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Le voyageur de l’espoir

Posté par jacques LAUPIES le 18 février 2018

 
En bas de la colline
Il ne voit que bosquets
Les arbres qui dominent
Estompent la forêt
 
Apparaît le ciel bleu
Et il se croit sauvé
Mais le regard ne peut
Voir  l’horizon caché
 
Ni les sombres montagnes
Ni le monde voisin
Ni la proche campagne
Ne sont sur le chemin
 
Tout devient inconnu
Par delà les lisières
De ces forêts touffues
Ou planent les mystères
 
Il a des certitudes
Et en vient à penser
Qu’aucune latitude
Ne pourra les ôter
 
Partir est un scandale
Bien pire que rester
Car partout une étoile
Peut être regardée

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Les jardins de la fontaine

Posté par jacques LAUPIES le 18 février 2018

La pause de midi

 

Dans la forêt des jardins
Existe un vert pré
Surplombé d’immense pins
Mis la tout exprès

Arrivent les promeneurs
De la ville toute proche
A la recherche des senteurs
Mains dans les poches
Rehaussant leurs épaules
Bras ballants
Derrière les herbes folles
Ils traînent leur corps nonchalant

Un groupe de jeunes filles
Avec un seul garçon
Coquelicot parmi les jonquilles
S’assied et fait un rond

Mars est à moitié
Et la douceur caressante
Donne à ce mois printanier
Une nature renaissante
Les femelles batifolent
Autour du jeune male
L’une d’elles un peu folle
En fait une étoile

Indifférent il s’assied
Et prend une pose
Genoux dressés
Sur lequel le front se pose

Au bas de l’échine
Apparaît le nu blanc
D’une taille fine
Sous laquelle s’étend
Une croupe divine
S’arrêtant au moment
Ou un caleçon noir
Fait perdre tout espoir

Le désir aussi appartient
A ceux dont l’attrait
Est de voir le sein
Lorsqu’il est caché

 

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Pourquoi Marx rajeunit au présent et au futur

Posté par jacques LAUPIES le 18 février 2018

 

Pierre Chaillan
Vendredi, 16 Février, 2018
L’Humanité
  Pourquoi Marx rajeunit au présent et au futur dans POLITIQUE

Le hors-série exceptionnel de 84 pages édité par l’Humanité est proposé avec en cadeau la dernière traduction du Manifeste du Parti communiste.  Commander en ligne

Dix ans après le « retour de Marx » lors de la crise de 2008, un récent rapport de la banque Natixis explique en quoi son analyse des crises du système capitaliste se trouve avalisée. Quelle actualité ! Déjà, depuis le coup de maître du cinéaste Raoul Peck, c’est un jeune Karl Marx qui s’affiche. Jeune et très actuel, Marx l’est en raison de sa grille de lecture de classes ! Face aux réponses austéritaires et inégalitaires des pouvoirs politiques et aux semeurs de divisions et de guerre, l’économiste des crises, l’historien de la lutte des classes et le philosophe de l’émancipation humaine revient totalement rajeuni dans les débats qui agitent la vie politique, économique et sociale.

Grâce aux travaux universitaires récents, il devient même pertinent pour répondre à des questions dont il semblait éloigné tels les défis environnementaux, les enjeux humains et sociétaux. Pour souffler ses 200 bougies, l’Humanité, journal de Jean Jaurès, a donc décidé d’éditer un hors-série. Notre directeur-fondateur aimait dialoguer avec le penseur, à qui il attribuait l’expression « l’évolution révolutionnaire », qu’il a faite sienne. Démarche moderne s’il en est pour qui veut transformer le monde. Marx, le coup de jeune fait donc la part belle à la jeune génération d’universitaires avec les contributions des doctorants en philosophie Saliha Boussedra, Jean Quétier et Guillaume Fondu, de l’historien Jean-Numa Ducange, du professeur de philosophie Florian Gulli, des philosophes Emmanuel Renault et Franck Fischbach ou encore de l’économiste Frédéric Boccara. Et parce que Marx et le marxisme ne sont pas conçus comme une icône à vénérer ou comme la recette magique qu’il faudrait de façon mécanique appliquer à la lettre, ce numéro donne de la place au débat dans une table ronde avec l’écrivaine Pascale Fautrier, auteure des Rouges, Alain Bergounioux, président de l’Office universitaire de recherche socialiste (Ours), et Guillaume Roubaud-Quashie, le directeur de la revue Cause commune. C’est aussi une formidable invitation à (re)découvrir Marx, à savoir d’où il parle, en suivant le récit des grandes périodes de sa vie d’intellectuel, de mari, de père et d’ami. Son dialogue avec Friedrich Engels est ainsi retracé par Mohamed Moulfi, professeur de philosophie à l’université d’Oran. Plusieurs autres spécialistes de Marx, au travers d’articles de référence, apportent leur pierre à une pensée toujours en construction.

Au-delà des idées reçues, le philosophe Lucien Sève aborde la question de l’individu. Le sociologue et philosophe franco-brésilien Michael Löwy relève le gant du débat sur Marx écologiste. Tel un hommage rendu à Gramsci et à André Tosel, la réflexion de la philosophe Isabelle Garo définit les idées comme « langage de la vie réelle ». Débat actuel encore sur la démocratie et le communisme, avec les contributions des philosophes Étienne Balibar et Yvon Quiniou et du secrétaire national du PCF, Pierre Laurent. La vitalité des concepts marxiens sera rappelée dans des domaines inattendus ou plus connus avec onze pages, « Les mots pour dire Marx de A à Z », concoctées par Maurice Ulrich et Pierre Ivorra. Le docteur en philosophie Claude Morilhat revient sur la pertinence de la théorie de la plus-value. Enfin, deux pépites : un extrait du texte fondateur du philosophe Daniel Bensaïd sur le vol de bois et le poème Karl Marx blues de Jean-Pierre Lefebvre. Si l’historien Raymond Huard revient sur le centenaire en 1918, le philosophe Jacques Bidet s’interroge, lui, sur la « trace féconde » de Marx, évoquant Foucault, Althusser et Bourdieu. L’entretien de Raoul Peck place ce hors-série dans le faisceau de lumière du film le Jeune Karl Marx. Un numéro à se procurer absolument.

 dans POLITIQUE
Tribunes & idées

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Et si le coupable c’était lui : l’électeur imbécile

Posté par jacques LAUPIES le 17 février 2018

Résultat d’images pour electeur caricatureEn 1968 on disait bien : « élections pièges à cons » Que dire aujourd’hui ?

Comme il serait confortable, chaque fois que nos gouvernants nous roulent dans la farine, de s’en prendre même pas aux bourgeois qui tirent les ficelles mais à ceux qui gesticulent à leur extrémité !

Douce tentation que d’aller, non pas  engueuler le politique du coin qui, comme un perroquet, répète inlassablement que la dette et les immigrés nous ruinent et hypothèquent l’avenir de nos enfants mais plutôt, de s’en prendre à celui qui se fait cocufier à chaque élection croyant qu’un nouvel arrivant va solutionner ce que précisément il dit impossible à réaliser.

Vaine tentation que de traiter d’imbécile celui  qui prétend qu’on ne l’y prendra plus et que désormais il n’ira plus voter puisque « c’est tous pareil  » car il est incapable d’un retour en histoire qui lui prouverait que le « tous pareil » est constitué des pareils et de leurs contraires. Des contraires qui existent et grâce à qui il survit.

Vaine  tentation que de lui rappeler que son smic, son RSA, ses allocs, c’est juste pour qu’il ferme sa gueule, que la télé et ses faits divers ou les histoire de cul côtoient les crimes les plus abominables, triés, sélectionnés au beau milieux d’autres c’est pour faire oublier les guerres et les génocides mais aussi les révoltes ou révolutions salutaires ou simplement ses droits !

Vaine tentation que de lui dire  : « au fond tu as peur car tu doutes » Ce serait déjà pardonner  son imbécillité maladive. 

A quoi bon, avec lui verser dans la philosophie ou la psychologie ? Ce qu’il espère d’où que cela vienne c’est que son sort soit amélioré ! Il en sera peut-être reconnaissant à celui qui n’a que deux solutions pour le soulager : la charité ou l’instigation  à la lutte bien ciblée.

On peut toujours combiner les deux…

Mais attention il lui faudra  apprendre à reconnaître les siens car sa maladie chronique : l’ingratitude est sujette à rechute !

 

Transports. Le rapport Spinetta, scénario catastrophe pour le ferroviaire

Clotilde mathieu
Vendredi, 16 Février, 2018
L’Humanité
Dans le cas des lignes régionales, celles-ci seraient regroupées en lots, et plusieurs opérateurs devront répondre à un appel d’offres. Jacky Naegelen/Reuters<br /><br /><br /><br /><br /><br />

Dans le cas des lignes régionales, celles-ci seraient regroupées en lots, et plusieurs opérateurs devront répondre à un appel d’offres. Jacky Naegelen/Reuters
 

L’ex-PDG d’Air France a lancé une bombe contre le service public et la SNCF : transformation en société privatisable, ouverture à la concurrence, fermeture de lignes, fin du statut de cheminot… Décryptage des dangers.

Le premier ministre a sifflé le départ de la bataille du rail, en rendant public, jeudi, le rapport de mission confié à Jean-Cyril Spinetta et visant à préparer la « refonte du transport ferroviaire ». Avec 43 propositions, le rapport de l’ex-patron d’Air France est une véritable bombe contre le service public et l’entreprise nationalisée. Pour le gouvernement, il représente « un diagnostic complet et lucide », alors que, pour la CGT cheminot et SUD rail, il signe la fin du « système public ferroviaire ». Fin du statut, transformation de la SNCF en société anonyme privatisable, ouverture à la concurrence et fermetures de lignes, abandon du fret au privé… les inquiétudes sont grandes. « Ces propositions doivent désormais faire l’objet d’un examen approfondi par le gouvernement et d’un dialogue avec l’ensemble des acteurs concernés », a expliqué le premier ministre, promettant qu’une « première phase de concertation aura lieu dès la semaine prochaine » avec les acteurs, dont les organisations syndicales, « afin de recueillir leurs réactions à la suite de ce rapport ».

Pour la CGT cheminots, ces préconisations « constituent une attaque inédite contre le transport ferré public et contre celles et ceux qui, au quotidien, font le choix du train, quelle que soit la région ou le territoire.(…) Le gouvernement s’apprête à confisquer à la nation son entreprise publique ferroviaire ». L’Unsa ferroviaire anticipe de son côté un « séisme pour les secteurs du rail, ses salariés, ses usagers (…) au détriment du service public ».

1. La vertu de la concurrence, un dogme indiscutable

Pour Jean-Cyril Spinetta, l’ouverture à la concurrence n’est pas sujette à débat. Même si « le système français ne semble toujours pas prêt pour la concurrence », il s’agit désormais de définir « les conditions de la réussite » de l’ouverture du marché du transport de voyageurs, prévue à partir de 2019 et jusqu’en 2023 pour les TER et Intercités (subventionnés par l’État et les régions), et, à partir de 2020, pour les TGV (qui dépendent directement de la SNCF). Car, promet, l’ex-PDG d’Air France, « l’ouverture à la concurrence apportera une partie de la réponse aux difficultés du système ferroviaire français ». À condition, insiste-t-il, que la concurrence soit « préparée et organisée », à la différence de ce qui s’est passé pour le fret ferroviaire, cité comme contre-exemple. Le dogme du privé comme modèle vertueux est donc bien ici le préalable. Car aucune piste d’amélioration du système, en dehors du cadre d’une mise en concurrence, n’est envisagée. Or, selon la CGT cheminots, celle-ci n’a rien d’inéluctable, le gouvernement ayant le pouvoir de la refuser (voir l’Humanité du 8 février).

Pour organiser le passage à la concurrence, les auteurs du rapport préconisent deux systèmes. Dans le cas des lignes régionales, celles-ci seraient regroupées en lots, et plusieurs opérateurs devront répondre à un appel d’offres. Celui retenu sera sur cette portion en situation de monopole. Pour le TGV, le rapport opte pour une concurrence en accès libre (ou open access), où plusieurs opérateurs différents pourront exploiter la même ligne.

2. 9 000 km de lignes à abattre au nom de la rentabilité

Le rapport propose de recentrer le réseau ferré sur « son domaine de pertinence », à savoir les agglomérations et le TGV entre les principales métropoles françaises. Jean-Cyril Spinetta tient dans sa ligne de mire les petites lignes, en agitant l’argument selon lequel elles « coûtent 1,7 milliard d’euros par an », soit 16 % des concours publics du secteur ferroviaire, « pour 2 % des voyageurs ». Ainsi, « chaque kilomètre parcouru par un voyageur coûte 1 euro à la collectivité », insiste le rapport. Le rapport préconise donc un audit complet du réseau, afin que la SNCF puisse sélectionner les lignes à abattre. Charge ensuite aux régions de reprendre ou non ces lignes. Dans un communiqué, ces dernières ont estimé, jeudi, qu’« elles s’opposent à leur fermeture par l’État et à leur transfert unilatéral aux régions ».

Les auteurs du rapport estiment, quant à eux, que « l’économie liée à la fermeture des petites lignes pour le système s’élèverait au minimum à 1,2 milliard d’euros annuels (500 millions d’euros sur l’infrastructure et 700 millions sur l’exploitation des trains) ». Une somme qui pourrait être redéployée vers « la partie la plus circulée du réseau ». Les usagers concernés par les fermetures n’auront qu’à trouver d’autres moyens de se déplacer…

3. « Départs volontaires » et fin du statut de cheminot

Transferts obligatoires, fin du statut pour les nouveaux entrants, plans de départs volontaires : les cheminots sont clairement mis à l’amende. Là encore, les dogmes libéraux priment sur toute recherche d’alternative. Face aux futurs concurrents, anticipant un futur dumping social, Jean-Cyril Spinetta cible les agents. « À la recherche d’un accroissement de la compétitivité de l’entreprise », les auteurs du rapport, citant les cas d’Orange et de La Poste, préconisent qu’il soit « mis un terme au recrutement au statut des nouveaux » embauchés. Le statut de cheminot s’éteindrait ainsi « naturellement » dans une trentaine d’années. Reste que, pour l’ex-PDG d’Air France, la mesure n’est pas suffisante. Il suggère de redéfinir un « nouveau contrat social » à la SNCF, afin de permettre une « évolution du statut ». Pis encore, pour un « gain de compétitivité rapide », Jean-Cyril Spinetta suggère la suppression de 5 000 postes, en recourant pendant deux ans à la « procédure des plans de départs volontaires ». Des « attaques contre les conditions sociales des cheminots inacceptables ! » a réagi la CGT cheminots, l’Unsa ferroviaire estimant pour sa part que ces préconisations visent à « stigmatiser des salariés (…) dévoués au service public ».

Dans le cadre de l’ouverture à la concurrence des TER, des transferts de personnels sont envisagés vers les nouveaux opérateurs. Les cheminots concernés pourront refuser, mais à la condition d’accepter une nouvelle affectation, sous peine d’être considérés comme démissionnaires.

4. Des préconisations floues sur le problème de la dette

La dette de la SNCF a augmenté de 15 milliards d’euros entre 2010 et 2016, pour atteindre près de 45 milliards d’euros fin 2016, décrit le rapport. Et, tous les ans, celle-ci se creuse de 3 milliards. À cela s’ajoute le 1,5 milliard d’intérêts d’emprunt versé chaque année aux marchés financiers. Pour le rapport, « le traitement de la dette est une condition préalable et nécessaire à un retour à l’équilibre du gestionnaire d’infrastructures ». Jean-Cyril Spinetta estime que l’État devrait reprendre « une part » du passif de SNCF Réseau. Le rapport reste cependant particulièrement flou. Pour les syndicats, la dette est le résultat des politiques de l’État. « Ce n’est pas aux cheminots d’en payer le prix aujourd’hui », a réagi le secrétaire général de la CFDT, Didier Auber.

5. La SNCF changée en société anonyme privatisable

La SNCF est, depuis la réforme ferroviaire de 2014, composée de trois établissements publics à caractère industriel et commercial (Epic) : l’Epic SNCF de tête, SNCF Mobilités (les trains) et SNCF Réseau (les rails). Pour se conformer prétendument aux exigences européennes, Jean-Cyril Spinetta souhaite « faire de SNCF Mobilités » une société anonyme « à capitaux publics détenue en totalité par l’État ». Une faible garantie, car cette SA sera bel et bien privatisable, si une nouvelle loi en décide ainsi. Mais, l’ancien haut fonctionnaire ne s’arrête pas là et préconise également la transformation de SNCF Réseau. Car, le statut d’Epic permettant de disposer d’un taux d’intérêt plus faible et d’une capacité d’endettement plus élevée, celui-ci serait une incitation au surendettement. Alors même que, au vu des besoins de financements, il serait sans aucun doute plus intéressant de bénéficier des avantages du statut d’Epic.

A lire :

Le rapport Spinetta sur l’avenir de la SNCF

Journaliste à la rubrique social-économie

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Marx, enjeu collectif

Posté par jacques LAUPIES le 16 février 2018

 Difficile pour ce qui me concerne de me déplacer à Paris : âge, frais, etc.

Je recommande cependant à ceux qui sont fidèle de ce blog d’aller y jeter un œil, voire d’y participer...

Jérôme Skalski
Vendredi, 16 Février, 2018
L’Humanité
Photo : Alvaro Barrientos/AP/SIPA

Photo : Alvaro Barrientos/AP/SIPA
 

À l’occasion du bicentenaire de la naissance de Karl Marx, l’Humanité célèbre une année anniversaire avec la publication du hors-série Marx, le coup de jeune et la co-organisation du Forum Marx à la Bellevilloise.

« Il y a une guerre des classes, évidemment, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui fait la guerre. Et nous sommes en train de gagner », déclarait le milliardaire américain Warren Buffett en 2005. Il aurait pu préciser, « en équipe » . Une équipe entraînée au grand air sur les hauteurs du Mont-Pèlerin avec Ludwig von Mises, Friedrich Hayek et Milton Friedman comme sélectionneurs en titre, prédicateurs inflexibles de la foi néolibérale. Une équipe ressoudée qui, après trente ans de retraite forcée, teste ses crampons en seconde division dans les années 1970 avant de se hisser en ligue 1 dans les années 1980, pulvérisant coup sur coup une partie de l’État social et de l’appareil productif industriel britannique et états-unien sous la houlette de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan. Malgré les résistances, les temporisations, les buts arrêtés, le jeu de massacre macabre combinant privatisations, démantèlements des services publics, financiarisation de l’économie, irresponsabilité environnementale, remaniement permanent de la division internationale du travail, mise sous contrôle des souverainetés fiscale et monétaire des États, précarisation, chômage de masse, exclusion et accroissement des inégalités à une échelle inédite dans l’histoire se veut toujours « en marche ».

Parmi les forces de résistance, en défense et en attaque, la pensée de Karl Marx, dont la présence spectrale avait été soulignée, en plein marasme, par Jacques Derrida au début des années 1990. « Pas d’avenir sans Marx ! » avait-il déclaré au cours d’une conférence donnée en 1993 en mémoire du secrétaire général du Parti communiste sud-africain et militant anti-apartheid Chris Hani, assassiné le 10 avril de la même année. « En tout cas d’un certain Marx, de son génie, de l’un au moins de ses esprits. » (1)

À la suite de la crise économique asiatique déclenchée en 1997 qui, à nouveau, selon l’expression de Marx, fit réapparaître, « même dans les classes sociales régnantes », « le pressentiment que la société actuelle, bien loin d’être un cristal solide, est un organisme susceptible de changement et toujours en voie de transformation » sur la base de ses « contradictions » (2), les « spectres de Marx » se feront tout d’abord entendre dans les années 2000, faisant bouger « l’arrière-cour » latino-américaine placée sous la coupe réglée du FMI, de la Banque mondiale et du Département du Trésor des États-Unis dans les années 1980 et 1990.

Hugo Chavez, élu président du Venezuela en 1999, proclame le réveil de l’idée de la construction du socialisme pour le XXIe siècle. Dans le sillage du lancement du premier Forum social mondial à Porto Alegre en 2001, les élections de Lula da Silva au Brésil en 2002, de Néstor Kirchner en Argentine en 2003, de Daniel Ortega au Nicaragua et d’Evo Morales en Bolivie en 2006 ou encore de Rafael Correa en Équateur en 2007 sont l’occasion, à des degrés divers, de l’affirmation de l’existence d’alternatives aux politiques néolibérales s’incarnant notamment dans le lancement de l’Alba, en 2004, à La Havane. Un premier retour de Marx teinté des problématiques politiques, économiques et sociales de l’Amérique latine, ainsi que des perspectives de l’altermondialisme.

Depuis le déclenchement de la crise bancaire et financière de l’automne 2008, qui a mis là l’ingénue Fin de l’histoire, de Francis Fukuyama, sur le banc de touche, la participation de la pensée de Marx à la prise de conscience d’autres voies possibles du progrès social s’est approfondie dans de nombreuses directions théoriques, corrélativement à un renouvellement de sa lecture, de son in­terprétation et de son appropriation.

L’Humanité, pour les deux cents ans de la naissance du penseur allemand, fait le pari de ce coup de jeune et tire droit dans les filets avec le hors-série Marx, le coup de jeune qui lui est dédié, ainsi qu’avec le Forum Marx, qui lancera, samedi 17 février, à la Bellevilloise à Paris, l’année d’initiatives qu’elle lui consacrera.

Balle au centre, évidemment, la question du travail, qui fut l’un des objets constants de la recherche de Marx depuis ses articles publiés dans la Gazette rhénane jusqu’au Capital, où sont explicités les mécanismes fondamentaux de son exploitation en régime capitaliste, tandis que le Forum Marx mettra la question des enjeux contemporains du travail en débat avec Frédéric Boccara, Anne Eydoux et Bernard Friot, le promoteur du « salaire à vie ».

Lutte de classe, dominations, discriminations, inégalités et révolution feront l’objet de trois rencontres réunissant Domenico Losurdo, Pierre Khalfa, Saliha Boussedra, Nasser Mansouri, Mathilde Larrère, Pierre Serna, Guillaume Roubaud-Quashie, Étienne Balibar, Jacques Bidet et Michèle Riot-Sarcey.

Un coup franc dans les règles sera également tiré dans ce cadre avec les interventions de Mohamed Moulfi, Jean-Numa Ducange, Marie-Cécile Bouju, Françoise Blum et Stéphanie Roza sur « Marx et la France », l’événement de la Bellevilloise se plaçant dans le faisceau de lumière du film le Jeune Marx, de Raoul Peck, pour éclairer, dans une perspective historique, la relation intime des fondateurs du socialisme scientifique avec le lieu de naissance, le 14 juillet 1889, de l’Internationale ouvrière.

Deux thèmes de la pensée de Marx seront mis en exergue en vue de suggérer la vitalité des concepts marxiens, au-delà des idées reçues, dans des domaines inattendus. Le premier, articulé aux travaux de Lucien Sève, présent par l’intermédiaire d’un entretien filmé, a trait à la question de l’individu et de son émancipation. Le second – voir ci-contre l’entretien de Kohei Saito et, tel quel, le texte d’Engels extrait des manuscrits de sa Dialectique de la nature – concerne la question de l’implication des concepts marxiens dans l’approfondissement des problématiques écologiques qui feront l’objet du débat « Marx, productiviste ou précurseur de l’écologie » au cours duquel dialogueront Michaël Löwy, Alain Obadia et Jean-Marie Haribey. Le Forum Marx, ouvert par le débat « Découvrir Marx aujourd’hui » avec Pascale Fautrier, Jean Quétier et Jean-Pierre Lefebvre, traducteur du premier livre du Capital, dont une réédition revue et corrigée vient d’être publiée aux Éditions sociales (3), s’achèvera en soirée avec la pièce d’Howard Zinn, Karl Marx, le retour, mise en scène par Denis Lannoy et produite par Triptyk-Théâtre.

Impossible d’être exhaustif sur la piste des « traces fécondes » laissées par Marx et reprises par des auteurs aussi divers que Walter Benjamin, Michel Foucault, ­Simone de Beauvoir, Pierre Bourdieu, Louis Althusser, Theodor Adorno, Henri Lefebvre, Lucien Goldmann ou, parmi des dizaines d’autres encore, David Harvey, Slavoj Zizek ou Alain Badiou, sans parler de tous ceux qui ont prétendu ou prétendent le mettre hors jeu de manière plus ou moins « imaginaire ».

Mais, à côté de ce collectif en débat, peut-être suffit-il de se figurer ce retour de Marx, redoutable devant le tableau noir, comme celui d’un entraîneur qui s’appliquerait à répéter sans cesse la formule oublieuse des « gestes automates », selon l’expression d’Aragon. Elle avait été celle de Benjamin Franklin à la veille de la révolution américaine dans une perspective nationale et anticolonialiste : « S’unir ou périr. » Elle vient de faire mouche outre-Rhin et perturber le « consensus » patronal européen (4). Devant l’équipe abasourdie par la dernière raclée en déplacement ou à domicile, les yeux baissés vers ses crampons blessés, devant l’équipe enthousiaste qui s’apprête à fouler le gazon du stade du prochain match, devant l’équipe de celles et de ceux dont la vie ne dépend pas des profits et autres addictions dérivées, de n’importe quel pays de n’importe quelle couleur, en écho à la formule conclusive du Manifeste du parti communiste et du programme de l’Association internationale des travailleurs : « Jouez col-lec-tif ! » 

(1) Jacques Derrida, Spectres de Marx, Éditions Galilée, 2006. (2) Une prise de conscience qui s’exprime périodiquement avec le retour des crises financières. Voir l’Humanité du 6 février, « Patrick Artus “Marx avait raison” : l’avertissement d’un économiste libéral ». (3) Karl Marx, le Capital – Livre I, Éditions sociales, coll. « Les essentielles », 2016, traduction Jean-Pierre Lefebvre. (4) Voir l’Humanité Dimanche n° 596. Du 8 au 14 février 2018. « + 4,3 % de salaire, semaine de 28 heures : l’autre modèle allemand  ».
Au programme du forum marx à la bellevilloise, le samedi 17 février

9 heures Accueil Intervention de Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité, et de Jean-Numa Ducange, membre du réseau Marx 2018

10 h 15-11 h 45 Découvrir Marx aujourd’hui Avec Pascale Fautrier, écrivaine, auteure de les Rouges, Jean-Pierre Lefebvre, traducteur du Capital, et Jean Quétier, doctorant en philosophie

11 heures-12 h 30 Marx, productiviste ou précurseur de l’écologie ? Avec Michael Löwy, philosophe et sociologue, Alain Obadia, président de la Fondation Gabriel-Péri, et Jean-Marie Harribey, économiste

12 heures-13 h 30 Dominations, discriminations, inégalités : quelles luttes des classes ? Avec Domenico Losurdo, philosophe, Pierre Khalfa, coprésident de la Fondation Copernic, Saliha Boussedra, doctorante en philosophie, et Nasser Mansouri, économiste de la CGT

14 h 30-16 h 30 Marx face aux enjeux contemporains du travail Avec les économistes Frédéric Boccara, membre du Conseil économique, social et environnemental, Anne Eydoux, membre des Économistes atterrés, et Bernard Friot

16 h 05 Vidéo Entretien filmé avec Lucien Sève, philosophe

17 heures-19 heures Penser un monde nouveau avec Marx Avec Étienne Balibar, philosophe, Jacques Bidet, philosophe, Isabelle Garo, philosophe, et Michèle Riot-Sarcey, historienne

18 heures-19 h 30 Marx et la France Avec Jean-Numa Ducange, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Rouen, Marie-Cécile Bouju, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris-VIII, Françoise Blum, historienne, et Stéphanie Roza, chercheuse au CNRS

19 h 30-21 heures La révolution, un projet périmé ? Avec Mathilde Larrère, historienne des révolutions et de la citoyenneté, Pierre Serna, historien, membre de l’Institut d’histoire de la Révolution française de l’université Paris-I, et Guillaume Roubaud-Quashie, historien, directeur de la revue Cause commune

20 h 15-21 h 30 Soirée théâtre Karl Marx, le retour, pièce de théâtre d’Howard Zinn, mise en scène par Denis Lannoy et produite par Triptyk-Théâtre

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