• Admin.du Site

  • Archives

  • Accueil
  • > Archives pour janvier 2019

Témoignage d’un militant communiste parmi les gilets jaunes

Posté par jacques LAUPIES le 9 janvier 2019

 

 

Acte VIII, le mouvement social continue !

Samedi 5 janvier 2019, par  pamillet , popularité : 100%
 
Nous étions plusieurs militants communistes à la manifestation des gilets jaunes ce samedi 5 janvier à Lyon. Je suis venu avec un panneau présentant des revendications insistant sur le pouvoir d’achat, donc l’augmentation des salaires et mettant en avant les incroyables revenus des plus riches dans notre pays. Il me semble en effet important de ne pas lâcher ces revendications initiales dont les médias ne parlent plus, l’ISF étant passé sous la table pour eux.

Tout d’abord, c’était une belle manifestation, plus d’un millier de personnes avec une manifestation très dynamique remontant de Bellecour aux Terreaux avant de redescendre sur les quais jusqu’à Confluence [1]. On dit souvent que les gilets jaunes ne sont pas organisés, pourtant visiblement, les coordinateurs donnent des consignes, et s’il y a parfois des hésitations, certains groupes proposant d’autres trajets, globalement, les organisateurs ne laissent pas la manifestation se diviser comme d’autres fois. Ce sera plus compliqué vers la Mulatière avec l’envie de certains d’aller bloquer l’autoroute, mais pour l’essentiel du défilé, il est tout aussi bien organisé que de grandes manifestations syndicales, voitures sonos en moins.

J’ai noté à plusieurs reprises des coordinateurs gilets jaunes intervenant pour que la manifestation se déroule dans le calme, et par exemple stoppant deux jeunes tentant de mettre le feu à une poubelle jusqu’à rapporter le bac à sa place.

Beaucoup de manifestants me font des commentaires positifs sur mes panneaux, leurs contenus, notamment les retraités dont les revendications sont résolument sociales, et personne ne me reproche de les avoir signé « PCF Vénissieux » avec pourtant un logo faucille et marteau vite reconnaissable…

J’ai une longue discussion avec un manifestant que je ne connais pas, mais dont on découvre qu’on est tous les deux informaticiens de métiers, qui a été comme moi délégué syndical pendant une décennie. Il tire de son expérience syndicale le sentiment d’un manque de combativité pour se défendre. Il a comme moi connu des plans de licenciement, mais dans une grosse boite qui versait des millions à ses actionnaires, et il ne comprend pas pourquoi les salariés, et les syndiqués, n’étaient pas plus combatifs pour se défendre.

Il met en avant la revendication du référendum populaire, alors que j’insiste sur la revendication du salaire. Discussion utile et qu’il faudrait poursuivre. Il me semble qu’une revendication de référendum peut être un piège, si elle se limite au refus du « matraquage fiscal », et ne met pas en avant d’un coté l’exigence d’une hausse des salaires et de l’autre, le retour de l’ISF et une politique rigoureuse sur les très hauts salaires. Macron pourrait très bien la retourner pour en faire une arme contre les dépenses publiques et les statuts, terminant de démonter la SECU en laissant croire qu’elle coute trop cher !

D’un autre coté, la revendication de référendum traduit la recherche d’une issue à une crise politique qui rend illégitime tout pouvoir institutionnel existant. Elle pose de manière concrète la question de la souveraineté populaire. La discussion aurait pu être celle du congrès du PCF ! La démocratie est-elle possible réellement dans le capitalisme ?

J’ai croisé quelques vénissians, peu nombreux, mais déterminés pour poursuivre le mouvement. C’est ce qui est le plus frappant, la détermination de ceux qui sont le plus engagés dans ce mouvement. J’ai été étonné de voir des femmes qui n’avaient rien de « racailles de banlieue », invectiver avec colère les policiers, et il fallait beaucoup de diplomatie pour leur faire remarquer que les policiers ne sont en fait que des fonctionnaires qui appliquent des ordres. C’est aussi ce qui rend difficile le déroulement de la manifestation, surtout au bout de deux heures… Car un nombre significatif des manifestants veut démontrer la légitimité de leur action, et donc imposer le droit d’aller partout où ils le décident. Ils ont bien compris que le blocage d’un point, d’un rond-point et évidemment d’une autoroute, a un impact énorme. Ont-ils tort de considérer que c’est ce qui marque le rapport de forces ?

Je comprends l’insistance de Philippe Martinez sur la bataille dans l’entreprise, et je partage son avis, c’est décisif pour mettre en cause vraiment le patronat et l’appropriation privée des richesses créées par le travail. Mais d’un autre coté, si plus de salariés faisaient l’expérience d’actions collectives de blocages, peut-être prendraient-ils plus de confiance pour oser organiser le blocage… de la production, c’est à dire la grève. Il y a évidemment un risque que la manifestation de rue soit un exutoire pour ne pas affronter le capitalisme là où il s’approprie le profit, mais elle peut aussi être une expérience formatrice pour construire une détermination d’action.

En rentrant en métro, je discute avec plusieurs groupes venant de la manifestation, et qui descendent à Vénissieux…pour reprendre leur voiture. Il y avait visiblement des manifestants de toute la région urbaine…

En tout cas, la tentative médiatique d’affirmer que le mouvement était sur sa fin, réduire à quelques excités, aura fait long feu. Le mouvement social continue et il peut prendre de nouvelles forces pour continuer à bousculer la vie politique. Visiblement, les gilets jaunes s’organisent, tant mieux. Je crois que toutes les forces progressistes doivent se mobiliser pour élargir le front des luttes.

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

Gilets jaunes. Édouard Philippe manie le bâton et oublie la carotte

Posté par jacques LAUPIES le 8 janvier 2019

Gilets jaunes. Édouard Philippe manie le bâton et oublie la carotte dans POLITIQUE 62822.HR

 

Avec un ton moins martial qu’Emmanuel Macron, le premier ministre a délivré, lundi soir sur TF1, un message sécuritaire devenu stratégie de l’exécutif face au mouvement des gilets jaunes.

Le terrain avait été soigneusement préparé depuis les vœux aux Français d’Emmanuel Macron le 31 décembre, où le président a dénoncé, sans nommer les gilets jaunes, les « porte-voix d’une foule haineuse ». Après l’acte VIII des gilets jaunes, et se situant dans la perspective d’un acte IX samedi prochain, le premier ministre, Édouard Philippe, a joué du bâton sans la carotte. S’il distingue les manifestants des casseurs, ce sont tous ceux qui défilent qui sont visés par le durcissement de l’arsenal répressif. Le visage dissimulé dans la rue, y compris avec un masque contre les lacrymogènes ? Un délit bientôt, et non plus une simple contravention. Toute manifestation non déclarée verra les peines alourdies pour ceux identifiés comme organisateurs et participants. Enfin, dès février, le gouvernement compte instaurer un fichier d’interdits de manifestation, sans dire clairement sur quelle base : des personnes condamnées, comme pour le fichier des ultras interdits de stade, ou sur la base de la seule suspicion, comme pour les assignés à résidence, empêchés de se mobiliser contre des projets comme Notre-Dame-des-Landes ?

le premier ministre s’en tient à une réponse sécuritaire

Le dispositif policier retrouvera samedi prochain son niveau de mi-décembre, à savoir près de 80 000 policiers et gendarmes dans toute la France, a précisé le premier ministre, assurant que les manifestants violents n’auraient « pas le dernier mot ». Vendredi déjà, avant l’acte VIII, l’exécutif qualifie le mouvement d’« agitateurs » voulant « renverser le gouvernement ». De ce moment où sa faiblesse est évidente, le pouvoir veut la retourner en une force, en s’appuyant sur la « légitime violence » de l’État pour retrouver une assise politique. Laurent Wauquiez, le président des « Républicains », regrette toutefois des annonces « sans efficacité immédiate. C’est tout de suite qu’il faut rétablir l’ordre », estime-t-il, invoquant l’état d’urgence. Le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, a réagi rapidement : « Le premier ministre promet plus d’arrestation ? On veut plus de pouvoir d’achat ! » « 8 week-ends successifs de mobilisation, des dizaines de milliers de personnes qui battaient le pavé encore samedi dernier… et le premier ministre s’en tient à une réponse sécuritaire. Absurde », a également tweeté Ian Brossat, tête de liste du PCF aux élections européennes. Même tonalité du côté de la députée FI Clémentine Autain, qui qualifie l’intervention d’Édouard Philippe d’« hallucinante », dénonçant des annonces focalisées sur les « casseurs ». « Pour le reste, les millions de Français ? Circulez, il n’y a rien à voir », ajoute-t-elle.

« Face à l’ultraviolence, il faut de l’ultrasévérité, et il faut que cela cesse », plaidait encore le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, hier matin sur RTL. Tout était déjà fin prêt pour que le premier ministre sorte de son silence, face à un journaliste regrettant le faible nombre des condamnations intervenues. Édouard Philippe a même pu entonner le couplet de la séparation des pouvoirs tout en insistant sur les « 5 600 gardes à vue » et « plus de 1 000 condamnations » enregistrées depuis le début du mouvement.

Au début du quinquennat, l’exécutif s’était déjà illustré en la matière avec l’adoption de la loi de « lutte contre le terrorisme et de sécurité intérieure », controversée du fait de ses aspects liberticides. Et la majorité ne manque pas de ressources. Si Édouard Philippe n’en a pas dit mot, son ministre de l’Intérieur a pris soin d’annoncer, un peu plus tôt lors de ses vœux aux forces de l’ordre, une future loi d’orientation et de programmation pour la sécurité afin de « fixer la vision à long terme de notre politique de sécurité intérieure ». Le premier ministre a refusé néanmoins une demande des policiers : le placement sous mandat de dépôt des personnes condamnées à de la prison ferme pour des violences en marge de manifestations, signifiant leur envoi en maison d’arrêt dès leur condamnation.

La proposition d’un fichier des interdits de manifester émane, elle, de la droite sénatoriale. Le 23 octobre dernier, le président du groupe des sénateurs LR, Bruno Retailleau, voulait « casser les casseurs ». Édouard Philippe la reprend désormais à son compte, et la présentera début février à l’Assemblée. Piquant de l’histoire, les sénateurs LaREM avaient alors voté contre. Le gouvernement, par la voix de Laurent Nunez, avait également donné un avis défavorable. Avant de se rallier aujourd’hui à la proposition de la droite.

Julia Hamlaoui, Olivier Morin et Lionel Venturini

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

Fabien Roussel sera l’invité de Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV et RMC, ce 8 janvier à 8h30.

Posté par jacques LAUPIES le 8 janvier 2019

 

Summer_Sneaker_Sale!.png

Il y réagira à l’invention du Premier ministre et au scandale de la fraude fiscale des multinationales.

On a appris la semaine dernière encore que Google avait fait transité 19,9 milliards d’euros, en 2017, vers un paradis fiscal via une société écran basée aux Pays-Bas.

Le PCF a donc décidé de se rendre en délégation chez Google France, à Paris, ce 8 janvier à midi, pour demander à rencontrer le Président de la multinationale américaine.

Google et toutes les multinationales ayant des activités en France doivent respecter notre pays, nos lois et payer, comme toutes les entreprises françaises, les différents impôts et taxes dus en France.

 

Le PCF demande la taxation à la source des bénéfices des multinationales. C’est possible!

Sur ce sujet, nous t’invitons à lire, et faire circuler, la tribune de Fabien Roussel parue dans le JDD du 6/01/19, accessible en cliquant sur l’image ci-dessous:

visuel_FR_pas.jpg

Fraternellement
Vie Militante

http://www.pcf.fr/

 Fabien Roussel sera l'invité de Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV et RMC, ce 8 janvier à 8h30. dans POLITIQUE spacer
spacer dans POLITIQUE

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

Sans commentaires de ma part sauf que la violence nait de la violence et qu’il faut, sans pour autant l’excuser, rechercher ce qui la provoque…

Posté par jacques LAUPIES le 7 janvier 2019

 

VIDÉO. « Gilets jaunes » : « Oui, j’ai mal réagi, mais je me suis défendu », se défend l’ancien boxeur

partagez

 
VIDÉO. "Gilets jaunes" : "Oui, j'ai mal réagi, mais je me suis défendu", se défend l'ancien boxeur
L’ancien boxeur Christophe Dettinger a enregistré une vidéo d’explications avant de se rendre à la police.
©Capture d’écran Le Parisien
A lire aussi

Orange avec AFP, publié le lundi 07 janvier 2019 à 14h47

 

Avant de se rendre lundi matin aux autorités, l’ancien boxeur accusé d’avoir agressé deux gendarmes en de l »‘acte 8″ de la mobilisation des « gilets jaunes » a tourné une vidéo dans laquelle il explique son geste.

L’ex-boxeur soupçonné d’avoir agressé deux gendarmes samedi 5 janvier à Paris lors de « l’acte 8″ des « gilets jaunes », s’est présenté à la police ce lundi matin et a été placé en garde à vue, a indiqué le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner sur Twitter.

Originaire de l’Essonne, cet homme était activement recherché par la police depuis les faits. Une perquisition avait visé son domicile à proximité de Massy, dimanche matin, selon une source policière.

 

Absent lors de l’arrivée des fonctionnaires, un membre de sa famille avait indiqué qu’il se rendrait à la police lundi, a précisé une source proche du dossier à l’AFP.

Avant de se rendre, l’homme avait tourné un message pour expliquer son geste, que ses proches ont publié sur les réseaux sociaux(/BOLD], rapporte Le Parisien. « Chers gilets jaunes, je me présente : Dettinger Christophe, c’est moi la personne qui ai affronté les CRS le samedi 5 janvier. Je voulais vous présenter les choses, comme je le sens », explique celui qui fut double champion de France des poids lourds-légers. Il affirme avoir participé à toutes les manifestations parisiennes du samedi et dénonce l’attitude des forces de l’ordre, qu’il qualifie de « répression ».

« Moi je suis un citoyen normal, je travaille, j’arrive à finir mes fins de mois, mais c’est compliqué », déplore-t-il, expliquant qu’il manifeste « pour les retraités, le futur de mes enfants, les femmes célibataires ». « Je suis un ‘gilet jaune’, j’ai la colère du peuple en moi », assure-t-il dénonçant un État « qui se gave sur notre dos ». « Je ne suis pas d’extrême gauche, je ne suis pas d’extrême droite, je suis un Français, j’aime mon pays, j’aime ma patrie », nuance-t-il néanmoins.

« Je me suis fait gazer avec mon amie, j’ai voulu avancer sur les CRS (…), la colère est montée en moi j’ai mal réagi, mais je me suis défendu », précise-t-il ensuite. Il appelle ensuite les « gilets jaunes » à continuer « pacifiquement » le combat.

Un de ses proches a lancé une cagnotte de soutien, précise le quotidien.

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

Soutien, solidarité, engagement avec la gilets jaunes pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils énoncent pour l’essentiel de justes revendications

Posté par jacques LAUPIES le 7 janvier 2019

Boris Horvat/AFP

 

Mouvement social. Macron n’en a pas fini avec les gilets jaunes

 

Emmanuel Macron espérait l’essoufflement des mobilisations des gilets jaunes. Pari perdu : samedi, partout en France, elles ont clairement redémarré. Pouvoir d’achat, ISF, RIC, les revendications ont été une nouvelle fois rappelées à l’exécutif.

«Vous êtes où ? » « Concorde ! » « C’est officiel ? Pourquoi les organisateurs ne confirment pas ? » « Oui, c’est officiel. » « J’y suis, y a personne ! » « Ça fait une heure qu’on se gèle dans la rue. » Ce samedi matin, les commentaires postés sur la page Facebook « Acte VIII, le renouveau » s’enchaînent sans interruption. Dans leur jeu du chat et de la souris avec la police, les organisateurs des rassemblements parisiens matinaux avaient pris soin de ne pas dévoiler les lieux de rendez-vous, appelant les gilets jaunes à « patienter dans l’ouest de Paris, à gauche pour ceux qui connaissent pas ». Des petits groupes se forment autour des Champs-Élysées, éparses. « Ça commence à chauffer du côté de Concorde… » « On arrive ! » Les yeux rivés sur leur smartphone, les manifestants se cherchent dans la capitale. Ils finiront par se retrouver en début d’après-midi devant l’Hôtel de Ville. Point de départ officiel d’un cortège qui doit rallier l’Assemblée nationale. Un parcours déposé en préfecture, sévèrement encadré par les compagnies de CRS. Sur la place du Châtelet, à quelques encablures de la mairie, ils sont des centaines à patienter dans le calme avant le top départ.

Les marées humaines de l’acte VIII partout en France

Par petits groupes éparpillés dans toute la France, les gilets jaunes ont ainsi multiplié, ce jour-là, les marées humaines de l’acte VIII. Nantes, Bordeaux, Rouen, Toulouse, Dijon, Lyon, Marseille… les cortèges étaient deux à quatre fois plus nombreux que la semaine précédente : près de 50 000 gilets jaunes recensés dans toute la France par le ministère de l’Intérieur, contre 32 000 la semaine dernière. En somme, les vœux du président n’ont convaincu personne. Répartition des richesses, amélioration des conditions de travail, protection des travailleurs, justice fiscale, représentativité parlementaire, démocratie directe, souveraineté monétaire, référendum d’initiative citoyenne (RIC), critique des médias de masse… dans les cortèges, les revendications, loin de la seule lutte pour le pouvoir d’achat, investissent désormais tous les champs politiques et sociaux.

Dans les rues de Nantes, Catherine est là pour ses enfants. Elle est en colère de devoir, à chaque fin de mois, remplir le frigo de son fils. Avec 1 400 euros de salaire et un loyer de 750 euros, celui-ci ne s’en sort pas. Les 100 euros promis par l’exécutif aux smicards, il ne les touchera pas. « Il est temps de prendre l’argent là où il y en a ! » dit-elle. À Paris, Denise et Frédéric sont venus « de la banlieue sud » avec leur fils de 18 ans. « On est encore là parce qu’on n’a pas obtenu grand-chose », explique la mère de famille. « L’augmentation des taxes touche toujours les mêmes, c’est l’appauvrissement général », poursuit-elle en appelant à la démission d’Emmanuel Macron. « Oui, mais c’est surtout ce système qu’il faut mettre à plat », l’interrompt Frédéric, qui reconnaît chez les gilets jaunes « un fond anticapitaliste ». Un sentiment que partage Mélanie. Salariée, « dans une situation confortable », elle voit pourtant quotidiennement les conséquences d’un système qui marche sur la tête.

« Ne pas laisser la France aux mains des banquiers »

Depuis « trop longtemps nous avons laissé notre conscience de côté, aujourd’hui on doit réparer, prendre notre avenir en main pour nos gosses, car tous les jours les choses s’aggravent ». William est au chômage depuis quelques semaines, il a en travers de la gorge le décret renforçant les sanctions contre les chômeurs tombé la semaine dernière. « Mon permis de conduire a été suspendu pour cinq mois et si on me propose un poste qui exige un permis, je n’ai pas le droit de le refuser sinon je serai radié », dénonce ce technicien d’assainissement. Jeudi dernier, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), une dizaine de gilets jaunes se sont d’ailleurs postés devant une agence Pôle emploi pour dénoncer « une criminalisation des chômeurs et de la pauvreté ».

1. Des centaines de femmes gilets jaunes se sont rassemblées hier matin sur la place de la Bastille à Paris et dans plusieurs villes de France. B. Guay/AFP

1. Des centaines de femmes gilets jaunes se sont rassemblées hier matin sur la place de la Bastille à Paris et dans plusieurs villes de France. B. Guay/AFP

À Paris, entre les pancartes pro-Frexit, les banderoles enjoignant à ne pas « laisser la France aux mains des banquiers » et les drapeaux français, au son de la Marseillaise entonnée çà et là, Florian fait une pause. « Ah, la CGT ! Allez les gars, faut faire la grève ! » lui lance un manifestant. Gilet jaune au nom du syndicat sur le dos, le salarié de la Mairie de Paris opine du chef. « Je suis syndicaliste et gilet jaune, et on est beaucoup dans ce cas-là », explique-t-il. Pour lui, pas question de parler d’essoufflement du mouvement. « C’est que le début », affirme ainsi celui qui prédit que la réforme annoncée des retraites ou celle de la fonction publique vont renforcer considérablement la colère. « Ce gouvernement détruit tout, on doit tous descendre dans la rue, les syndicats aussi, c’est un mouvement politique profond. » À Martigues (Bouches-du-Rhône), les gilets jaunes et stylos rouges ont même appelé à une manifestation commune autour de sept revendications partagées : suppression des taxes et de la TVA, hausse générale des salaires, des pensions et des minima sociaux, accès à la santé et aux soins pour tous, rétablissement de l’ISF et fiscalité équitable pour les contribuables comme pour les PME et PMI, développement des services publics et consultation régulière des citoyens.

Marqueur du mouvement, la mobilisation sur le Web se conjugue aussi dans les rues. De nouveaux appels se lancent sur Facebook : « Manifestation régionale des gilets jaunes du Grand-Ouest », samedi prochain ; chaîne humaine du nord au sud et d’est en ouest de l’Hexagone… « Ça ne s’essoufflera pas », disent-ils, partout en France. « Nous ne sommes pas une minorité : 55 % des Français souhaitent qu’on soit dans la rue », affirme Mathias, à Nantes. Confirmation sur Periscope, en direct depuis Clermont-Ferrand. « Nous avons fait une pause mais nous n’avons pas renoncé », renchérit Karine. En famille, elle a profité de la trêve des confiseurs pour organiser un nouveau point de résistance à proximité de son village. Ce samedi matin, ils étaient une dizaine autour du feu. À Paris, c’est Pierre qui filme le cortège parisien en route vers l’Assemblée nationale. « Je filme et je diffuse sur les réseaux sociaux. Pour montrer qu’on est très nombreux, qu’on est toujours là, pour partager ce moment avec tous ceux qui n’ont pas pu venir. » En dehors des rendez-vous hebdomadaires, les gilets jaunes savent qu’ils vont devoir préciser et structurer leur avenir. Beaucoup ne croient pas en une traduction politique du mouvement par une liste aux européennes, mais d’autres y voient une possibilité de faire émerger leurs combats. Quant à la consultation proposée par Emmanuel Macron à partir du 15 janvier, la méfiance prime. « Ils vont chercher à nous endormir. La confiance est rompue depuis qu’on nous envoie les gilets bleus pour discuter », explique une manifestante.

1. Des centaines de femmes gilets jaunes se sont rassemblées hier matin sur la place de la Bastille à Paris et dans plusieurs villes de France. B. Guay/AFP<br /><br /><br />

1. Des centaines de femmes gilets jaunes se sont rassemblées hier matin sur la place de la Bastille à Paris et dans plusieurs villes de France. B. Guay/AFP

Pour dénoncer « l’usage incompréhensible » de la violence et des armes par les CRS et la brigade anticriminalité, les femmes, visage maquillé de rouge sang, ont pris la tête du cortège nantais. « Ça gaze devant ! On va se prendre le nuage ! » À des kilomètres de là, Kevin remonte les quais parisiens de la Seine à contresens. Les yeux rougis. « Les CRS m’ont pris mes lunettes, j’ai perdu les gens avec qui j’étais », explique cet Alsacien qui manifeste pour la deuxième fois dans la capitale. « Je me bats pour ma grand-mère, qui touche 600 euros de retraite, et pour tous les gamins. » Lui qui n’a jamais voté croit dur comme fer à la victoire des gilets jaunes : « C’est de mieux en mieux organisé, on va y arriver ! » Loin, très loin, de se résumer à une poignée de « factieux » qui voudraient « détruire la République », dixit le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, le mouvement des gilets jaunes est bien entré, samedi, de plain-pied dans la nouvelle année.

 

Marion d’Allard (à Paris), Clotilde Mathieu (à Nantes), avec Sylvie Ducatteau

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

1...45678
 

Gabon, Environnement, Touri... |
Site des Jeunes Tassilunois |
Histoire d'Europe |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | RETROVISEUR SANSALVATORIEN
| larurale
| Droit Administratif des Bie...