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J’ai personnellement quand il l’a fallu (en 2012 et 2017) soutenu Mélenchon, d’autant qu’à part quelques voix égarées ici ou là, parfois à la base même de ses soutiens – le leader devenu chef de file de la FI – adoptait avec le talent qu’on lui connait un discours unificateur de « vraie gauche » se prêtant, comme sut le faire son mentor, un certain Mitterrand, à une rhétorique marxisante pour envelopper un électorat communiste. Sans pour autant idolâtrer le phénomène. Mais peut-on idolâtrer qui que ce soit, en encore plus un homme politique ? Surement pas ! Sauf à lui reconnaître un haut pourcentage de qualités et rendre donc à César ce qui revient à César. Mélenchon est dans une phase ou le pourcentage s’atténue…C’est son problème !

Posté par jacques LAUPIES le 7 juin 2019

 Le combat de classe cependant implique que l’on ne se trompe pas d’adversaire mais cela ne signifie pas que ses amis et alliés potentiels soient rappelés à ce que nous appellerons le bon sens. Mais le meilleur moyen pour cela est de tenir un discours de vérité permanent et de ne pas se livrer à des délégations de pouvoir excessives aux autres ! Comme dit le proverbe : « on n’est jamais si bien servi que par soi-même ». Chaque composante du peuple, chaque classe, chaque catégorie, doivent donc être elles-mêmes et s’assurer de l’authenticité de ses représentants… A tous les niveaux. Exercice difficile et parfois long qui demande beaucoup de vigilance et une disponibilité intellectuelle dont hélas sont souvent privés les plus humbles et les plus exploités…

La cure de silence de Jean-Luc Mélenchon depuis le mauvais résultat des élections européennes a laissé le champ libre aux critiques. Emma Prosdocimi/SIPA/<br /><br /><br /><br /><br />

La cure de silence de Jean-Luc Mélenchon depuis le mauvais résultat des élections européennes a laissé le champ libre aux critiques. Emma Prosdocimi/SIPA/
 

GAUCHE. ACCULÉE PAR SES QUERELLES INTERNES, LA FI EN QUÊTE D’UN NOUVEAU SOUFFLE

Vendredi, 7 Juin, 2019

Les six nouveaux eurodéputés insoumis se sont retrouvés hier à Bruxelles, alors que le mouvement peine à se remettre du résultat des européennes, empêtré dans ses désaccords, sur lesquels il n’a pas encore ouvert de débat.

Rien ne va plus chez les insoumis. Hier, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon devait reprendre la main avec l’installation à Bruxelles de ses six nouveaux eurodéputés, qui siégeront au sein de la GUE, seul groupe d’opposition à la « grande coalition » et à l’extrême droite. Mais ses querelles internes ont de nouveau gâché la fête. Dans un communiqué envoyé à la presse en fin de matinée, Thomas Guénolé, exclu de la liste aux européennes à la suite d’accusations de harcèlement sexuel, a annoncé poursuivre la France insoumise en justice « pour avoir bafoué les droits humains fondamentaux ». « Ce sera le procès de l’appareil central de la FI, qui derrière les grands discours, dans ses propres pratiques, n’hésite pas à piétiner les droits humains fondamentaux pour broyer et déshonorer un homme », affirme le politologue.

Une note interne critique le fonctionnement du mouvement

Au même moment, un article du Monde dévoilait l’existence d’une note interne, dont l’Humanité a également eu copie, dénonçant le fonctionnement du mouvement, qui ne comporte « aucune véritable instance de décision collective ». Intitulée « Repenser le fonctionnement de La France insoumise », ce document, signé par des figures de la FI comme Charlotte Girard, qui s’était déjà retirée de la campagne européenne, se présente comme une « contribution interne et positive ». Mais il s’agit plutôt d’un réquisitoire en règle contre l’organisation du mouvement, jugée « dangereuse pour l’avenir » et qui aurait sérieusement entamé la dynamique de campagne pour les européennes. Les signataires rappellent également les « tiraillements programmatiques » autour de la stratégie plan A/plan B, mais aussi sur le mot d’ordre du « référendum anti-Macron ». Et ils ne sont pas les seuls à cogner sur les errements stratégiques de la FI.

Après Clémentine Autain (voir notre entretien dans l’édition de mardi), Raquel Garrido n’a pas non plus choisi de mettre ses désaccords sous le tapis. « L’échec électoral interroge à juste titre, écrit-elle dans une tribune publiée par Marianne. Sur le fonctionnement du mouvement, bien sûr, qui souffre de l’absence de lieux de délibération collective décisionnelle. Sur la ligne politique, surtout. » L’ex-chroniqueuse télé regrette que son mouvement ait lâché sa ligne « populiste ». « Le dégagisme sait ce qu’il ne veut pas, mais il ne sait pas clairement ce qu’il veut. Il peut basculer dans un fascisme à la française, oui, consent Raquel Garrido. Il y a cependant une option lumineuse, fraternelle, ancrée dans la philosophie des Lumières, et dans le combat historique pour l’émancipation personnelle et collective. »

« Apprendre à faire sans Mélenchon candidat, c’est sans doute un des points de passage de la maturation de la France insoumise », affirme encore Raquel Garrido. Autrement formulé : après l’avoir personnifié à outrance, la France insoumise peut-elle survivre sans Jean-Luc Mélenchon ? Si celui-ci dément toute intention de retrait, sa cure de silence depuis le mauvais résultat des européennes a laissé le champ libre aux critiques. « Je ne cesse aucun combat, pas de rumeur, s’il vous plaît », a-t-il balayé d’un tweet mercredi après avoir annoncé « attendre que la poussière retombe » pour exprimer son appréciation du moment politique. « Je proposerai une suite pour notre chemin et je dirai ce qu’il en sera pour moi », s’est engagé le député de Marseille, qui pourrait passer le relais à l’un de ses proches pour la présidence du groupe parlementaire.

Deux ans plus tard, l’immense espoir s’est évanoui

Un remaniement à la tête de la France insoumise est d’ailleurs au programme d’une « Assemblée représentative » du mouvement le 23 juin. Celle-ci aura fort à faire pour redresser la barre et retrouver la dynamique qui avait porté Jean-Luc Mélenchon en 2017 : 7 millions de voix qui ont failli porter la gauche de transformation sociale au pouvoir. Deux ans plus tard, cet immense espoir s’est évanoui. Comme le mythe du « nouveau monde » et de ses mouvements, censés redonner de la sève à la vie politique, mais qui en ont reproduit les pires travers.

Maud Vergnol

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L’union populaire ne se fera pas d’en haut mais bien par des mouvements sociaux et luttes rassemblant le plus grand nombre. Les échéances électorales resteront un piège pour le peuple sans cela.

Posté par jacques LAUPIES le 5 juin 2019

Et même quand les luttes émergent les risques de récupérations et les manipulations sont là. Sans une force organisée et cohérente en étroite liaison avec les différents acteurs des actions engagées peu de chance de réussite. Mais cette force organisée ne peut être fondée, si ce n’est occasionnellement, de regroupements hétéroclites de sommet  et encore moins d’apprentis prophètes poussés par des foules aux objectifs disparates ! 
Clémentine Autain, le 5 février, à Paris, lors de la manifestation à l'appel des syndicats et des gilets jaunes. Alain Guilhot/Divergence<br /><br /><br />

Clémentine Autain, le 5 février, à Paris, lors de la manifestation à l’appel des syndicats et des gilets jaunes. Alain Guilhot/Divergence

GAUCHE. « INVENTONS DE NOUVELLES FAÇONS DE FAIRE CAUSE COMMUNE »

Mercredi, 5 Juin, 2019

Après la déroute des européennes, Clémentine Autain a pris l’initiative d’un appel (voir encadré) pour un « big bang » de la gauche. Stratégie de la FI, clivage gauche-droite, projet politique… la députée insoumise met tout sur la table.

Vous êtes à l’origine du texte collectif publié aujourd’hui dans les colonnes du Monde, qui appelle la gauche à un «  big bang ». Quel en est l’objectif et à qui s’adresse-t-il ?

CLÉMENTINE AUTAIN Les élections européennes doivent constituer un choc. Pour l’instant, ce n’est pas tout à fait le cas. Ce qui rassemble les signataires de l’appel, c’est l’idée qu’on ne peut pas se résigner au couple infernal néofascisme versus néolibéralisme. Les résultats des européennes sont alarmants de ce point de vue car on ne voit pas se dessiner une alternative sociale et écologiste qui pourrait damer le pion à ce scénario désastreux. Si nous avons pris cette initiative, notamment avec Elsa Faucillon, il appartient à toutes celles et ceux qui l’ont signé, dans leur diversité. Tout le monde n’y a pas mis les mêmes enjeux mais nous nourrissons une aspiration commune à construire et à bâtir des passerelles. Pour cela, il faut se parler, s’écouter, se respecter, créer des ponts entre différents secteurs. Car la solution ne réside pas uniquement dans le champ politique tel qu’il est constitué aujourd’hui. Syndicalistes, militants associatifs, intellectuels, artistes… doivent se mettre en mouvement pour bousculer la situation. Un simple cartel électoral ne répondra pas au défi qui est devant nous. Même en additionnant les partis, le compte n’y serait pas. Il faut donc ouvrir les portes et les fenêtres sur la société, sur le monde de celles et ceux qui luttent et qui créent.

Comment analysez-vous ce décalage entre ce qui se passe dans la société, les mobilisations sociales, l’urgence climatique… et leur traduction dans les urnes ? Est-ce juste un problème de « structures », d’incarnation, ou s’agit-il d’un problème politique plus grave encore, celui de la crédibilité des projets alternatifs au capitalisme ?

CLÉMENTINE AUTAIN Ce qui rend crédible un projet politique, c’est le nombre de personnes qui le portent. Ce fut le cas en 1936, par exemple, avec les congés payés. Mais nous avons en effet à travailler plus sérieusement sur le projet. Notre façon de penser et d’énoncer notre visée émancipatrice n’est pas suffisamment aiguisée pour répondre aux défis de notre temps. La lutte contre le productivisme impose, par exemple, de renouveler le logiciel du mouvement ouvrier. Avant, on s’attachait à savoir comment partager ce que l’on produit. Il nous faut maintenant répondre à une nouvelle question : qui décide de ce que l’on produit ? Laisse-t-on le consumérisme gangréner nos imaginaires, en détruisant l’écosystème et en abîmant nos réalités quotidiennes comme nos désirs ? On s’intéresse aussi beaucoup aux questions de statuts et de droits, il faut aussi parler du contenu du travail, son sens et ses conditions d’exercice. De la même façon, l’égalité était autrefois pensée essentiellement comme une question sociale, elle s’impose désormais comme un enjeu également territorial. Au fond, les gilets jaunes ont mis la question du droit à la ville sur le devant de la scène. Autre terrain, la révolution numérique, qui invite à repenser les conditions de la liberté. Dans le cadre du capitalisme mondialisé, les réponses doivent être suffisamment fortes pour apparaître tangibles. Nous avons aussi besoin de victoires, c’est pourquoi la bataille contre la privatisation d’ADP peut constituer un premier levier. Et ce dont nous avons peut-être plus fondamentalement besoin, c’est d’un nouvel imaginaire. En un mot : une espérance.

Vous avez été l’une des premières à vous inquiéter de la stratégie dite « populiste » de la France insoumise (FI), qui explique, selon vous, son échec aux européennes. Êtes-vous la seule à dresser ce constat au sein de la FI ?

CLÉMENTINE AUTAIN Non, je ne le crois pas. Je ne suis pas la seule à penser que ce qui a fait la force de ce mouvement en 2017, c’est un profil rassembleur sur un contenu de gauche radical et cohérent. Jean-Luc Mélenchon, comme Emmanuel Macron d’ailleurs, a eu alors la juste intuition que le monde politique était à bout de souffle. Il a su articuler cette aspiration au renouvellement à un profil fédérateur pour un peuple de gauche en déshérence après l’ère Hollande. Ce qui a conduit à la déroute actuelle, c’est une succession de partis pris qui se sont appuyés davantage sur le ressentiment que sur l’espérance, qui ont installé un « eux » et un « nous », avec une logique de clash permanent et cette idée que, par une somme de colères captée par un leader, on peut gagner. Et la séquence des perquisitions a évidemment pesé. En deux ans, le capital politique né de la présidentielle s’est ainsi érodé.

Ces désaccords sur la stratégie politique de la FI sont-ils réconciliables ? En clair, la FI est-elle au bord de l’implosion ?

CLÉMENTINE AUTAIN Je pense plutôt à un risque de repli qu’à une implosion. Je partage la grande tristesse des militants face au résultat des européennes. Maintenant, la question est de savoir comment et où vont avoir lieu les débats qui permettront à l’ensemble des militants de rebondir et de retrouver le chemin de la réussite.

Ce débat est-il engagé aujourd’hui au sein de la FI ?

CLÉMENTINE AUTAIN Je ne sais pas où il peut se mener et comment il peut se trancher au vu du fonctionnement actuel de la France insoumise, mouvement gazeux qui revendique de ne pas avoir de direction. Le lieu auquel je participe est le groupe parlementaire. Mais les militants, comment vont-ils pouvoir s’approprier ce débat et peser sur la stratégie politique ? Je plaide pour une avancée démocratique dans la FI.

L’efficience du clivage gauche-droite est également au cœur des désaccords. êtes-vous pour l’abandonner ?

CLÉMENTINE AUTAIN Non. Je ne crois pas à un revival de  l’Union de la gauche, et je suis convaincue qu’agiter le mot gauche comme un étendard ne sert à rien. En revanche, je crois qu’il faut fédérer sur la base d’un projet qui remplisse le mot gauche, sacrément abîmé par l’ère Hollande, et vise la transformation sociale et écologiste. Prendre trop de distances avec la gauche amène parfois à un discours qui ressemble surtout à celui de la droite qui, elle, sait bien où elle habite.

Quelques jours avant les élections, Jean-Luc Mélenchon avait appelé à la formation d’une « fédération populaire ». Au vu de l’échec des européennes, la FI peut-elle encore se prévaloir d’être le pilier autour duquel peut se reconstruire quelque chose ?

CLÉMENTINE AUTAIN Je n’aime pas les attitudes hégémoniques en règle générale. Nous ne pouvons reprendre la main qu’à la condition, précisément, d’accepter la diversité, le pluralisme. C’est le sens de cette « fédération », ce nouveau « front » que j’appelle de mes vœux.

« Le pire serait de continuer comme avant », expliquez-vous. Que proposez-vous concrètement de nouveau pour rassembler autour d’« une dynamique propulsive » ?

CLÉMENTINE AUTAIN La réponse, il faut la construire collectivement. Ce qui se cherche, c’est un lieu de débats, d’élaboration et d’action qui permette de fédérer des citoyen.ne.s et des courants politiques, syndicaux, associatifs, culturels. C’est d’un bouillonnement de ce type que nous avons vraiment besoin. Cette coopération sera décisive. Trop souvent, ces derniers temps, j’ai vu des murs s’ériger. Je sais les rancœurs et les difficultés, tout ce qu’il faut soulever pour panser les fractures. J’espère que, après la déroute des européennes et au regard de l’urgence politique, nous serons mûrs pour inventer de nouvelles façons de faire cause commune. C’est le sens de notre appel et de notre rendez-vous le 30 juin au cirque Romanès, à Paris.

Entretien réalisé par Maud Vergnol
Clémentine Autain, le 5 février, à Paris, lors de la manifestation à l'appel des syndicats et des gilets jaunes. Alain Guilhot/Divergence<br /><br /><br />

Clémentine Autain, le 5 février, à Paris, lors de la manifestation à l’appel des syndicats et des gilets jaunes. Alain Guilhot/Divergence
 

GAUCHE. « INVENTONS DE NOUVELLES FAÇONS DE FAIRE CAUSE COMMUNE »

Mercredi, 5 Juin, 2019

Après la déroute des européennes, Clémentine Autain a pris l’initiative d’un appel (voir encadré) pour un « big bang » de la gauche. Stratégie de la FI, clivage gauche-droite, projet politique… la députée insoumise met tout sur la table.

Vous êtes à l’origine du texte collectif publié aujourd’hui dans les colonnes du Monde, qui appelle la gauche à un «  big bang ». Quel en est l’objectif et à qui s’adresse-t-il ?

CLÉMENTINE AUTAIN Les élections européennes doivent constituer un choc. Pour l’instant, ce n’est pas tout à fait le cas. Ce qui rassemble les signataires de l’appel, c’est l’idée qu’on ne peut pas se résigner au couple infernal néofascisme versus néolibéralisme. Les résultats des européennes sont alarmants de ce point de vue car on ne voit pas se dessiner une alternative sociale et écologiste qui pourrait damer le pion à ce scénario désastreux. Si nous avons pris cette initiative, notamment avec Elsa Faucillon, il appartient à toutes celles et ceux qui l’ont signé, dans leur diversité. Tout le monde n’y a pas mis les mêmes enjeux mais nous nourrissons une aspiration commune à construire et à bâtir des passerelles. Pour cela, il faut se parler, s’écouter, se respecter, créer des ponts entre différents secteurs. Car la solution ne réside pas uniquement dans le champ politique tel qu’il est constitué aujourd’hui. Syndicalistes, militants associatifs, intellectuels, artistes… doivent se mettre en mouvement pour bousculer la situation. Un simple cartel électoral ne répondra pas au défi qui est devant nous. Même en additionnant les partis, le compte n’y serait pas. Il faut donc ouvrir les portes et les fenêtres sur la société, sur le monde de celles et ceux qui luttent et qui créent.

Comment analysez-vous ce décalage entre ce qui se passe dans la société, les mobilisations sociales, l’urgence climatique… et leur traduction dans les urnes ? Est-ce juste un problème de « structures », d’incarnation, ou s’agit-il d’un problème politique plus grave encore, celui de la crédibilité des projets alternatifs au capitalisme ?

CLÉMENTINE AUTAIN Ce qui rend crédible un projet politique, c’est le nombre de personnes qui le portent. Ce fut le cas en 1936, par exemple, avec les congés payés. Mais nous avons en effet à travailler plus sérieusement sur le projet. Notre façon de penser et d’énoncer notre visée émancipatrice n’est pas suffisamment aiguisée pour répondre aux défis de notre temps. La lutte contre le productivisme impose, par exemple, de renouveler le logiciel du mouvement ouvrier. Avant, on s’attachait à savoir comment partager ce que l’on produit. Il nous faut maintenant répondre à une nouvelle question : qui décide de ce que l’on produit ? Laisse-t-on le consumérisme gangréner nos imaginaires, en détruisant l’écosystème et en abîmant nos réalités quotidiennes comme nos désirs ? On s’intéresse aussi beaucoup aux questions de statuts et de droits, il faut aussi parler du contenu du travail, son sens et ses conditions d’exercice. De la même façon, l’égalité était autrefois pensée essentiellement comme une question sociale, elle s’impose désormais comme un enjeu également territorial. Au fond, les gilets jaunes ont mis la question du droit à la ville sur le devant de la scène. Autre terrain, la révolution numérique, qui invite à repenser les conditions de la liberté. Dans le cadre du capitalisme mondialisé, les réponses doivent être suffisamment fortes pour apparaître tangibles. Nous avons aussi besoin de victoires, c’est pourquoi la bataille contre la privatisation d’ADP peut constituer un premier levier. Et ce dont nous avons peut-être plus fondamentalement besoin, c’est d’un nouvel imaginaire. En un mot : une espérance.

Vous avez été l’une des premières à vous inquiéter de la stratégie dite « populiste » de la France insoumise (FI), qui explique, selon vous, son échec aux européennes. Êtes-vous la seule à dresser ce constat au sein de la FI ?

CLÉMENTINE AUTAIN Non, je ne le crois pas. Je ne suis pas la seule à penser que ce qui a fait la force de ce mouvement en 2017, c’est un profil rassembleur sur un contenu de gauche radical et cohérent. Jean-Luc Mélenchon, comme Emmanuel Macron d’ailleurs, a eu alors la juste intuition que le monde politique était à bout de souffle. Il a su articuler cette aspiration au renouvellement à un profil fédérateur pour un peuple de gauche en déshérence après l’ère Hollande. Ce qui a conduit à la déroute actuelle, c’est une succession de partis pris qui se sont appuyés davantage sur le ressentiment que sur l’espérance, qui ont installé un « eux » et un « nous », avec une logique de clash permanent et cette idée que, par une somme de colères captée par un leader, on peut gagner. Et la séquence des perquisitions a évidemment pesé. En deux ans, le capital politique né de la présidentielle s’est ainsi érodé.

Ces désaccords sur la stratégie politique de la FI sont-ils réconciliables ? En clair, la FI est-elle au bord de l’implosion ?

CLÉMENTINE AUTAIN Je pense plutôt à un risque de repli qu’à une implosion. Je partage la grande tristesse des militants face au résultat des européennes. Maintenant, la question est de savoir comment et où vont avoir lieu les débats qui permettront à l’ensemble des militants de rebondir et de retrouver le chemin de la réussite.

Ce débat est-il engagé aujourd’hui au sein de la FI ?

CLÉMENTINE AUTAIN Je ne sais pas où il peut se mener et comment il peut se trancher au vu du fonctionnement actuel de la France insoumise, mouvement gazeux qui revendique de ne pas avoir de direction. Le lieu auquel je participe est le groupe parlementaire. Mais les militants, comment vont-ils pouvoir s’approprier ce débat et peser sur la stratégie politique ? Je plaide pour une avancée démocratique dans la FI.

L’efficience du clivage gauche-droite est également au cœur des désaccords. êtes-vous pour l’abandonner ?

CLÉMENTINE AUTAIN Non. Je ne crois pas à un revival de  l’Union de la gauche, et je suis convaincue qu’agiter le mot gauche comme un étendard ne sert à rien. En revanche, je crois qu’il faut fédérer sur la base d’un projet qui remplisse le mot gauche, sacrément abîmé par l’ère Hollande, et vise la transformation sociale et écologiste. Prendre trop de distances avec la gauche amène parfois à un discours qui ressemble surtout à celui de la droite qui, elle, sait bien où elle habite.

Quelques jours avant les élections, Jean-Luc Mélenchon avait appelé à la formation d’une « fédération populaire ». Au vu de l’échec des européennes, la FI peut-elle encore se prévaloir d’être le pilier autour duquel peut se reconstruire quelque chose ?

CLÉMENTINE AUTAIN Je n’aime pas les attitudes hégémoniques en règle générale. Nous ne pouvons reprendre la main qu’à la condition, précisément, d’accepter la diversité, le pluralisme. C’est le sens de cette « fédération », ce nouveau « front » que j’appelle de mes vœux.

« Le pire serait de continuer comme avant », expliquez-vous. Que proposez-vous concrètement de nouveau pour rassembler autour d’« une dynamique propulsive » ?

CLÉMENTINE AUTAIN La réponse, il faut la construire collectivement. Ce qui se cherche, c’est un lieu de débats, d’élaboration et d’action qui permette de fédérer des citoyen.ne.s et des courants politiques, syndicaux, associatifs, culturels. C’est d’un bouillonnement de ce type que nous avons vraiment besoin. Cette coopération sera décisive. Trop souvent, ces derniers temps, j’ai vu des murs s’ériger. Je sais les rancœurs et les difficultés, tout ce qu’il faut soulever pour panser les fractures. J’espère que, après la déroute des européennes et au regard de l’urgence politique, nous serons mûrs pour inventer de nouvelles façons de faire cause commune. C’est le sens de notre appel et de notre rendez-vous le 30 juin au cirque Romanès, à Paris.

Entretien réalisé par Maud Vergnol

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Que les dirigeants écolos ne se sentent plus pisser n’a rien d’étonnant vu qu’en politique les rapports de force sont déterminants ! La raison disparaît au profit de l’ambition !

Posté par jacques LAUPIES le 3 juin 2019

Que les dirigeants écolos ne se sentent plus pisser n’a rien d’étonnant vu qu’en politique les rapports de force sont déterminants ! La raison disparaît au profit de l’ambition  ! Ils se voient déjà au pouvoir (quel pouvoir : celui de mannequins ?) Tous ces apôtres du « ni gauche, ni droite » fussent-ils issus de la droite  ou de la gauche : Macron, homme des banques et de droite a débuté comme Ministre d’un gouvernement socialiste comme la plupart de ses amis autrefois de gauche ! Voila que d’autres se préparent à une opération tout aussi semblable en se prévalant de forces supposées républicaines ou écologistes ou encore d’un populisme de gauche.

Tous ces braves gens s’emploient ainsi à discréditer l’héritage pourtant vivant du socialisme de Jaurès et du communisme de Marx ! La jeunesse en général ne connait pas, sauf peut-être dans quelques universités, les vieux  fatiguent de savoir et de ne pas pouvoir, la classe ouvrière et ses alliés trinque et résiste comme elle peut face à l’écrasante pression des médias instrumentalisés par le capitalisme  malade mais triomphant.

Les « carottes seraient-elles cuites ?

Non mais le peuple a besoin de lumière, une lumière qu’il doit produire lui-même à partir de son histoire,  de ses luttes ! Sans éclairage il patauge, même quand il se révolte. Sans éducation populaire pas de perspective ! Bref sans organisation politique exprimant ses intérêts, véritablement issue de ses rangs, disposant non du dogme mais de la méthode, pas de chance de vaincre la classe dominante et manipulatrice…

 

ièreDavid Cormand en compagnie de Yannick Jadot, le 17 mai, lors d’une conférence de presse. Stéphane de Sakutin/AFP climat<br /><br />

David Cormand en compagnie de Yannick Jadot, le 17 mai, lors d’une conférence de presse. Stéphane de Sakutin/AFP climat
 

EELV. LES ÉCOLOS RECOMPOSENT EN SOLO

Lundi, 3 Juin, 2019

Le secrétaire national d’Europe Écologie les Verts en appelle à la création d’une « nouvelle force », mais sans regarder vers la gauche.

Une semaine après être montés sur la troisième marche du podium avec 13,5 % des voix lors des européennes, les écologistes n’entendent pas en descendre et battent le fer tant qu’il est chaud. Hier, c’était au tour de David Cormand, le secrétaire national d’EELV. « Désormais c’est à nous de dessiner un nouveau paysage politique. Après l’effondrement du bloc social-démocrate et de celui de la droite, nous travaillons à faire émerger une alternative à Emmanuel Macron et Marine Le Pen », explique au JDD celui qui s’apprête à quitter son poste à l’automne « au plus tard ».

Bâtir« un grand mouvement de l’écologie politique »

À l’instar des mouvements initiés à l’occasion de la présidentielle – comme la France insoumise ou En marche – dans l’intention de battre en brèche le clivage gauche-droite, David Cormand veut bâtir une « nouvelle force (qui) devra s’appuyer sur la société mobilisée, la jeunesse, la génération climat ». Un début d’explication de texte du « dépassement d’EELV » vers « un grand mouvement de l’écologie politique », souhaité la semaine dernière par l’ex-tête de liste Yannick Jadot, qui ne devrait pas se concrétiser avant les « journées d’été des Verts, fin août à Toulouse ».

Si « Génération Écologie ou le Parti animaliste, par exemple, y auraient toute leur place », les formations de gauche, elles, sont renvoyées aux « siècles passés ». « Il faut passer du programme commun au programme des communs, basé sur la rupture avec le productivisme, la protection du vivant sous toutes ses formes et le respect des droits humains », ajoute Cormand, qui se fait fort d’être « opposé aux injustices sociales et environnementales produites par le capitalisme ». Lui estime que « Daniel Cohn-Bendit et Pascal Canfin ont choisi un autre chemin » en rejoignant Macron. « Nous disons très clairement que nous combattons cette politique anti-écologiste », assure également le porte-parole d’EELV, Julien Bayou. « Se contenter des incantations à l’union de la gauche, c’est une mauvaise stratégie. On ne gagnera pas ainsi face à Macron ou Le Pen. L’avenir de la gauche, finalement, c’est l’écologie politique », juge-t-il.

Interrogé au lendemain du scrutin sur la main tendue par la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, en vue d’un travail commun au Parlement européen, Yannick Jadot se faisait pourtant moins clair : « La question, c’est de savoir si ce groupe (des libéraux – NDLR) continue de défendre le même agenda qui a prévalu jusque-là, c’est-à-dire une sorte de statu quo technocratique et libéral. Ou s’il s’inscrit dans une dynamique sur le climat, les paradis fiscaux, la santé. » La porte n’est pas vraiment verrouillée.

Julia Hamlaoui

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Deux mondes s’opposent, celui des exploiteurs et celui des exploités. Les moins nombreux sont les premiers et les seconds font partie de la multitude. Mais la multitude raisonne comme le souhaitent les moins nombreux ! Contre ses intérêts pour préserver ceux de l’extrême minorité qui possède le pouvoir économique et donc politique. On ne modifie pas cela sans une lutte opiniâtre our que la multitude parles pour elle……

Posté par jacques LAUPIES le 2 juin 2019

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SUR TERRE ET SUR MER, PARIS FAVORISE LE BUSINESS DE LA MORT

Posté par jacques LAUPIES le 1 juin 2019

Des militants français des droits de l’homme manif estent devant le cargo saoudien Bahri Tabuk amarré au Grand Port Autonome de Marseille. Gérard Julien/AFP<br />

Des militants français des droits de l’homme manif estent devant le cargo saoudien Bahri Tabuk amarré au Grand Port Autonome de Marseille. Gérard Julien/AFP
 

SUR TERRE ET SUR MER, PARIS FAVORISE LE BUSINESS DE LA MORT

Vendredi, 31 Mai, 2019

Industrie militaire. S’il n’a pas chargé d’armes françaises, le cargo saoudien arrivé mardi à Marseille serait rempli de blindés canadiens. En l’accueillant, la France viole le traité sur le commerce des armes.

Le message est plus clair encore que les mers sur lesquelles voguent des cargos saoudiens remplis d’armes : l’Élysée ne veut pas que les Français se mêlent de sujets qui ne les concernent pas. Après avoir bâillonné le Parlement où toute discussion sur l’industrie de l’armement est systématiquement renvoyée, Emmanuel Macron et ses sbires ont décidé de s’en prendre aux journalistes qui mettent le nez dans leurs affaires. Récemment, Mathias Destal, Geoffrey Livolsi et Michel Despratx, du média-ONG Disclose, ont été convoqués par la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) au sujet de leur enquête sur l’usage au Yémen d’armes françaises vendues à l’Arabie saoudite.

Le mois dernier (lire l’Humanité du 16 avril), le site Web – en partenariat avec France Info, Mediapart, The Intercept, Konbini et Arte – avait publié une note de la direction des renseignements militaires (DRM) mentionnant que des armes made in France étaient bien utilisées sur le territoire yéménite par Riyad et Abu Dhabi, en guerre contre les rebelles houthistes soutenus par l’Iran. Parmi ces armes : des canons Caesar, dont la portée de tir peut potentiellement atteindre des civils yéménites.

En début de semaine, à Marseille, ce seraient ces mêmes canons ainsi que des munitions qui pouvaient, d’après Disclose, embarquer sur le Bahri Tabuk. Ce que dément fermement l’armateur saoudien Bahri. « Le navire va charger (mercredi), pour le compte de (l’entreprise allemande) Siemens, des stations mobiles d’électricité à usage civil, et cela représente 100 % de sa marchandise. Les informations sur un chargement d’armes ou d’explosifs sont complètement bidon », a ainsi affirmé à l’AFP un porte-parole de l’entreprise saoudienne. Ce à quoi Disclose répond sans détour : « Selon nos informations, les charges modulaires parties en containers depuis l’usine d’Eurenco de Bergerac ont été redirigées vers une destination inconnue », évoquant « un changement de stratégie au sommet de l’État ».

La CGT des dockers du golfe de Fos ne confirme ni n’infirme cette version. « À notre connaissance, aucune cargaison d’armes ou de munitions n’était prévue à Fos ce mercredi. Et s’il y avait le moindre doute sur le sujet, croyez-moi que nous l’aurions bloquée ! » explique l’un des responsables du syndicat à l’Humanité.

Mais alors pourquoi autant d’énergie déployée ces derniers jours par le gouvernement pour noyer le poisson ? Jean-Yves Le Drian, super-VRP de l’armement français, ressort inlassablement la même antienne : « Oui c’est une sale guerre, oui il faut l’arrêter, oui il faut être extrêmement vigilant sur les ventes d’armes à l’égard de ces pays. C’est ce que nous faisons », a déclaré mardi sur France Inter le ministre des Affaires étrangères, oubliant de rappeler qu’un bombardement avait encore tué sept civils, dont trois enfants, la semaine précédente. « Nous respectons scrupuleusement le traité sur le commerce des armes », s’est-il en revanche empressé de rajouter, ne sachant manifestement pas de quoi le texte retourne.

La France n’en est pas à une inconséquence près dans ce dossier

« Dans cette affaire marseillaise, la France sait pertinemment qu’elle viole encore et toujours le traité sur le commerce des armes (TCA) », explique Benoît Muracciole, président de l’ONG Action sécurité éthique républicaines (Aser). « S’il n’y a peut-être pas eu de livraisons françaises, nous sommes quasiment sûrs en revanche que le bateau est rempli de blindés fabriqués au Canada et destinés aux soldats de la coalition située à la frontière du Yémen. » Si l’on se réfère aux paragraphes 2 et 3 de l’article 6 du TCA, la France est par conséquent hors des clous. Le texte s’applique en effet aux transferts d’armes classiques. D’après la définition du registre des Nations unies, cela inclut les imports, les exports, les prêts, les dons et… les transits. La présence du Bahri Tabuk au port de Marseille entre dans cette dernière catégorie.

Mais la France n’en est pas à une inconséquence près dans ce dossier. Interpellée mardi après-midi à l’Assemblée nationale sur la possible livraison, la ministre de la Défense, Florence Parly, s’est une fois encore emmêlé les pinceaux. « Et quand bien même ce serait le cas, cela serait-il étonnant ? Non, car nous avons un partenariat avec l’Arabie saoudite », avait-elle osé lancer avant d’être interrompue par un lapidaire « vous mentez ! » de François Ruffin, député de la France insoumise. Le 8 mai dernier, le député communiste de Seine-Maritime Jean-Paul Lecoq avait tenté lui aussi de questionner le premier ministre en dénonçant la complicité de la France, qui – bien que hors la loi – continuait à vendre des armes à l’Arabie saoudite et ses amis. Le député avait alors demandé au gouvernement les moyens de donner au Parlement le pouvoir de contrôler la vente d’armes. Pour toute réponse, il a reçu une fin de non-recevoir. Depuis, les journalistes qui tentent de prendre le relais sont désormais menacés.

Seuls aujourd’hui les membres de la société civile trouvent encore le moyen de faire entendre la voix des Français sur le sujet. Mercredi soir, sur le port de Marseille, outre les syndicats de dockers et Aser, des membres de l’association Marseille en commun et le Mouvement de la paix étaient montés au créneau pour dénoncer les mauvais « faits d’armes » de la France macronienne. Mais pour combien de temps encore…

Stéphane Aubouard

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