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Emparez vous du débat

Posté par jacques LAUPIES le 10 novembre 2015

 

 

Emparez vous du débat dans POLITIQUE

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Portugal 1974 : le début d’une révolution ?

Posté par jacques LAUPIES le 10 novembre 2015

 

J’ai du aller au Portugal deux fois. Une première fois en 1975, une seconde une vingtaine d’années plus tard. Mais évidemment c’est de la première dont je garde le souvenir le plus marquant même si la deuxième visite plus touristique m’a permis de découvrir le nord de ce pays et de retrouver le centre que je connaissais déjà.

Ma première visite se situait un an après la révolution des œillets et l’objectif des organisateurs du voyage était de nous faire connaître ce pays en lien direct avec cette révolution. Ce qui nous conduisit vers diverses rencontres des organisations impliquées dans cette intense activité politique.

Déjà s’affrontaient droite et gauche, et se manifestaient le rôle des socialistes portugais avec Mario Soares en concurrence (mais aussi dans l’union) avec les communistes dont le leader était Alvaro Cunhal. Sans compter le rôle essentiel joué par me MFA (Mouvement des forces armées avec un certain colonel De Carvalho qualifié d’extrême gauche.

Le peuple avait pactisé avec les militaires instigateurs de cette révolution par un coup d’état. On sentait bien, lors de nos rencontres, que ce n’était pas seulement un coup d’état mais bien quelque chose d’attendu et très profondément ancré dans la population. Les médias français ne se privaient pas de dramatiser et de faire peur à partir d’un mouvement très pacifique et au cours duquel il y eut peu de victimes !

La suite on la connaît et la chute du régime de Salazar devait laisser en place un pouvoir dans lequel Droite et Social démocratie avec le concours de l’Europe, la mise à l’écart des communiste, devait conduire à la situation que nous connaissons. Toutefois les institutions furent radicalement transformées et des réformes économiques et sociales qui subsistent furent entreprises.

Cela est développé dans le site que nous pouvons recommander même s’il est teinté d’une vision gauchisante.

http://www.contretemps.eu/interventions/40-ans-apr%C3%A8s-grandeurs-limites-r%C3%A9volution-portugaise

La gauche portugaise est prête à tourner la page de l’austérité

 

Cathy Ceïbe
Dimanche, 8 Novembre, 2015
L’Humanité

 

La vie politique portugaise est à un tournant. Les partis de gauche pourraient conclure un accord parlementaire qui mettrait un terme à l’exécutif de droite de Pedro Passos Coelho, qui était censé être investi durant les deux journées parlementaires qui s’ouvrent ce lundi.

Lisbonne (Portugal), envoyée spéciale. On peut encore voir sur les grandes artères de Lisbonne des traces de la campagne des législatives du 4 octobre. Et pourtant, depuis l’issue de ce scrutin où la gauche est devenue majoritaire à l’Assemblée, tout s’est précipité au Portugal. Le paysage politique est désormais suspendu à un fil, plus exactement au fil du rasoir des négociations qu’entretient le Parti socialiste, de manière séparée, avec les autres formations de gauche, en vue de trouver un accord parlementaire à même de tourner la page après quatre longues années d’austérité qui ont lessivé le pays.

Ce pacte, qui fait la une des journaux depuis plusieurs semaines, mais dont on ne connaît pas encore tous les tenants et les aboutissants, devrait également ouvrir la voie à la constitution d’un gouvernement socialiste. Le PS a déjà gouverné par le passé. Mais cette fois-ci, chose inédite, sa future gouvernance sera conditionnée à une entente parlementaire avec le Bloc de gauche, le Parti communiste et son allié électoral de la Coalition démocratique unitaire, le Parti écologisteles Verts. Tout peut encore basculer tant les pressions sont fortes. Les deux journées parlementaires qui s’ouvrent aujourd’hui à l’Assemblée vont être cruciales, notamment pour l’exécutif de droite de Pedro Passos Coelho, sous le coup de trois motions de rejet.

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Défendre l’ONU étendre ses pouvoirs

Posté par jacques LAUPIES le 9 novembre 2015

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J’ai toujours rêvé d’une gouvernance mondiale. A condition bien sur que ce ne soit pas celle des multinationales, des marchés financiers autrement dit de la classe de privilégiés et accapareurs de richesses. Cela va de soi.

Est ce à dire que je  rejette toute forme d’autorité mondiale pouvant réguler les coopérations économiques, sociales et les alliances politiques qui en découlent. Pas du tout car la mondialisation capitaliste offre un vaste terrain de conquêtes progressives et progressistes dont il serait vain de croire qu’elle ne laisseront pas subsister des résistances face à une démocratie économique et politique en construction.

Donc, il faudra bien admettre des cohabitations avec des régimes dont le caractère réactionnaire ne les fera cependant  pas échapper à la pression des règles internationales édictée par les régimes démocratiques fondés sur la liberté et bien entendu d’inspiration sociale.

Utopie ? Surement pas car l’histoire nous prouve que l’humanité engendre déjà des forces de nature à imposer progressivement de nouveaux droits, internationalement institués en matière de travail, de justice, de protection sociale, de développement. Et ce malgré le poids écrasant du système capitaliste dominant qui se nourrit précisément de la division des nations.

C’est en cela que tout retour aux concepts nationalistes, fussent-ils appuyés par des grandes puissances, est extrêmement dangereux et ne peu que favoriser la disparition des institutions internationales du type de l’ONU.

Une ONU donc l’action est  amoindrie par des organisations militaires (OTAN notamment sur le plan militaire)  La rencontre ci dessous mentionnée ne peut donc qu’être intéressante et je regrette bien de n’avoir pas trop les moyens d’y assister !

 

 

Les Nations unies, 70 ans  après

              

Rencontre organisée par la revue Recherches  internationales, la Fondation Gabriel Péri et l’Institut de documentation et recherche sur la Paix (IDRP)

Vendredi 13 novembre à 17h30 Ecole Normale Supérieure 45 rue d’Ulm 75005 Paris                   Salle F, escalier D, 1er étage Plan d’accès

à l’occasion de la parution du n°103 de la revue « Recherches internationales » consacré aux Nations unies et coordonné par Chloé Maurel, spécialiste des Nations unies.

Avec la participation de Michel RogalskiChloé Maurel, Nils Andersson, Noël Bonhomme, Philippe  Hugon, Salomé Ponsin…

Au fil de ses 70 ans d’existence, l’ONU a été souvent critiquée et taxée d’inefficacité ou d’impuissance. Pourtant, une analyse précise de son action montre qu’elle a mené une action souvent progressiste, et qu’elle reste un mécanisme indispensable pour œuvrer à la paix et à la sécurité dans le monde ainsi qu’au progrès économique, social et culturel.

Elle est indispensable car elle est l’organisation mondiale la plus démocratique, bien plus que l’OMC, le FMI, les G7/8/20, l’OTAN ou l’OCDE qui la concurrencent.

À l’heure actuelle où les problèmes et enjeux deviennent transnationaux (terrorisme, épidémies, évasion fiscale…), l’ONU et ses agences ont un rôle clé à jouer et doivent donc être soutenues et renforcées.

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Climat. Guy Aurenche : « On ne peut pas continuer avec ce système qui élargit les inégalités »

Posté par jacques LAUPIES le 8 novembre 2015

 

 

 

Ce ne sont pas les dévouements qui manquent pour venir en aide aux plus démunis.

Comme chaque année, à la veille de Noël, de nombreux bénévoles d’associations caritatives se mobilisent. Ces élans de générosité  sont louables mais souvent ils masquent de terribles carences sur le plan politique et sont un paravent contre toute mise en cause des défaillances d’un système républicain, accaparé par les classe dominantes qui ne sont pas les plus généreuses et disons le carrément, lorsqu’elles se manifestent dans des actions de solidarité, le font avec les liettes de ce qu’elles soustraient au bien public.

Dans l’interview ci dessous diffusé de Guy Aurenche, de sensibilité catholique et Président du Comité Contre la Faim et pour le Développement la question de la transformation des rapports sociaux est évoquée et l’on s’en félicite évidemment.

Ceux qui s’engagent dans des actions solidaires ne peuvent ignorer que la première des solidarités est de légiférer pour une meilleure répartition de la richesse et la contribution légale des plus riches en faveur des plus pauvres, en premier lieu en donnant à l’état et aux collectivités les moyens de venir en aide à tous ceux que la société abandonne, depuis les salariés mal rétribués jusqu’aux personnes assistées et parfois sans ressource, abandonnées à la rue.

Ce samedi matin le Secours catholique effectuait une collecte de nourriture à l’accueil d’un super marché du centre ville et, non loin de là, l’association AVL présentait son action pour les nouveaux arrivants. Très bien mais cela ne peut que réjouir ceux qui exploitent mettent au chômage tous ces braves gens que l’on se doit les uns et les autres de secourir alors qu’eux les mettent sur la paille.

 

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Etre constructifs dans nos propositions pour notre ville !

Posté par jacques LAUPIES le 7 novembre 2015

 

La porte est ouverte

La porte est ouverte

« Oui Tarascon » bulletin bi mensuel du FN vient d’être distribué dans Tarascon. Particulièrement axé sur des critiques s’adressant à la majorité de l’équipe municipale. Critique d’autant facile qu’évidemment rien de bien nouveau n’a été réalisé depuis les dernières élections pour une équipe à qui on a pu jusqu’ici accorder le temps de se mettre en place (quasiment 18 mois)

Mais n’allez pas croire que rien n’a été fait…

Car ce mois de novembre il nous a été proposé deux réunions publiques dont l’une a été évoquée  ici même : la présentation du Projet d’Aménagement et de Développement Durable et l’autre doit se tenir la 10 novembre et portera sur la reconversion du site de l’ancienne gendarmerie de Tarascon (Bd Gambetta). Deux initiatives intéressantes à suivre pour connaître sur quoi de concret elles vont déboucher.

Nous avons pour habitude de ne pas nous opposer à des projets qui vont dans le sens de permettre à la population de bénéficier de nouveaux  services. Même si parfois nous n’avons pas les mêmes priorités. Le élus ont été choisis par les tarasconnais et il leur appartient de respecter leurs engagements.

Cela ne nous empêchera pas de rappeler au fil des mois, qu’il y a des questions urgentes à régler. Donc nos prises de positions seront constructives et ne s’enfermeront pas dans une stupide négation de tout. A l’inverse de ce que fait le FN dans son bulletin. Ce parti qui spécule sur de réels problèmes n’a d’autres préoccupations que de stigmatiser une frange de la population laquelle, privée de moyens et parfois même de conseils, concernant l’amélioration de l’habitat, fait n’importe quoi et accentue la dégradation. Problème sur lequel le Maire s’est prononcé lors de la réunion de ce mercredi 4 novembre au Panoramique, évoquant de possibles aides de l’état et de la commune.

L’élaboration puis l’adoption du Plan d’occupation des Sols et du Plan local d’urbanisme ainsi que le plan de prévention du Risque inondation (relevant de la responsabilité de l’Etat) apporteront des 2017 des éléments nouveaux. Toutefois cela ne doit pas hypothéquer la recherche de réponses aux besoins de formation professionnelle, de construction et d’aménagement de logements, d’un dispositif global de développement de l’accueil « arrosant » la ville de touristes, du développement de l’emploi. Questions jusqu’ici évoquées timidement par les municipalités successives et qui restent en suspens.

Questions auxquelles doivent répondre des élus s’ils sont  soucieux de l’intérêt général qui consiste pour nous à réduire les inégalités devant l’éducation, la formation professionnelle et l’emploi, la santé, la culture, etc. La France souffre d’une politique d’austérité (réduction de la dotation aux communes notamment) qui freine cet objectif voire paralyse nombre d’initiatives.

Quant au opposants FN, le niveau de leurs critiques relèvent de l’inconséquence et sont bien loin d’évoquer les préoccupations qui sont le nôtres et celle la population. Ce que trop de tarasconnais leur apportant leurs suffrages ne semblent pas percevoir.

Quant au électeurs qui se réfugient dans l’abstention ou les votes blanc et nul, qui très souvent expriment leur colère à l’égard des élus ou ceux (électeurs) qui s’installent dans l’indifférence, il serait grand temps qu’ils se ressaisissent. Car le problème est là : biens souvent les plus défavorisés se taisent !

Ils vont avoir l’occasion de « parler » dans un mois pour les élections régionales en soutenant la liste composée de communistes, et autres partis réunis au sein du Front de Gauche, des militants de l’écologie.

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Et son Maître, l’aurait-on oublié ?

 

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Et notre Sécu à Tarascon ?

 

Pou vous distraire : c’est moins volumineux que ‘La misère du monde » Seul ouvrage que j’ai lu de Bourdieu ais à conseiller !

 

Pierre Bourdieu, pourquoi la sociologie est-elle toujours un sport de combat ?

La publication des cours au Collège de France
Jeudi, 5 Novembre, 2015
L’Humanité

 

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Etre constructifs dans nos propositions pour notre ville ! dans POLITIQUE

Pierre Bourdieu à Paris en 1998.
Photo : Remy De La Mauviniere/AP
Par Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, sociologues, Patrick Champagne 
et Julien Duval, en charge 
de l’édition 
du « Cours 
de sociologie générale » et Gérard Mauger, directeur 
de recherches émérite 
au CNRS.
  • Penser les classes sociales  par Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, sociologues

Nous avons suivi avec assiduité et intérêt les cours au Collège de France de Pierre Bourdieu de 1982 jusqu’au 28 mars 2001. Ce jour-là fut à la fois son dernier cours avant sa retraite et la dernière fois que nous avons pu le voir et discuter avec lui après ces presque vingt années au sein de cette académie universitaire prestigieuse. Nous prenions des notes sur un cahier dont les pages étaient divisées en deux : la partie de gauche était réservée aux impressions et aux faits que nous jugions utiles d’inscrire en écoutant celui dont le système théorique coïncidait miraculeusement avec notre vision du monde en général et de la société française en particulier. Nous consignions sur la partie de droite toutes les idées pertinentes qui nous venaient à l’esprit pour nos recherches sur les grandes familles fortunées de la bourgeoisie et de la noblesse. Cette façon de faire était, nous l’espérions du moins, en harmonie avec les intentions de Pierre Bourdieu de transmettre des données sociologiques construites selon un système théorique mais également de nous donner à vivre en direct la façon dont il articulait les matériaux empiriques aux concepts théoriques d’« habitus » et de « champ ». Son objectif pédagogique était en effet de nous donner les moyens de penser par nous-mêmes et de poursuivre son travail gigantesque avec nos propres enquêtes et recherches. Notre enthousiasme de sociologues lui doit donc beaucoup. Et nous sommes infiniment reconnaissants à nos collègues qui, par un travail de moines bénédictins, éditent les livres issus de ces cours au Collège de France, qui permettront aux générations suivantes de capitaliser les acquis d’une sociologie tout à la fois savante et accessible.

La sociologie de Pierre Bourdieu continue d’être d’une actualité brûlante dans la phase néolibérale du système capitaliste marqué par une violence accrue dans les rapports sociaux de domination. L’objectivation du monde social, en délégitimant la naturalisation des inégalités entre les classes sociales, dévoile l’arbitraire des pouvoirs d’une oligarchie dont les membres s’accaparent les positions les plus élevées au cœur de l’État, dans la haute administration et les assemblées parlementaires, dans les conseils d’administration des entreprises et des banques, dans les médias, l’armée, les arts et les lettres. Or il est absolument nécessaire que cet arbitraire reste caché afin d’obtenir le consentement des peuples à de telles inégalités et de telles injustices.

C’est ainsi qu’on peut comprendre la colère de Philippe Val, qui dirigea France Inter entre juin 2009 et mai 2014, contre ce qu’il appelle « le sociologisme », dans lequel il intègre Karl Marx, Pierre Bourdieu, nous-mêmes et bien d’autres encore. La démonstration, virulente dans la forme mais simpliste sur le fond, voit dans les déterminismes sociaux la négation des individus et de leur capacité à agir librement. Or la force du système théorique de Pierre Bourdieu réside précisément dans une conceptualisation du social tout à la fois individuel et collectif. Par l’intériorisation des rapports sociaux de domination, ceux-ci s’inscrivent dans les manières de penser et même jusque dans les corps qui portent les stigmates, positifs ou négatifs, de leurs origines et de leurs conditions de vie. Les inculcations les plus arbitraires et les plus contraignantes finissent, lorsqu’elles sont efficacement menées, par être ressenties comme relevant de la responsabilité des individus alors qu’elles sont le résultat de déterminismes sociaux qui aboutissent à constituer les individus en « corps de classe ». Si la sociologie désenchante les dominants qui veulent croire et faire croire à leur supériorité naturelle, elle devient un sport de combat pour tous ceux qui contestent l’état des structures sociales. La connaissance des déterminismes sociaux étant la condition d’un sentiment de liberté, de désirs d’impertinence et de la nécessité d’un changement radical dans l’ordre social.

Nous nous sommes contentés de mettre en œuvre le système théorique élaboré par Pierre Bourdieu avec de nombreuses enquêtes sur une classe sociale très restreinte mais qui s’accapare toutes les richesses et tous les pouvoirs, et nous avons été, et nous sommes toujours, des chercheurs épanouis et heureux.

  • Une « édition critique »  par Patrick Champagne 
et Julien Duval, en charge 
de l’édition 
du « Cours 
de sociologie générale » 

Le livre de Bourdieu qui paraît aujourd’hui (1) s’inscrit dans le cadre d’une entreprise de publication commencée il y a maintenant trois ans qui consiste à rendre progressivement disponibles l’ensemble des cours que le sociologue a donnés au Collège de France, où il a enseigné de 1982 à 2001. C’est une entreprise éditoriale importante qui est menée conjointement par les éditions Raisons d’agir et par les éditions du Seuil. Cet ouvrage est le troisième de la série. Un premier livre, publié en 2012, portait sur les cours sur l’État que Bourdieu avait donnés entre 1989 et 1992. Un deuxième volume, paru en 2013, était consacré à ses deux années d’enseignement, en 1998-2000, sur la révolution symbolique opérée par Manet. L’actuelle publication porte sur les deux premières années de son enseignement au Collège de France sur les cinq qu’il a consacrées, entre 1982 et 1986, à une introduction aux concepts fondamentaux de la sociologie. D’où le titre, « Cours de sociologie générale », qu’il a donné à ces premiers cours. Paradoxalement, cette édition in extenso des cours tels qu’ils furent prononcés suppose un travail éditorial important qui explique le rythme des publications. Comme pour les cours déjà publiés, on part des enregistrements sur cassette, pas toujours de bonne qualité, faits par des chercheurs car Bourdieu n’écrivait pas ses cours. Il les préparait soigneusement, puis, sans jamais perdre de vue son propos principal, il s’exprimait librement, multipliant les parenthèses pédagogiques, les exemples, les rapprochements avec l’actualité du moment, les développements de toutes sortes afin de se faire comprendre de son vaste auditoire. Ce sont ces enregistrements des cours sur K7 qui ont donc été retranscrits et vérifiés. Ensuite, un « rewriting » a minima a été fait pour que cette transcription soit lisible : en effet, bien que le livre cherche à restituer un enseignement qui fut oral, il reste cependant soumis aux exigences propres (et aux limites) de l’écrit. Notre souci a été de proposer aux lecteurs un texte qui soit à la fois le plus lisible possible et le plus fidèle à la manière dont les cours avaient été prononcés. Pour faciliter la lecture, nous avons inséré des sous-titres qui permettent en outre une lecture vagabonde, au hasard des thèmes rencontrés.

Il a fallu procéder ensuite à une « édition critique » du texte, qui consiste à vérifier les citations et les noms propres (ici plus de 500), à compléter les indications bibliographiques et à renvoyer, si nécessaire, vers les livres et articles de Bourdieu. En outre, l’objet spécifique de ce cours où Bourdieu mobilise, par la force des choses, sa culture philosophique et sa lecture des fondateurs de la sociologie nous a aussi conduits à proposer un certain nombre de notes bibliographiques, non pas dans un but d’érudition, mais pour mieux faire connaître les sources que Bourdieu a mobilisées dans la construction de sa propre théorie. C’est ainsi que le présent volume comporte plus de 500 notes de bas de page, l’idéal étant cependant que tout ce travail d’édition reste discret et soit fait de telle manière que le lecteur ait le sentiment d’assister aux cours et retrouve un Bourdieu extraordinairement vivant.

Deux choses, entre autres, frappent à la lecture de ce cours. La première, c’est l’extrême actualité des analyses que propose Bourdieu dans des leçons pourtant prononcées il y a maintenant près d’une quarantaine d’années. Ce qu’il dit, par exemple, des intellectuels, des entreprises culturelles, du système scolaire, des classes sociales, etc., n’a pas pris une ride. La seconde chose, c’est la clarté de l’expression et la maîtrise de la pensée qu’elle manifeste. Ce cours de « sociologie générale » est à la fois facile à lire, clair dans l’expression et en même temps de très haut niveau, d’une nature très différente des présentations souvent académiques qui sont faites de la sociologie de Bourdieu. Pour ceux qui veulent entrer dans son œuvre mais qui redoutent le style complexe de sa pensée et de son écriture, ou qui ne savent pas comment l’aborder, ce cours qui se lit avec une certaine jubilation, constitue sans aucun doute la meilleure introduction.

Ce cours de sociologie générale est pourtant pédagogiquement très ambitieux puisqu’il se donne pour objectif non pas de transmettre des connaissances mais un mode de pensée, une manière de percevoir le monde social. Et, de fait, l’objectif est atteint car nombreux sont ceux pour qui il y a un « avant » et un « après » le cours. Il est ambitieux également sur le fond car il est, pour Bourdieu, l’occasion d’affronter des questions absolument fondamentales pour toute démarche sociologique. Pour ne donner qu’un exemple, on citera l’un des fils rouges des cours publiés dans ce livre : comment ces collectifs que sont les classes sociales, et plus généralement les groupes, ou encore les institutions, se constituent-ils ? En 1982, Bourdieu est déjà très avancé dans l’élaboration de sa théorie du monde social. Il vient de publier deux de ses ouvrages majeurs, la Distinction et le Sens pratique. Le cours propose à cet égard une mise au point et revient longuement sur les concepts d’« habitus », de « capital » et de « champ ». Il évoque, comme il ne l’a fait nulle part ailleurs, les problèmes qu’il a cherché à résoudre en forgeant peu à peu ces concepts qu’il considère comme des « outils » toujours à améliorer et à confronter aux recherches qu’il a alors en cours sur les classes sociales, le monde universitaire, la littérature, les évêques. Et au fur et à mesure de la publication de ces cours, on s’aperçoit que loin d’être la simple version orale de son œuvre écrite, ils constituent une partie importante et originale de son œuvre.

 

  • L’engagement intellectuel par Gérard Mauger, directeur 
de recherches émérite 
au CNRS 

Bourdieu, qui se méfiait des excès de confiance dans les pouvoirs du discours était néanmoins convaincu que la connaissance sociologique peut produire un effet libérateur et fournit des moyens d’agir sur la réalité sociale. Tenter de dire la vérité sur le monde social implique, en effet, de rompre avec les idées reçues qui disent que ce qui est doit être et ne peut pas être autrement, de s’immiscer dans les luttes politiques et médiatiques qui ont pour enjeu la vision légitime du monde social et de dévoiler les mécanismes de rapports de domination dont l’efficacité repose pour beaucoup sur la méconnaissance. C’est pourquoi, sans même le vouloir, la sociologie, qui heurte les intérêts de ceux qui ne trouvent rien à redire au monde tel qu’il est, est une « science qui dérange ». Tolérable dans la mesure où elle étudie des objets sans grande importance, acceptée sinon encensée quand elle ménage et aménage l’ordre établi, la sociologie, dès lors qu’elle dévoile des choses cachées ou refoulées à propos de l’ordre social, se voit récuser sa prétention à être une science comme les autres. C’est aussi pourquoi elle est particulièrement exposée aux pressions externes (matérielles et institutionnelles), mais aussi à la concurrence interne de ceux qui s’ajustent sans trop de réticences à la « demande sociale » et/ou à la logique de l’audimat.

« L’engagement sociologique » ne fait ainsi que tirer les conséquences du travail sociologique : c’est ce que nous nous efforçons de faire dans le cadre du collectif et de la revue Savoir/Agir. Tel que le concevait Bourdieu, cet engagement impose un double devoir de « réflexivité » et de « scientificité ». Le devoir de réflexivité implique la critique de l’ethnocentrisme intellectuel, de l’autorité intellectuelle comme arme politique et de la propension au « campus radicalism ». Quant au devoir de scientificité, il implique le renoncement à l’essayisme et au prophétisme de l’intellectuel « à l’ancienne », présent sur tous les fronts de la pensée et ayant réponse à tout. D’où la nécessité, pour pallier la division du travail scientifique et conjurer les facilités de l’essayisme, de la construction d’un « intellectuel collectif » auquel Bourdieu assignait des fonctions négatives (critiques) et des fonctions positives (constructives). Côté critique, il s’agit de travailler à produire et à disséminer des instruments de défense contre la domination symbolique. Côté constructif, il s’agit de « définir l’utopisme rationnel, capable de jouer de la connaissance du probable pour faire advenir le possible », en se gardant à la fois du volontarisme irresponsable et du fatalisme scientiste. Mais il faut aussi rechercher de nouvelles formes d’action politique : parce qu’ « il n’y a pas de force intrinsèque de l’idée vraie », il s’agit de surmonter les multiples obstacles à la diffusion d’une sociologie engagée. De ce point de vue, il s’agit surtout de surmonter ce paradoxe qui veut que « la vérité scientifique a toutes les chances d’atteindre ceux qui sont les moins disposés à l’accepter et très peu de chances de parvenir à ceux qui auraient le plus intérêt à la recevoir », ce qui suppose de la part des chercheurs un changement de langage et d’état d’esprit. Il s’agit, en somme, comme le dit Jacques Bouveresse, de « passer du statut de sociologue pour sociologues à celui de sociologue pour tout le monde ».

Dernier ouvrage paru : Tentative d’évasion fiscale, Deux sociologues en bande organisée. Zones, La Découverte. (1) Sociologie générale, vol.1. Cours au Collège de France, 1982-1984. Éditions du Seuil, 880 pages, 30 euros.


 

 

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