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PHILIPPE MARTINEZ : « DU MÉPRIS À L’ENCONTRE DE LA DÉMOCRATIE SOCIALE »

Posté par jacques LAUPIES le 27 janvier 2020

 

PHILIPPE MARTINEZ : « DU MÉPRIS À L’ENCONTRE DE LA DÉMOCRATIE SOCIALE » dans POLITIQUE trans

Philippe Martinez	: «	Le débat parlementaire ne signifie pas que nous sommes passés à une autre phase. Le mouvement social est bien là.	» Julien Jaulin/Hans Lucas

Philippe Martinez : « Le débat parlementaire ne signifie pas que nous sommes passés à une autre phase. Le mouvement social est bien là. » Julien Jaulin/Hans Lucas

 

Lundi, 27 Janvier, 2020

Retraites.  Nouvelle journée d’action interprofessionnelle mercredi, conférence sur le financement jeudi, arrivée du projet de loi à l’Assemblée vendredi. Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, fait le point sur les mobilisations, pour l’Humanité, à l’orée d’une semaine charnière.

 

Quelle est votre appréciation des manifestations de vendredi ?

Philippe Martinez Contrairement à ce qu’essaie de faire croire le gouvernement, la mobilisation est bel et bien présente. Non, l’histoire des retraites n’est pas terminée. Après autant de semaines de grèves reconductibles, les taux de grévistes à la SNCF et à la RATP ont été importants. J’ai vu beaucoup de jeunes dans la manifestation parisienne, venant de lycées et de facs. Et la mobilisation ne se cantonne pas aux cortèges. De multiples initiatives sont prises, très créatives, comme les retraites au flambeau jeudi soir dernier, les concerts et spectacles gratuits de l’Opéra de Paris, les jets de robes des avocats, de livres scolaires des enseignants… C’est ça, l’originalité de cette mobilisation historique : un mouvement social de cette ampleur, c’est festif ! On ne pourra pas nous reprocher d’être des dinosaures !

Côté face, les procédures disciplinaires s’accumulent à l’encontre des grévistes.

Philippe Martinez Ça, c’est une spécificité du vieux monde ! Quand on n’arrive pas à convaincre avec des arguments, ce qui est le cas aujourd’hui, on sort la matraque dans la rue et le bâton dans les entreprises. Après la publication du rapport du Défenseur des droits mettant en lumière les difficultés d’être syndiqué et d’exercer des responsabilités de représentant syndical dans les entreprises, le gouvernement avait expliqué qu’il allait agir contre cette situation anormale. C’était il y a six mois. Aujourd’hui, il s’en occupe, mais d’une autre façon. C’est pour cela que je parle de mépris. Mais plus le gouvernement vitupère contre les grévistes, plus il tente d’opposer les citoyens entre eux, et plus la détermination est tenace en faveur du retrait total de cette réforme. Quand on apprend une nouvelle fois par la presse qu’une réunion qualifiée d’importante par le gouvernement est organisée jeudi (la conférence sur le financement du régime des retraites – NDLR), c’est bien du mépris à l’encontre de la démocratie sociale. Quand la députée LaREM désignée rapporteuse du projet de loi va consacrer dix minutes, je dis bien dix minutes, à chaque organisation syndicale pour donner son avis sur un projet dont on discute depuis deux ans, sans résultat apparent de ces discussions, c’est aussi du mépris.

Quels sont les contacts récents que vous avez eus aussi bien avec la majorité qu’avec le gouvernement ?

Philippe Martinez Un seul. J’ai croisé la ministre du Travail dans une réunion mardi dernier au cours de laquelle elle m’a expliqué qu’on verrait les questions de pénibilité plus tard. Depuis, nous avons bien reçu une invitation pour la conférence sur le financement, mais nous ne savons toujours pas qui se trouvera autour de la table ni comment la conférence va se dérouler. Voilà quelques semaines que nous sommes traités de cette façon. J’allais dire deux ans et demi. Quant aux députés de la majorité, on a toujours été disponibles pour discuter avec eux. Mais eux ne veulent pas. Il y a trois mois, j’ai eu un contact avec un député LaREM qui m’a proposé de venir présenter notre vision de la réforme. J’attends encore l’invitation.

Que vous inspire l’avis très critique du Conseil d’État sur le projet de loi ?

Philippe Martinez J’ai accueilli l’avis du Conseil d’État sans surprise. Cela fait des mois que l’on dit que le gouvernement s’apprête à faire passer une réforme floue, non fondée et seulement argumentée par le besoin de faire des économies. Le Conseil d’État confirme donc qu’il est demandé aux députés de signer un chèque en blanc. Mais il est encore temps pour le gouvernement de retirer son projet de loi et de discuter sur un projet plus juste et plus solidaire.

Arrive ensuite la conférence sur le financement. De quelle marge de manœuvre disposez-vous alors qu’Édouard Philippe a expliqué qu’il ne tiendrait pas compte de la représentativité des syndicats ?

Philippe Martinez La majorité fait toujours référence au respect de la loi, au respect des décisions prises par la majorité. Elle a une tout autre lecture concernant la représentativité syndicale. Il faut être cohérent. Aujourd’hui, une majorité de syndicats représentant une majorité de salariés veut discuter des questions de retraite, non pas sur la base de ce projet de loi. Mais quand la représentativité syndicale, pourtant inscrite dans la loi, ne va pas dans leur sens, ils en font fi. On a rarement vu autant de mépris. Les positions des syndicats sont claires, celle de l’opinion publique qui rejette majoritairement ce texte est claire. La contestation est claire. Et elle ne date pas du 5 décembre. Il y a un an, les cheminots étaient en lutte. La mobilisation dans les hôpitaux publics et la santé dure depuis un an. Il y a eu les gilets jaunes. Les manifestations contre les ordonnances Macron… Le gouvernement continue de gouverner tout seul.

Le gouvernement n’a-t-il pas la légitimité du suffrage universel ?

Philippe Martinez Si l’élection présidentielle s’était jouée sur la question des retraites, ça se saurait. Si le candidat Macron nous avait dit à ce moment-là qu’il faudrait travailler plus longtemps, ça se saurait. Cette loi « simple et juste », personne n’y comprend rien. En revanche, tout le monde a bien compris une chose : ils veulent nous faire travailler plus longtemps, au moins jusqu’à 65 ans. La publication des projets de loi et de son étude d’impact le confirme.

Le projet de loi arrive maintenant devant l’Assemblée nationale. Comment appréhendez-vous le débat parlementaire ?

Philippe Martinez Ça va être une grande première dans la Ve République : on va demander à des députés de se déterminer sur un texte dont la moitié des choses importantes est renvoyée à plus tard. La gestion des cas des salariés à cheval sur les deux systèmes est renvoyée aux ordonnances. On parle là de dizaines de milliers de personnes. Même chose sur la pénibilité, l’emploi des seniors. Pour les financements, on renvoie à une conférence où l’on n’aura pas le droit de parler de tout, si j’ai bien compris. Là encore, la démocratie en prend un coup.

Le débat parlementaire est-il joué d’avance ?

Philippe Martinez On a besoin de relais politiques, qu’une opposition politique formalise le fait que nous sommes face à des projets de société totalement différents. Construisons un autre projet plus solidaire que l’individualisme que nous propose Emmanuel Macron. Mais le débat parlementaire ne signifie pas que nous sommes passés à une autre phase. Le mouvement social est bien là et une nouvelle journée d’action est prévue mercredi.

L’opinion publique demeure favorable à la mobilisation contre le système par points. Pourquoi les revendications et alternatives de la CGT ne parviennent-elles pas à convaincre plus largement ?

Philippe Martinez La notion de débat démocratique est difficile à faire vivre en France, y compris dans les médias. On nous cantonne au rôle de contestataires, en masquant toutes nos propositions. Il faut donc avoir un contact direct avec les salariés. Ce que nous faisons et que nous devons poursuivre. Quand on explique aux travailleurs qu’une augmentation des salaires et l’égalité salariale réelle entre femmes et hommes, c’est aussi bon pour les retraites parce que cela fait des cotisations supplémentaires, tout le monde comprend. Tout le monde comprend aussi qu’assurer les financements du régime implique de remettre en cause les exonérations de cotisations patronales, de maintenir un même taux de cotisation y compris sur les hauts salaires. Idem sur la question de l’emploi des seniors, qui pose le problème des plans de départs volontaires ou des ruptures conventionnelles collectives dont usent les grandes entreprises pour se débarrasser des plus de 55 ans. Notre grande différence avec le gouvernement, c’est que nos arguments, tout le monde les ­comprend.

Entretien réalisé par Stéphane Guérard

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

 

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