’est pourtant bien ce qu’on entend.

« Ce propos du préfet de police est inexact. Ce qui est vrai, c’est que le bon respect du confinement est un enjeu sanitaire majeur », temporise l’entourage de Castaner. Ça ne suffira sans doute pas à convaincre…

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