L’Europe libérale menacée ?
Posté par jacques LAUPIES le 27 juin 2016
Peut-on dissocier ce qui s’est passé avec le Bréxit anglais de ce qui s’est produit en Europe, notamment des remontées spectaculaires de l’extrême droite mais également de la poussée des courants progressistes à gauche. En fait il s’agit globalement du rejet des politiques réformistes de droite et de gauche incarnées par les libéraux d’une part et les sociaux démocrates, associés ou non dans les gouvernements nationaux.
Certainement pas ! Le système capitaliste qui vit d’une crise permanente résultant des contradictions d’intérêt entre la classe des possédants et les peuples mais il subit également les effets des contradictions internes entre possédants. Pour résoudre l’une et l’autre de ces contradictions il lui est nécessaire en permanence de peser sur cout du travail, donc sur ceux qui n’ont pour ressource que la vente des leur force de travail, d’éliminer leurs concurrents, de leur disputer les richesses de la planète, donc d’entretenir des conflits économiques, politiques et à la fin militaires.
Mais pour en arriver là il faut annihiler les réactions populaires et pour cela entretenir les divisions, détourner celle ci de la réalisation de la seule force dont elles disposent : leur unité.
Les forces politiques soumises au système disposent de multiples appuis en instrumentalisant les mécontentements en menant une bataille idéologique permanente vantant le libéralisme ou de le mettant en cause que de manière subjective. C’est à partir de là que l’on peut comprendre l’instrumentalisation des « sentiments » religieux, l’exploitation abusive des patriotismes, des nationalisme des « différences » culturelles. Tout est bon à condition de ne pas raisonner en terme de classe sauf quand cela n’engage pas leur existence (évocations historiques lointaines)
Evidemment ces instrumentalisations nécessitent des moyens importants, le contrôle des formations et des informations. Dès lors tout est bon pour rejeter les transformations de rapports sociaux, de vanter le profit individualiste au détriment du partage social. En résumé il faut « faire » l’opinion et on la fait.
Le débat et les comportements sur l’Europe en sont une démonstration flagrante ou l’on voit les populations se faire balader par les extrêmes. C’est le triomphe de la démagogie et du populisme. Les 99 % se décomposent en partis et en tendances complètement en inadéquation avec leurs propres intérêts de classe ou catégoriels.
A tel point que personnellement je me demande si les référendums offrent une garantie de véritable démocratie ? En tout cas ils nécessitent d’être accompagnés d’une égalité de temps et de moyens d’expression ainsi que des moyens pour les parties concernées.
Brexit : déclaration de la délégation du PCF reçue à l’Elysée
Dans le cadre des consultations menées par la Président de la République après le vote du Brexit, la délégation du PCF, dirigée par Pierre Laurent a rappelé son analyse de la situation. La sortie du Royaume Uni de l’Union Européenne est le résultat des surenchères populistes et nationalistes de la droite britannique qui a joué avec le feu. C’est une nouvelle alerte, un désaveu de la construction libérale de l’UE, conséquence des dénis répétés de démocratie depuis le referendum de 2005.
Après ce vote, le risque est grand que les dirigeants européens fuient une nouvelle fois leurs responsabilités et cherchent à faire payer le Brexit aux travailleurs britanniques et européens. C’est l’Europe qui doit changer.
La délégation a clairement signifié que l’heure n’est pas à l’immobilisme mais à la refondation progressiste de l’Europe, jusqu’à l’élaboration d’un nouveau traité centré sur le progrès social et écologique et la lutte contre la finance. Assez de mots, des actes !
Nous avons présenté des propositions concrètes dont la France devrait être porteuse au Conseil Européen :
- Mesures contre le dumping social : suspension des négociations sur les traités de libre échange (TAFTA, CETA, TISA), stopper la mise en œuvre des directives de déréglementation sociale, à commencer par la Loi travail en France, renégociation immédiate de la directive sur les travailleurs détachés.
- Mesures pour sortir de l’austérité : renégociation du traité budgétaire, conférence européenne sur la dette, fléchage des 80 milliards d’euros injectés chaque mois par la BCE sur les marchés financiers vers les services publics et l’investissement public, lutte contre l’évasion fiscale.
Pour refonder l’Europe, les peuples doivent être écoutés et respectés. Le mandat de la France et l’avenir de l’Europe ne doivent plus se décider dans leur dos. Nous exigeons un débat public national et avons proposé une conférence citoyenne, associant tous les partis politiques, les organisations syndicales, les ONG et les associations citoyennes.
A l’issue de ce dialogue avec François Hollande et Manuel Valls, nous n’avons pas le sentiment qu’ils seront à l’offensive pour changer l’Union Européenne. L’angle mort dans l’approche du Président et du Premier Ministre est assurément la question sociale.
Les parlementaires communistes porteront ces propositions dans les débats à l’Assemblée, au Sénat et au Parlement Européen. Nous tiendrons un débat national ouvert à tous jeudi 30 juin « Pour une politique offensive à gauche de la France en Europe ».
Pierre Laurent, Patrick Le Hyaric, Michel Billout, Anne Sabourin
Espagne. « L’unité des forces de gauche était attendue »
Un gouvernement n’ayant pu être formé suite aux élections de décembre 2015, Les Espagnols sont de nouveau convoqués aux urnes. Dimanche, la coalition de gauche Unidos Podemos pourrait créer la surprise en devenant l’une des deux principales forces parlementaires après huit ans d’austérité.
Le bipartisme convulse. Il vit ses dernières heures. Depuis le retour de la démocratie, les conservateurs du Parti populaire (PP) et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) ont structuré la vie politique, en s’alternant au pouvoir mais sans alternative sur le plan social et économique. Depuis, une page s’est tournée lors des élections générales du 20 décembre 2015, où les députés de Podemos et Ciudadanos (C’s, droite libérale) ont fait une entrée fracassante aux Cortes.
Dimanche, les Espagnols s’apprêtent à écrire un nouveau chapitre, à l’occasion d’un scrutin anticipé, en raison de l’impossibilité de former un gouvernement. Si, il y a six mois de cela, la gauche était partie en ordre dispersé, le scénario est désormais tout autre.
Tous les meetings d’Unidos Podemos ont fait le plein
C’est avec attention que l’on suivra les résultats de la coalition Unidos Podemos qui réunit Izquierda Unida (IU, Gauche unie), Podemos, Equo (le parti écologiste de la région de Valence), ainsi que différentes plateformes politico-citoyennes catalanes et galiciennes.
Unidos Podemos pourrait en effet devenir la seconde force électorale du pays, selon plusieurs sondages, et venir ainsi disputer le leadership à la droite qui devrait toutefois conserver son rang de formation la plus votée. « Les Espagnols attendaient une unité des forces progressistes », déclare Maïté Mola, membre du conseil politique d’IU et vice-présidente du Parti de la gauche européenne. Tous les meetings d’Unidos Podemos ont fait le plein, et singulièrement ceux que se sont partagés Pablo Iglesias, le secrétaire général de Podemos, et Alberto Garzon, député communiste et coordinateur fédéral d’IU qui est la personnalité politique la plus appréciée des Espagnols, d’après les enquêtes d’opinion. Cet attrait s’explique par la férocité de la crise économique de 2008 qui a dévasté le pays et les réformes « austéritaires » successivement prônées par le PSOE et le PP. Depuis, l’urgence sociale est partout.
Les 50 points de programme sur lesquels les composantes d’Unidos Podemos sont parvenues à s’entendre, non sans mal ni concessions, se veulent une réponse à cette tragédie nationale. « Ils s’adressent aux 23 % de la population qui vivent actuellement en dessous du seuil de pauvreté, soit l’équivalent de la Grèce et du Portugal réunis. Nous voulons créer des aides sociales en direction des personnes qui ne perçoivent aujourd’hui aucune allocation, et revaloriser les retraites, notamment pour les personnes dont les pensions n’excèdent pas les 400 euros », explique Maïté Mola. La responsable communiste insiste également sur le droit à un toit dans un pays qui compte trois millions de logements vides alors qu’un million de familles ont été expulsées de leur foyer en raison de la bulle immobilière spéculative. « L’autre volet important concerne l’emploi et les salaires. Il s’agit d’investir de manière différente pour garantir un travail digne, une protection sociale forte et de puissants services publics pour combattre le chômage qui touche près de 25 % de la population », poursuit Maïté Mola.
Face à l’ascension fulgurante d’Unidos Podemos, le PP, Ciudadanos et le PSOE, qui a été relégué au troisième rang des intentions de vote, n’ont pas hésité à brandir les vieux grimoires de l’anticommunisme dans l’espoir d’effrayerles électeurs. Du côté de Bruxelles, l’inquiétude se fait également sentir, de crainte que la percée de la gauche alternative ne vienne renforcer l’arc progressiste du sud de l’Europe. Il y a plusieurs semaines déjà, la Commission européenne a fait savoir qu’elle exigerait, dès juillet, de nouvelles coupes budgétaires de l’ordre de 800 millions d’euros. « Nous affronterons la troïka ou nous ne serons pas dans le gouvernement », avertit Maïté Mola, convaincue que le soutien populaire dont jouit Unidos Podemos réside dans le refus des injonctions européennes et de l’austérité, qui a ravagé des millions de vies d’Espagnols.
Les socialistes fébriles
« Il y a une remontée ! Il y a une remontée ! » s’est exclamé, lors d’un meeting, jeudi, le candidat socialiste à la présidence du gouvernement, Pedro Sanchez. Celui-ci veut croire queles sondages, qui prédisent un « sorpasso », un dépassement du Parti socialiste, traditionnellement première force de gauche, par Unidos Podemos, peuvent mentir.
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