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Gilets jaunes, rouges et autres, sans convergence des luttes vous n’aurez que des miettes et l’adversaire de classe – Macron et ceux que la grande bourgeoisie manipule, à manipulé, ceux qu’elle fait roi un temps, continueront la pression pour que la part qui vous revient dans la richesse produite, diminue. Ils vivent de cette violence d’accapareurs ! Et cela fait souffrir, tue plus qu’on ne le dit.

Posté par jacques LAUPIES le 15 novembre 2019

 

 

Au tout début fut l’exposition de gilets jaunes par les automobilistes dans leur voiture. Le mouvement fait boule de neige, les Champs-Élysées en sont un rendez-vous phare chaque samedi. Emmanuel Macron se voit contraint de prendre la parole	: dans une allocution télévisée, il feint d’apporter des réponses aux gilets jaunes. Les maigres annonces qu’il fait sont vécues comme un affront et ne font qu’attiser les revendications.<br /><br />

Au tout début fut l’exposition de gilets jaunes par les automobilistes dans leur voiture. Le mouvement fait boule de neige, les Champs-Élysées en sont un rendez-vous phare chaque samedi. Emmanuel Macron se voit contraint de prendre la parole : dans une allocution télévisée, il feint d’apporter des réponses aux gilets jaunes. Les maigres annonces qu’il fait sont vécues comme un affront et ne font qu’attiser les revendications.

COMMENT LES GILETS JAUNES ONT DONNÉ DE LA VISIBILITÉ À TOUS

Vendredi, 15 Novembre, 2019

Ils ont permis la révélation au grand jour des fractures du pays : accès à l’emploi, mobilité, déclassement de certains territoires, crise des services publics… S’ils ont marqué des points en un an, d’autres revendications sont restées lettre morte.

 

Des gilets fluo pour donner une ultravisibilité à ce qui restait largement caché à une élite dirigeante : le coup de génie du symbole, que l’on a vu repris à l’étranger, va longtemps demeurer dans les esprits pour qualifier un mouvement social qui souffle sa première bougie, et que l’on aurait tort d’enterrer.

Comme il y a des conflits de basse intensité, il y a une colère sociale qui demeure dans le pays, sourde ou s’exprimant par étincelles… Comment pourrait-il en être autrement, quand les politiques publiques ont été insuffisantes à amortir les effets de la crise, singulièrement depuis 2008 ? Le décompte est saisissant. En 1980, le pays disposait de 784 maternités, contre 416 en 2017 (- 47 %), a chiffré la chaîne Public Sénat. Dans le même intervalle, 35 % des centres d’impôt, 28 % des gares de chemin de fer ont disparu. Les seuls secteurs qui progressent, ce sont… Pôle emploi, d’abord : 1 535 communes y ont une agence, contre 434 en 1980. Le nombre de maisons de retraite a aussi augmenté de plus de 95 %, mais il a fallu attendre 2016 pour une « loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement ».

Pas étonnant, alors, que les ronds-points aient rassemblé « au moins pour un temps, des membres du bas des classes moyennes, des fractions consolidées des classes populaires et des personnes en difficultés économiques », relève le chercheur Laurent Jeanpierre (1). Il faut en effet revenir à l’étincelle initiale, revenir à pourquoi ce fut par le prisme du carburant que le mouvement a cristallisé. La hausse voulue par le gouvernement, au nom de la transition écologique, a révélé un décalage entre l’ambition politique d’un moins de voitures, et la nécessité de mobilité pour toute une frange de la population. Les ronds-points occupés ont agi comme autant de révélateurs des conditions de vie d’une France décrite comme moyenne, mais qui vit en réalité depuis longtemps le sentiment d’un déclassement, voire d’être victime de « prolophobie ». Le mépris de classe régulièrement exprimé par le président de la République l’alimentant.

La question sociale s’est ainsi réinstallée au cœur du débat public à un moment où Emmanuel Macron pensait avoir « fait le job », avec les ordonnances et les réformes du début de mandat. Ce que le peuple des ronds-points lui a rappelé, c’est que le compte n’y était pas. Les revendications ne furent pas d’abord une hausse des salaires, portée par la gauche, mais ont visé le poids croissant des dépenses contraintes : se loger, se chauffer, aller travailler. Emmanuel Macron a tenté de faire diversion, dans sa lettre aux Français qui lançait le grand débat, avec une saugrenue question sur l’immigration, quand c’est celle du pouvoir d’achat que posaient d’abord les manifestants. Il n’a pas renoncé, laissant se développer la récurrence du débat autour du voile.

Depuis la rentrée de septembre, les fronts se multiplient

Un peu vite vu comme le mouvement du diesel, les gilets jaunes en réalité ne montrent pas d’hostilité à une transition écologique, mais ils veulent qu’elle combine justice sociale et justice environnementale. Surtout, comme le souligne Laurent Jeanpierre, « en quelques mois, le mouvement a obtenu plus que les mobilisations syndicales ou citoyennes des dix dernières années, et plus que la plupart des politiques ou commentateurs auraient jugé possible dans la conjoncture présente, toujours marquée par les politiques d‘austérité ».

L’exigence démocratique, à grand renfort de pancartes ou de chasubles affublées des trois lettres du RIC (référendum d’initiative citoyenne), ne tarde pas non plus à s’exprimer. C’est aussi une crise de confiance à l’égard des institutions politiques qui se donne à voir et à entendre sur les ronds-points. Un volet qui reste en suspens après des élections européennes marquées par un taux d’abstention (49,88 %) qui témoigne de l’absence de débouchés dans les urnes à ce mouvement populaire et à ses aspirations.

Pourtant, le rond-point, selon le chercheur, « a d’abord été un espace de rencontres et de partages, la découverte d’une possibilité disparue de la vie collective », et « participe d’un nouveau cycle contestataire où le niveau local de la politique joue un rôle prépondérant ». Et la violence ? Qu’exprimait-elle, sinon dénoncer une violence sociale niée ? Les premiers gilets jaunes en comparution immédiate, à l’automne 2018, ne sont pas des « black blocs », mais de jeunes révoltés qui, CAP en poche, ne s’en sortent pas. La réponse gouvernementale, elle, peut se traduire en chiffres, « 2 morts, 24 éborgnés, 5 mains arrachées, des centaines de blessés à la tête », pointe le journaliste David Dufresne.

Malgré la réplique autoritaire du pouvoir, les gilets jaunes ont aussi arraché des mesures (lire page 12) d’abord dites « d’urgence économique et sociale », fin 2018, comme la suspension puis l’abandon de l’augmentation des prix du carburant, l’annulation de la hausse de la CSG pour les retraités ou une prime exceptionnelle de fin d’année. Loin d’être satisfaisantes – la défiscalisation des heures supplémentaires, par exemple, prend dans la poche « Sécurité sociale » ce qu’elle met dans la poche « pouvoir d’achat » –, ces dispositions marquent tout de même un tournant : le gouvernement, qui avait tenu bon sur la réduction des APL ou la suppression des emplois aidés, plie un genou pour apaiser la colère. Elles seront suivies par la conclusion du grand débat. Au total, 17 milliards d’euros. Emmanuel Macron sauve cependant l’essentiel – pas de retour sur la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), pas d’augmentation du Smic, pas de RIC – et se met en scène dans un « acte 2 » du quinquennat vantant une « méthode nouvelle ».

Le « storytelling » est bien ficelé. Jeudi encore, alors que les hospitaliers sont dans la rue et que les gilets jaunes s’apprêtent à souffler leur première bougie, le chef de l’État a fait le déplacement à Épernay (Marne) pour assister au conseil municipal sous l’égide d’un maire divers droite, soutien de LaREM aux européennes. Une opération de com vouée à montrer la proximité du président avec les Français dont la crédibilité achoppe sur l’imposant dispositif de sécurité : dès 10 heures, le centre-ville était bouclé et tout rassemblement interdit par arrêté préfectoral sur 12 communes alentour.

Pompiers, hôpitaux, RATP, étudiants… depuis la rentrée de septembre, les fronts se multiplient et c’est un nouvel embrasement qu’il s’agit d’éviter pour le gouvernement à l’heure de la réforme des retraites. Avant les municipales en mars, la prochaine étape se jouera dans la rue avec la grève du 5 décembre.

(1) Laurent Jeanpierre, In girum. Les leçons politiques des ronds-points, La Découverte.
Julia Hamlaoui et Lionel Venturini

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Il faut en finir avec cette société de consommation anarchique ou le moteur du développement est dicté par le profit (souvent immédiat) sans prise en compte des vrais besoins humains et des équilibres naturels à respecter

Posté par jacques LAUPIES le 13 novembre 2019

 

Petit essai d’un profane pour une étape vers une autre société 

DSC_0171-heureux de défiler mais en colère

 

Selon moi voici ce qui est prioritaire dans la société française : généralisation d’un revenu pour chaque français, permettant de couvrir l’essentiel des besoins que sont le logement, la nourriture, les soins en cas de maladie ou d’accident,le transport, le chauffage, les moyens de communication, la formation, l’accès à la formation à la culture et aux loisirs. Il faut chiffrer cela et trouver les formes de rémunération adaptées et universalisées. Cela nécessite pour chaque individu, isolé ou en famille, de recevoir des ressources qui peuvent être de forme différente mais lui garantissent son autonomie, son indépendance, hors des critères relatifs aux revenus familiaux, pour les jeunes notamment et les personnes âgées.

En l’état on peut considérer qu’il est possible d’instituer un revenu comprenant une indemnité forfaitaire et des prestations sociales adaptées à chaque situation particulière, de manière à garantir à chacun la satisfaction des besoins prioritaires (aide à l’accès au logement à usage locatif notamment) Pour autant la recherche du plein emploi est nécessaire et ne peut reposer que sur une production planifiée faisant appel à un usage  planifiée des forces de travail qui implique la réduction de la durée du temps de travail.

Des besoins comme les transports collectifs (trajets pour le travail notamment) la santé, l’éducation, la formation doivent  être satisfaits gratuitement et il est plus que malsain de les satisfaire exclusivement sous forme monétaire.

Globalement on devrait pouvoir porter à hauteur d’un SMIC revalorisé la part monétaire nécessaire à couvrir les frais de nourriture, de logement, de communication, de transport individuel, d’assurances, de loisirs, culture et vacances, d’électricité, d’eau,  soit pour une personne seule au moins à 1500 / 1600 € nets.

Leur financement devrait être prélevé  à la  source par cotisation sociale ou par  impôts. La cotisation sociale ne peut-être conçue que par un prélèvement à la source en fonction d’un pourcentage sur le montant des salaires ou (et) des revenus. Les plafonnements ne me paraissent pas nécessaires. Les contributions patronales et salariale dit être définie. De ce point de vue la financement de la Sécurité Sociale est un modèle à généraliser.

L’impôt prélevé à la source doit être évidemment revu et permettre une meilleure répartition elle-même en fonction des revenus.

Point n’est besoin d’être grand clerc pour comprendre que ce système qui repose sur de très grandes solidarités suppose  une production planifiée prenant en compte les vrais besoins de la population et ouverte pour satisfaire les échanges commerciaux au national et à l’international. 

Donc l’implication à tous les niveaux (entreprises, collectivités locales et services de l’état) des différentes catégories de citoyens est indispensable. Y compris des non actifs : retraités, actifs privés d’emploi, étudiants,etc.) Si elles ne sont pas, dans l’immédiat, devenues propriété collective les richesses produites doivent être réparties en investissements productifs, en investissements sociaux comme indiqué précédemment sous contrôle des citoyens concernés (regroupés en organisations syndicales, associatives et mutualistes), des représentant des institutions étatiques.

L’état me parait plus utile dans un rôle de planification économique et financière. Ce qui suppose qu’il dispose  des ressources nécessaires pour, au delà des missions régaliennes (justice, police, armée, éducation, recherche, etc) et des participations dans les secteurs et entreprises publiques – fortement remise en cause par le libéralisme économique (énergie, transports,eau, infrastructures routières, ferroviaires et aériennes etc.) – contrôler des gestions et  les institutions bancaires, tout en disposant d’un pôle financier conséquent à hauteur des grands enjeux industriels et commerciaux !

 

 (à suivre)

 

Publié le 04/11/2019 par PCF    

La réforme chômage : Macron tape autant sur les chômeurs que sur les travailleurs

Des cadres aux employés, des jeunes aux vieux, des ouvriers aux profs précaires, la réforme chômage du gouvernement Macron attaque tout le monde du travail et de la création. Il tape autant sur les chômeurs que sur les travailleurs.

Il faut en finir avec cette société de consommation anarchique ou le moteur du développement  est dicté par le profit (souvent immédiat) sans prise en compte des vrais besoins humains et des équilibres naturels à respecter dans POLITIQUE

Pourtant, il protège le grand capital et déresponsabilise les grandes entreprises. La réforme privera en effet d’indemnités chômage des centaines de milliers de salariés en exigeant qu’ils travaillent plus longtemps et sur un laps de temps plus rapproché pour être indemnisés. Elle baissera également de 30% les allocations des salariés cadres un peu mieux payés que les autres, au bout de 7 mois. Le « rechargement » des droits passe de 1 mois à 6 mois !

En bref, elle va créer de la souffrance sociale, de la colère et ne rien arranger à la situation économique. Encore un coup contre le pouvoir d’achat. Ce n’est pas d’économies sur les maigres allocations des chômeurs dont nous avons besoin, mais d’emplois, de responsabilisation des entreprises, de pénalisation de la grande finance et d’appui aux sans emploi pour une vraie formation et une vie décente.

Le PCF exige un vrai bonus-malus clair et général sur les licenciements: il faut faire payer d’avantage les entreprises qui licencient. Au lieu de cela, le gouvernement crée une usine à gaz pour une taxation riquiqui de certains contrats précaires et dans quelques secteurs. Il y a une hémorragie productive. Il faut mobiliser les banques, à commencer par la BPI, pour une politique industrielle plaçant l’emploi, sa qualité et sa rémunération en son cœur.

A l’inverse, Macron divise la société et la fracture contre l’efficacité économique et contre la justice sociale. L’ennemi, ce n’est pas l’allocataire, le chômeur ou le travailleur. L’ennemi, c’est la finance prédatrice et égoïste. Il faut au contraire aller vers un système qui sécurise les personnes, soit dans leur emploi, soit avec un revenu maintenu pour une vraie formation au lieu de passer par la case chômage.

Il faut une sécurité d’emploi et de formation tout au long de la vie. Et pour cela responsabiliser les entreprises et les libérer de l’étau du capital dont les prélèvements pèsent sur elles : pompage de dividendes et d’intérêts versés aux banques.  C’est cela l’efficacité moderne. C’est ce qu’exige le véritable nouveau monde qui cherche à advenir, ancré sur les capacités créatives des travailleurs, femmes et hommes, répondant à la révolution informationnelle en cours et aux urgences écologiques.

Le PCF s’emploiera à combattre cette réforme, à appuyer les mobilisations en ce sens, syndicales, associatives, ou des gilets jaunes. Il le fait déjà dans les municipalités et collectivités qu’il dirige, ou à la gestion desquelles il participe, en mobilisant tous les leviers possibles pour appuyer le monde du travail. Le vote communiste aux élections municipales sera une voix pour refuser cette logique et la récuser.

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Fabien Roussel met les points sur les i

Posté par jacques LAUPIES le 12 novembre 2019

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ALLEMAGNE. LA THURINGE MALADE D’UNE RÉUNIFICATION QUI N’A PAS EU LIEU

Posté par jacques LAUPIES le 11 novembre 2019

 

Le 16 novembre 2017. Le quartier alternatif de Berlin est une galerie à ciel ouvert pour les amateurs de graffitis et de street art. Hugo Aymar/Haytham/Réa<br /><br />

Le 16 novembre 2017. Le quartier alternatif de Berlin est une galerie à ciel ouvert pour les amateurs de graffitis et de street art. Hugo Aymar/Haytham/Réa

 

Vendredi, 8 Novembre, 2019

L’intégration des territoires de l’ex-RDA à l’ex-Allemagne de l’Ouest se paye au prix fort. Salaires et pensions de seconde zone, désertification des territoires, négation des parcours de vie, des acquis des femmes nourrissent le sentiment d’un déclassement massif, terreau d’une extrême droite en hausse. Mais aussi des résistances pour une autre qualité de l’unité allemande. Voyage en Thuringe, un des Länder de l’Allemagne orientale.

 

Thuringe (Allemagne), envoyé spécial.

Les maisons à colombages, la cathédrale et un peu plus loin le pont des épiciers (Krämerbrücke), le centre historique d’Erfurt restauré flamboie comme le pourpre des feuillages de l’automne. Tout respire apparemment la tranquillité et la prospérité de ces « paysages florissants » qu’avait promises le chancelier Helmut Kohl à la population de l’ex-République démocratique allemande (RDA), il y a trente ans, juste après la chute du mur de Berlin. Et pourtant, ici il ne faut pas gratter bien longtemps les apparences. Le moindre échange avec des personnes du cru laisse percevoir immédiatement un immense malaise.

La réunification devait aller de soi. « Ce qui va ensemble va désormais croître ensemble. » Le slogan inventé à l’Ouest en 1989 à la suite du soulèvement des populations est-allemandes s’est usé. Il a subi le sort de cette langue de bois qu’affectionne toujours un certain discours officiel. Sans que plus personne n’y croit. « La disparité des salaires, des pensions, des niveaux de vie entre l’Est et l’Ouest, nourrit toujours le sentiment de ne pas vraiment appartenir à la même communauté », relève Dirk Adams. Étudiant à Erfurt, âgé de 21 ans au moment de la chute du mur, il fut pleinement partie prenante du mouvement citoyen est-allemand. Il adhéra au Bündnis 90 (fédération 90) qui regroupait le Nouveau Forum ou Démocratie maintenant, des mouvements qui tenaient alors le haut du pavé politique. L’organisation fusionnera par la suite avec les Verts. Adams, aujourd’hui chef de file de Bündnis 90/les Verts en Thuringe, voit dans l’introduction en une nuit du Deutsche Mark, en juillet 1990, un premier basculement essentiel vers les déséquilibres qui se sont perpétués jusqu’à aujourd’hui : « Les entreprises de l’Est ne pouvaient pas supporter d’être confrontées, du jour au lendemain, à la concurrence des grandes firmes de l’Ouest. La plupart ont dû rapidement mettre la clé sous la porte. »

Un processus d’annexion en bonne et due forme était lancé. Le patrimoine économique de l’ex-RDA fut regroupé au sein d’un organisme dit fiduciaire, la Treuhand. Très vite, privatisation ou liquidation en devinrent les seules priorités. Omniprésents à sa tête, sous couvert d’expertise, les grands groupes ouest-allemands ont pu s’accaparer les meilleurs morceaux de l’Est, tout en faisant le vide pour s’éviter l’apparition de la moindre concurrence. Ils ont pu étendre sans frais leur marché domestique à toute l’ex-RDA, ce qui les fera bénéficier d’un boom fantastique. En Thuringe, comme dans tous les nouveaux Länder de l’Est, l’opération va se solder par un processus massif de désindustrialisation.

«Ceux qui avaient une qualication monnayable à l’Ouest sont partis »

« Notre savoir-faire, nos cursus professionnels, nos personnalités, notre culture ont été niés brutalement ! » s’insurge Hannelore Knobloch, qui travaillait comme ingénieur dans un combinat textile de Gera, à 80 kilomètres à l’est d’Erfurt. Sexagénaire aujourd’hui, elle a été en butte, pendant trente ans, aux petits boulots, jusqu’à « ces jobs à un euro de l’heure, plus l’aide sociale » inventés au début des années 2000 par la réforme Hartz du marché du travail de l’ex-chancelier Schröder.

Hannelore se souvient : « Ceux qui avaient une qualification monnayable à l’Ouest sont tous partis, nous reléguant avec les plus vieux dans notre réserve de laissés-pour-compte. » La ville de Gera est passée de 124 000 habitants à 95 000 entre 1995 et 2019, selon l’enquête d’un institut économique de Cologne. Et le phénomène se poursuit : la population totale de Thuringe s’est encore contractée de 8 300 personnes entre 2018 et 2019, révèle la même source.

Le choix d’un « simple rattachement » à la République fédérale va affecter tous les aspects de la vie quotidienne. Une autre option existait, souligne Bodo Ramelow, le ministre-président Die Linke du Land (1). La constitution de l’Allemagne fédérale prévoyait « la convocation d’une assemblée constituante », ce qui aurait permis de prendre en compte les apports de l’Est, comme le réclamait, précise-t-il, « le mouvement citoyen porteur d’aspirations démocratiques » qui a renversé le régime autoritaire et paranoïde de l’ex-RDA.

Die Kohlonisierung (la Kohlonisation), selon le jeu de mots très prisé dans les années 1990 en Allemagne orientale, n’épargnera aucun domaine de la vie des habitants des « nouveaux Länder ». Rayé de la carte, cet acquis est-allemand donnant aux femmes les mêmes droits et salaires que leurs homologues masculins. Fermés, selon la même logique, des milliers de crèches et de jardins d’enfants. « On nous a présenté cette soumission à la tradition ouest-allemande de la femme dévouée d’abord aux enfants et aux tâches domestiques comme un pas vers la modernité », ironise Hannelore Knobloch à Gera. Elle qui fut vent debout contre cet héritage occidental imposé rit jaune du débat qui a fait aujourd’hui irruption « dans toute l’Allemagne sur l’inégalité des genres ».

Dans l’immobilier, une loi sur mesure privilégiant la restitution des biens aux familles ouest-allemandes qui pouvaient en afficher la preuve, en remontant parfois sur trois ou quatre générations, a conduit à l’expropriation de près de 2 millions de personnes. Le centre historique pimpant d’Erfurt est devenu ainsi une sorte de paradis pour logements Airbnb que possèdent « qui un dentiste de Munich, qui un rentier de Francfort, qui un patron de PME de Düsseldorf », explique Wolfgang Tiefensee, le patron du SPD local, qui fut lui aussi ingénieur « dans une autre vie », dans l’ex-RDA. « Difficile, reconnaît-il, de mieux aiguiser le sentiment des locaux d’être traités en citoyens de seconde zone. »

« Il faut faire front contre le danger nationaliste » et populiste

Le cocktail d’humiliations, d’expulsions et de déclassement constitue le meilleur allié de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD, extrême droite), qui joue les premiers rôles dans les Länder de l’Est et a réalisé, le 27 octobre, près de 24 % des voix en Thuringe. Son leader, Björn Höcke, s’emploie à livrer les migrants en boucs émissaires, à réhabiliter le nationalisme le plus radical « jusqu’à flirter avec une mouvance Thügida (la Thuringe contre l’islamisation de l’Occident), infestée de néonazis ». Pour plus d’efficacité populiste, l’AfD cherche à récupérer l’héritage des mobilisations populaires de l’automne 1989, inscrites dans la mémoire collective. Il se présente comme le parti de la « Wende 2.0 » (tournant 2.0), selon le terme le plus courant employé pour désigner la période inaugurée par la chute du mur. Avec en ligne de mire ces élites, aussi sourdes que celles de feu la RDA, aux aspirations de son peuple.

« Il faut faire front contre ce danger nationaliste ! » s’exclame Hannelore Knobloch. Elle qui a adhéré au PDS, devenu Die Linke, pour se battre contre l’injustice, les discriminations se félicite du succès de son parti, arrivé en tête le 27 octobre avec 31 % des suffrages (+ 3 points). Haut-parleur dès l’origine de l’aspiration des Ossis (Allemands de l’Est) à une autre, une vraie réunification, il est en première ligne contre le nationalisme, la xénophobie et les raccourcis populistes destinés à capter le ressentiment ambiant. Une œuvre de salut public en Allemagne et en Europe.

(1) Lire l’entretien dans notre édition du 24 octobre 2019.

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Un lueur d’espoir pour le Brésil…

Posté par jacques LAUPIES le 10 novembre 2019

 

 

Un lueur d'espoir pour le Brésil... dans POLITIQUE

AFP

LULA: « IL EST POSSIBLE DE GOUVERNER POUR LE PEUPLE »

Samedi, 9 Novembre, 2019

L’ancien président du Brésil s’est adressé à ses soutiens réunis au siège des métallurgistes, son syndicat, à São Paulo. Il a fustigé les politiques dévastatrices du gouvernement d‘extrême droite Jair Bolsonaro et s’est dit prêt à « reconstruire le pays ». « Je suis de retour », a-t-il assuré. 

 

Debout, combatif, parfois rieur, Luiz Inacio « Lula » da Silva était entre les siens, ce 9 novembre, au pied du syndicat des métallurgistes de Sao Bernardo do Campo, dans la ceinture industrielle de Sao Paulo. Devant l’ancien président du Brésil (2003-2010), une foule compacte, arborant des tee-shirts estampillés du visage du leader historique du Parti des travailleurs (PT), s’était massée dès les premières de la journée pour voir et entendre « leur » président, libre, après 580 jours d’arbitraire. Cette prise de parole, vingt-quatre seulement  après sa libération, depuis le siège de son syndicat était symbolique à biens des égards. « Vous n’imaginez pas la signification qu’à pour moi cette journée », a-t-il lancé. L’ancien métallo avait trouvé refuge dans ses locaux, le 7 avril 2018, avant de se rendre à la police. Place forte de la résistance à la dictature des militaires (1964-1985), il incarne désormais le serment du combat pour le retour à l’Etat de droit face à l’extrême droite au pouvoir.  » J’ai pris la décision de me rendre à la police – j’aurai pu me réfugier dans une ambassade ou dans un autre pays- parce que j’avais besoin de prouver que le juge Moro n’était pas un juge mais une canaille », a-t-il fustigé. La veille, le désormais ministre de la Justice du gouvernement de Jair Bolsonaro avait déjà pris cher. Les révélations du site internet The Intercept cet été ont mis en lumière ses manœuvres et celles des avocats du parquet, en démontrant que Lula a été condamné pour des raisons politiques et non juridiques. L’ancien métallo a purgé 19 mois des douze ans de prison qu’il avait écopé non pas pour corruption mais pour des « faits indéterminés », faute de preuves tangibles. « Tout cela ma défense l’avait écrit il y a  quatre ans », a-t-il rappelé. La suite est de notoriété publique : alors ses avocats avaient déposé des recours, il a été arrêté en seconde instance, au mépris de la présomption d’innocence qui prévaut dans la Constitution et du code pénal. 

« Je n’ai pas de haine », a maintes fois répété Lula lors de son discours interactif avec le public. Entouré des dirigeants du PT, des syndicalistes, des représentants du Parti socialisme et liberté, ainsi que du Parti communiste du Brésil qu’il a chaudement remercié, l’ancien président s’est livré à un réquisitoire contre les politiques dévastatrices du gouvernement de Jair Bolsonaro.  » Il a été élu pour gouverner pour le peuple et non pour les miliciens de Rio Janeiro », a-t-il accusé, en référence aux groupes paramilitaires qui extorquent et terrorisent la ville carioca où réside le chef de l’Etat. Il a fustigé le patrimoine du locataire du Palais du Planalto et ses « 17 maisons », alors que son ministre de l’Economie, Paulo Guedes, a instauré un gel du salaire minimum pour une durée de deux ans et procède désormais au grand bradage des fleurons économiques du pays dont Petrobras, la poste, ainsi que les banques d’importance… 

Le 8 avril, le jour de son élargissement, à peine après avoir franchi le seuil de la prison de Curitiba, il avait déclaré : « depuis que j’ai été emprisonné, le Brésil a empiré ». Le  leader historique de la gauche est revenu à la charge. A ses yeux, l’ultralibéral Paulo Guedes veut transformer le Brésil en un « Chili », celui-là même « où le peuple est dans la rue » car il conteste l’orthodoxie libérale, à l’origine de violentes inégalités. Il a d’ailleurs rappelé que « 200 familles ont plus d’argent que 6 millions de personnes mais ces gens ne vivent pas dans le pays ». Il a défié le richissime Jair Bolsonaro de vivre avec les salaires de misère qu’il préconise pour ses concitoyens. « Nous n’allons pas les laisser détruire » la nation, a juré Lula. « Je suis de retour », a-t-il assuré. « Ils n’ont pas emprisonné un homme, ils ont tenté de tuer une idée. Une idée ne se tue pas, une idée ne disparaît pas », a-t-il encore répété. Il y a un an et demi déjà, lors de son arrestation, puis derrière les barreaux, le leader historique du PT n’a eu de cesse de répéter que ce n’était pas un homme que l’on emprisonnait mais l’idée même d’un Brésil démocratique, progressiste. Après le putsch contre la présidente Dilma Rousseff en 2016, il était impératif pour nombre d’acteurs de la droite nationale et internationale d’écarter Lula de la scène politique car tous les sondages s’accordaient sur une nette victoire de la gauche, si Lula avait pu se présenter à l’élection présidentielle à l’automne 2018. 

« Je ne veux rien. Je veux construire ce pays avec la même joie » que lorsque le PT était au pouvoir, a-t-il précisé. Désormais libre, bien que toujours sous le coup d’une autre inculpation, Lula vient bouleverser l’échiquier politique. Il devient de fait la figure de proue de l’opposition à l’extrême droite. Sa popularité, sa stature politique seront de précieux atouts pour fédérer une gauche encore morcelée, ainsi que les différents mouvements sociaux. La tâche est immense, alors que la société brésilienne est plus polarisée que jamais. Lula a enjoint ses partisans à faire un effort supplémentaire pour mettre « davantage de gens dans les rues », conscient que sans un rapport de force plus conséquent, l’extrême droite aura les coudées franches jusqu’en 2022. 

 

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