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Une réflexion intéressante : je vous la livre !

Posté par jacques LAUPIES le 4 décembre 2018

 

Une réflexion intéressante : je vous la livre ! dans POLITIQUE

Depuis le 17 novembre 2018, les travailleurs et citoyens ’gilets jaunes’ sont dans l’action contre cette énième agression contre nos intérêts de classe qu’est l’augmentation du prix du carburant par le biais d’une nouvelle taxe. Ce mouvement dans un contexte colonial prend la forme d’une quasi-insurrection populaire à l’Île de la Réunion.

Nous savons tous que le prétexte ’écologique’ à ce nouvel renchérissement de la vie des travailleurs et nos familles, est un faux et usage de faux permanent comme l’ont été tous les prétextes pour justifier la ’loi travail’, ’les réformes Macron’ que nous avons combattues avec courage de toutes nos forces, sans les stopper.

Deux faits récents démontrent à suffisance le mensonge attrape-nigaud Macronien de ’taxe pour l’écologie’ : l’écolo-libéral de service qu’est N. Hulot, après avoir ravalé ses promesses non tenues, a jeté l’éponge sans aucune dignité – la longue grève de nos camarades cheminots contre une libéralisation-privatisation anti-écologique de la SNCF.

Nous savons aussi d’expérience qu’à chaque lutte que nous menons, l’intoxication et la manipulation gouvernementale, patronale et médiatique sont systématiques pour dénaturer, isoler notre combat voire dresser le reste de la population contre nous. Ces procédés montrent que le mensonge fait partie des méthodes de manipulation des exploiteurs capitalistes et de leurs commis gestionnaires de l’appareil d’état, dans leur lutte de classe contre le monde du travail.

Rejetons le mensonge de ’fascistes’ pour caractériser la lutte des ’gilets jaunes’

Dès l’annonce de leurs actions de blocage, les média-mensonges ont utilisé le mot ’taxe’ pour dénoncer le ’poujadisme’. Ensuite, a été mis en avant le fait que ’c’est un mouvement pas organisé et sans leader’ pour suggérer ’la récupération par l’extrême droite’. Pour jeter l’opprobre sur ces actions combatives de la colère populaire, la propagande bourgeoise et gouvernementale, jusqu’ici férocement antisyndicale, en particulier anti-CGT, a connu brusquement une mue pour vanter les ’syndicats qui, au moins, déclarent leurs parcours, sont organisés et sont des interlocuteurs responsables’ (sic !).

Contre cette révolte spontanée de masse (300.000 selon la police et 1 million 400.000 selon la presse étrangère), le gouvernement loue les services des ’corps constitués’ syndicaux présentés comme les rouages républicains du système, système qui ne tolère le droit constitutionnel de manifester tant que ça ne bloque pas l’économie ! C’est exactement par ce même procédé que JC Juncker de la Commission Européenne justifie le vote parjure des parlementaires contre le référendum victorieux du NON au TCE, quand il dit qu’ « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ».

La caractérisation de ’mouvement fasciste’ des ’gilets jaunes’ est un sous-produit de la caractérisation de ’populiste’ que l’on balance à tout propos dès qu’on fait référence au peuple. L’élite bourgeoise et ses thuriféraires ne supportent pas que la ’populace’, les ’prolos’, les artisans, les autoentrepreneurs, les Ubérisés, les petits commerçants ou patrons des PME et PMI, bref que le peuple se mêle des affaires de la cité, des affaires du pays et disent STOP à l’engraissement sans fin des actionnaires du CAC40, des firmes monopolistes au détriment de tous.

QUI donc veut coûte que coûte, nous faire croire que la colère populaire est ’populiste’ et ’fasciste’ ? Il suffit d’entendre les revendications qu’exprime le ras le bol de la vie chère et contre QUI elles sont avancées : gouvernement et patronat. Alors nous comprenons que la propagande de Macron et celle de l’extrême droite fasciste déclamant son ’soutien aux gilets jaunes’ veulent nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Macron cherche tout simplement à fabriquer l’adversaire dont il a besoin. Le faux duel ’droite/gauche’ est démasqué, il s’agit maintenant de le remplacer par un autre faux duel ’républicain/populiste’, ’européiste/nationaliste’, ’démocrate/fasciste’.

REFUSONS D’ÊTRE LES IDIOTS UTILES QUI CONFONDENT LE DOIGT (la taxe) ET LA CHOSE QU’IL DÉSIGNE (la vie chère). C’est ce que nous devenons de fait, si nous nous laissons prendre à ce piège qui nous met ainsi dans le camp du président ultralibéral Macron et des multinationales de l’essence et du diesel.

REFUSONS D’ÊTRE DES BRISEURS DE LUTTES CONTRE DES TRAVAILLEURS EN LUTTE au nom de la formule confusionniste et hypocrite selon laquelle, ’la CGT ne manifeste pas avec l’extrême droite’, ce qui est une façon de dire que les ’gilets jaunes sont fascistes’.

Ce que nous devons retenir c’est la justesse et la légitimité des revendications que nous partageons et, à partir de là, faire en sorte que, comme dans les grèves que nous organisons, tous les travailleurs soient unis dans le combat sur la base de leurs intérêts de classe au-delà de leur croyance, leur religion ou pas, leur choix politique personnel.

Les fascistes ne peuvent dévoyer les luttes sociales que si nous faisons la politique de la chaise vide dans le mouvement social, que si nous leur laissons, par stupidité et trahison syndicale, le terrain du combat social pour la satisfaction des revendications des masses contre la vie chère qui est synonyme de refus de la hausse des prix et donc de la baisse par ce moyen des salaires. La nature a horreur du vide.

Syndicalisme de classe et de masse

Notre pays compte à peine 8% de syndiqués dont près de 4% sont à la CGT. Nous sommes loin de faire le plein du syndicalisme de masse et de classe. Nous savons tous que les taxes (TIPP, CSG, TVA, etc) et la nouvelle taxe sur le diesel servent à FAIRE PAYER LA CRISE DU CAPITALISME, ses déficits, ses dettes, PAR LES TRAVAILLEURS.

Depuis 40 ans l’offensive libérale a pour objectif, LA BAISSE DES SALAIRES au nom de la ’compétitivité’ des entreprises capitalistes. Les principaux moyens pour réaliser cela sont la hausse des prix, le blocage des salaires, l’embauche de précaires dans le privé (intérim, cdd, saisonniers, journaliers, etc.) et dans le public (vacataires, contractuels, cdd, cdi, etc.). Tous les travailleurs du secteur privé et du secteur public sont de plus en plus frappés.

C’est se tirer une balle dans le pied pour le syndicalisme et en particulier pour la CGT que de se positionner en spectateur du combat des ’gilets jaunes’ au nom du fait que ’ceux et celles qui sont dans l’action étaient absents du combat contre la loi travail et les contre-réformes Macron’ ou encore parce que ’la hausse des salaires n’est pas clairement revendiquée’, etc.

Être hors de cette expression massive du ras le bol par la mobilisation des ’gilets jaunes’ pour de tels prétextes, c’est se tromper de colère, c’est dévoyer sa colère contre d’autres travailleurs et non le patronat et son gouvernement, c’est donner un coup de sabre à la nécessaire unité des travailleurs, c’est marquer un but contre son propre camp au profit des patrons et de leur gouvernement avant de se lamenter demain, que les travailleurs ne répondent pas à notre appel.

Être avec elles et eux dans l’action, c’est justement faire grandir la conscience de la nécessité d’un cahier revendicatif mieux élaboré, de l’unité de classe et des masses pour stopper et vaincre les agressions antisociales du grand patronat et du pouvoir politique libéral à son service.

A y regarder de plus près, ce mouvement des ’gilets jaunes’ peut et doit être considéré comme l’entrée dans le combat social des ’abstentionnistes’ jusqu’ici très souvent non-grévistes dans les combats que nous avons menés contre la destruction des conquis sociaux gagnés de haute lutte par nos anciens. Elles et ils sont aussi très souvent ’abstentionnistes’ dans les urnes lors des élections pour savoir qui parmi les politiciens au service de la bourgeoisie va régner pendant 5 ans.

Les ’gilets jaunes’ annoncent donc l’entrée en scène de la partie passive du monde du travail, celle qui faisait confiance au système bourgeois, celle qui patientait jusqu’ici, celle qui acceptait de se serrer la ceinture en attendant le ’ruissellement promis’.

Mais les ’gilets jaunes’ sont aussi ceux et celles qui commencent justement à comprendre qu’ils ont été les dindons de la farce du ’ruissellement promis’, alors que les fraudes fiscales et les dividendes (plus-value) en milliards d’euros des grands patrons du CAC40 s’étalent au grand jour.

Opportunité et tournant pour le syndicalisme CGT

Les luttes de ces dernières années, après la lourde défaite sur la retraite de 2010, ont été marquées par une poussée combative de la CGT, qui a montré à la fois le frein du réformisme opportuniste encore pesant à la tête et les limites de nos forces organisées de la base.

De la loi Travail, aux ordonnances Macron jusqu’à la dernière lutte des cheminots, la base CGT suivie de Solidaires a mené un combat qui, même si il n’a pas permis d’arrêter l’attaque patronale et gouvernementale, nous mettait sur le chemin de victoires à venir. Il y a énormément de luttes défensives et partiellement offensives dans les taules qui se soldent par des victoires partielles et locales.

NOS POINTS FAIBLES, QUI CRÉENT UN CERTAIN MANQUE DE CONFIANCE DANS LE SYNDICAT DE LA PART DES TRAVAILLEURS SYNDIQUÉS OU NON SYNDIQUÉS MAJORITAIRES SONT : LE MANQUE D’UN CALENDRIER DE LUTTES INTERPROFESSIONNELLES CONFÉDÉRALES, L’ABSENCE D’EXPRESSION CONFÉDÉRALE DE LA COLÈRE QUI SOURD DANS LES LIEUX DE TRAVAIL ET DANS LES FOYERS, L’ACCEPTATION DU SOI-DISANT ’DIALOGUE SOCIAL’ ATTRAPE-NIGAUD.

N’oublions pas les scandales que l’adversaire de classe s’empresse de diffuser en confondant délibérément l’ivraie et la bonne graine syndicale.

L’intégration du syndicalisme dans le système de la République bourgeoise pour en faire un élément des ’corps constitués’ est à terme la mort du syndicalisme de classe et de masse radicalement défenseur des intérêts du monde du travail contre les intérêts du capital.

Le mouvement des ’gilets jaunes’ hors du syndicalisme est une punition des dérives réformistes, carriéristes et de l’opportunisme du syndicalisme trop perçu, pas toujours à tort, comme une caste aristocratique et bureaucratique légaliste qui n’organise plus la colère et la combativité revendicative des masses laborieuses exploitées. Ce syndicalisme-là est, bien entendu, celui des composantes CFDT, FO, UNSA du ’syndicalisme rassemblé’ et qui par ce biais malheureusement déteint sur la tête de notre CGT.

Le mouvement des ’gilets jaunes’ fusionne des femmes et des hommes salariés, retraités, chômeurs, précaires, artisans, paysans, petits commerçants, petits patrons de PME/PMI, etc. contre la vie chère, tout comme l’avait fait précédemment les ’bonnets rouges’ en Bretagne. Il y a parmi eux des gens du peuple qui sont de droite, socialistes, anti-libéraux de gauche, communistes, anarchistes, sans étiquette politique pour la majorité et même d’extrême-droite.

Ce qu’elles et ils ont en commun, c’est le REFUS DE LA VIE CHÈRE DONT ELLES ET ILS SONT VICTIMES. C’est là où réside la RAISON FONDAMENTALE DE NOTRE ENGAGEMENT AVEC ELLES ET EUX POUR STOPPER LA BROYEUSE SOCIALE , QUI APPAUVRIT LE PEUPLE, LIQUIDE NOS CONQUÊTES DÉMOCRATIQUES ET DÉTRUIT NOS CONQUIS SOCIAUX.

Ce texte est un appel aux UL, UD, UP , CCN pour qu’à l’instar du NON AU TCE, LA CGT PRENNE TOUTE SA PLACE ET SOIT AVEC LES ’GILETS JAUNES’ POUR QUE VIVE LE SYNDICALISME DE CLASSE ET DE MASSE QUI A PERMIS DE GAGNER TANT DE CONQUIS SOCIAUX ET DÉMOCRATIQUES EN 36, 45, 68.

NOUS DEVONS ÊTRE DIGNES DE NOS ANCIENS ET MÉDITER CET ENSEIGNEMENT DU GRAND RÉVOLUTIONNAIRE PROLÉTARIEN SOVIÉTIQUE LENINE :

« Quiconque attend une révolution sociale ’pure’ ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n’est qu’un révolutionnaire en paroles qui ne comprend rien à ce qu’est une révolution. (…) La révolution… ne peut pas être autre chose que l’explosion de la lutte de masse des opprimés et mécontents de toute espèce. Des éléments de la petite bourgeoise et des ouvriers arriérés y participeront inévitablement : sans cette participation, la lutte de masse n’est pas possible, aucune révolution n’est possible. Et tout aussi inévitablement, ils apporteront au mouvement leurs préjugés, leurs fantaisies réactionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs. Mais objectivement, ils s’attaqueront au capital, et l’avant-garde consciente de la révolution, le prolétariat avancé, qui exprimera cette vérité d’une lutte de masse disparate, discordante, bigarrée, à première vue sans unité, pourra l’unir et l’orienter, conquérir le pouvoir, s’emparer des banques, exproprier les trusts haïs de tous (bien que pour des raisons différentes) et réaliser d’autres mesures… dont l’ensemble aura pour résultat le renversement de la bourgeoisie et la victoire du socialisme. »

ALORS TOUS AVEC LES ’GILETS JAUNES’ !

Pour dire à MACRON, le président des milliardaires :

’Les automobilistes, les travailleurs, les sans-papiers/

réfugiés/migrants ne sont pas des vaches à lait’.
Diagne Roland, membre des Commissions Exécutives de la CGT Educ’Action Nord, de la FERC-CGT, de l’UD CGT Nord, de l’UL CGT Tourcoing le 21/11/2018

 

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Quand le jaune a besoin du rouge pour contrer les noirs de la rue et les blancs du pouvoir

Posté par jacques LAUPIES le 2 décembre 2018

 

L’histoire donne aux couleurs des valeurs symboliques qui peuvent entrer en contradiction.

Il faut donc les observer dans le temps mais aussi dans l’espace.

Si le noir est devenu symbole de l’anarchie en politique il a été aussi celui des pirates. Et l’on n’en finirait pas de lui attribuer d’autres expressions : le deuil, la tristesse, la mort, le pouvoir, etc.

Le rouge symbole de passion, de chaleur, de puissance, de vie et de sang  est en politique porté la les luttes ouvrières, le socialisme, le communisme.  Il est cependant demeuré la couleur arboré par le pouvoir religieux. Immortalisé en littérature par le Roman de Stendhal come le noir.  

Quant au jaune il n’échappe pas à ce tout et n’importe quoi qui va de la gloire de la lumière à la traitrise, de la joie à la tristesse, etc. En politique  le jaune est celui qui trahit, se fait acheter. Nul doute que les gilets jaunes vont lui donner une signification plus positive.

Le vert n’échappe pas à des significations multiples même si de nos jours l’idée de la nature et de sa protection en a fait son symbole, il demeure aussi celui de la mort, de la maladie. Mais pour qui nait au 21ème siècle il devient marque d’espoir.

On le voit donc que l’intellect collectif est soumis aux pressions des évènements et  des interprétations que l’on en fait pour donner un sens aux couleurs. Il en va de même pourrait-on dire pour les idées. Choisir une couleur, choisir une idée nous expose donc à des visions tres différentes positives autant que négatives.

Il faut évidemment  aller à l’essentiel pour choisir sa couleur ou pourquoi pas ses couleurs. Je ne regrette donc pas mon attachement au rouge, mon espoir dans le vert, quelque sympathie pour le noir, la clarté du jaune et pour finir pour le drapeau arc en ciel qu’arborent les diversités sexuelles. 

 

Mais je m’égare et, placé devant l’émission spéciale de la 2, je m’aperçois que les initiateurs et leurs journalistes de service (Léa Salamé et surtout  le « trou du cul » qui l’accompagne) mettent sur le plateau ce qui peut tenter de sauver la macronie : des députés LREM, des opposants sortis la même musette et sélectionnés  judicieusement. A moins que cela ne se réalise bien tard dans la soirée, j’attends des militants de la CGT et des Députés Communistes.

Bien sur il y aura eu Mélenchon et Ruffin, bien sur il y aura eu Thomas Piketty, bien sur il y aura eu Emmanuel Todd pour qui j’ai une certaine affection mais je ne me retrouve pleinement  dans aucun d’eux sauf peut être Ruffin qui se prononce pour les deux mesures susceptibles de désamorcer le retour de l’ISF, la suppression et l’augmentation des taxes sur les carburants.

Cependant il en est une troisième sans laquelle il risque de ne pas y avoir d’espoir de conciliation : l’augmentation des salaires pensions et minima sociaux ! Précisément c’est cette mesure qui est porte depuis belle lurette par les communistes !

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capté à la manif

Posté par jacques LAUPIES le 2 décembre 2018

 

capté à la manif dans POLITIQUE

Et si l’on parlait de la veste jaune du président ?

Jeudi, 29 Novembre, 2018

Gauche et droite renvoyées dos à dos, refus des cadres sociaux et politiques, « dégagisme »… Pierre Serna inscrit le mouvement des gilets jaunes dans l’histoire et montre comment il est aussi une « créature » du macronisme.

 dans POLITIQUE

Pour toutes celles et tous ceux qui ont une culture de gauche, le jaune n’est pas leur couleur préférée. Je me souviens des lectures passionnantes des œuvres de Madeleine Rebérioux ou de Michelle Perrot sur les mouvements ouvriers, sur les colères paysannes au XIXe siècle, lorsque la lutte des classes devint plus âpre. Je découvris dans leurs ouvrages comment la prise de conscience collective avait structuré ces centaines de milliers d’ouvriers, qui avaient inventé leurs syndicats. Ce qui les fédérait s’appelait la politique, c’est-à-dire l’espoir que, par-delà les difficultés économiques du moment, par-delà les structures sociales et leur lourdeur, la conscience de la collectivité souveraine se disait dans le dialogue, se construisait dans la culture partagée des combats organisés, se fondait sur les valeurs inscrites sur des affiches, puis mises sur le papier. Ce qui devait en résulter était une refondation de la cité, un projet qui reliait les démocrates de l’Athènes du Ve siècle avant notre ère aux ouvriers des cités industrieuses de la fin du XIXe siècle. Hélas, dans ces combats existaient ceux qui n’y croyaient pas, ceux qui refusaient cette perspective d’un monde meilleur pour tous, et se vendaient au plus offrant quitte à devenir les casseurs de grève. C’étaient les jaunes…

Ce n’est évidemment pas une raison pour ne pas observer ce mouvement des gilets jaunes et d’en proposer un regard en tant qu’historien des révoltes et des révolutions. Les secousses antifiscalistes, les émotions, les tumultes contre les taxes injustes, les insurrections contre les impôts abusifs, ont construit l’histoire populaire de la France. Depuis le XVIe siècle, avec l’édification de l’État, et ses deux sombres piliers, l’armée pour imposer l’ordre et démontrer à tous qui a le monopole de la force, et l’impôt pour financer justement l’armée et donc la guerre, les populations les plus modestes se sont vues toujours davantage taxées. Il n’est pas inutile de remonter à François Ier, le premier roi de l’époque moderne, construisant un appareil d’État fondé sur de lourds impôts.

gabelle et privilèges

À cette époque-là, l’essence de l’économie est le sel qui permet de conserver les aliments, de les conditionner pour les transporter. L’impôt sur cette matière première indispensable s’appelle la gabelle et va peser sur ceux qui sont les plus durs au mal, exploités, loin des villes, ne comprenant pas pourquoi ils devraient payer cet impôt, alors que les privilégiés de toutes sortes ne le payent pas. La réaction ne se fit pas attendre et la grande révolte de la gabelle explose dans les campagnes, en Aquitaine, entre 1544 et 1547. Un sommet de violence en 1548 embrase les villes de Blaye, Poitiers, Cognac, Saintes, Libourne, occupées par des milliers de manifestants. Durant l’été, la foule, toujours plus déterminée, envahit Bordeaux. Des scènes de violence ont lieu. Puis sont rédigés des projets de réforme envoyés sous forme d’adresse au souverain. Montmorency, le connétable de France envoyé en Guyenne, châtie le mouvement au moyen d’une répression spectaculaire et cruelle. Pourtant, un an plus tard, en septembre 1549, pour restaurer un ordre précaire, le roi est obligé de supprimer l’impôt détesté dans les régions qui se sont soulevées. Les pitauds, le nom des révoltés d’alors, ont gagné. Colère victorieuse, répression homicide resteront longtemps dans la mémoire orale de toutes les autres insurrections antifiscales des deux siècles suivants, des nu-pieds aux croquants, des bonnets rouges aux masques noirs du Vivarais, la France connaît trois siècles de révoltes antifiscales, jusqu’à ce que les injustices trop criantes en temps de crise après 1780 finissent par provoquer la chute de la monarchie spoliatrice et rapace installée dans les ors de Versailles. Comme le dit l’historien Jean Nicolas, auteur du magnifique ouvrage « la Rébellion française », étudiant plus de 8 500 colères entre 1660 et 1789, la France a toujours vécu dans « l’intranquillité ».

En fait, un État ne peut se construire, comme le rappelle la Déclaration de 1789, sans les contributions des citoyens. À la condition qu’elles soient consenties, justes, servent le bien public, soient efficaces pour la prospérité générale, et se voient utilisées pour l’éducation, la santé, la protection de tous par une police de proximité. Ne rêvons pas, cela implique également que l’État, dont les besoins sont toujours plus grands et les équilibres sociaux toujours fragilisés, soit obligé de respecter un espace public de contestations libres. Cela s’appelle la démocratie avec ses luttes, dont on comprend qu’elles sont d’autant plus puissantes qu’elles sont exprimées, puis traduites en réformes à proposer. Ces combats constituent l’étincelle qui permet d’inventer le futur et de proposer une autre société.

un « extrême centre »

Est-ce le but des gilets jaunes, dans leur colère antifiscale dont on vient de voir qu’elle se raccroche à la lente horloge des exaspérations populaires ? Oui, dans un premier temps. L’outrance de la politique fiscale qui consiste à pénaliser les plus défavorisés, en taxant leur outil de travail, en défiscalisant les plus riches, renforçant la caste des privilégiés, faisant passer pour passéiste le combat des plus modestes, parce qu’ils n’auraient pas compris que le futur écologique implique leur sacrifice, ne peut que mener à la révolte et en retour à la répression. Sidérée par la violence déséquilibrée des ripostes des forces de l’ordre, une citoyenne eut cette remarque très subtile : « Ils nous dictent déjà toute notre vie et ils voudraient nous dicter même comment on doit se mécontenter ? » Découvrant la force de frappe du pouvoir et disant à sa façon, très juste, la bascule brutale qui est opérée depuis la loi EL Khomri en 2016, et les nouveaux modes opératoires de la police. Ainsi, le gouvernant a la double responsabilité de la politique fiscale et des conséquences qu’elle provoque.

Dans un second temps, un autre constat peut être dressé. En dépolitisant toute forme de compréhension de la société par la politique, en délégitimant en permanence les partis, en niant les clivages droite-gauche, en rejetant les idées politiques sous la forme méprisante de vieilleries idéologiques, le président Macron a inventé les gilets jaunes, qui ne sont qu’un reflet biaisé de sa politique. Les gilets jaunes sont le miroir déformant d’un extrême centre qui, en refusant le débat politique et législatif, en imposant le pouvoir exécutif comme la fin ultime de la conduite des affaires d’État, en créant l’illusion qu’une vie réussie est une vie de millionnaire, a inventé une colère sans politique, l’ire des intérêts particuliers, réellement bafoués et qui se retournent contre lui. En poursuivant et renforçant une politique d’arrangement et de complicité avec le Medef, politique menée depuis une trentaine d’années, le pouvoir a détourné la colère de tous ceux qui souffrent des nouvelles conditions de travail dans l’entreprise, vers lui-même, puisqu’il est devenu le bouclier des grandes compagnies internationales, obéissant aux injonctions d’un capitalisme global. En proposant comme modèle de société une vie d’égoïsme obligé, pour soutenir la concurrence, pour accroître son pouvoir d’achat, pour ne pas perdre son temps avec la politique et ses idées irréalisables et utopiques, le macronisme a inventé cette colère désordonnée, parce que sans but politique, pour le moment. Mais l’horloge du temps des luttes tourne… Le pouvoir ne laisse qu’une seule alternative : résister. C’est-à-dire inventer encore et toujours la politique.

Pierre Serna, Historien spécialiste de la Révolution française et de « l’extrême centre »

 

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De la révolte au pas en avant social offensif…

Posté par jacques LAUPIES le 1 décembre 2018

 

Je n’invente rien en disant que révolte n’est pas révolution. Mais la protestation actuelle peut conduire à stopper les prétentions anti sociales de Macron !

Ce qui caractérise le mouvement des Gilets Jaunes est qu’il aboutit, quels qu’en soient les initiateurs, à rassembler un grand nombre de celles et de ceux qui sont dans la  contestation des politiques gouvernementales suivies depuis des décades. Même si d’apparence il n’y a que la taxation des carburants, les bas revenus, une fiscalité totalement injuste qui sont à la base de la protestation, tout le monde devrait s’accorder à reconnaître que les raisons du mécontentement sont bien plus diverses mais que celle de la perte de pouvoir d’achat avec les difficultés de bouclage des fins de mois en sont les éléments essentiels.

C’est bien ce qui peut déranger le plus la grande bourgeoisie et tous ceux qui de près ou de loin sont à son service. D’autant que,  dans les luttes,  nait dans  la pensée de chacun des individus des différentes catégories impliquées, un processus de réflexion sur les causes et les effets mais également sur la recherche de solutions. Il n’est pas étonnant de ce fait que cela aboutisse à des propositions mettant en cause le pouvoir politique et réclamant le départ du Président de la République.

De l’exclu du travail au travailleur exerçant une profession  libérale en passant par le pilier de la contestation que constituent les salariés sous payés, la révolte évolue contre  l’injustice que chacun subit de différentes manières en fonction de sa position sociale. L’amalgame créé autour de l’idée du « tous pourris » à laquelle s’ajoute une stigmatisation des organisations syndicales, entretenue par les médias mais aussi un bonne partie de la droite, de l’extrême droite et de la majorité gouvernementale, contribue à développer les tentatives d’isoler le mouvement des gilets jaunes dans son combat.

Ce piège doit-être évité et comme nous ne cessons de le répéter sur ce blog, il faut que ce mouvement prenne appui, s’associe en quelque sorte, avec toutes les organisations qui portent peu ou prou certes, leurs revendications.

Quelle différence d’ objectifs entre ce salarié qui après sa journée de travail barre les routes avec cet autre salarié dans l’entreprise sous protection d’un statut avancé et d’une organisation syndicale, si ce n’est que le premier n’a pas la même possibilité d’expression par la grève comme son semblable. On pourrait multiplier les exemples tel celui de la mère de familles complétement paralysée par des revenus insuffisants, isolée, et cet autre tributaire de payes insuffisantes du couple et effrayée à l’idée d’une perte de salaire pour grève.

La variété de situation des retraités fait que tous ne sont pas nécessairement disponibles pour aller manifester. Une chose est sure, comme en attestent les sondages, ils font partie de ces 3 Français sur quatre qui sont solidaires.

Alors il n’y a pas à tergiverser et comme le proposait ce soir sur LCI un représentant des Gilets jaunes (par ailleurs adhérent à la CGT) il faut que rapidement des gilets de couleurs différentes se rassemblent sur des objectifs clairs conformes finalement à ce que les gilets jaunes dans leur majorité demandent.

Nos ferons le point ce soir samedi 1er décembre.

 

 

Philippe Martinez

Secrétaire générale de la CGT

Il était l’invité de La Midinale de Regards,

Ce vendredi 30 novembre 2018

https://youtu.be/BhkwU3_Sbg0

De la révolte au pas en avant social offensif... dans POLITIQUE 2ggoq

« Notre responsabilité, c’est de mettre tout le monde en grève »

 

Sur la manifestation de la CGT du 1er décembre
« Il est important de continuer à mobiliser autour des questions de précarité et de précarité de l’emploi. »
« Le gouvernement accentue l’idée que les privés d’emplois étaient des privilégiés et qu’il fallait les obliger à retrouver du travail en traversant la rue. »

 

Sur la mobilisation des gilets jaunes 
« Il y a des possibilités de faire des choses ensemble, évidemment s’ils sont d’accord parce qu’on n’est pas là pour récupérer leur mouvement. Mais il y a des choses possibles. »
« Chaque barrage est un endroit particulier de la contestation et les messages ne sont pas les mêmes partout. »
« Il y a des endroits où ça n’est pas possible parce qu’il y a des actes racistes, d’autres endroits où on n’est pas les bienvenus. »

 

Sur le rôle du gouvernement 
« Le gouvernement joue avec le feu. »
« Depuis qu’ils sont élus, ils considèrent que les syndicats ne servent à rien et qu’ils peuvent gérer le pays comme ils le veulent. »
« Le gouvernement a enfanté les gilets jaunes et ça leur revient à la figure parce qu’il n’y a pas d’interlocuteur, il n’y a pas d’organisation, mais il y a des vrais problèmes et il va falloir les régler. »

 

Sur la représentativité des syndicats 
« Il y a une crise de la représentativité. »
« Le mot démocratie n’a pas la même définition quand on parle du politique et du social. »
« Un député a été élu dimanche dernier avec 18% de taux de participation : ce monsieur a porté sur son nom 11% des inscrits. Moi personnellement, avec un tel score, je ne siégerais pas à l’Assemblée nationale. »
« Il y a eu des élections à la SNCF, c’est 60% des inscrits et on ne serait pas légitimes ? »

 

Sur la suite de la mobilisation et la grève
« On a un plan de travail qui était déjà dans le paysage avant que les gilets jaunes ne soient sur les ronds points. On l’a un peu renforcé. »
« On veut faire du 14 décembre, jour de la fameuse réunion de la commission nationale de la négociation collective, un temps fort de la mobilisation. »
« Il y a, par profession, des grèves qui sont prévues, notamment dans l’énergie. »
« La grève est indispensable sauf qu’il ne suffit pas que Martinez le dise devant une caméra pour que ça marche. »
« Il faut une généralisation des grèves. »
« C’est bien d’occuper les ronds-points mais pour être efficace, c’est bien d’occuper les usines et les services. C’est à ça qu’il faut travailler. »
« Notre responsabilité, c’est de mettre tout le monde en grève malgré des statuts et des préoccupations immédiates ou lointaines qui ne sont pas tout à fait les mêmes. »
« Le slogan magique n’existe pas même si l’on voit que l’on peut fédérer autour des questions de salaires. »

 

Sur la généralisation de la mobilisation (les lycéens, les quartiers populaires, les syndicats)
« On essaie pas de reprendre la main, on essaie de continuer ce qu’on a construit, dans un contexte différent. »
« Je suis sûr que parmi les gilets jaunes, dans les 85% que j’imagine avoir de bonnes intentions, ils devaient nous critiquer lorsqu’on a bloqué des raffineries et des ronds-points pendant la loi El Khomri. »
« La période est propice à la convergence des luttes. »
« Notre souci, c’est de faire converger des revendications et des luttes qui peuvent sembler éloignées mais qui, sur le fond, posent des questions de comment on va vivre demain. »
« En 68, le monde du travail était plus homogène et il y avait moins de syndicats. »

 

Sur les élections professionnelles
« Notre problème, contrairement à la démocratie politique, c’est qu’il n’y a pas d’élections générales pour les syndicats : on ne peut voter pour la CGT que quand la CGT est implantée dans une entreprise. »
« Ces élections sont un moyen d’expression de nos revendications, ça n’est pas une compétition entre syndicats. »
« Il nous faut renouer avec les services publics de proximité parce que c’est une des forces de notre pays. »

 

Sur l’avenir du syndicalisme et de la CGT
« La CGT doit évoluer parce que le monde actuel génère d’autres formes de travail, d’autres relations au travail et notre souci c’est de toujours s’occuper de ceux qui travaillent. »
« Ce n’est pas parce qu’on est contre le travail du dimanche que l’on ne doit pas s’occuper de ceux qui travaillent le dimanche. »
« Beaucoup de gilets jaunes n’ont jamais croisé un syndicaliste : comment peuvent-ils en parler hormis ce qu’ils entendent sur certaines chaines d’infos en continu où l’on nous appelle les « braillards », les « gueulards » ? Donc la CGT doit s’ouvrir. La CGT doit être présente partout où il y a des travailleurs, qu’ils aient du travail ou pas, qu’ils soient en activité ou à la retraite. »

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