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Reprise d’un article paru dans l’Humanité et qui a suscité des commentaires d’un lecteur, suivi d’un débat entre nous

Posté par jacques LAUPIES le 15 août 2016

Terrorisme. Comprendre pour déjouer ses pièges
latifa madani, elsa sabado, vadim kamenka, marc de miramon
Jeudi, 4 Août, 2016
Humanité Dimanche

Reprise d'un article paru dans l'Humanité et qui a suscité des commentaires d'un lecteur, suivi d'un débat entre nous dans POLITIQUE

afp

Les attaques tous azimuts de Daech laissent peu de répit, engendrant des réactions souvent bien éloignées de la raison. Or vaincre l’horreur implique d’en saisir d’abord les origines et les engrenages. Tentative en cinq points.

1/ La France n’est pas la seule visée 

À lire les médias français ou écouter les réactions politiques, la France serait la principale cible des groupes terroristes islamistes. C’est oublier les pays au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique qui connaissent ce phénomène depuis des décennies et où les attentats sont devenus presque quotidiens. En 2014, 15 538 personnes ont été tuées en Irak. Des chiffres comparables aux années terribles de 2004 à 2007 où sévissait la guerre civile. Cette nouvelle escalade avait été illustrée début juillet avec plus de 200 morts dans un quartier chiite de la capitale. Pour la chercheuse Myriam Benraad, spécialiste de l’Irak (1) à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAM), « plus l’organisation “État islamique” perd du territoire, plus elle renoue avec l’action clandestine et les attentats-suicides qui étaient le mode opératoire privilégié de ses premières années en 2004-2006. Cet attentat se situe dans la continuité de sa stratégie qui visait d’abord et spécifiquement les chiites, considérés par les djihadistes comme des “rejectionnistes” – qui rejettent l’orthodoxie sunnite – et sont donc des mécréants au même titre que les chrétiens ou les Yezidis ».

Une étude publiée par les organisations Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire, Physicians for Social Responsibility et Physicians for Global Survival estime que la « guerre contre le terrorisme » lancée par les États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001 a causé en douze ans la mort d’au moins 1,3 million de personnes dans trois pays : Irak, Afghanistan et Pakistan. « Une estimation basse », selon ces organisations, car ce rapport ne tient pas compte d’autres pays en conflit : Yémen, Somalie, Libye, Syrie, Nigeria, Mali, Soudan. Rien que pour ce dernier, 300 personnes ont été tuées à la mi-juillet dans la ville de Juba. Malgré le cessez-le-feu et l’indépendance, la guerre n’a jamais cessé (50 000 morts depuis 2013). Au Nigeria, Boko Haram, qui a fait allégeance à Daech, a tué près de 4 000 civils en 2015. AQMI (al-Qaida au Maghreb islamique) a accru ses actions en Afrique de l’Ouest depuis quelques mois, avec des attaques menées à Ouagadougou, Bamako et Grand-Bassam. Dans son rapport annuel sur le terrorisme paru en juin, le département d’État américain constate que, après avoir subi de nombreux revers, al-Qaida bénéficie toujours de soutiens financiers en Arabie saoudite, et ses franchises continuent de s’étendre en Asie et en Afrique. AQMI, en dépit de l’intervention française dans le nord du Mali en 2013, redouble d’activité dans cette région et dans le centre du pays.

« Contrairement à ce que ses partisans veulent nous faire croire, ils ne représentent pas les populations locales des territoires occupés. En vérité, leur seul projet, c’est la mort généralisée, y ­compris pour les populations sunnites qu’ils prétendent représenter, mais qu’ils tuent et décapitent sans discrimination si ces derniers ont le malheur de défier leur projet. Dans les territoires reconquis en Irak et en Syrie, on a trouvé des charniers », explique Myriam Benraad.

Pour ce qui est de la symbolique de frapper des chrétiens, cette logique de l’EI en Irak et en Syrie pour mieux déstabiliser l’État n’est pas neuve, nous rappelle Christophe Ayad (2) : « Elle a été expérimentée dès les années 1970 par les groupuscules islamistes en Égypte, berceau du djihadisme moderne et siège de la plus importante communauté chrétienne du monde arabe, les Coptes, qui représentent 5 % à 10 % de la population (9 millions d’habitants). »

2/ Pourquoi la France est-elle une cible privilégiée ? 

La France est le pays « le plus menacé » par l’organisation terroriste « État islamique », estimait au mois de mai dernier le patron de la DGSI, Patrick Calvar, à l’occasion de son audition par la Commission de la défense nationale et des forces armées. Un constat opéré de longue date par les spécialistes du renseignement, et qui ne s’appuie pas uniquement sur l’observation et la surveillance des contingents de djihadistes tricolores partis ­combattre en Syrie, mais également sur les déclarations des cadres de l’EI. Dès le 22 septembre 2014, soit trois jours après les premiers bombardements français contre Daech en Irak, le porte-parole du groupe, Abou Mohammed Al ­Adnani, diffusait le communiqué suivant : « Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout (…) citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’“État islamique”, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. » Une spécificité qui répond avant tout à un objectif tactique : l’EI tente d’attirer le maximum de combattants étrangers dans ses rangs, et la France compte la plus importante communauté musulmane d’Europe, en partie issue d’un processus de décolonisation douloureux et complexe. Dans la logique de ces organisations djihadistes, qu’elles s’appellent Daech, al-Qaida (al-Nosra en Syrie) ou Ahrar al-Sham, peu importe la réalité d’une politique étrangère vendue aux intérêts des pétromonarchies sunnites, et donc objectivement favorable à la guerre par procuration menée contre le régime syrien (qualifié d’alaouite) ou irakien (dominé par les chiites) : l’Arabie saoudite ou la Turquie, qui a servi de base arrière aux combattants de Daech, sont ainsi régulièrement prises pour cible… Ainsi, Patrick Calvar avertissait lors de cette même audition du danger représenté par al-Qaida, un groupe terroriste qui a « besoin de redorer son blason ». Pourtant, à l’instar de la Turquie ou du Qatar, la France a protesté lors du classement par les États-Unis du Front al-Nosra parmi les organisations terroristes, au prétexte que ce groupe ferait, dixit l’opposition syrienne soutenue par le Quai d’Orsay et Laurent Fabius, « du bon boulot » sur le terrain face à l’armée syrienne. C’est cette même organisation, qui vient d’officialiser une rupture de pure forme avec al-Qaida, qui fournit l’essentiel des combattants encerclés dans une partie d’Alep par les forces loyalistes.

3/ Pourquoi la France fabrique-t-elle des djihadistes  ?

Pourquoi les sirènes de Daech séduisent-elles des jeunes ayant grandi sur le territoire français, fréquenté les mêmes écoles, clubs de foot ou associations que ceux qu’ils tuent parce que « kouffar » (mécréants) ? L’analyse du pape ­François semble pertinente : « ­Combien de nos jeunes Européens avons-nous abandonnés sans travail, sans idéal ? Ils partent et ils s’enrôlent. Le terrorisme grandit aussi lorsqu’il n’y a pas d’autres options, tandis que, au centre de l’économie mondiale, il y a le dieu argent, et non la personne, l’homme et la femme. Voilà déjà le premier terrorisme. »

Pour diagnostiquer le mal dans le détail, chaque docteur ès islamisme y va de son analyse. Pour Gilles Kepel, spécialiste de l’islam politique à Sciences-Po, l’école faillit à sa mission : amener à l’emploi. La culture républicaine est ainsi disqualifiée, jetée avec l’eau du bain, et remplacée, chez une partie des exclus du système, par l’idéologie salafiste. Rejetant la démocratie, la laïcité, l’égalité homme-femme dans le camp de la « mécréance », elle a fait le lit de l’organisation « État islamique ».

Le politologue Olivier Roy voit plutôt une rupture générationnelle entre les immigrés de la première et de la seconde génération, qui joue également pour les convertis « de souche ». Sa formule, désignant notre problème comme une « islamisation de la radicalité », a fait mouche. En arrière-fond, il désigne notamment comme responsable l’absence de transmission de la religion.

Quant au sociologue Farhad ­Khosrokhavar, il met en garde contre une idéologie républicaine frontale, assimilationniste, une vision inflexible de la laïcité, qui, conjuguée avec le maintien hors du système du travail d’une partie de la population des banlieues, constituerait un terreau fertile pour l’organisation terroriste. Le faisceau d’explications est riche, mais une chose est sûre : la situation sociale sinistre, l’aggravation des inégalités et des discriminations et l’absence de perspective crédible d’un monde meilleur jouent à plein pour le camp du nihilisme.

 4/ Et la religion dans tout ça  ?

En quoi la religion musulmane a-t-elle à voir avec les attentats terroristes ? Radical, violent, dévoyé… De jour en jour, ces qualificatifs sont indexés à l’islam. Aussi, lorsque, le 26 juillet à Saint Étienne-du-Rouvray, le père ­Hamel a été tué au nom d’Allah dans son église pendant la messe, un pas a été franchi dans l’horreur ressentie. Mais, à l’inverse de l’effet recherché par l’organisation « État islamique » (Daech), le dialogue interreligieux a repris de la vigueur.

Des plus hautes instances chrétiennes et musulmanes jusqu’aux paroisses de villages, des voix s’élèvent pour lever les amalgames. Ne pas tomber dans le piège, lutter contre la tentation de la haine, resserrer les liens… ont dit à l’unisson les musulmans dans les églises et les chrétiens dans les mosquées, juifs et non-croyants à leurs côtés.

Le Conseil français du culte musulman et le recteur de la mosquée de Paris ont rappelé les versets coraniques et la tradition prophétique qui condamnent et sanctionnent le meurtre sans ambiguïté : « Tuer un innocent, c’est tuer l’humanité entière. » Le plaidoyer du pape François à son retour des Journées mondiales de la jeunesse de Cracovie a été relayé dans le monde entier : « Il n’est pas exact de dire que l’islam c’est le terrorisme, il n’est pas juste d’associer islam et violence. »

C’est pourtant cette religion que prétendent incarner les djihadistes de Daech et c’est en son nom qu’ils recrutent, qu’ils combattent et qu’ils tuent. Comment et pourquoi en est-on arrivé là ?

« Ces cinquante dernières années, le wahhabisme d’Arabie saoudite et la mouvance des Frères musulmans née en Égypte ont entrepris, grâce à l’argent du pétrole, une réislamisation conservatrice pour mobiliser les imaginaires et contrôler les sociétés jusque parfois au passage à l’acte de violence », explique l’islamologue Rachid Benzine. Les guerres interventionnistes des Occidentaux ont fini par produire le « daechisme », « une idéologie qui aurait réponse à tout et qui se déploie tel un nuage radioactif sur le territoire des esprits dans de nombreux pays. On ne doit pas ignorer la puissance de cette idéologie qui a su capter les “printemps arabes” et qui séduit des jeunes aux profils divers et du monde entier », poursuit Rachid Benzine.

Dès lors, comment réhabiliter une religion pratiquée jusque-là en majorité de façon paisible et éclairée quand le salafisme wahabbite, considéré comme quasi hérétique jusqu’aux années 1960, tend à devenir la norme ?

De nombreux citoyens, français ou non, musulmans de foi ou de culture, sortent de leur silence, relatif et assumé. Ils refusaient l’injonction à se « désolidariser » parce qu’assignés « musulmans » et « différents ». Mais aussi, expliquent les initiateurs d’une tribune publiée dans le « JDD » du 31 juillet 2016, « parce que, en France, la religion est une affaire privée ». Or, aujourd’hui, poursuivent-ils, « l’islam est devenu une affaire publique ». Les signataires, essentiellement des cadres, chefs d’entreprise et universitaires, appellent donc à refonder l’islam de France.

Cela aidera peut-être à recoller quelques morceaux des failles qui déchirent la société, mais comment arrêter le « nuage radioactif » tant que le contexte socio-politique qui a conduit à son émergence perdure ? Pendant que politiques et médias dans leur majorité attisent les tensions, les initiatives de fraternisation et de concorde œcuménique font du bien. Mais elles ne suffisent pas pour faire face aux multiples périls qui montent.

 5/ Et si la politique retrouvait sa finalité  ? 

Sortir du registre de l’émotion, en finir avec les surenchères guerrières et sécuritaires, la stigmatisation et la fabrique de boucs émissaires. « Les déchirements français entrent dans le plan de Daech. Ne lui faisons pas ce cadeau. Notre raidissement est son carburant », prévient Rachid Benzine. « Le pire serait de réduire au silence la raison et d’empêcher la compréhension de ce qui peut paraître incompréhensible », prévenait le philosophe André Tosel après l’attentat de Nice (« HQ » du 18 juillet 2016).

Il reste que les réponses sont à envisager et à mener dans plusieurs directions.

À commencer par le contrôle du commerce des armes et la politique étrangère de la France. Deuxième vendeur d’armes au monde avec l’Arabie saoudite comme premier client, la France doit revoir complètement sa politique et intensifier plutôt ses efforts pour la paix au Moyen-Orient et dans le monde. Elle gagnerait aussi à mener une autre politique migratoire. « L’accueil généreux de réfugiés représenterait une réponse efficace à la stratégie de l’EI, à l’inverse le rejet des réfugiés est une réponse perdante », selon l’anthropologue Scott Atran.

De nombreux spécialistes évoquent tour à tour le rôle de l’école ou celui des médias. Une étude du Centre de recherche et d’action sociales (­CERAS) des jésuites d’avril 2016 sur « l’école contre la fascination pour le djihad » relève que « la fraternité – le rapport aux autres – n’est peut-être pas la valeur la plus à même de détourner les jeunes du djihadisme. L’école aurait avantage à travailler le rapport à soi et le rapport au monde »

Le sociologue Michel Wieviorka plaide, lui, dans l’« HQ » du 28 juillet 2016, pour « la nécessaire reconstruction du lien social et d’une conflictualité qui débouche sur autre chose que la violence ».

Lever une nouvelle espérance, énoncer des perspectives, penser l’avenir… les pistes émises par les observateurs et les chercheurs ne sont pas encore inscrites dans le logiciel des politiques, ou si peu.

Pourtant, la question majeure est politique, affirme le philosophe Roland Gori à « Politis » (21 juillet 2016) : « Il ne faut pas que Daech nous cache les autres périls : la montée du FN, la tentation des extrêmes, le repli sur nous-mêmes. Et que le problème Daech nous empêche de voir que la question majeure, c’est que nous n’arrivons pas à trouver d’alternative politique qui nous permette de transformer les frustrations et les colères des citoyens en force politique. Notre travail consiste donc à démasquer la question politique qui se cache derrière le religieux, le communautaire. Et ensuite, s’en saisir à bras-le-corps. Ce qui veut dire qu’il faut signer l’acte de décès du néolibéralisme, en urgence, en état d’urgence. »

(1) « Le Figaro » du 3 juillet. (2) « Le Monde » du 18 juillet.
 
 
 

 

D’al-Qaida à Daech, en passant par le « Front Fateh al-Cham »

 
On a connu divorce plus houleux : voilà donc que la branche syrienne d’al-Qaida, le Front al-Nosra, annonce sa « rupture » (sic) avec l’organisation historique fondée par Oussama Ben Laden, et sa refonte dans un nouveau « Front », intitulé « Fateh al-Cham » (Conquête du Levant). La séparation, plus qu’amicale, s’opère avec la bénédiction d’Ayman Al-Zawahiri, l’actuel chef d’al-Qaida, et vise à atténuer la réputation sulfureuse de l’organisation classée en 2012 parmi les organisations terroristes, à l’heure où une partie de ses combattants est encerclée par l’armée syrienne à Alep. La perte des quartiers tenus par l’opposition dans la grande ville du Nord signerait probablement le début de la fin de la guerre civile et constituerait une gifle pour les sponsors étrangers du désormais ex-Front al-Nosra, Turquie et Qatar en tête. Ce changement cosmétique ne doit cependant pas masquer l’essentiel : les trois organisations terroristes proviennent d’une même matrice. Avant de s’autoproclamer « État islamique », Daech (l’acronyme arabe de l’État islamique en Irak et au Levant) portait fièrement le drapeau d’« al-Qaida en Mésopotamie », et sa rupture avec les émules de Ben Laden, à la mi-2013, relève davantage d’une guerre de leadership entre l’Égyptien Ayman Al-Zawahiri et l’Irakien Abou Bakr Al-Baghdadi, ce dernier n’ayant pas attendu le feu vert de sa hiérarchie supposée pour lancer ses fanatiques à la conquête du désert syrien.

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Les odeurs nauséabondes ne devraient pas être diffusées par les médias publics (Olivier Dartigolles)

Posté par jacques LAUPIES le 14 août 2016

 

On ne peut que regretter les propos tenus sur France Télévision lors de la retransmission de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques et notamment ceux sur l’esclavage. Certains commentaires furent tout simplement racistes avec des considérations géopolitiques absurdes. 

Parallèlement, France Inter a cru bon de réussir le tour de force d’inviter le vice-président du parti d’extrême droite FN pour parler du Front populaire. Seul intervenant politique pour une formation qui n’a pas été partie prenante de cet événement de l’histoire sociale et politique de France, c’est tout simplement scandaleux. 

 Le Parti communiste français invite le CSA à une extrême vigilance. Alors que notre pays traverse des moments douloureux, que notre société est menacée par des tensions, des divisions et des fractures. Les valeurs républicaines, le vrai pluralisme, la connaissance et l’information sont autant de remparts face aux odeurs nauséabondes.

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Contre le terrorisme et pour la paix (Extrait tract PCF)

Posté par jacques LAUPIES le 14 août 2016

Après l’abomination de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray, après l’effroi et la sidération, le débat politique national a pris une bien sale tournure. L’air est vicié. D’abord avec une surenchère sécuritaire s’attaquant directement à l’État de droit. Jamais, face au terrorisme, une telle rupture n’a eu lieu par le passé.

 Avec la loi du 21 juillet prorogeant l’état d’urgence, François Hollande et le gouvernement ont accepté ce qui avait jusque là été refusé à une droite courant après le FN. Cela est presque passé inaperçu mais c’est pourtant d’une extrême gravité. La première victoire face à Daech est de ne renoncer à rien en terme de démocratie, même transitoirement.

 Vaincre le terrorisme et vivre en sécurité doit aujourd’hui être pensé et débattu différemment.

 Le renforcement de l’arsenal législatif après chaque attentat est une fuite en avant qui ne règle rien alors que les efforts doivent prioritairement porter sur les moyens pour la mise en œuvre de politiques publiques renforcées en terme de sécurité, de renseignement, de justice,  d’éducation,  de  culture. Nous le savons bien, les réponses se limitant à la sécurité intérieure ne permettront pas de répondre à cette question : quand et comment va-t-on en finir avec tout çà ?

Il faut pouvoir en débattre, pouvoir faire le bilan de ce qui a été fait, des avancées mais aussi des échecs, pouvoir élargir le champs des questions à traiter. Face aux amalgames, aux simplifications, aux réductions, aux petits calculs politiciens, il y a urgence à aller au fond des sujets, à faire face à la complexité dans le cadre d’un débat public, pluraliste et instruit, dont la qualité sera la plus belle des réponses à l’obscurantisme, d’où qu’il vienne.

Posons directement le sujet central.

Veut-on la paix ou la guerre ?

Veut-on l’aggravation et le pourrissement des conflits jusqu’àleurtraductiondansnotresociétépardesfractures et des tensions dont on mesure aujourd’hui les immensespé- rils, ou enfin bâtir un monde de paix et de solutions politiques au Proche et au Moyen-Orient.

Quelle politique étrangère de la France ? Quelle rôle pour l’ONU ? Avec quel agenda, quelles priorités, notamment en di- rection des États, des réseaux, des logiques qui financent et soutiennent Daech ? Quelle solidarité active avec les démocrates en Turquie ?

 Autre défi, celui qui consiste à très vite répondre idéolo- giquement à l’opération sur la question de l’Islam en France, qui ne date pas d’aujourd’hui mais qui est relancée dans des circonstances aussi dramatiques que dangereuses. Alors que la réponse de l’État devait strictement rappeler et faire vivre la laïcité républicaine, réponse moderne et exigeante face aux enjeux actuels, le sidérant et désolant concours Lé- pine qui est donné à voir avec un casting où chacun, Valls et les dirigeants de la droite tiennent bien leur rôle, a pour seul objectif un détournement de l’opinion publique, une mystifica- tion pour ne pas parler du reste. On a déjà connu récemment, avec l’épisode de la déchéance de nationalité, de tels procé- dés. On sait donc qu’il ne sont pas irrésistibles.

Qu’ils peuvent être mis en échec.

 Le reste,c’est le chômage et l’échec des politiques d’austérité,c ‘est que décidément cela ne «va pas mieux» comme l’indique clairement la dernière note de conjoncture de l’Insee. C’est l’absence de perspectives positives, notamment pour la jeunesse des quartiers populaires. C’est un procureur de la République à Pontoise, qui, après la mort du jeune Adama Traoré, n’arrive toujours pas à parler d’asphyxie alors que les deux rapports d’autopsie l’indiquent et que les gendarmes devant les enquêteurs ont admis que ce jeune à « pris sur lui le poids des trois agents au moment de son interpellation». C’est de tout cela  dont  notre  pays  souffre  et  sur  ce  terreau, sur ces braises, que les cœurs et les âmes s’interrogent, et que, trop souvent, les djihadistes recrutent.

Contrairement à ce qui s’était passé après les attentats de janvier 2015, aujourd’hui, les gens parlent peu. Quand les choses restent enfouies, ce n’est jamais bon signe. Parler, exprimer les choses comme elles sont ressenties dans la confusion des idées et des sentiments, c’est une étape indispensable. Voilà aussi pourquoi, la grande consultation citoyenne proposée et animée par le PCF est un espace citoyen à déployer en grand. Les allées, les stands et les débats de la prochaine Fête de l’Huma permettront à la parole populaire et citoyenne de faire véritablement irruption dans le débat politique. Très souvent, après les quinze à vingt minutes nécessaires pour remplir le questionnaire « Que demande le peuple », les personnes ayant répondu positivement à notre sollicitation nous disent « merci ». Merci de prendre notre avis, de nous demander de dire ce que nous vivons, ce que nous voulons.

 

AvecleFrontdegauche,nousavonssuparlepasséfaire de l’intervention populaire le moteur d’une gauche d’alternative et de progrès social et démocratique.

C’est cela que nous proposons, certes dans des condi- tions différentes, mais sans rien lâcher sur l’essentiel.

 

Aujourd’hui, comme hier lors de la création et du développement du Front de gauche, nous combattons le présidentialisme et les populismes, nous invitons à des batailles politiques et sociales qui dépassent l’horizonde 2017, à des solidarités en France, en Europe, y compris avec les travailleurs détachés qui sont nos frères de combat, et dans le monde.

 A l’appel à la fraternité du maire communiste de Saint-Etienne-du-Rouvray sont venues faire écho les paroles du pape François lors des Journées mondiales de la jeunesse. Les semeurs de guerre et de haine, ceux qui jugent que «le problème, c’est l’Islam», devraient les lire très attentivement.

 Pour le pape, « tant qu’au centre de l’économie mondiale, il y a le dieu argent et pas la personne, c’est ça le premier terrorisme. C’est un terrorisme de base contre toute l’humanité ».

Et encore : « le monde est en guerre. Quand je parle de guerre, je parle sérieusement: il y a La guerre des intérêts pour de l’argent, pour les ressources de la nature, il y a Laguerre pour la domination des peuples». Ou encore,un appel à l’engagement contre les «frontières et les identités» que les violents voudraient voir se transformer en motifs d’affrontement.

 Et enfin, « nous ne voulons pas vaincre la haine par davantage de haine, vaincre la violence par davantage de violence, vaincre la terreur par davantage de terreur.

Et notre réponse à ce monde en guerre a un nom : elle s’appelle fraternité ».

 

 

LA SITUATION A TARASCON

 Dans notre ville existe une forte communauté d’origine maghrébine, évoluant en fonction des besoins de l’économie locale en main d’œuvre  mais aussi des difficultés d’insertion sociale et de l’aspiration des nouvelles générations de cette communauté qui se manifestent au fil des ans.

 Ces nouvelles générations attendent des emplois, des formations et des salaires (souvent incompatibles avec l’intérêt des employeurs (notamment dans le secteur agricole) pris dans l’étau de la concurrence et qui, du coup, accueillent  par des filières nouvelles une main d’œuvre moins chère venant d’autres horizons, notamment d’Amérique du Sud, en transitant par l’Espagne. Sans omettre que, intégrés dans la population les fils et filles d’immigrés exigent naturellement un statut social en leur qualité de citoyen français à part entière.

 Derrière cet aspect essentiellement économique se profile, notamment à droite et au FN qui n’en est qu’une composante, un opportunisme politico-religieux qui veut favoriser l’insertion de nouveaux  travailleurs, en opposition à ceux qui vivent en France depuis des années. Ainsi se crée de  fait une mise en conflit de catégories différentes issues de l’immigration. Des milieux politiques de droite tentent d’exploiter, en pratiquant un certain paternalisme, les difficultés d’adaptation de ces travailleurs qu’elle met souvent en opposition entre eux, en surfant sur leurs origines culturelles voire religieuses différentes.

 Pour les communistes, tous les travailleurs, dès lors qu’ils sont présents sur notre territoire, deviennent des producteurs de richesse qui doivent bénéficier de la solidarité et du soutien de la collectivité puisqu’en étant des éléments précieux de son développement. Eux et leurs familles doivent bénéficier d’emplois et de formation. Trop de jeunes débarqués du milieu scolaire sont livrés au chômage et sont sans ressources.

 La réponse est donc dans la création locale d’emplois bien sur mais aussi de structures de formation professionnelle ouvertes à tous et d’en finir avec des bricolages associatifs qui laissent les jeunes sur le pavé, sans travail, sans possibilité de se déplacer, sans logement, sans ressources  et donc sans autonomie financière. Des solutions que nous avions avancées lors de la dernière campagne pour les municipales et départementales.

Concernant les catégories issues de l’immigration plus que d’autres elles sont soumises au risque de la délinquance et de l’endoctrinement extrémiste. Dangereuse est la responsabilité des élus et des partis politiques qui ne prennent pas des dispositions pour éviter cela et laissent se développer des divisions quant ils ne les entretiennent pas.

 Nous communistes de Tarascon considérons que des initiatives de rassemblement et de dialogue s’imposent. Nous ferons tout pour cela !

Jacques LAUPIES, Secrétaire de la Section PCF de Tarascon (site : http://atoucoeur.fr – mail : jacques.laupies@orange.fr )

 

RENDEZ-VOUS MARDI MATIN 10 H 00 SUR LE MARCHE DE

TARASCON POUR DIFFUSER CES TEXTES

 

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A trois contre un…

Posté par jacques LAUPIES le 13 août 2016

Après avoir foutu la merde dans le règlement de compte avec Kadhafi et déclenché l’ouverture d’un « front » supplémentaire par DAESH notre ancien Président veut élever le niveau de la guerre pour résoudre la question.

On sait où mènent de telles stratégies : de nouveaux embrasements, des peuples meurtris et la France enclenchée dans des conflits qu’elle n’a même pas la possibilité de maitriser.

Le compère Hollande ne fait pas mieux en subissant cette politique étrangère qui reste du domaine camouflé d’une forme de néo colonialisme.

Le Front National compte les points, expression d’une fraction de la bourgeoisie qui attend son heure et ne cesse de faire dans la démagogie qui obtient hélas des résultats électoraux en sa faveur dans les milieux populaires (de droite ou de gauche)

Le Parti Communiste affaiblie en influence  reste le seul ancrage possible car  maintenant l’analyse de classe il préconise la négociation, le recours à l’ONU, et l’avenir dans la coopération avec les pays d’Afrique et du Moyen Orient. Beaucoup de français et bien plus qu’on le croit partagent ce point de vue mais peinent pour diverses raisons (notamment le poids médiatique en faveur des trois autres composantes (PS-FN-LR) présentées comme seules alternatives possibles.

Mais ne nous faisons pas d’illusions, s’il veut créer cette quatrième force capable d’inverser la situation et d’entrainer les républicains de progrès dans une alternative de paix et de justice sociale il lui faut lui-même se renforcer et accroitre une influence qui demeure profonde. L’enjeu est à trois contre un.

 Nicolas Sarkozy, entre farce et tragédie

Aurélien Soucheyre
Vendredi, 12 Août, 2016
L’Humanité

A trois contre un... dans POLITIQUE

AFP

L’ex-président de la République s’est quasiment déclaré candidat dans Valeurs actuelles. En pleine fuite en avant virile et binaire, il vend « la guerre partout », tance le voile, les cantines scolaires et le droit du sol.

Le visage de Nicolas Sarkozy occupe totalement l’espace de la une de Valeurs actuelles du 11 août, avec ce titre : « Confidences avant la bataille ». Sans surprise, les propos tenus dans l’entretien accordé sont avant tout ceux d’un futur candidat à la candidature pour « Les Républicains », capable du pire pour exister en vue de la présidentielle de 2017, jusqu’à naviguer dans des eaux troubles où la droite ferait bien de ne jamais retourner car elle s’y est toujours perdue.

L’ancien hôte de l’Élysée y déclare : « Je sens la République suffoquer », mais ne propose par la suite rien d’autre que toujours plus de kérosène sur le feu. « En vingt mois, il y a eu 237 Français assassinés. Ils le sont parce que les barbares qui nous attaquent croient que nous sommes faibles. Voilà la vérité. Et donc ils se déchaînent. Cette situation est insupportable », lance-t-il, lors d’un long passage consacré au terrorisme. Considérant que « la France vulnérable, ce n’est pas la France », il s’enfonce dans une posture virile et guerrière : « La guerre nous a été déclarée. La guerre. La France doit être impitoyable, elle doit faire changer la peur de côté. »

Puis vient le dérapage, tellement à la mode chez les candidats, en France comme outre-Atlantique : « La guerre devra être menée par la République, partout, tout le temps, avec une détermination totale », assène-t-il. Partout ? Tout le temps ? Quel beau programme. Nicolas Sarkozy affirme qu’il y a « une guerre extérieure et une guerre intérieure ». « Pour gagner la guerre extérieure, il faudra se réconcilier avec les Russes, et convaincre nos partenaires arabes d’envoyer des troupes au sol, car une guerre ne se gagne pas seulement à 10 000 mètres d’altitude. Sur le front intérieur, enfin, il faut une reprise en main. Il doit y avoir une réponse politique qui dépasse l’indispensable riposte pénale et les mesures de sécurité à mettre en place. »

Une réponse politique ? Du fond ? Des propositions concrètes qui élèvent le débat ? Suspense. Selon le candidat, la réponse politique « doit obéir à une stratégie simple : la République ne reculera plus sur rien ». Nicolas Sarkozy souhaite-t-il rassembler dans la liberté, l’égalité, la fraternité, panser les plaies, développer la justice sociale, le vivre-ensemble et prévenir, travailler en amont pour s’attaquer à toutes les origines du terrorisme ? En aucune façon. Quand il parle de ne plus reculer, voici son développement : « Cela implique d’interdire les expressions communautaires dans les entreprises, le voile à l’université comme dans l’entreprise et les menus de substitution dans les cantines scolaires. » Le voile et les cantines scolaires… La réponse politique face au terrorisme, pour Nicolas Sarkozy, c’est donc de cibler grossièrement l’islam, d’amalgamer les musulmans au terrorisme et de développer des solutions bêtes et méchantes. En bref, la stratégie du grand fourre-tout, puis du grand détournement en agitant les craintes sans proposer aucune solution concrète.

Le problème avec Sarkozy, c’est toujours l’autre…

Autre exemple dans le genre ridicule et dangereux ? Nicolas Sarkozy souhaite une « modification assez substantielle » du droit du sol. « Je veux qu’on le garde, mais pas de manière automatique. Il faudra créer une présomption de nationalité, permettant de ne pas attribuer la nationalité à quelqu’un qui aurait un casier judiciaire à sa majorité, ou dont on pourrait prouver que ses parents étaient en situation irrégulière au moment de la naissance. » Comme si l’obtention de la nationalité était un des problèmes numéro un en France, comme si ceux qui ne l’ont pas par le sang pouvaient en être indignes…Le problème avec Nicolas Sarkozy, c’est toujours l’autre. La réponse, c’est toujours la stigmatisation et la pseudo-force. Tout est si simple et si binaire dans ce monde imaginaire que ça en devient terriblement idiot, injuste et nocif. Mais, une chose est sûre, la campagne va puer sévère. Elle pue déjà

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Les droites tarasconnaises se disputent les apparences, la population trinque !

Posté par jacques LAUPIES le 12 août 2016

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La politique communale n’est pas qu’une histoire d’écharpe

 

Lorsque je prends connaissance du dernier tract diffusé par le FN sur TARASCON j’en conclus que le débat politique au sein de  notre cité est tombé bien bas.. Mais au moins, cela a-t-il un avantage : démontrer que ce parti n’a d’autre recours que la polémique sur des sujets bien éloignés de ce qu’attend la population de notre ville, pour tenter de gagner un peu plus sur un électorat que chacun à droite et parfois hélas à gauche, veut enfermer dans un patriotisme de pacotille.

Voila que ce parti dispute à la majorité de droite au Conseil municipal l’usage qu’il juge abusif d’écharpes tricolores en prenant appui sur un décret et l’abus des couleurs tricolores dans les festivités locales.

Pour le reste e FN s’en prend évidemment  à la droite locale  sur une taxe instaurée par Sarkozy. Pas de quoi fouetter un chat si ce n’est qu’il faut bien donner des garanties à des commerçants en proie à de grandes difficultés et donc l’illusion que le FN va les sauver.

Autre sujet abordé l’aménagement du Rhône (plus sérieux celui-là) dont chacun sait qu’effectivement le plan proposé actuellement ne répond pas aux souhaits des populations environnantes qui restent exposées aux inondations et que seul un projet de contournement du « goulet » arlésien pourrait éviter, ce qui supposerait des dépenses d’une autre envergure que celles envisagées pour le projet d’aménagement actuel. Le FN ne nous dit pas ce qu’il propose !

Quand je vois les droites se livrer à ce genre de guerre, même toujours convaincu qu’il faut avoir une opinion sur tout, je me dis que « ces braves gens » ne vont pas à l’essentiel et entrainent leurs électorats sur des voix de garage oubliant leurs grandes préoccupations : avoir du travail, des salaires décents et des minimas sociaux assurant l’essentiel, des formations pour les jeunes, l’accès au logement, aux loisirs et à la culture, etc.

Une commune ne peut certes pas solutionner à  elle seule toutes ces questions, pas plus qu’un département ni une région mais ils peuvent impulser, contribuer à la réalisation des équipements indispensables qui manquent à notre jeunesse,  au développement de l’activité économique et donc de l’emploi.

Autre réponse à donner et que, ni le FN ni la droite n’apportent si ce n’est les uns en continuant à nous parler dune « invasion migratoire » (FN)  les autres (partis de droite) se gardant bien de créer les conditions du rapprochement de toutes les communautés, qu’elles se fondent ou non sur des attaches religieuses.

Alors que nous aurions tant besoin de parler, autrement que dans le but exclusif de récolter des suffrages. Des suffrages il en faut pour mener une action mais en l’état il faut que les électeurs de gauche se rassemblent et qu’au delà ceux qui se réfugient dans l’abstention ou se font berner par les droites reviennent au fondamental : exiger de vrais transformations sociales et nationales, et locales.

Jacques LAUPIES, Secrétaire de la Section PCF de Tarascon

 

 

RELEVE DANS L’HUMANITE

 

Le social contre le djihad

seine-saint-denis
Marie Barbier
Jeudi, 11 Août, 2016
L’Humanité

Les droites tarasconnaises se disputent les apparences, la population trinque ! dans POLITIQUE

Matthieu RONDEL

Une association propose un travail de réinsertion professionnelle aux jeunes du 93 tentés par le départ en Syrie. Rencontre.

La mère et le fils en parlent aujourd’hui de façon détendue. De ce moment où leurs vies ont failli basculer, de ces quelques mois où Siham (1) a vécu la peur au ventre que son adolescent de 15 ans Omar (1) ne cède aux « chants des sirènes ». Ces sirènes qui portaient kamis (vêtement islamique), barbes et prêchaient à la sortie de la mosquée. « Le vendredi, ils venaient nous voir là où on était posé avec mes amis pour nous faire des rappels de religion », raconte aujourd’hui le massif jeune homme de 17 ans. L’un d’entre eux se faisant plus insistant, évoquant le travail « humanitaire » de Daech en Syrie et le besoin de volontaires. « Je me suis dit pourquoi pas ? » reconnaît Omar. « Un soir, mon fils est rentré à la maison en me disant “il faut aller aider nos frères en Syrie”, se souvient Siham. J’ai vu dans son regard que le travail avait déjà commencé, j’étais horrifiée. Je lui ai dit : “Mais ce ne sont pas nos frères !”» À l’époque, Omar termine son CAP boulangerie, « il n’est ni déscolarisé ni livré à lui-même, précise sa mère. On est une famille monoparentale mais unie ».

Siham se tourne alors vers l’Association de réinsertion sociale pour l’enfance et la jeunesse (Arsej) basée à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). « Je préférais la voie associative plutôt que policière, explique la jeune quadragénaire. J’avais peur d’accélérer le processus. » Fondée en 2011 par Djamel Guessoum, éducateur spécialisé dans la réinsertion carcérale depuis trente ans, l’Arsej s’occupe alors de ceux que l’on appelle cruellement les « incasables », des jeunes en très grande difficulté. L’association dispose de plusieurs unités d’hébergement en Seine-Saint-Denis et compte 31 salariés. Avec Siham, Djamel Guessoum commence à travailler le « contre-discours » : « Un discours pragmatique et objectif sur l’islam pour démonter un à un les arguments. »

L’association met en place un réseau d’observateurs dans les cités du 93

Les choses se corsent en mars 2015. Deux mois auparavant, les attentats à Charlie Hebdo ont tétanisé la France et définitivement ôté toute envie de partir à Omar. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde… Un soir, l’Arsej est saisie d’une demande de placement en urgence pour une Brestoise de 15 ans arrêtée à Paris alors qu’elle tentait de « rejoindre son mari Facebook en Syrie ». « Elle était très fermée, se souvient Djamel Guessoum. Refusait les vêtements et la nourriture proposés par les éducateurs, qu’elle considérait comme des mécréants. » Encore une fois ce sont les discussions religieuses qui permettront de nouer le dialogue, grâce à l’intervention d’Ahmed Jamaleddine, trésorier de la Grande Mosquée de Saint-Denis. « Elle a fini par accepter nourriture et vêtements et quand elle est repartie quinze jours plus tard, elle ne parlait plus de la Syrie », se félicite le directeur de l’Arsej. Aujourd’hui, la jeune fille a renoué les liens avec sa mère et retiré son hijab.

Pour Djamel Guessoum, cette histoire sert de déclencheur. « J’aurais préféré ne pas savoir faire, mais je me rends compte qu’on sait faire et qu’on doit faire. » Faire quoi ? Au terme « déradicalisation », le directeur de l’Arsej préfère celui de « resocialisation » : « Quitte à passer pour un hippie, je pense que la réponse est sociale. » L’association met en place un réseau d’observateurs dans les cités du 93. Ils sont vingt-trois aujourd’hui, tous bénévoles, à guetter les signaux d’alerte sur les jeunes de leurs quartiers. « On ne passe pas de la vente du cannabis à la mosquée du jour au lendemain. Il y a d’abord un changement vestimentaire avec le kamis qui remplace le jogging, le changement dans le discours et dans l’attitude avec un repli sur soi. » Les jeunes signalés sont ensuite approchés, directement ou par le biais de leur famille ou d’amis, pour être orientés vers l’Arsej. « Quand ils arrivent, on leur parle réinsertion professionnelle, précise Djamel Guessoum. La question de la religion n’est abordée que de façon informelle, pour ne pas les braquer. Ensuite, on leur proposera de rencontrer des imams ou des islamologues, un musulman ne refuse jamais de leur parler. »

Sept jeunes sont ainsi suivis au long terme par les éducateurs de l’Arsej. Les profils sont assez similaires : « Familles monoparentales pour beaucoup, une scolarité arrêtée très tôt, certains étaient guetteurs dans le trafic de shit, détaille Djamel Guessoum. Ils ne disent pas qu’ils veulent partir, on est dans le non-verbal. Daech leur propose un salaire, un statut social, une raison de vivre… Notre travail consiste à remplacer un référentiel par un autre, à leur donner un statut social ici. » La Seine-Saint-Denis est un département particulièrement touché par la radicalisation de ses jeunes. Sur les 156 jeunes Français morts dans les rangs des djihadistes, une trentaine viendraient du 93. Selon des chiffres de 2015, près d’un quart des signalements en Île-de-France émanent de ce département (420 sur 1 700). Face à cette épidémie, la réponse du gouvernement est loin d’être suffisante, dénonce le directeur de l’Arsej. « Un numéro vert comme seule réponse, ce n’est pas sérieux. Il faudrait multiplier les modes d’intervention. Ils sont davantage dans une posture politique que pragmatique. »

Omar, qui va commencer un nouveau travail la semaine prochaine, regarde aujourd’hui cet épisode de sa vie avec l’impression d’avoir échappé au pire. « Une fois sur place, je me serais sans doute rendu compte de ma bêtise, mais il aurait fallu revenir en France, où j’aurais été considéré comme terroriste et jeté en prison. » L’un de ses amis a cédé à ce « chant des sirènes ». Parti en Syrie, il affichait sur son profil Facebook des photos de lui armé de kalachnikovs. Omar a appris sa mort il y a quelques jours.

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