L’INÉGALITÉ, CE FLÉAU QUI REND CHACUN DE NOUS MALHEUREUX

Posté par laupiesjacques le 10 mars 2019

 

L’INÉGALITÉ, CE FLÉAU QUI REND CHACUN DE NOUS MALHEUREUX dans POLITIQUE

L’INÉGALITÉ, CE FLÉAU QUI REND CHACUN DE NOUS MALHEUREUX

Jeudi, 7 Mars, 2019

Anxiété, obésité, toxicomanie, violence… Les signes de mal-être dans les sociétés « riches » sont légion. Dans « Pour vivre heureux, vivons égaux ! », les épidémiologistes Richard Wilkinson et Kate Pickett montrent que les inégalités sociales ont un impact délétère sur chaque individu. Entretien.

« Je ne sais pas comment je n’ai pas réalisé avant que tous les problèmes que je voyais étaient aggravés dans une société inégalitaire. » Pendant des années, Richard Wilkinson a compilé des données, dans son laboratoire. Et un jour, au milieu des années 1980, il a identifié le mal : les inégalités de revenus. Parce qu’elles entraînent des rapports plus violents entre les individus. Dans son premier best-seller, écrit avec Kate Pickett, « Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous », il décortiquait la manière dont les sociétés inégalitaires aggravent une grande partie des maux sanitaires et sociaux : violence, addictions, consumérisme… Dans ce deuxième opus, les deux chercheurs s’intéressent à l’individu.

Dans ce livre, vous changez de focale : de la société vers l’individu. Comment l’inégalité change-t-elle les rapports entre les individus, et produit de l’anxiété sociale ?

L’inégalité renforce l’importance donnée à la position sociale et aux classes sociales. Plus une société est hiérarchisée, plus l’idée que nous sommes classés en fonction de notre mérite intrinsèque est profondément ancrée, et plus chacun en vient à douter de sa valeur. Cela exacerbe la menace d’évaluation sociale et l’angoisse du statut. La timidité, la phobie sociale ou le doute sont beaucoup plus fréquents dans les sociétés inégalitaires.

Par exemple, aux États-Unis ou en Angleterre, on assiste à « une épidémie d’anxiété sociale ». Elle a des répercussions sur la santé. Entretenir des relations agréables et participer à des activités collectives sont aussi déterminants sur la santé que le fait de ne pas fumer. Des études expérimentales le montrent : des volontaires ont accepté de se voir infliger une blessure sur le bras. La lésion guérit moins rapidement chez ceux qui ont moins d’amis. On a aussi inoculé le virus du rhume par des gouttes nasales à d’autres volontaires. Ceux qui déclaraient avoir moins d’amis avaient quatre fois plus de chances de développer un rhume…

Vous dites qu’il y a un lien entre inégalités et de moindres relations amicales… En quoi ?

Dans les sociétés où règnent de très grands écarts de revenus, la vie locale est indigente. À l’inverse, les sociétés avec de faibles écarts sont beaucoup plus soudées. Leurs habitants ont plus de chance d’être impliqués dans des groupes de quartier ou des associations.

Comment pouvez-vous être sûr que les inégalités sont la raison principale de ces maux ? Cela pourrait aussi être lié aux systèmes de santé ?

De nombreuses études ont examiné cette question. Il faut bien comprendre : la somme qu’un pays décide de consacrer à son système de soins ne détermine pas l’état de santé de la population dans les pays riches, tout comme le nombre de toxicomanes n’est pas influencé par le nombre de centres de réhabilitation, ou la violence par le nombre de policiers. Ces problèmes sont plus courants au bas de l’échelle sociale : c’est ce que nous appelons le gradient social.

Les États-Unis ont la pire espérance de vie parmi les pays développés, le taux d’homicide le plus élevé, le plus fort taux de prisonniers, le plus fort taux d’obésité… Les pays plus égalitaires, comme les pays scandinaves, ont de bien meilleurs résultats. Pour y répondre, vous devez vous penchez sur autre chose. Et ce sont les inégalités de revenus. Ce ne sont pas les différences de revenus moyens entre les pays qui ont un effet, mais les différences à l’intérieur d’un pays.

En quoi le capitalisme crée obligatoirement des addictions aux drogues, à la consommation ?

Les inquiétudes quant au jugement et au regard des autres sont parfois si fortes qu’elles peuvent conduire au retrait de la vie sociale. Pour réduire cette angoisse, nous utilisons alcool et drogues. Ma génération buvait pendant les fêtes, les jeunes Anglais boivent et se droguent avant d’y aller ! Je pense qu’une bonne part de cette consommation a pour but de limiter l’anxiété. Le phénomène s’est aggravé à partir des années 1980 et l’explosion des inégalités. Les plus inégalitaires des États américains affichent des taux supérieurs de toxicomanie et de morts par overdose.

La surconsommation est une autre réponse, c’est une manière de se représenter aux autres comme une personne qui a réussi. Ça nous rend vulnérable aux messages publicitaires vantant des produits capables d’améliorer notre apparence et notre statut. Il y a un lien puissant entre matérialisme et dégradation du bien-être. Le « capitalisme extrême » attire dans ses filets de jeunes gens rendus vulnérables par de bas salaires et une existence ouvrière peu épanouissante : il les encourage à un hédonisme exacerbé et à des orgies de dépense.

Les sociétés libérales sont fondées sur la notion de méritocratie, chacun recevrait ce qu’il mériterait. Pourquoi, selon vous, la méritocratie est-elle un mythe ?

La méritocratie justifie la hiérarchie sociale. Notre position sociale serait le résultat de nos capacités naturelles. C’est une conviction si forte que nous avons tendance à évaluer le mérite, les capacités et l’intelligence d’une personne en fonction de sa position sociale. Les riches et les puissants aiment à le faire croire. Mais l’imagerie médicale et les progrès de la recherche en neurologie ont bouleversé tout ce que nous savions de l’adaptabilité et des capacités de développement du cerveau humain. Il est le reflet de la manière dont nous vivons. Par exemple, une étude porte sur les conducteurs de taxis londoniens, elle met en évidence un élargissement de leur hippocampe – la zone du cerveau utilisée notamment pour naviguer au sein d’un espace tridimensionnel – une fois qu’ils ont passé le test de leur licence. Cet examen appelé le « knowledge » (le savoir) exige de mémoriser 25 000 rues et 320 trajets de la capitale britannique, sans carte, ni GPS… De la même manière, l’apprentissage d’un instrument de musique ou d’une langue étrangère modifie la structure du cerveau. Il y a bien un lien entre aptitude et statut social. Mais c’est la position sociale qui détermine les capacités, les intérêts et les talents d’un individu. Et pas l’inverse. Ainsi, la pauvreté relative affecte le développement du cerveau.

Vous dénoncez l’idée selon laquelle les individus seraient par nature agressifs. Pourriez-vous l’expliquer ?

Cela tient aux formes d’organisation sociale qui ont marqué l’histoire de notre espèce. On distingue trois grandes périodes : les hiérarchies de dominance préhumaines (que l’on retrouve chez les grands singes), les sociétés égalitaires de chasseurs-cueilleurs et, plus récemment, les sociétés agricoles et industrielles hiérarchiques. Nos ancêtres préhumains vivaient au sein de hiérarchies de dominance (très marquées), et celles-ci ont laissé des traces dans nos esprits. Mais il en est allé tout autrement pendant la majeure partie de la préhistoire proprement humaine : notre espèce s’organisait en sociétés de chasseurs-cueilleurs extraordinairement égalitaires. Autrement dit, pendant environ 95 % de la période qui s’est écoulée depuis que notre cerveau a atteint sa taille actuelle – soit les 200 000 à 250 000 dernières années –, les sociétés humaines ont été égalitaires. Tous ces héritages influencent nos comportements actuels. Nous savons adopter des stratégies sociales opposées : je peux me montrer égoïste et méchant, mais je sais aussi comment entretenir des amitiés.

Quel regard porte le spécialiste des inégalités que vous êtes sur le mouvement des gilets jaunes ?

Pour moi, ce mouvement est un avertissement. Il nous faudra être plus égalitaires dans la lutte contre le changement climatique. Au lieu de mettre en place des taxes proportionnelles (même taux pour tout le monde – NDLR) qui ciblent prioritairement les plus pauvres, il serait temps de réfléchir à les moduler par exemple en fonction de la consommation.

Plus généralement, le mouvement des gilets jaunes tout comme le soutien à Donald Trump aux États-Unis sont directement liés à la perception des inégalités. Des études allemandes se sont intéressées aux quartiers qui concentrent le plus de soutien aux partis populistes. Les chercheurs y ont mené des entretiens et ils se sont aperçus que tous ces électeurs se sentaient dévalorisés. Aux États-Unis aussi, dans les zones les plus favorables à Trump, on trouvait les pires indicateurs en matière de taux de diabète, d’obésité, d’alcoolisme…

Vous proposez aussi des solutions politiques : que peut-on faire pour lutter contre les inégalités ?

Tout d’abord, lutter contre l’évasion ou l’optimisation fiscale et améliorer la progressivité des impôts. Mais ce type de mesures peut être facilement remis en cause en cas de changement de gouvernement. C’est pourquoi la seule solution de long terme consiste à démocratiser l’économie. Je pense notamment à la représentation des salariés dans les conseils d’administration des entreprises. Il faut faire passer des législations beaucoup plus volontaristes, pour que les salariés représentent la majorité des sièges. Ce serait bon pour l’économie. Il a été démontré que les entreprises détenues par leurs salariés affichent de meilleurs résultats en termes de productivité, d’innovation, de capacité de résistance aux récessions, d’absentéisme… Sans compter la satisfaction des salariés, bien entendu.

Le thème des inégalités est devenu extrêmement populaire : on pense à vos travaux, mais aussi à ceux d’économistes comme Thomas Piketty ou Branko Milanovic. Comment l’expliquez-vous ?

La crise financière de 2008 a joué un rôle important dans cette évolution. Notre précédent livre (« Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous ») a été publié en 2009 et n’aurait jamais acquis une telle popularité sans la crise. Piketty, comme nous, a, en quelque sorte, « bénéficié » de ce phénomène. Dans quelle mesure y avons-nous contribué ? Je ne saurais dire…

Thomas Piketty a dû faire face à des attaques virulentes. Vos travaux ont également été beaucoup décriés par des intellectuels de droite. Qu’en est-il aujourd’hui ?

En réalité, les premières attaques venaient plutôt de la gauche ! Mes travaux sur les inégalités remontent aux années 1980. À l’époque, certains confrères n’ont pas aimé l’accent mis sur les facteurs psychosociaux. Ils craignaient que les gouvernements en tirent des conclusions erronées, et en déduisent que les niveaux de revenus ne comptent pas, qu’il suffit de faire en sorte que les gens soient « gentils » les uns envers les autres. Puis nous avons été attaqués par la droite, par des gens qui n’avaient jamais fait de recherches de terrain, mais critiquaient les implications politiques de nos travaux. C’est encore le cas aujourd’hui. En travaillant sur des sujets aussi politiques, vous prenez le risque d’être lus par des gens qui ne s’intéressent qu’à cet aspect des choses. C’est pourquoi nous avons veillé à utiliser de nombreuses références – il y en a 500 dans le livre –, pour montrer qu’il est le fruit d’une recherche poussée. En général, les critiques n’ont pas porté sur le constat scientifique, mais sur les solutions politiques préconisées. C’est plutôt bon signe !

Entretien Réalisé par Pia de Quatrebarbes et Cyprien Boganda

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Lettre de Fabien Roussel aux militants du PCF

Posté par jacques LAUPIES le 9 mars 2019

 

Lettre de Fabien Roussel aux militants du PCF dans POLITIQUE spacer
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Comme tu as pu le lire dans le journal l’Humanité et sur les réseaux sociaux, plusieurs témoignages de femmes font état d’agressions sexuelles au sein de notre Parti et du MJCF.

 

Malgré la campagne d’information mise en place, dès l’année dernière, au sein du Parti dans le prolongement du mouvement meetoo, malgré la création d’un dispositif destiné à recueillir la parole des victimes et à les accompagner vers des associations spécialisées et des avocat·es compétent·es, des femmes et des personnes LGBTQI ont été agressées. Leur parole n’a pas pu être écoutée et entendue à la mesure de la violence qu’elles avaient subie.

 

Je veux leur dire ici, au nom de tous les communistes, mon total soutien et mon entière détermination à ce que cela ne se reproduise plus.

 

Je prends en compte leur témoignage, je les entends et, surtout, je les crois.

Ces actes sont insupportables et n’auraient jamais dû avoir lieu. Il ne doit y avoir aucune place dans notre parti et au MJCF pour des agresseurs.

Notre engagement communiste, fondé sur un féminisme actif, sur le combat contre la domination masculine et le patriarcat, ne peut laisser place à la moindre tolérance dans ce domaine. Nous devons nous efforcer d’être exemplaires et de réagir individuellement et collectivement avec la plus grande détermination.

 

Dès que nous avons pris connaissance de nouveaux cas, j’ai mis publiquement à la disposition du MJCF et de l’UEC le dispositif « Tolérance Zéro » du PCF pour recueillir la parole des victimes. Depuis, onze camarades ont été rencontrés par les référent·es du dispositif et des avocats et spécialistes les accompagnent.

Plusieurs suspensions et mises à l’écart d’agresseurs, sur la base de témoignages et pour certains de dépôt de plainte, sont prononcées. Je veux vivement remercier ici les camarades en charge de ces questions et saluer leur réactivité de ces derniers jours.

J’ai demandé également une expertise, un état des lieux de notre dispositif pour savoir pourquoi des victimes n’ont pas voulu porter plainte ou saisir la commission, pourquoi leur parole n’a pas été entendue à la hauteur de leurs attentes, pourquoi des agresseurs n’ont pas pu être écartés du Parti ou du MJCF.

Il faudra revoir nos procédures et améliorer le dispositif mis en place, qui souffre encore de failles.

 

D’ores et déjà, nous prévoyons de mettre en place une cellule d’écoute des victimes qui devra être indépendante de notre parti et du MJCF pour que la parole soit totalement libérée. Des professionnels mis à disposition par certaines associations, rempliront mieux que nous cette mission et seront donc sollicités pour nous accompagner dans cette démarche.

Par ailleurs, nous entendons prendre les dispositions pour que les cadres de notre Parti comme ceux et celles du MJCF soient mieux accompagnés, mieux formés, pour être capables d’apporter des réponses concrètes face à chaque signalement dont ils auront dorénavant connaissance.

 

Nous proposerons ainsi aux responsables du Parti et du MJCF des formations visant à une plus grande réactivité de leur part et l’application d’une tolérance zéro en matière de violence sexuelle et sexiste.

 

Nous proposerons également au MJCF et à l’UEC d’être accompagnés par un ou une responsable de notre Parti pour travailler sur ce sujet. Il s’agit de revoir avec eux l’organisation de leurs manifestations, de leurs stages de formation, ainsi que les règles de vie commune pour garantir à chaque jeune la sécurité pleine et entière. Nous veillerons à ce que ces organisations de jeunesse soient des espaces où toutes et tous s’épanouissent en faisant pleinement de la politique, en toute sécurité.

 

Je m’adresserai également aux autres forces politiques pour échanger nos pratiques sur ce sujet, car nous sommes tous et toutes concernés.

De même, nous formulerons des propositions au gouvernement pour que les victimes de ce crime qu’est leviol soient plus nombreuses à déposer plainte et mieux accompagnées dans le parcours judiciaire : aujourd’hui seule une femme sur 10 ose porter plainte pour viol et 2 % seulement obtiennent justice.

Les dispositions internes prises par les partis, et singulièrement par le nôtre, auront une toute autre portée si les dispositifs publics, qu’il s’agisse de l’information, de la prévention, de la formation, de l’accompagnement des victimes et de la sanction judiciaire sont à la hauteur de ces fléaux que sont les violences sexistes et sexuelles, dans toute la société.

 

Il est de la responsabilité de chaque communiste de veiller au respect de la dignité de toutes et tous et de tout mettre en œuvre pour bannir de notre organisation les dominations masculines, les comportements sexistes et les violences sexuelles. C’est le sens même de l’engagement qui nous rassemble.

 

Je compte sur toi.

 

Fraternellement.

 

Fabien Roussel

Secrétaire National 

http://www.pcf.fr/

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Des vidéos à regarder…

Posté par jacques LAUPIES le 8 mars 2019

 

 

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Parler de sexualité : un exercice toujours risqué bien que nécessaire !

Posté par jacques LAUPIES le 7 mars 2019

 

 

Arte nous a présenté ce mercredi un excellent film qui dénonce l’excision  et ont suivi des interventions de femme sur la sexualité féminine. Hier c’était  la dénonciation des abus sexuels dont les femmes sont victimes au sein de l’église catholique. Aujourd’hui l’Humanité publie un article sur les  viols et agressions sexuelles subies par de jeunes militantes de la part de militants parfois exerçant des responsabilités dans leur organisation. Tout cela sur fond de faits divers ou même de procès intentés à des hommes d’église pour actes pédophiles.

Sans doute cette mise en exergue des abus sexuels a son utilité dans la mesure ou elle peut contribuer à faire reculer des comportements inacceptables et totalement irrespectueux de la liberté d’autrui jusqu’à bien sur leur porter un préjudice physique et psychologique.

Mais si l’on doit traiter cette question il faut s’entourer d’avis de personnes compétentes, bien situer nos analyses en tenant compte des contextes sociaux, je dirai même des rapports sociaux et des conditions « morales » dans lesquelles chacun de nous évolue culturellement.

Pour sortir de l’instinct animal que ce soit usant d’un pouvoir physique ou d’un pouvoir économique, voire d’un pouvoir politique, il faut que parallèlement les sociétés se transforment, que l’égalité sociale progresse, que l’éducation joue pleinement son rôle.

Sinon le risque est grand de voir les mots perdre leur sens, les manichéismes triompher et le but recherché dévoyé dans de nouveaux sectarismes !

Toute révolution exige des peuples conscients ! Sans quoi le risque est grand de subir de nouvelles dictatures, fussent-elles intellectuelles.

 

 

Aujourd'hui Léa Tytéca et Mathilde Beuscher, toutes deux membres du MJCF et du PCF, font figure d'exception. Elles ont les seules à témoigner à visage découvert, du viol qu'elles ont subi. Photos : Magali Bragard et Jean-Christophe Milhet/Hanslucas
Aujourd’hui Léa Tytéca et Mathilde Beuscher, toutes deux membres du MJCF et du PCF, font figure d’exception. Elles ont les seules à témoigner à visage découvert, du viol qu’elles ont subi. Photos : Magali Bragard et Jean-Christophe Milhet/Hanslucas

« JE NE PENSAIS PAS M’EXPOSER AU VIOL EN PRENANT MA CARTE »

Mardi, 5 Mars, 2019
Violences sexuelles, des jeunes communistes accusent. Elles ont été victimes d’un viol de la part d’autres membres de leur parti ou mouvement. Aujourd’hui, Mathilde et Léa témoignent à visage découvert. Avec d’autres, les deux jeunes femmes racontent leur parole non écoutée, voire minorée. Au-delà des actions en justice, elles réclament de solides moyens de prévention dans leurs organisations. Le PCF leur a apporté son soutien lundi et demande à ses militants d’utiliser pleinement les dispositifs qu’il a mis en place.

 

Il y a celles qui rentrent dans les détails et celles qui se contentent d’une phrase. Celles qui ne porteront jamais plainte et celles qui ont changé d’avis. Celles qui acceptent de témoigner à visage découvert et celles qui ont encore peur. La parole des jeunes filles dénonçant des violences sexuelles au sein du Mouvement jeunes communistes (MJCF) et de l’Union des étudiants communistes (UEC) n’est pas homogène. Elle surgit, brute et tumultueuse, souvent avec colère. Depuis quelques jours, elle inonde Twitter et Facebook. « Nous avons tout essayé, mais rien n’a bougé avant que nous nous mettions à témoigner publi- quement sur les réseaux sociaux », regrette Mathilde Beuscher, 25 ans, fonctionnaire au ministère de la Culture, violée il y a deux ans. Outre les viols et agressions sexuelles qu’elles ont subis au sein de leur mouvement, ces jeunes filles dénoncent aussi l’inaction de leurs organisations pour prendre en main ces sujets délicats. Et les protéger, elles.
 
Samedi et dimanche derniers, Léa Tytéca et Mathilde Beuscher, toutes deux membres du MJCF et du PCF, ont longuement raconté sur Twitter les viols qu’elles ont subis. Rencontrée quelques jours plus tard dans un café parisien, Mathilde a la détermination d’une guerrière : « Maintenant on ne peut plus reculer, nous irons jusqu’au bout. » « J’ai le sentiment, poursuit la jeune fille, que beaucoup, y compris chez les communistes, ne comprennent pas à quel point le viol est grave. C’est aussi pour raconter cela que nous avons tenu à parler publiquement. Ce n’est pas pour rien que c’est une arme de guerre : le viol détruit les gens dans leurintimité, réduit à néant toute identité, toute résistance, détruit la capacité à… avoir envie de vivre. Il n’a pas que des conséquences sur nous, mais aussi sur l’organisation, avec des femmes qui partent en masse parce qu’elles sont agressées. Au final, c’est peut-être plus important d’écarter trois mecs accusés de viol pour protéger le mouvement que de leur accorder la présomption d’innocence… »
 
En février 2017, la jeune fille se rend à Angers pour l’anniversaire d’un ami mi- litant. Comme cela lui est déjà arrivé précédemment, elle dort dans son lit. « Il me prend la main pour que je le masturbe, raconte la jeune fille. Je résiste mais il pousse plus fort, je réussis à enlever ma main. Je lui ai dit non, du coup il essaye de me masturber moi. J’avais les cuisses fermées mais il a forcé le passage. Il m’a attouchée mais j’ai enlevé sa main. Je n’ai pas raconté ça dans mes premiers témoignages, à cause de la honte, mais, voyant que je n’avais toujours pas envie de coucher avec lui, il m’a fait un cunnilingus. »
 
En décembre 2017, Mathilde confronte son agresseur : « Il me dit qu’il ne se souvient pas mais qu’il me croit, que c’est un viol, qu’il ne mérite pas d’être communiste, qu’il est dangereux et va disparaître. » Il n’en est rien. Mathilde ne cesse de le voir : dans les initiatives du MJCF, du PCF. Elle renonce à se rendre à l’université du parti lorsque, quelques jours avant, un post Facebook le montre en train d’installer une banderole avec cette légende : « Notre équipe de choc prête à vous accueillir. » Elle a raconté les faits à plusieurs personnes du mouvement, en demandant absolument à garder l’anonymat. « Je me rends compte rapidement que plein de gens sont au courant, on me traite de menteuse et lui devient permanent du parti. Là, je m’effondre. » Mathilde subit des flash-back insupportables, se gratte compulsivement la peau du visage. Elle sera hospitalisée plusieurs mois en hôpital psychiatrique. On lui conseille d’appeler les responsables de la commission féministe du PCF (lire page 6) : « J’en suis incapable et je m’en veux énormément, je me dis que c’est de ma faute s’il est encore permanent. C’est pour ça qu’aujourd’hui je pense que ce n’est pas possible que toute la logistique repose sur les victimes. »
 

« J’ai parlé à demi-mot, j’avis peur de la plainte en diffamation »

 
En mai 2018, Mathilde adresse un mail avec le témoignage détaillé de son viol à une responsable locale du PCF. Elle n’a pas de réponse mais, un mois plus tard, le CDD de son agresseur au Parti communiste n’est pas renouvelé. Il reste membre du PCF, dans une autre fédération… Porter plainte ? Mathilde hésite. Elle a consulté une asso- ciation spécialisée : comme toutes les vic- times de viol, la procédure a de minces chances d’aboutir… « Aujourd’hui, je voudrais d’abord qu’on me croie à la JC et au PC avant de porter plainte, j’ai besoin d’un environnement où je ne suis pas prise à partie. » Aude* non plus n’a pas souhaité déposer plainte contre son agresseur. Contrairement à Léa et Mathilde, elle a coupé tous les ponts avec les cercles militants communistes. La jeune fille de 22 ans est l’une des premières à témoigner, dans le premier article du Monde paru en janvier 2018. Les faits remontent à juin 2016, en marge du congrès du PCF à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Dans la nuit du samedi au dimanche, le métro fermé, elle se retrouve dans une chambre d’hôtel avec deux amis, qui s’endorment, ivres, sur la moquette, et ce militant de Limoges qu’elle connaît à peine. Toute la nuit, il l’embrasse de force, lui caresse la poitrine. Seule avec lui au réveil, il lui déboutonne son jean et lui dit « je fais comme chez moi », puis « je ne te laisse pas sortir tant qu’on n’a pas fait l’amour ». Aude réussit à s’enfuir. La jeune fille tente d’alerter la JC et le PCF, où son agresseur a pris des responsabilités. « J’ai parlé à demi-mot, j’avais peur de la plainte en diffamation. » Elle finit par se confier à une responsable de l’UEC. « On m’a répondu que sans condamnation, ils ne feraient rien… Petit à petit, j’ai quitté toutes ces orgas, j’ai complètement changé de cercle social. Avec cette histoire, je me suis radicalisée, je suis devenue une militante autonome. Je me suis soignée comme je pouvais, j’ai écrit, vu un psychiatre, parlé avec des amis. » Elle ne souhaite pas porter plainte : « Quand je vois les violences policières, je n’ai pas du tout envie d’entrer dans un commissariat leur raconter ça… Et puis, j’ai une copine à l’Unef qui est poursuivie en diffamation par son agresseur, elle a dû arrêter ses études pour payer ses frais de justice. »
 
Après l’article du Monde, Aude croit comprendre que son agresseur a définitivement été écarté. Elle a appris il y a seulement quelques jours que ce n’était pas le cas. À la faveur des témoignages qui se multiplient sur les réseaux sociaux ces derniers jours, Mélanie, une ancienne responsable des Jeunes communistes de la Haute-Vienne, a dénoncé les exclusions de plusieurs mi- litants qui avaient tenté d’écarter l’agresseur d’Aude. Écœurée par toute cette histoire, elle a aujourd’hui démissionné du MJCF et du PCF. À la fin du mois de janvier 2018, avec cinq autres militants, ils décident de mettre l’exclusion de ce militant à l’ordre du jour d’une assemblée générale des Jeunes communistes : « Ça a été extrêmement vio- lent, on a été insultés, attaqués, cinq d’entre nous ont été immédiatement exclus du PCF et de la JC. Moi je m’en suis sortie parce que j’étais vue comme une pauvre femme fragile et influençable, mais j’ai tout quitté quelques semaines plus tard. » Et le jeune homme en question ? « Je le vois régulièrement en manif arborer fièrement un drapeau du PCF. Sachant cela, pour moi, c’était impossible de rester dans cette orga. » Comment Aude vit-elle tout cela ? « Je suis énervée et déçue, confie la jeune fille. Au moins aujourd’hui on est nombreuses à parler, à se soutenir, je me concentre sur cette sororité, sur les soutiens qu’on reçoit des militants, ça montre que quelque chose est en train de basculer dou- cement. L’impunité qui régnait jusque-là se fragilise chaque jour un peu plus. »
 

« Je lui disais non, on aurait dit un autre gars, j’avais très peur »

 
Samedi dernier, Léa Tytéca écrivait sur Twitter : « Sachez que désormais je ne me tairai plus jamais. » Comme Mathilde, cette jeune militante violée à l’âge de 19 ans connaissait son agresseur. « Ce n’est pas du tout le mythe du violeur inconnu, explique- t-elle, posément. Nous militions ensemble, je l’aimais bien même, on était amis. » Lui est élu municipal dans une ville importante du Loir-et-Cher, elle vient d’intégrer le bureau national de l’UEC.
Dans la nuit du 14 au15 juillet 2016, Léa tient le bar du traditionnel bal de l’UEC, place des Abbesses, à Paris. « Il était bourré et super lourd, il n’arrêtait pas de vouloir m’embrasser. Puis ses potes sont tous partis, il s’est retrouvé tout seul, j’ai eu pitié de lui. » Elle accepte de l’accompagner à une auberge de jeunesse place du Colonel-Fabien. Ils marchent longtemps (« il n’arrêtait pas de me dire “je vais te baiser” et d’essayer de m’em- brasser, moi je lui disais non, on aurait dit un autre gars, j’avais très peur »). Ils ne trouvent pas l’auberge, se retrouvent à l’hôtel. « On a pris une chambre et là, il m’a violée », dit sobrement Léa. La plainte que nous avons pu consulter fait état de scènes très violentes. Elle le recroise à la fin du mois de juillet. « Il m’a dit “j’espère que je n’ai pas été trop lourd”, je lui ai dit ce qui s’était passé, il m’a dit “je te crois, mais je m’en souviens pas”. » Sous le coup d’une longue dépression, Léa attendra un an avant de parler. « Personnellement, je ne pensais pas m’ex- poser au viol en prenant ma carte… Ce qui est fou, c’est qu’en tant que femme, tu culpabilises de faire perdre un cadre à l’orga, alors que toi aussi, tu es quelqu’un de pré- cieux. » Le jeune militant est discrètement évincé du MJCF par la direction.
Selon la version officielle, il est parti de lui-même, moi j’aurais voulu que ce soit dit publiquement », confie Léa. Surtout, son agresseur reste élu avec l’étiquette com- muniste. Dans un communiqué publié lundi soir (lire ci-dessus), le PCF a annoncé la « suspension de ses droits d’adhérent » et lui a demandé de démissionner de son mandat électif.
 

Nombreuses sonr celles qui ne parlent pas

 
La parole des militantes libère aussi celle de leurs camarades, publiquement accusés d’avoir fermé les yeux. « Je ne me rendais pas compte de tout ça. Aujourd’hui oui je me remets en question, je fais mon autocritique, reconnaît reconnaît Ander Courtier, jeune communiste de l’Aveyron. Quand j’ai appris le viol de Léa et la purge de celui qui l’a violé au même moment, ce fut un choc car il était un communiste exemplaire qui m’avait formé. La JC l’a viré et a fait une partie du travail. Je pensais que c’était suffisant. Maintenant je me rend compte que non. De mon côté, j’ai vraiment pris conscience de l’ampleur des violences quand les militantes ont pris la parole au congrès. Beaucoup leur reprochent de laver leur linge sale en public mais elles ont essayé pendant des années de changer les choses en interne avant de parler aux médias… »  
 
Aujourd’hui, Mathilde et Léa font figure d’exceptions. Après avoir témoigné anonymement dans l’Obs fin février, elles sont aujourd’hui les seules à parler à visage découvert. Elles sont les seules à témoigner à visage découvert. D’autres suivront peut-être mais en attendant, nombreuses sont celles qui ne parlent pas. Justine* est l’une d’entre elles. Son viol, elle ne l’a jamais raconté, parce qu’on ne lui a « jamais posé la question ». Elle avait 19 ans, venait d’arriver au MJCF à Paris. « Le responsable de la JC de Paris venait de se séparer de sa meuf et, sans logement, squattait chez les gens. J’ai accepté de l’héberger. On a bu un peu, fumé surtout. Ça reste assez flou, mais je me souviens lui dire plusieurs fois d’arrêter de me toucher. À la fin, j’étais quasi inconsciente quand il m’a violée. » Justine en par- lera en tout et pour tout à trois personnes : « Mon responsable de fédé m’a dit que c’était des mensonges, que je ne devais pas raconter ça. Aujourd’hui encore, ceux qui savent m’insultent régulièrement. Mon agresseur, lui, est toujours au parti. C’est vraiment une violence supplémentaire de ne pas se sentir soutenue. Après je me suis mise en couple, c’est triste à dire mais c’est vraiment le sésame magique pour ne pas être agressée, quand ils considèrent que tu appartiens déjà à quelqu’un… »
marie barbier

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l’Humanité chantée

Posté par jacques LAUPIES le 6 mars 2019

 

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