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On pleure pour la même raison mais nos larmes ont d’autres sources

Posté par jacques LAUPIES le 27 novembre 2015

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Car penser avant les autres ou à la suite de ses compagnons n’a rien à voir avec l’exactitude de cette pensée même si des faits viennent corroborer ce que nous croyons avoir découvert les premiers !

Les évènements actuels nous en offrent une illustration.

Ainsi par exemple, ma voisine imbibée de la pensée d’extrême droite (issue d’un pan de famille pétainiste) depuis son plus jeune âge, cependant éveillée par le retour aux valeurs de la république et de la laïcité par une maitresse d’école,  au lendemain d’une guerre vécue dans un milieu de soumission à souffrances limitées a, comme beaucoup de ses semblables, flirté avec les idées communistes. Ce qui n’a pas été sans conséquence pour son « confort » matériel qui  na été cependant que le résultat d’une prolétarisation dans la précarité. Mais voila que surgit une question : quelles réponses ont été donnée à ce statut qu’elle et la génération qui a suivi ont connu ?

Elle s’est donc trouvée soudainement sans références, à l’issue des trente glorieuses, plongée dans les affres d’une crise économique, politique et disons le morale,  dans un combat de classe auquel elle n’avait souscrit que par une sorte de d’empathie  de circonstance sans réellement en approfondir le sens. Cependant cette crise, par définition, ne l’a pas  frappée seule, en tant qu’individualité et elle en a souffert, pour les autres où à cause d’eux, dans sa famille certes, mais aussi par l’image de ce monde d’injustices et d’inégalités qui interpelle. Un monde qui fait de nous à la fois des victimes et des coupables.

A défaut de culpabilisation à laquelle nous sommes enclin à résister, nous sombrons facilement au statut de victimes et donc il nous faut bien trouver par ci par la des coupables nous exonérant de nos responsabilités. Et ainsi s’amorce ce processus qui nous conduit vers les boucs émissaires et leur variété : les proches sont tout indiqués pour jouer ce rôle mais il y a ceux que l’on désigne, que l’on instrumentalise à souhait pour en faire de parfaits responsables de nos frustrations. Et s’explique ne serait-ce que partiellement le retour aux sources de l’enfance et l’effacement d’espoirs passés que l’on vit sinon en cauchemars mais en mauvais et faux rêves.

Sauf à nous perdre dans une paranoïa teintée de masochisme, il y a bien des responsabilités a découvrir  dans le mal vivre  refoulé qui nous étreint ou quand survient un évènement extrême qui évoque la mort, et donc notre propre mort à venir, bien sur pensée à travers celle qui frappe les autres et plus particulièrement nos semblables.

C’est là que naissent des périls : celui de la haine et de la vengeance pour qui ne retient que l’évènement dans sa cruauté, celui de la colère qui peut produire une révolte contenue à la suite de prédictions superficielles découlant de récentes et imparfaites analyses, enfin celui de l’indifférence et de la résignation du au rejet global de la politique.

Alors ne faut-il pas s’interroger sur ces nombreuses manifestations où nécessairement se dissimule une mise en scène issue de démarches politiques spéculant à la fois sur la colère, la révolte et le sentiment de fatalité, enveloppé d’un cérémonial toujours destiné à susciter l’émotion.

Je me demande si cette soudaine apparition de La Marseillaises et de Drapeaux tricolores n’est pas excessive et trompeuse. En tout cas elle peut conduire à une osmose dans la tristesse, dans les pleurs, mais passé ce cap de pleurs des morts et de la compassion pour les proches ne faut-il pas admettre que nos approches sont différentes quand aux origines et aux causes ? Que cela nous rappelle au combat, pas le même que celui que l’on nous propose dans des célébration et discours, non dénués parfois d’un certain flou, mais bien un combat de classe à tous les niveaux, de la nation, des continents et de la planète. Avec des cibles et des stratégies bien différentes de celles que l’on nous à proposé et qui ne manquerons pas de ressurgir !

Et ce combat qui est le nôtre à nous communistes, lequel suscite la réflexion qui précède, tend à être remplacé, si nous n’y prenons gare à ce qu’il y a d’insupportable et que l’on tente de banaliser : la guerre !

Passé le temps des larmes vient celui de la raison ! Et la raison, j’en suis désolé n’est pas dans les pleurs avoués de ma voisine, ni dans celui qui dit : passez y a rien à voir !

 

Vous avez dit tricolore ?

Par Patrick Apel-Muller
Vendredi, 27 Novembre, 2015
L’Humanité

 

L’éditorial de Patrick Apel-Muller. Jaurès poursuit ce sillon et promeut « la pensée ouvrière complète », qui allie « l’Internationale et la nation », non pas comme un mariage de raison mais comme l’aboutissement de l’un et de l’autre. La nation, comme la République, devient alors une ambition de démocratie et de progrès social, un partage.

L’appel aux Français à pavoiser leurs habitations vendredi, lancé par le président de la République en hommage aux victimes des tueries de Paris, suscite des sentiments mitigés. L’injonction rappelle des images des États-Unis et certains estiment qu’il n’y a qu’un pas du patriotisme au Patriot Act, qui a placé les libertés sous clef outre-Atlantique. De fait, le drapeau tricolore a souvent été brandi par ceux qui voudraient effacer le bleu et le rouge – qui incarnent l’irruption du peuple de Paris au premier rang de la scène politique à l’aube de la Révolution française – pour ne garder que le blanc, souvenir de la monarchie. Bien sûr, ses couleurs ont couvert parfois les menées haineuses du nationalisme, les conquêtes sanglantes du colonialisme, l’atroce boucherie de la Première Guerre mondiale ou les répressions de la contestation. Pour autant, ces dernières effacent-elles ces Marseillaise chantées et la bannière brandie sur les barricades des révolutions du XIXe siècle – notamment sur celles de la Commune –, les brassards des FFI, l’élan formidable du Front populaire quand les couleurs nationales mêlent leurs plis à ceux du drapeau rouge ? Ne faut-il pas plutôt répliquer avec Alexandre Dumas : « Et le drapeau, morbleu ! Il ne faut pas laisser un drapeau aux mains de l’ennemi, même quand ce drapeau ne serait qu’une serviette ! » L’ambiguïté naît aujourd’hui de la rhétorique guerrière que brandit le pouvoir, d’une dérive sécuritaire qui évoque « l’ennemi intérieur » et juge secondaires les libertés, d’un culte d’une identité fermée qui oublie l’égalité, des tentations d’amalgames qui minent la fraternité.

« Vive la nation ! »

Un débat sous-tend les réactions de malaise, celui qui fait rage autour de l’idée de nation. L’extrême droite la conçoit comme un espace fermé, figé dans une histoire ancienne, défini par une référence chrétienne, lieu d’opposition et de résistance au vaste monde hostile. À droite, on n’en est pas si loin, sacralisant une notion réduite à une culture ou à des modes de vie.

Si l’idée de nation chemine au long cours, avec ses esquisses moyenâgeuses, ses premières incarnations (Jeanne d’Arc, par exemple), c’est en 1792 et 1793 qu’elle se refonde spectaculairement. Le « Vive la nation ! » proclamé à Valmy par des citoyens soldats opposés à des mercenaires affirme l’irruption de la souveraineté populaire sur un territoire et un destin. Elle témoigne qu’un nouveau contrat social s’échafaude ; elle est un projet et une communauté. Loin de rejeter l’étranger, elle trouve aussi ses sources dans la déclaration de paix au monde proclamée en 1790, dans un esprit qui destine à tous la liberté et l’émancipation. Cette république accueillante allait, grâce au droit du sol, définir les règles les plus démocratiques de l’accès de tous à la citoyenneté. L’écrivain allemand Goethe ressent immédiatement cet élan et voit « l’aube d’une nouvelle ère pour l’humanité ».

Jaurès poursuit ce sillon et promeut « la pensée ouvrière complète », qui allie « l’Internationale et la nation », non pas comme un mariage de raison mais comme l’aboutissement de l’un et de l’autre. La nation, comme la République, devient alors une ambition de démocratie et de progrès social, un partage. Elle n’est pas l’enclos privatif mais l’ouverture à l’autre. En trouve-t-on une trace dans le bréviaire libéral d’Emmanuel Macron ? Est-ce cela que les discours de François Hollande et, pire encore, de Manuel Valls ont mis en avant depuis le carnage du 13 novembre ? Poser la question, c’est y répondre.

Liberté-Égalité-Fraternité

Que les dispositifs de protection des populations soient améliorés au plus vite est une exigence. Doit-elle passer par une obsession sécuritaire qui menacera plus sûrement les libertés que le terrorisme ? Tout ce qui ampute la devise républicaine sème la division et affaiblit dans les chaos du monde. Que fait-on de l’égalité quand les discriminations persistent, les stigmatisations fleurissent, les écarts de richesse bondissent ? À droite, et cette petite musique séduit dans certains rangs socialistes, on préfère se pencher sur « l’identité », celle que meurtrirait et bafouerait l’arrivée d’étrangers, selon la glose de Marine Le Pen. Il s’agirait en quelque sorte de réagir à l’injustice par l’exclusion des plus pauvres. Quant à la fraternité, elle est réduite au plus proche, selon le catéchisme du FN, ou limitée à une fraternité d’armes dans une guerre des civilisations, elle n’est plus un horizon mais un cachot ou un mot creux.

Penser plus loin que 
la gâchette

La rengaine était entonnée à droite et voilà que Manuel Valls reprend le refrain de « la culture de l’excuse ». Comme si quiconque, et notamment parmi les progressistes, excusait de quelque façon que ce soit le parcours sanguinaire des tueurs de Daech ! La formule a la vocation d’un sens interdit : interdit de chercher qui furent les premiers parrains de Daech (à la CIA, notamment) ; interdit de constater que les guerres de civilisation ou les guerres au terrorisme ont semé le pire en Irak, en Libye, en Syrie ; interdit de pointer combien les injustices en France et dans le monde sont un terreau propice aux désespoirs fanatiques ; interdit de constater que l’empire américain a partout mis le feu et qu’il est temps que l’ONU prenne les affaires en main en respectant les peuples ; interdit de dire qu’il est temps que les couleurs du drapeau tricolore soient ravivées afin que tous, d’ici ou d’ailleurs, recherchent ses plis. Excusez-moi, mais dans ces colonnes, nous essaierons toujours de penser plus loin que la gâchette ou les poses martiales.

 

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