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Pierre Laurent sur LCI

Posté par jacques LAUPIES le 25 janvier 2016

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Les grecs avaient ils le choix ?

Posté par jacques LAUPIES le 25 janvier 2016

 

J’ai toujours pensé que non avec un point de vue purement théorique considérant que la sortie de l’Europe n’aurait pas permis à la Grèce de se libérer pour autant d’une situation économique catastrophique et donc aurait donné encore plus de force à un retour de la droite.

Le maintien dans l’Europe et l’accès au pouvoir d’état crée une situation d’espoir mais à condition de céder le moins possible à la pression financière européenne et d’entreprendre une politique fiscale sans concession envers la classe dominante malgré ses menaces de délocalisation des capitaux. Mais cela est-il possible sans l’intervention populaire ?

Les gouvernements de gauche que ce soit au Portugal et demain en Espagne seront confrontés à la même question ! Nous mêmes en France avons eu l’expérience de cela en 1981 dans des conditions différentes. Car se faire élire sur des programmes très avancés ne peut suffire pour les mettre en application. Bien que l’on en ait la volonté politique  ! Sans le concours du peuple ou pour le moins de la classe ouvrière et des autres couches de salariés déterminantes dans la production des richesses, les chances de transformation de la société sont maigres. Cela vaut d’ailleurs aujourd’hui pour tous les pays du monde, y compris la France !

Le seul moyen de faire reculer les conservatismes intérieurs et extérieurs aux nations est la mobilisation populaire. Et cela ne se fait pas d’un coup de baguette magique.

Mais alors se pose la question de la prise de conscience des classes laborieuses, du peuple dans son ensemble et donc de l’existence d’une force politique révolutionnaire capable de leur  montrer le chemin non seulement en  renforçant a maitrise de l’économie mais de leur faire admettre la nécessité d’un combat permanent durant une période de conquête du pouvoir mais aussi dans une période de  transition dont la limite ne peut être prévue à l’avance.

Ce combat ne saurait-être uniquement électoral. Il doit intégrer les luttes sociales. Ni réformisme pleurnichard, ni totalitarisme d’une caste révolutionnaire.

Mais accompagnement de tout un peuple doté des instruments nécessaires d’élaboration et d’action politique en perpétuel mouvement. D’abord un parti politique révolutionnaire et différentes autres structures organisées sur des bases d’intérêt de classe , de catégories, etc. C’est de cela dont on besoin les populations ! Et cela ussi prend tu temps mais c’est incontournable.

 

 

 

Grèce. Un an après, l’esprit de résistance est toujours là

 

Stéphane Aubouard
Lundi, 25 Janvier, 2016
L’Humanité

 

Le 25 janvier 2015, Syriza gagnait les élections. Le gouvernement doit maintenant faire face à une série de manifestations contre sa réforme des retraites. Si une partie du mouvement est instrumentalisée par la droite, le gros des manifestants en appelle à plus de justice sociale.

Devant les ventres ouverts des ferries restés à quai, une centaine de marins tiennent un piquet de grève. Malgré la sono, l’ambiance est morose sous le soleil d’hiver qui éclaire le port du Pirée, et l’annonce, la veille, de la cession de 67 % du port industriel au géant chinois Cosco n’arrange rien. « Tsipras avait promis d’arrêter les privatisations et il ne l’a pas fait, alors aujourd’hui, comment voulez-vous ne pas être sceptique devant cette réforme des retraites ? » constate Vassilis Papadimitriou, président du syndicat de la caisse des marins. « On nous dit que ce sera mieux après, alors que c’est la fin assurée du métier ! tempête-t-il. Un marin travaille en moyenne vingt ans et perçoit aujourd’hui un minimum de 700 euros par mois. Or, la nouvelle loi annonce que le plafond minimal pour un salarié ayant travaillé dix-sept ans sera désormais de 384 euros ! Que notre caisse soit fondue dans une caisse générale signifie donc une perte de nos revenus et de nos droits ! »

« Il y a une vraie différence entre la gauche et la droite »

Giorgos Franas, colosse de 68 ans, abonde dans ce sens. « Je suis à la retraite depuis huit ans ; j’ai été premier mécanicien pendant plus de vingt ans et j’ai déjà vu ma pension, qui était de 1 500 euros par mois, divisée par deux grâce à la droite et au Pasok. Mais quel avenir donnez-vous à un jeune marin quand vous lui annoncez ça ? s’insurge ce militant du Parti communiste de Grèce (KKE). Je n’ai jamais fait confiance à Tsipras et ce n’est pas la politique qu’il mène aujourd’hui qui me fera changer d’avis ! »

Un sentiment que ne partage cependant pas la majorité des marins grévistes du port, pour qui le problème se situe davantage à Bruxelles qu’à Athènes. « J’ai voté pour Syriza en janvier et en septembre, et, croyez-moi, il y a une vraie différence entre la gauche et la droite », explique Emmanuel Kavalarakis, employé de restaurant sur long-courriers. « Samaras attaquait nos salaires, ce que Tsipras ne fait pas. Aujourd’hui, grâce à lui, je gagne encore 2 100 euros par mois, même si c’est au prix de 10 heures de travail par jour et 28 jours sur 30 ! »

Les marins du Pirée comprennent que le gouvernement se trouve aujourd’hui dans une situation très inconfortable. Alexis Tsipras devant conjuguer justice sociale et respect de ses engagements auprès de ses créanciers. « Ce que nous lui demandons en revanche, c’est de trouver le moyen de taxer les riches », précise Betty Turiou, administratrice de l’association Loen qui gère les prestations sociales des marins. « L’Europe demande des efforts aux ouvriers depuis cinq ans et, aujourd’hui encore, nous voyons augmenter les taxes et les impôts. Je comprends cette politique fiscale nécessaire pour lutter contre la corruption et le clientélisme. C’était d’ailleurs dans le programme de Syriza depuis le début. Mais il faut que les armateurs soient taxés eux aussi. Or, pour l’instant, dès lors qu’on leur demande le moindre euro, ils changent de pavillon comme de chemise et, pire encore, continuent d’exploiter au noir des travailleurs étrangers au détriment des marins grecs. » Une situation qui, à moyen terme, pourrait signifier la fermeture et la perte de 55 emplois pour cet organisme entièrement dépendant des cotisations des marins.

Une problématique que l’on retrouve chez les pêcheurs. À dix minutes de bateau du Pirée, Salamine apparaît derrière les fumées. L’île, qui fut le tombeau des soldats perses de Xerxès, est aujourd’hui celui des cargos, chalutiers et ferries que l’on vient y désosser. « Il ne faudrait pas non plus qu’elle devienne le cimetière des pêcheurs », s’amuse Spyros Gavril, les mains plongées dans un moteur.

La troïka et l’UE, principaux responsables de cette situation

Ce pêcheur de 64 ans parcourt depuis près d’un demi-siècle les eaux poissonneuses de la région. Dans un alignement de cinq bateaux, le sien est le dernier en activité dans cette partie de l’île. « Oh ! Ce n’est pas tant ma retraite qui m’inquiète que la pérennité de mon activité, explique l’homme aux cheveux d’argent. Que je me retrouve à 300 euros par mois, ce n’est pas bien grave. J’ai déjà payé ma maison, mes enfants sont mariés, ils ont du travail… Ce qui m’inquiète, en revanche, ce sont les impôts, reprend le pêcheur. 80 % de mes revenus passent aujourd’hui dans les taxes et les charges. » L’homme, dont le chiffre d’affaires atteint en moyenne 320 000 euros annuels, a sous sa coupe une dizaine d’ouvriers, « que (je) paie du mieux possible, affirme-t-il, soit environ 1 500 euros par mois. C’est-à-dire 180 000 euros par an. Ajoutez à cela les 25 000 euros que me coûtent chaque année les réparations et le matériel, plus les cotisations sociales qui sont passées de 150 euros mensuels à près de 500 euros, et il me reste juste assez pour me payer ». D’après Gavril, la troïka et l’Union européenne sont les principaux responsables de cette situation. « Moi, j’ai toujours voté à droite jusqu’à ce que la crise arrive. En janvier et en septembre, j’ai donné ma voix à Tsipras, car c’est le seul qui avait l’air honnête. Mais aujourd’hui, je vois bien qu’il a du mal à se débarrasser des créanciers, reprend le vieil homme. Simplement, l’Europe nous tue à petit feu. Cette réforme des retraites voulue par les créanciers est mauvaise mais ce n’est pas le pire que l’on nous ait fait. Mon activité a baissé aussi à cause de décisions idiotes, comme par exemple l’interdiction faite aux pêcheurs grecs de pêcher du thon. » Une décision prise il y a cinq ans dans un bureau à Bruxelles et dont les conséquences sont dramatiques pour la faune maritime, qui disparaît à cause de la voracité de ces mêmes thons ! « Mais cela arrange les très gros pêcheurs qui, eux, ne se gênent pas pour prendre ce qu’ils veulent et embaucher au passage des Égyptiens ou des Philippins à moindres coûts ! Tout cela n’est qu’une affaire de basse politique… » conclut Gavril.

Le fait est que le gros des manifestations qui s’accumulent depuis le milieu de la semaine dernière, que ce soient celle des agriculteurs ou encore celle des cols blancs d’Athènes – cette dernière se déroulant concomitamment avec celle des policiers –, s’apparente avant tout à une contre-offensive de la droite. Jamais autant de « cravates », comme on les appelle ici, symbole des professions libérales, ne se sont mobilisées dans le pays pour défendre leurs droits. Ils étaient plus de 6 000, vendredi, dans la capitale grecque, à fustiger la politique d’Alexis Tsipras. Et plusieurs dizaines de milliers de paysans à travers tout le pays.

Le plus grand rassemblement de paysans dans la région depuis dix ans

Au péage de Thèbes, par exemple, à 90 kilomètres au nord d’Athènes, des centaines de tracteurs flanqués des drapeaux de la Grèce, de l’Église orthodoxe et même de celui des colonels se sont installés des deux côtés de l’autoroute. Il s’agit du plus grand rassemblement de paysans en grève dans la région depuis dix ans. Mais, là encore, les positions sont partagées et, si la réforme des retraites est pointée du doigt, la politique fiscale du gouvernement Tsipras est crainte comme la peste. Certains comme Pavlos Kalamatzis voient dans Alexis Tsipras le traître par excellence : « Qu’est-ce qu’il est allé faire à Davos ? Tsipras a pris le pouvoir pour le pouvoir ! Quant à ses amis de Bruxelles, ils agissent envers nous comme l’Empire ottoman, qui taxait les paysans grecs de l’époque ! » Pour une profession très peu encadrée, qui, d’après les statistiques officielles, ne déclare que la moitié de sa production totale, le fait que l’impôt sur le revenu passe de 13 % à 26 % aura aussi des conséquences. Même si, à l’heure actuelle, d’après des chiffres du ministère de l’Agriculture, 88 % des paysans enregistrés ne déclareraient que 5 000 euros de revenus annuels. D’autres, comme Yannis Skoumas, éleveur et producteur de coton, sont cependant conscients du problème et souhaitent en terminer avec le clientélisme ambiant : « On n’y arrivera pas si on ne trouve pas une politique commune pour les paysans européens. Si on ne s’unit pas, le traité transatlantique détruira sûrement nos productions au profit des grosses boîtes. Car, ne l’oublions pas, derrière Bruxelles, il y a aussi l’Amérique. Peut-être que Tsipras s’en souviendra. »

Athènes (Grèce), envoyé spécial.

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Un comble : une « gauche » qu’il faut combattre pour défendre les libertés !

Posté par jacques LAUPIES le 24 janvier 2016

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Un dossier sur les révolutions arabes ?

Posté par jacques LAUPIES le 24 janvier 2016

TEXTES RELEVES DANS L’HUMANITE DIMANCHE DE CETTE SEMAINE

 

Printemps arabes les révolutions confisquées

NADJIB TOUAIBI ET VADIM KAMENKA
Vendredi, 22 Janvier, 2016
Humanité Dimanche

 

La Tunisie a subi trois attentats majeurs en 2015. Mêmes drames en Égypte. La Libye, elle, est plongée dans une guerre sans fin et pourrait subir une deuxième intervention étrangère. Cinq ans plus tôt, la presse évoquait une nouvelle période, celle des « révolutions arabes » ou des « printemps arabes » : 2011 voit des protestations sociales qui couvaient depuis plusieurs années éclater en Tunisie, en Égypte, au Maroc, en Libye, au Yémen, à Bahreïn… La chute du président tunisien Ben Ali nourrit l’espoir. Seulement, derrière ces soulèvements, on assiste à une lutte entre les puissances régionales (Iran, pays du Golfe, Turquie), les forces atlantistes (États-Unis, RoyaumeUni, France) et d’autres, pour préserver leur influence. Cinq ans plus tard, ces mobilisations ont été confisquées. Les populations n’ont guère tiré profit des soulèvements de 2011. La lutte contre le djihadisme a enterré les projets de réformes démocratiques et sociales.

ÉGYPTE – D’UN RÉGIME MILITAIRE À UN AUTRE

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«Pain, liberté, justice sociale », scande une foule immense sur la place Tahrir du Caire, le 25 janvier 2011. Lors de ce « jour de la colère », des rassemblements similaires ont lieu dans plusieurs villes en Égypte. Un mouvement qui fera tomber le président Hosni Moubarak, le 11 février. L’Égypte a cru en avoir fini avec la lourde main des militaires sur son État. Cinq ans plus tard, ils dirigent toujours le pays et le président maréchal Abdel Fatah Al Sissi essaye d’effacer cet épisode en rénovant le quartier de la place Tahrir. Les militaires ont effectué un repli tactique, préparant leur retour en juillet 2013 grâce à une exaspération entretenue et la garantie du royaume saoudien de son aide en cas d’élimination des Frères musulmans, détestés par la famille royale. En août 2013, Alain Gresh raconte :

« Le milliardaire Naguib Saouiris, lié à l’ancien régime, a reconnu avoir financé les militants de Tamarrod, « à l’insu de leur plein gré ». Tandis que Mme Tahani El Gebali, ancienne vice-présidente de la Haute Cour constitutionnelle, expliquait comment elle les avait aidés à forger une stratégie pour faire intervenir l’armée » (1). La stabilité du pouvoir en Égypte apparaît comme une priorité pour les chancelleries occidentales face aux bouleversements régionaux et à l’essor de mouvements djihadistes comme Daech. « Le garant de l’ordre musclé au Caire est présenté comme l’unique rempart séculier et moderniste face à l’obscurantisme. La réalité, on s’en doute, est différente. Les régimes arabes n’ont jamais cessé d’instrumentaliser la religion musulmane pour leur propre bénéfice et de bloquer toute réforme démocratique », analyse le journaliste Akram Belkaïd (2).

PAS D’ÉVOLUTION SOCIALE

Que reste-t-il alors de cette période de janvier à février 2011, qui a vu différents partis d’opposition, des jeunes diplômés, des chômeurs, les couches moyennes, les « ultra » des clubs de football, les syndicats se mobiliser ? « Elle a dévoilé un facteur nouveau : le peuple sait maintenant que le pouvoir n’est pas inamovible », estime la réalisatrice franco égyptienne Jihan El Tahri (3).

Le contexte social n’a, lui, aucunement évolué. Taux de chômage élevé, économie atone, manque de perspectives, creusement des inégalités, corruption endémique, les nombreux éléments qui ont déclenché les premières grandes mobilisations en 2005 demeurent. Pour l’instant, « la combinaison des peurs et des déceptions crée une atmosphère d’apathie sociale. Mais la peur, la désillusion et l’apathie sont des états d’esprit éphémères, que les dirigeants ne peuvent entretenir éternellement. Leur refus de proposer des réformes crédibles a mis le feu aux poudres il y a cinq ans ; il est vraisemblable que les mêmes causes produisent les mêmes effets. À eux de choisir : engager des réformes maintenant ou attendre qu’explosent de nouvelles révoltes », écrit Hicham Alaoui, professeur à l’université de l’Illinois.Vadim KamenKa(1) « Le Monde diplomatique », « En Égypte, la révolution à l’ombre des militaires ». (2) « Le Monde diplomatique », « Printemps arabe, autant en emporte le vent ? », décembre 2015 (3) Réalisatrice du documentaire « les Pharaons de l’Égypte moderne ».

LIBYE - Un désastre signé BHL et Sarkozy

 

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DR

Toutes les chancelleries occidentales jugent inéluctable une nouvelle opération militaire en Libye, pays livré aux milices armées et à l’« État islamique ». Une « menace pour l’Europe », et l’épicentre d’une future crise majeure de réfugiés fuyant la guerre civile et l’« État islamique » : voilà comment la ministre allemande

de la Défense décrivait la Libye le 18 janvier dernier, cinq ans après les premières manifestations réclamant le départ du colonel Kadhafi. Pour Ursula von der Leyen, qui s’exprimait dans les colonnes du quotidien « Bild », « l’Allemagne ne pourra pas échapper à ses responsabilités et devra apporter sa contribution ». Autrement dit, envoyer un détachement de la Bundes wehr, quand d’autres chancelle ries européennes, et en premier lieu Paris, jugent inévitable d’in tervenir une nouvelle fois dans ce pays déchiré par la guerre civile, et où l’organisation « État isla mique » ne cesse de prendre de l’ampleur.

 

UNE HYPOTHÉTIQUE GUERRE OCCIDENTALE

Tout un symbole : les djihadistes de l’« EI » ont établi leur quartier général à Syrte, exbastion de Mouammar Kadhafi, qui fut la dernière ville à tomber, le 20 oc tobre 2011. Après des semaines d’intenses bombardements de l’OTAN, ainsi qu’un incessant pi lonnage d’artillerie des « rebelles » armés par Nicolas Sarkozy et dé fendus bec et ongles par le philo sophe BernardHenri Lévy. Reste à savoir quelle forme pren dra une hypothétique guerre occi dentale, alors que l’ONU tente de faire aboutir un accord signé le 17 décembre 2015 entre les diffé rents belligérants (le gouverne ment de Tripoli et celui de To brouk). « S’il fallait, d’ici quelques mois, prendre acte avec amertume que les Libyens ont renoncé à cette perspective (l’application de l’ac cord ­ NDLR), alors certainement une coalition antiDaech devrait voir le jour comme en Irak ou en Syrie », a également déclaré Paolo Gentiloni, chef de la diplomatie italienne, dans un entretien ac cordé au « Figaro ».

Comme en Syrie, les pays occiden taux se sont révélés incapables de dénoncer les ingérences extérieures exercées par les pays du Golfe, dès le début de la révolution, et qui ont favorisé l’émergence des milices armées : le Qatar s’était par exemple vanté d’avoir déployé ses forces spéciales dès le printemps 2011, avant de soutenir le djihadiste Abdelhakim Belhadj, futur gou verneur militaire de Tripoli. En novembre 2015, le « New York Times » signalait des livraisons d’armes effectuées par les Émirats arabes unis, en violation de l’em bargo de l’ONU…

TUNISIE Aspiration citoyenne dans la démocratie menacée

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Le 17 décembre 2010, à Sidi Bouzid, ville pauvre et en clavée du centre de la Tuni sie, Mohamed Bouazizi, marchand ambulant de fruits et légumes alors âgé de 26 ans, unique soutien de sa famille, s’immolait par le feu de vant le siège du gouvernorat… Un geste désespéré en réaction à la confiscation de sa marchandise par la police. Le détonateur de ce qui devint au fil des jours un soulève ment historique à travers tout le pays. Les jeunes chômeurs ont in vesti la rue dans toutes les grandes villes malgré une répression parti culièrement féroce. La société civile a aussitôt relayé leurs luttes, à tra vers les réseaux sociaux notam ment, et toute la Tunisie s’embra sa… Une quinzaine de jours plus tard à peine, le 14 janvier 2011, le président Zine El Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans, prenait la fuite avec sa famille en direction de l’Arabie saoudite.

LA FORMATION D’UNE TROÏKA

Cinq années après, le pays traverse une mauvaise passe. Principal moteur de l’économie tunisienne, le tourisme est au creux de la vague. Les attentats meurtriers au musée du Bardo (18 mars 2015) et à Sousse (26 juin 2015) ont accéléré son déclin. Le parti libéral Nidaa Tounes, au pouvoir depuis oc

tobre 2014, ne parvient pas à défi nir une stratégie de redressement économique. Enlisée dans des luttes intestines, la formation, qui est en train d’imploser, cherche à renforcer son alliance avec les is lamistes d’Ennahdha. Ces derniers ont eu le vent en poupe dès le lendemain de la chute de Ben Ali. Le 27 octobre 2011, ils raflaient 90 sièges sur 217 de l’As semblée constituante et formaient alors une troïka avec deux partis de centre gauche, le Congrès pour la République et Ettakatol. La coalition s’écroule en septembre 2013sous pression notamment de l’UGTT et d’autres organisations de la société civile. Les islamistes trébuchent. Ils ne parviennent pas non plus à entraver les avancées constitutionnelles adoptées le 26 janvier 2014. La charia n’est pas reconnue comme source de droit comme ils le réclamaient. Le texte consacre, par ailleurs, dans son article 6 la « liberté de croyance et de conscience ».

Arrivés aux élections de 2014 en deuxième position, derrière Nidaa Tounes, les islamistes d’Ennahdha n’ont pas perdu pour autant leur influence. Ils entretiennent des liens ambigus avec les groupuscules de salafistes auteurs des assassinats des démocrates Chokri Belaïd (le 6 février 2013) et Moha med Brahmi (le 25 juillet 2013). La jeunesse laissée pour compte paye, quant à elle, le prix des errements politiques et continue à être in fluencée par les réseaux de l’« État islamique » et d’alQaida. La Tunisie est le seul pays du monde arabe qui est parvenu à abattre la chape de plomb qui résiste partout ailleurs. Mais, cinq années après, la société civile n’en est pas moins sur la défensive, tant la jeune démocratie reste menacée.

ENTRETIEN

KACEM AFAYA : «L ‘absence de volonté politique à la source du désastre social » Secrétaire adjoint à l’international de l’union générale tunisienne du travail (uGtt), Kacem afaya dénonce l’absence de volonté politique face aux défis économiques et sociaux. selon lui, la situation actuelle met en danger les acquis démocratiques du soulèvement de 2011.

HD. L’UGTT a joué un rôle déterminant dans le soulèvement de 2011. Cinq ans après, quels sont les grands acquis dans le monde du travail ?

K.A. Le soulèvement de janvier 2011 avait principalement pour objectifs le recouvrement de la liberté du peuple, de sa dignité, ainsi que la création d’emploi, bien sûr. Mais, force est de reconnaître que seule l’expression libre a été arrachée et reste, au moins pour l’instant, encore préservée. Mis à part cela, rien n’a changé, le nombre de chômeurs a au contraire augmenté…

HD. La menace terroriste expliquet-elle à elle seule le blocage économique du pays ?

K. A. C’est une vision complètementerronée, à notre sens. Nous estimons que c’est plutôt l’absence de volonté politique qui est à la source de ce blocage. Les lois en vigueur au temps de Ben Ali dans le secteur économique et social sont toujours en application. Quant à la question du terrorisme, elle n’est pas seulement tunisienne, nombreux sont les pays menacés et qui sont frappés par des attentats sanglants. Cela étant, en ce qui nous concerne, il faut aussi regarder les choses en face, se souvenir que pendant la période de la Troïka (1), des responsables politiques n’ont pas hésité à justifier des actes terroristes, que certains d’entre eux ont soufflé sur les braises, encourageant la discorde entre musulmans et laïques.

HD. À Kasserine, qui fut le centre nerveux de l’insurrection contre le régime de Ben Ali, le chômage atteint 23 % et l’analphabétisme, 32 %. Comment le dirigeant syndical réagit-il à cette situation ?

K. A. Nous sommes, bien sûr,consternés et appelons à la mobilisation de tous les partis politiques et des organisations de la société civile en faveur de plans d’urgence pour remédier à ces situations. À notre sens, c’est parfaitement possible si tous les acteurs sont mis à contribution. Ces mêmes acteurs ont prouvé, dans un passé récent, qu’ils étaient en mesure de relever des défis. Le redressement économique du pays, qui plus est dans des régions déshéritées, c’est l’affaire de tous.

HD. Quelles sont, justement, les propositions de l’UGTT en matière de lutte contre le chômage des jeunes et de déséquilibre régional?

K. A. Nous appelons avant tout à une révision des politiques de l’emploi, qui n’ont pour l’instant rien apporté. Il est urgent de promouvoir une nouvelle vision basée sur la décentralisation, la gouvernance participative et la répartition équitable des richesses, autant de principes qui figurent au coeur de notre révolution. Les gouvernants sont malheureusement trop occupés à des jeux d’influence, au partage du pouvoir. Ils restent éloignés des préoccupations sociales, quand ils ne leur tournent pas carrément le dos. C’est désormais une question de responsabilité. Ils ont besoin d’être mis en garde, car ce retard dans la satisfaction des revendications du peuple tunisien peut se répercuter négativement sur la réforme politique et le processus démocratique, comme l’a très justement rappelé le secrétaire général de l’UGTT, Houcine Abassi, lors de la célébration du 5e anniversaire du soulèvement.

HD. Vu la situation, la démocratie fait-elle encore rêver les citoyens tunisiens, ou est-ce la désillusion ?

K. A. Non ! Les Tunisiens aspirent à encore plus de démocratie, ils n’abandonneront pas. La détermination est forte dans toutes les couches sociales de protéger les acquis démocratiques.

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Réforme constitutionnelle

Posté par jacques LAUPIES le 23 janvier 2016

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