• Admin.du Site

  • Archives

  • Accueil
  • > Archives pour septembre 2015

Etre sur le terrain pour avoir le parti dont on a besoin !

Posté par jacques LAUPIES le 9 septembre 2015

  DSC_0717-1

Vous ne le savez peut-être pas : les communistes sont des gens studieux lors des universités d’été. Qui peut en dire autant par les temps qui courent !

Si nous devions être familier avec le Secrétaire national du parti, nous lui dirions : « Pierre, ne t’emmerde pas trop avec ces « chaloupiers  » qui naviguent dans des eaux troubles  capables de sauter dans le premier bateau qui leur offrira une refuge confortable pour ne pas trop de mouiller ou qui, depuis des lustres, tournent en rond sans trop voir la profondeur de l’océan. »

Mais comme nous avons toujours eu du respect pour les premiers dirigeants* du PCF, tout simplement parce qu’à un certain moment  le Parti les a choisis pour exercer cette fonction qui nous parait essentielle dans la vie de notre pays, nous reviendrons à un langage un peu plus « politiquement correct », comme on dit, et nous lui dirions : « Cher Camarade et Secrétaire national, il faut que notre Parti émerge dans ce pays et redevienne une force représentative incontournable dans la vie politique à gauche et donc au plan national, toutes tendances confondues. C’est la condition sine qua non pour réduire et freiner les appétits d’une classe dominante qui surfe sur les vagues des libéraux et des socio démocrates de ce pays. »

Laquelle y trouve son compte depuis la deuxième guerre mondiale, et même avant. Donc il n’y  a rien de nouveau sur ce plan ! Nous ajouterions à l’adresse de notre Secrétaire :

« Un jour à la télé, nous t’avons entendu dire que la France se portait bien quand le Parti Communiste était influent. »

Très juste et cette idée doit-être martelée. Nous ne croyons pas être de ces rêveurs qui pensent à chaque élection qu’il suffit de tenir un discours de repli sur soi en ignorant les forces objectives d’un changement. L’Union est une nécessité mais elle n’aura d’efficacité que si les principes défendus par le Parti Communiste, les analyses qui en découlent et les propositions que nous formulons prennent appui sur un véritable ancrage populaire qu’il faut bien renouveler et qui s’est effrité au fil des ans, depuis les années quatre vingt. Dans le cas contraire c’est l’inverse – de l’efficacité – qui peut se produire. Fort heureusement il y a ici ou là des rajeunissements en perspective.

Donc il faut de manière permanente et persévérante avoir le souci de l’adhésion de l’organisation et de la formation en même temps que de mener les combats indispensable dans les entreprises et les quartiers ! Pas facile dans un parti où de plus en plus les dirigeants doivent faire face à des responsabilités prenantes d’élus. Dans un parti qui ne peut et ne pourra longtemps vivre avec des militants qui frisent pour nombre d’entre eux la cinquantaine  et survivent avec d’autres au terme de leur décade de septuagénaire (nous en sommes) Dans un parti qui doit aussi se garder de valoriser ceux qui souvent inconsciemment portent un regard critique permanent et spéculent sur des dénigrements systématiques plus apte à chasser sur nos terres que sur celles de nos adversaires communs.

Nous ne permettrons pas de donner des leçons à tous ceux qui se battent, à quelque niveau que ce soit, dans un parti qui doit faire face à une adversité agressive (dont l’occultation dans les médias est la forme la plus utilisée)

Cela dit et pour ne pas donner une impression défaitiste de notre activité malgré ses faiblesses disons franchement qu’au sein de la vie politique français nous sommes en terme de travail, d’organisation, d’élaboration et d’action nettement en tête de toutes les autres formations.

Ce qui au niveau des exigences, des besoins que nous pouvons avoir, est bien en deçà du nécessaire. Ce qui d’ailleurs est préoccupant pour l’avenir, face aux dangers qui pèsent sur nos droits acquis, sur notre capacité à progresser et surtout aux risques que font courir des irresponsables capable de nous entrainer dans une guerre déjà amorcée.

Alors disons le franchement, il ne peut y avoir d’autre arme qu’une organisation politique de masse qui se préoccupe de se doter des moyens médiatiques indispensables dans un contexte de manipulation des médias publics ou privés. Mais la chose première est bien le parti, y compris dans sa représentation électorale spécifique.

Il peut paraître évident d’affirmer cela, mais il serait mortifère de ne pas s’y consacrer très rapidement ! D’autant que, comme le rappelle Pierre Laurent : « je suis certain que des percées électorales sont possibles mais il faut maintenant entrer en campagne sans tarder. La Fête de l’Humanité sera le lancement national de notre campagne. »

* ce qui ne nos a pas empêché par la suite de reconnaître que victime d’un certain suivisme ou d’une insuffisance de participation, nous avons accepté et été muet sur des transformations et des pratiques qui nous ont couté fort cher.

 

Pierre Laurent : « Le mur de l’austérité n’est pas infranchissable »

Entretien réalisé par Julia Hamlaoui
Mardi, 8 Septembre, 2015
L’Humanité

 

pierre_laurent_6.png

Etre sur le terrain pour avoir le parti dont on a besoin ! dans POLITIQUE

Photo Patrick Nussbaum
A quelques jours de la Fête de l’Humanité, le secrétaire national  du PCF, Pierre Laurent, estime de « la responsabilité de la gauche anti-austérité de lever les obstacles » à son rassemblement, sous peine d’assister au retour de la droite et à de nouveaux progrès de l’extrême droite.  

La rentrée est marquée par le drame que vivent les migrants. François Hollande s’est à nouveau prononcé, hier, pour un « mécanisme de répartition obligatoire et permanent » pour l’accueil de réfugiés avec 
des contrôles aux frontières. Est-ce la bonne voie ?

Pierre Laurent La tâche de l’Europe et de la France est tout simplement de répondre à notre devoir d’accueil au niveau du drame actuel et de mettre en application le droit d’asile et l’aide aux réfugiés qui correspondent aux conventions internationales de l’ONU. Il n’y a pas d’autre question à se poser. Depuis des mois, nous avons alerté et demandé que change la politique de la France et de l’Union européenne. J’ai moi-même témoigné en rentrant des camps de réfugiés autour de Kobané il y a un an dans l’indifférence politique et médiatique. Jusqu’à cet été, les seules réponses ont été des murs et des barbelés. Je salue le réveil des consciences et les mobilisations citoyennes qui font sauter les verrous de cet égoïsme. Mais j’attends de la France qu’elle dégage les moyens d’État nécessaires à cet accueil au-delà des paroles.

 

Le président a annoncé l’accueil de 24 000 réfugiés par la France, est-ce suffisant ?

Pierre Laurent C’est une avancée. C’est ce que demande, sur deux ans, la Commission européenne à la France. Mais c’est loin des capacités et des traditions d’un pays comme le nôtre. Nous pouvons doubler la capacité des centres d’accueil de réfugiés, et les mettre aux normes du Haut-Commissariat pour les réfugiés. Nous devons créer des dispositifs d’insertion et de scolarisation des enfants en y consacrant les moyens d’État. La France doit soutenir le réseau des villes solidaires qui s’organise à l’échelle de l’Europe et dans lequel les communes que nous dirigeons vont s’investir. Enfin, la France doit changer sa politique dans tout le grand Moyen-Orient pour faire prévaloir des logiques politiques de paix, et non se lancer dans de nouvelles escalades guerrières dont les réfugiés sont les victimes. Quels sont les buts des nouvelles frappes annoncées hier en Syrie par François Hollande ? Le flou demeure total.

La Fête de l’Humanité, ce week-end, sera l’occasion d’un forum européen contre l’austérité. Quelles leçons tirez-vous de la crise dans laquelle la Grèce a été plongée cet été ?

Pierre Laurent La principale leçon, c’est que la solidarité des forces sociales qui veulent sortir l’Europe de l’austérité doit se renforcer. Face aux conditions draconiennes imposées à Athènes par l’accord du 13 juillet, la Fête de l’Humanité sera un grand moment de solidarité avec le peuple de Grèce, avec des forces anti-austérité venues de tous les pays européens. Nos camarades grecs ont des débats difficiles et nous voulons être à leurs côtés. Nous n’avons pas à distribuer les bons points. Nous soutenons les forces qui veulent continuer le combat, à commencer par celles de Syriza. Ensemble, la question que nous devons nous poser est de savoir comment élever le niveau de mobilisation pour un nouveau projet européen.

 

Certains, à gauche et au Front de gauche, proposent d’envisager la sortie de l’euro, est-ce une alternative crédible ?

Pierre Laurent Reprendre le débat sur les solutions, réévaluer notre combat européen, tout cela est légitime dans cette situation. Nous ne partons pas de rien. Je continue de penser que la sortie de l’euro n’est pas une solution. C’est une porte vers laquelle les plus puissants en Europe, dont les dirigeants allemands, veulent conduire les plus pauvres. Le combat que nous avons à mener, au contraire, est celui de la reconquête du pouvoir, par les peuples européens, sur les moyens financiers nécessaires à leur développement et donc sur la nature, le sens et les missions de l’euro. Car, pour s’attaquer aux défis majeurs que sont le chômage, la transition écologique, le développement des services publics, la réduction des inégalités, nous avons besoin de mettre en commun les immenses ressources de l’Europe. C’est le sens de la refondation sociale et démocratique de l’Union que nous visons. Comment y parvenir ? C’est cela le débat. Dans les semaines à venir, des élections auront lieu au Portugal, en Espagne, en France. Chacune de ces échéances doit être saisie par toutes les forces de la gauche anti-austérité pour faire progresser le rapport de forces en ce sens.

 

Le gouvernement grec a fait face à un mur…

Pierre Laurent Si la France s’était jointe réellement au gouvernement grec, tout aurait changé. Quand un grand pays décide d’une nouvelle orientation sur une question, la situation européenne en est immédiatement modifiée. Par exemple, la situation des migrants, qui paraissait totalement verrouillée, vient de basculer en quelques jours. Si la France entrait de manière offensive dans le débat sur la question monétaire ou des politiques économiques, elle trouverait immédiatement des relais immenses dans toute l’Europe. Nous ne sommes pas devant un mur infranchissable. Si nous faisons converger les forces européennes, il vacillera aussitôt.

 

En France, François Hollande vient de confirmer la nouvelle offensive contre le Code du travail annoncée par Manuel Valls. Y a-t-il encore un espoir de parvenir à un changement de ce côté-là ?

Pierre Laurent Pas du côté du gouvernement Valls, qui persiste dans la voie des politiques d’austérité et de déréglementation sociale. La fable selon laquelle le démantèlement du Code du travail libérerait l’embauche ne fait rire que le Medef. Pour créer de l’emploi, il faut des investissements publics, de grands projets dans les domaines du transport, du logement, de la santé, de la relance industrielle. Ce sont ces changements que nous devons obtenir par nos luttes et par les rapports de forces que nous pouvons créer à toutes les échéances, comme les élections régionales à venir.

 

Benoît Hamon a annoncé vouloir créer un nouveau mouvement, avec un premier rendez-vous cet automne. Ces derniers mois, les initiatives de ce type de la part de la gauche critique du gouvernement se sont multipliées sans pour l’instant changer la donne…

Pierre Laurent Toutes les initiatives dans la gauche anti-austérité peuvent être les bienvenues à condition qu’elles s’additionnent. Cette convergence est attendue par des millions de Français. Si des forces citoyennes se mêlent du débat politique comme elles le font sur la question des migrants, et si des formations politiques comme la nôtre y travaillent de manière visible et audacieuse, la tentation de défendre telle ou telle chapelle sautera. Sinon, la droite et l’extrême droite prospéreront de manière dramatique. Notre responsabilité est donc de lever ces obstacles. Pour ma part, j’entends jouer un rôle actif dans le dépassement de cet éparpillement et dans le travail de rassemblement qui est devant nous. Ce travail doit concerner notre projet commun, l’implication citoyenne dans ce projet et la méthode de rassemblement populaire. À la Fête de l’Humanité, je lancerai un appel en ce sens.

 

Vous avez déclaré fin août que le « temps est compté » pour former des alliances entre le Front de gauche et Europe Écologie-les Verts (EELV) en vue des élections régionales de décembre. Où en sont les négociations ?

Pierre Laurent À l’université d’été du PCF, j’ai dit trois choses : que notre campagne avec les citoyens devait débuter sans attendre, que le Front de gauche devait aller partout uni à cette bataille, et que nous continuerions, là où c’est encore possible, à permettre des accords régionaux avec EELV. Sur ce dernier point, nous nous heurtons à des blocages liés aux divisions qui traversent cette formation. Je pense que des accords sont encore possibles dans deux régions. Nous y travaillons d’arrache-pied. La ligne de conduite des communistes est claire et elle est nationale. Dans les treize régions, nous construisons, à partir du Front de gauche, des listes de large rassemblement qui donnent de l’espace aux forces citoyennes et politiques voulant s’engager à nos côtés.

Vous parlez de deux régions où des alliances sont possibles avec EELV. Le Parti de gauche en évoque cinq. Cela signifie-t-il que, dans certaines d’entre elles, le Front de gauche pourrait partir en ordre dispersé ?

Pierre Laurent Dans une région, Rhône-Alpes-Auvergne, le Parti de gauche a choisi de signer un accord avec EELV, qui n’a pas souhaité d’alliance avec les communistes. C’est regrettable, parce que cette division affaiblit le Front de gauche et n’aide pas à faire progresser le rassemblement nécessaire des forces écologistes et du Front de gauche à l’échelle nationale. Ailleurs, nous voulons que le Front de gauche parte uni à la bataille. Et je ne comprendrais pas qu’il n’y parvienne pas.

 

Quels objectifs se fixe le PCF pour ces élections ?

Pierre Laurent C’est par là que j’aurais souhaité commencer. Les nouvelles régions vont avoir des pouvoirs considérables. La question est de savoir s’ils seront au service de la réponse aux besoins des populations ou au service de la finance. C’est le sens de notre double objectif : empêcher la droite et l’extrême droite de conquérir les régions, et faire au contraire gagner des politiques publiques de gauche ambitieuses. Qu’est-ce que cela signifie ? Des politiques qui résistent à l’austérité et misent sur des investissements publics massifs au service d’un nouveau type de développement économique. Des régions qui soutiennent l’agriculture de proximité, qui parient sur les services publics dans les transports, la santé, l’éducation, la culture, le logement. Des régions qui misent sur l’égalité et la démocratie. Sur de tels objectifs, je suis certain que des percées électorales sont possibles mais il faut maintenant entrer en campagne sans tarder. La Fête de l’Humanité sera le lancement national de notre campagne.

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

La forêt qui cache l’arbre

Posté par jacques LAUPIES le 8 septembre 2015

 

DSC_0787-1

Ministres soupçonnés et interrogés par la célèbre présentatrice de la 2 dans « cash investigation »

J’ai évidemment regardé « Cash investigation »

Sans surprise pour ce qui me concerne ! Les affaires en ce monde ultra libéral passent bien entendu par des traficotages entre élus et puissants de ce monde. On sait cela mais évidemment il est tout aussi intéressant de nous en donner des exemples et quelques détails.

Donc il est bien que des journalistes s’en chargent et on ne peut que les en féliciter.

Je doute fort qu’à moins de transformer brusquement les rapports sociaux et en finir avec la propriété privée, ou les grandes entreprise publiques incontrôlées, gérant des grands moyens de production, on puisse en finir avec les défauts d’une nature humaine évoluant dans une jungle ou cohabitent pouvoir économique et pouvoir politique.

Donc ne pas oublier de rappeler qu’il y a des solutions !

Le chemin sera long, d’autant que la pratique des petits cadeaux et des pots de vin connaît des adeptes dans toute la société et à tous les échelons, depuis l’assureur qui offre une bonne bouteille avec du foie gras pour Noêl à l’élu ou au chef d’entreprise qui souscrit un contrat avec sa compagnie jusqu’à l’oligarque qui récompense un chef d’état ou un ministre par de somptueux cadeaux ou « honoraires » non moins somptueux transitant dans des méandres fabriqués par des avocats ! Sans omettre ces médecins récompensés par les laboratoires pour les encourager à prescrire d’inutiles médicaments !

Pas étonnant que, pas étonnés de tout ça, nous jouions au vilain petit canard qui dénonce le système et qui, faute de voir « la moralité » l’emporter réclame une meilleure et équitable répartition des richesses entre ceux qui les produisent, que soit un peu mieux muselés les tripoteurs de la politique.

Car au niveau ou se situent les magouilles on n’est parfois pas loin du sang versé par des innocents et des enfants noyés sur une plage turque.

 

 

 

 

 

 

Avec Élise Lucet, l’indépendance défendue sans relâche

Entretien réalisé par 
Audrey Loussouarn
Lundi, 7 Septembre, 2015
L’Humanité

 

eliselucet.jpg

La forêt qui cache l'arbre dans POLITIQUE

Photo : France Télévisions
  « Cash Investigation », ce soir sur France 2 à 23 h 05. C’est aussi la rentrée pour Cash Investigation. L’émission, qui révèle les coulisses du monde des affaires et de la politique, revient pour quatre numéros. L’occasion pour la journaliste de faire un bilan et de  regarder vers l’avenir, avec ce spectre de la directive européenne sur le secret des affaires.

Avec ce nouveau numéro de Cash Investigation, vous vous attaquez, avec le journaliste Laurent Richard, au manque de transparence autour des voyages présidentiels. Que cherchiez-vous à démontrer ?

Élise Lucet L’idée était de partir de ces images de voyages présidentiels où l’on explique que des contrats mirobolants sont signés. Seulement, les journalistes ne filment que le côté officiel, mettant de côté ce qui se passe en marge. Quelles sont les relations des présidents, mais aussi des élus, qui peuvent développer des amitiés assez troubles avec des pays qui sont loin de la démocratie ? Qu’en est-il ensuite des valeurs de la France, notamment sur la défense des droits de l’Homme ? Prenons l’exemple d’un pays ultralibéral comme les États-Unis, avec qui il y a toujours une discussion sur ce thème. Le faisons-nous et dans quelles conditions ? Que met-on parfois sous le tapis pour signer ces contrats ?

Les scènes où vous courez après les protagonistes sont toujours aussi présentes…

Élise Lucet Quel que soit l’interlocuteur, président de la République comme comptable, nous sollicitons un avis sur une enquête sur laquelle nous travaillons depuis des mois. C’est l’habitude de Cash, quand ils se dérobent, d’aller leur poser la question directement, y compris dans des endroits publics. Nous avons ce droit et je dirais même ce devoir. Depuis les affaires Cahuzac et Thévenoud, il existe une très forte évolution de la demande d’éthique, de déontologie et de transparence de la part des citoyens. Nous relayons cela. Il n’y a aucune volonté, comme toujours, de faire dans le spectaculaire ou dans la provocation. C’est un peu facile pour les protagonistes de dire qu’ils ne répondent qu’aux questions qui les intéressent. L’un des axes fondateurs de l’émission a été de dire que ce n’est pas à eux d’en juger.

Cependant, certains n’ont-ils pas compris qu’ils avaient tout à y gagner, à vous répondre ?

Élise Lucet Il existe effectivement des chargés de communication qui ont compris que c’était extrêmement dangereux d’essayer de ne pas répondre car il y aura ces scènes très destructrices. Ce n’est pas très glorieux pour la personne qu’ils défendent. L’expérience de l’émission prouve qu’ils n’ont aucun intérêt à donner cette image de quelqu’un qui fuit les questions. Pour les téléspectateurs, c’est comme s’ils fuyaient leurs responsabilités.

Après les quatre numéros prévus chaque lundi en seconde partie de soirée, avez-vous l’assurance, avec la nouvelle présidence, d’une suite ?

Élise Lucet J’ai rencontré Delphine Ernotte (nouvelle présidente de France Télévisions – NDLR) et, manifestement, ce le sera. Elle m’a assuré que c’est une émission phare de France 2 et qu’elle tenait à cette indépendance. L’émission est loin d’être sanctionnée, notamment sur sa visibilité. Chaque numéro de Cash Investigation est très attendu par la chaîne. Nous sommes vigilants à chaque numéro, visionné plusieurs fois par notre conseillère juridique, pour éviter les procès venant d’entités puissantes, avec beaucoup d’argent, qui sont près à nous attaquer.

Où en êtes-vous, avec vos journalistes, des plaintes en cours ?

Élise Lucet Nous avions eu une plainte de Jardiland (dans l’enquête sur la formation professionnelle – NDLR). La marque l’a retirée. Certains font des coups d’éclat après l’émission et finalement se rétractent… Nous avons cependant la plainte de la société d’audit PricewaterhouseCoopers, au Luxembourg, contre Édouard Perrin, dans le cadre de son émission sur l’évasion fiscale. Il a été convoqué une première fois mais nous ne sommes pas au bout de l’histoire. Dans ce cas-là, c’est très inquiétant car il est poursuivi pour complicité de vol de documents et non pour recel, comme c’est normalement le cas pour les journalistes. C’est une tentative d’intimidation, un avertissement pour tout journaliste qui tenterait de voir ce qui se passe dans des cabinets d’optimisation fiscale comme celui-là. On l’accuse quand même d’avoir piloté les sources pour faire sortir des documents !

Que risque Cash Investigation si la directive européenne du secret des affaires passe ?

Élise Lucet  C’est tout le journalisme d’investigation économique qui serait en grand danger. La pétition (1) que nous avons lancée a réuni 460 000 signataires à cette heure. C’est pourtant un texte assez technique. C’est un énorme encouragement pour notre travail et notre mobilisation. Est-ce un débat entre journalistes ? Non, c’est un débat entre journalistes et individus qui ont envie d’être bien informés. Nous allons relancer la mobilisation, début octobre, puisque vingt grands journalistes d’investigation français vont cosigner un livre pour raconter les pressions auxquelles ils sont soumis, les mises sous surveillance, etc. La lutte contre le premier amendement de la loi Macron a fait que nous nous sommes réunis. Avec cette directive d’autant plus. Le livre fera du bruit, je pense. La directive devait passer en octobre ou en novembre au Parlement européen. La rapporteuse du texte, Constance Le Grip, a l’air de comprendre qu’il y a une forte mobilisation. La directive pourrait être encore reportée.

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

Pierre Laurent lors de l’université d’été

Posté par jacques LAUPIES le 8 septembre 2015

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

L’héritière dans le droit fil du propriétaire

Posté par jacques LAUPIES le 7 septembre 2015

DSC_0768-1

Des heures entières sur BFM Marine Le Pen nous déverse des paroles irresponsables qui font mouche dans son public primate !

Au moment ou je mets sur ce blog les propos de ce ministre libanais, j’entends le discours de Marine Le Pen ! Discours rempli de démagogie pour ne pas dire de mensonges portant comme toujours sur ce qui constitue le fonds de commerce du FN  : l’immigration.

La Présidente du FN que d’aucuns voudraient mettre en opposition avec son père nous fait la démonstration qu’elle est dans la même ligne et de plus elle en rajoute.

Ce qui est dramatique c’est qu’elle peut aisément prendre appui sur les politiques catastrophiques des différents gouvernements qui ont, parfois complices des Etats-Unis, laissé se développer des politiques agressives au moyen orient spéculant sur des régimes autoritaires avec lesquels tous avaient composé.

Des interventions dictées par les intérêts de multinationales et, aux Etats Unis notamment par les complexes militaro industriels, sans omettre cette volonté hégémoniques de nombre de bourgeoisies internationales, d’oligarchies, de se tailler une bonne part d’influence dans ces pays dotés de régimes semi féodaux ou, jouant avec des nationalismes contrôlés par les classes dominantes mais facilement déstabilisés du fait  même de l’instrumentalisation des phénomènes religieux qu’ils utilisent souvent.

Utilisant des orientations étatiques qui ne prennent pas en compte la recherche de solutions politiques, la  recherche de la coopération avec ces pays en les aidant à développer leurs économies, seule solution pour les extraire l’état de misère dans lequel se trouvent leurs peuples, l’extrême droite peut laisser libre cours à des discours qui, au final dressent les différentes catégories de populations les unes contre les autres.

La grande bourgeoisie de notre pays surfe sur ces discours troubles et populistes qui cependant expriment l’essentiel d’une idéologie nationaliste d’inspiration droitière mais qui, pour l’instant, cherchent à s’attirer la sympathie d’un électorat de gauche désarçonné par les politiques social libérales des Hollande, Valls et Macron.

Si Sarkozy, Juppé et Fillon sont fustigés c’est aussi parce qu’il faut trouver là une clientèle électorale déjà acquise à la plupart des idées développées par Marine Le Pen. N’y voyons pas autre chose ou presque…L’avenir nous apprendra que le Front National aura été un formidable outil pour sauver les intérêts d’un capitalisme qui ne met jamais ses œufs dans le même panier !

 

Georges Corm : « Du  côté sud de la  Méditerranée  , nous pourrions donner des leçons à l’ Europe »

Propos recueillis par  THÉOPHILE  KOUAMOUO ET VADIM KAMENKA
Vendredi, 4 Septembre, 2015
Humanité Dimanche

 

corm.jpg

Photo :  Pierre Pytkowicz

Photo :  Pierre Pytkowicz
Ancien  ministre des  Finances  du Liban, sociologue et   professeur  à l’université   Saint-Joseph  de Beyrouth , Georges Corm (1) revient  sur l’afflux des     migrants en Europe  . Il rappelle les antécédents que sont la  colonisation  , le besoin  de main-d’œuvre et les conséquences régionales  des guerres déclenchées par les dirigeants  européens et états-uniens.    

HD. Quelles sont les causes historiques et politiques de l’afflux massif de réfugiés en Europe ces derniers mois ?

Georges Corm.  Le phénomène n’est pas nouveau. Cela fait des années qu’un certain nombre de migrants qui ne peuvent pas obtenir de visa légalement prennent le risque de traverser la Méditerranée dans des conditions épouvantables. Aujourd’hui, les chiffres ont explosé. Mais il ne faut pas oublier les causes historiques, qui s’étalent sur plusieurs périodes et ont déclenché trois grandes vagues successives d’immigration depuis 1945.

Les premiers déracinements ont été provoqués par la colonisation. En Algérie, les meilleures terres agricoles ont été accaparées par les colons. Ce qui a abouti à des déracinements et à la création d’un sous-prolétariat prêt à s’expatrier. D’où une première vague migratoire sous l’effet de la demande de main-d’œuvre à bon marché pour la reconstruction de la France et de l’Europe. À l’indépendance en 1962, une fois épuisées les possibilités d’élargissement de l’emploi dans le pays, le besoin de migration pour cause économique interne s’est manifesté à son tour. Mais on était encore à l’époque des Trente Glorieuses en Europe. Un schéma migratoire algérien qui s’applique en partie au Maroc et à la Tunisie.

Des vagues de migration ont existé à l’époque coloniale à l’est de la Méditerranée pour des raisons politiques. Le Liban – et sa diversité religieuse – offrait un terrain d’intervention à l’impérialisme européen cherchant à démanteler l’Empire ottoman. Ce qui a entraîné, pour la première fois dans l’histoire du Liban, des guerres communautaires en 1840 et en 1860, suivies de mouvements migratoires qui perdurent jusqu’à présent. Il y a eu, aussi, le terrible désastre subi par les Arméniens, qui se sont réfugiés massivement en France.

HD. Quelles sont les deux autres vagues migratoires ?

Georges Corm.    La seconde apparaît dans les années 1990 avec la volonté européenne d’imposer le libre-échange à la rive sud de la Méditerranée. Il s’agit du processus de Barcelone initié en 1995. Ces pays étaient encore dans une phase de décollage du secteur industriel – celle-là même qui peut  créer un très grand nombre d’emplois. Certes, des zones franches dédiées à la soustraitance, que je qualifierais d’enclaves de type néocolonial, ont créé quelques emplois, mais elles ont aussi consacré une économie binaire, avec un secteur moderne extrêmement réduit. Du coup, la forte croissance démographique des années 1960-1970 a entraîné des arrivées massives sur le marché du travail qui ne trouvaient pas de débouchés. À la même époque, l’Algérie connaissait en plus une forte déstabilisation  politique.

  La troisième grande  vague, qui a lieu actuellement, a débuté avec les interventions européennes. Elles ont profondément déstabilisé la rive sud de la Méditerranée avec les bombardements de la France et de l’Angleterre sur la Libye qui ont fait des dizaines de milliers de victimes, suivis de l’assassinat du chef de l’État … En Syrie , le même scénario a prévalu. S’il n’y a pas eu d’interventions, les États européens, les États-Unis et la France ont encouragé l’envoi de « djihadistes » pour faire tomber le pouvoir syrien. Ils ont soutenu des mouvances terroristes car ce régime ne convenait plus depuis des années aux orientations politiques de l’OTAN, en raison de ses liens avec l’Iran ou le Hezbollah libanais. Il faut aussi inclure dans le tableau les Kurdes, qui ont un énorme problème avec la Turquie – beaucoup plus qu’avec des pays arabes comme l’Irak, qui a pris en    compte leur demande d’autonomie, et le régime syrien, qui se coordonne avec eux pour faire face aux organisations terroristes. La liste de pays déstabilisés par ces politiques régionales s’allonge avec le dernier en date: le Yémen. Au lieu d’être la puissance politique qui apaise, l’UE s’est investie dans ces conflits aux côtés de l’Arabie saoudite, du Qatar, des États-Unis et de la Turquie. L’Europe en paie le prix et ses citoyens devraient demander des comptes à leurs dirigeants.

HD. L’Afrique et le Moyen-Orient ne sont pas épargnés par ces vagues de migrations. Des migrations qui ont des conséquences politiques dans chacun de ces pays …

Georges Corm. De ce côté de la Méditerranée, nous pourrions donner des leçons à l’Europe. Le Liban, qui a une population de 4 millions d’âmes sur une superficie de 10 450 km 2, a vu affluer plus d’un million de Syriens, sans que cela ne crée des problèmes insurmontables à l’intérieur. Il a été capable de les accueillir en recevant une aide relativement faible. L’opinion locale n’a pas développé de violente xénophobie, à l’instar de certaines factions politiques européennes. La Turquie a aussi reçu un nombre important de réfugiés (près de 1 million sur une population de 80 millions d’habitants). Mais le ratio est plus faible comparé au Liban ou à la Jordanie.

HD. Des différences sociologiques existent-elles entre les réfugiés ? Et ne va-t-on pas assister à une future saignée pour ces pays ?

Georges Corm.  Les événements en Syrie ressemblent à ce qu’a connu le Liban. Durant la guerre civile de 1975 à 1990, le pays a vécu la même véritable saignée qui a touché l’ensemble de la population. Les techniciens et cadres ont émigré en masse pendant le conflit. Au retour de la paix, la reconstruction du pays a été livrée aux multinationales et aux entrepreneurs publics peu scrupuleux qui ont achevé de défigurer le Liban. Depuis 25 ans, les gouvernements successifs n’ont pas réussi à rétablir l’électricité, n’assurent ni la distribution d’eau, ni la collecte et le traitement des déchets, ni le recyclage des eaux usées. Le pays est dans un état absolument lamentable et la dette publique ne cesse d’augmenter. Voilà la reconstruction que le monde entier a vantée. Mais nous étions censés avoir un homme providentiel appuyé par toutes les grandes puissances: Rafiq Hariri, qui devait pourvoir à tous les besoins de la reconstruction.

« AU LIEU D’ÊTRE LA PUISSANCE QUI APAISE, L’UE S’EST INVESTIE AUX CÔTÉS DE L’ARABIE SAOUDITE, DU QATAR, DES ÉTATS-UNIS… »

Pour la Syrie, vu les dimensions géographiques et démographiques du pays, on risque fort d’avoir une centaine de Hariri qui se voudront les « seigneurs », lors de la reconstruction, de concert avec les miliciens de tous bords. L’organisation terroriste Daech se charge  déjà de préparer le terrain aux spéculations foncières futures. Ils démolissent des sites archéologiques majeurs en Syrie comme en Irak, comme cela est arrivé au Liban durant la guerre avec les milices libanaises. Le centre historique et archéologique de Beyrouth, qui avait subi des dommages importants, a justifié la création d’une société foncière à l’initiative de l’expremier ministre libanais. Elle a récupéré le plus important patrimoine foncier du pays. 

HD. Au Liban, les manifestations récentes sont-elles liées à la question des migrants ?

Georges Corm. Non, cette crise est l’expression d’une protestation contre la très mauvaise gestion par le gouvernement libanais actuel du ramassage et du traitement des ordures ménagères. Au Liban, c’est un vrai scandale environnemental et financier. Une société privée appartenant à un proche de Rafiq Hariri a très mal fait son travail, facturant ses prestations à des prix incroyables. De plus, les déchets étaient jetés en bord de mer du côté de la ville de Saïda, sans aucun tri ou recyclage. Ses habitants ont manifesté pour demander la fermeture de ce dépotoir. L’année dernière, l’État a décidé sous la pression que le site serait fermé le 15 juillet de cette année. Mais aucune alternative n’avait été prévue.

(1) Dernier ouvrage « Pensée et politique dans le monde arabe », aux éditions La Découverte, 2015.

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

Soral : à déconseiller à ceux qui se cherchent !

Posté par jacques LAUPIES le 6 septembre 2015


Soral : à déconseiller à ceux qui se cherchent ! dans POLITIQUE 6881435

J’apprécie cette interview car j’ai eu l’occasion de nombreuses fois d’être confronté à l’influence que Soral peut exercer sur les générations qui suivent la mienne notamment celles des 30/50 ans.

J’ai toujours considéré que Soral avec un « langage » tantôt anarchisant de gauche, tantôt anarchisant de droite, qu’il faut bien lire entre les lignes, était extrêmement dangereux et efficace en détournant ces jeunes, les premiers à être durement frappés par l’exacerbation  de la crise et fortement déçus par une gauche dominée depuis les années 80 par une social démocratie, fidèle à de constants renoncements.

Tout simplement parce qu’il tient le discours critique à l’égard des pratiques politiques du PS mais aussi des associations et individualités qui dans cette mouvance spéculent sur un assistanat clientéliste lequel prête flanc évidemment aux railleries exprimées avec une écriture vive, acerbe, d’un écrivain qui ne leur fait pas de cadeaux.

Quant à sa vision des milieux artistiques parisiens elle dégage des vérités incontestables qui peuvent justifier chez nombre de personnes une compréhensive allergie à leur égard !

Comme l’indique Mathieu Molard, Soral  »désigne des boucs émissaires. Et c ’est à ce titre là qu’il est très clairement à mettre à l’extrême droite. Ses boucs émissaires, ce sont les juifs, sur lesquels il multiplie les attaques, mais aussi les homosexuels, les féministes, les bobos, les francs maçons, bref, tout ce qu’il appelle « la tyrannie des minorités »

Je crois avoir signalé cela à des proches, il y a de cela quelques années, après avoir lu « Misère du Désir » un ouvrage « fiction » qui prend pour cible tous ces milieux à partir d’exemples dont il est bien difficile de ne pas considérer qu’ils sont réels et crédibles ! Mais voilà la finalité a une connotation dangereusement sexiste généralisant, tout en les dénonçant, des « perversions » ou de simples comportements qui mériteraient plus d’analyse et de compréhension que leur en accorde les procédés  »stigmatisants » de cet écrivain, qui ne se prive pas de prendre référence chez Céline !

Mon avertissement n’a guère été payant ici comme dans bien d’autres domaines ayant pour toile de fond l’incompréhension de la place de l’homme dans la nature et dans la société, le fameux : « c’est l’être qui détermine la conscience » et non l’inverse !

On doit certes continuer à débattre de la démarche de tous ces intellectuels de l’extrême droite, affichés comme tels ou non, mais le propre de ces gens là est d’aller chercher des apparences, parfois même des réalités dans des faits, de les isoler d’un contexte ou d’un processus, de faire usage de l’épiphénomène, pour peser sur les consciences fragilisées par l’exclusion, l’isolement, ou parfois même la peur.

Il serait bien plus efficace par exemple de faire en sorte que le chômage disparaisse pour éviter que le FN ne puisse en attribuer le développement par le développement de l’immigration.

Quand une maladie se manifeste il faut en comprendre les origines. Elles ne sont pas  seulement dans la tumeur maligne qui peut tuer, mais dans les défauts de nourriture et d’activité qui l’ont fait apparaître !

En l’occurrence ne pas oublier les ravages provoqués par les politiques d’austérité dont les auteurs sont malvenus de prétendre guérir le mal qu’ils ont provoqué.

 

 

 

« Soral a rajeuni une frange de l’extrême droite »

Entretien réalisé par Aurélien Soucheyre
Vendredi, 4 Septembre, 2015
Humanite.fr

 

Robin D’Angelo et Mathieu Molard, journalistes pour le site d’ informations Street Press, sont les auteurs du livre  « Le Système Soral, enquête sur un facho business », disponible aux éditions Calmann-Lévy.
Pourquoi vous-êtes vous intéressés à Alain Soral ?
Robin D’Angelo
Nous avons tous les deux entre 28 et 29 ans. Dans cette génération, on a tous des potes qui à un moment donné ont dit : « purée c’est intéressant ce que dit Soral ». Quelque soit leur milieu. Donc notre idée a été de raconter le parcours politique de Soral, la diffusion de ses idées, comment il a capitalisé sur un fait conspirationniste très présent depuis le 11 septembre, et comment il a ouvert les portes de l’extrême droite à un nouveau public.
Mathieu Molard
L’écho de Soral s’illustre en chiffres. Son site internet, Egalité & Réconciliation, effleure les 7 millions de visiteurs uniques par mois, soit une audience équivalente à celle d’un média comme Rue 89. Ses vidéos Dailymotion mises bout à bout font des millions de vues, ce qui le monétise au passage. Sans oublier tous les sites parallèles qui font partie de la « dissidence ». Ça nous intéressait de comprendre comment tout cela fonctionne, à la fois d’un point de vue idéologique : qu’est-ce qu’ il y a derrière, quel est le système de pensée de Soral ; mais aussi d ’un point de vue technique : son équipe a compris quelque chose pour en arriver là. Le système Soral est une mécanique bien rodée, qui avec très peu de moyens et très peu de militants actifs arrive à obtenir un écho très important. Au final, il y a à la fois la pensée de Soral, ses transgressions façon Jean- Marie Le Pen, et une stratégie numérique qui est extrêmement efficace.
Que raconte votre livre ?
Mathieu Molard
C’est un sujet très peu traité en longueur et en profondeur. C’est le premier livre consacré intégralement à Alain Soral. Une grande partie du contenu est donc inédit et exclusif. Soral s’est créé une légende, que l’on a souhaité déconstruire. Il joue du flou en permanence. On a voulu apporter de la clarté. On dévoile son parcours, les ressorts simplistes de son remix idéologique, le fonctionnement de son business, son soi-disant passage au PCF, invérifiable, puis son passage bien réel au Front national, etc… Il ne s’agit pas d’une biographie mais d’un livre politique. On a choisi de ne pas s’attaquer à sa vie privée. On part de ce qu’il raconte lui, de ce qu’il met en scène, et on déconstruit cette légende : son « diplôme » de boxe, les manifestants qu’il a payé pour défiler avec lui, son travail d’éditeur, ses liens avec la « dissidence », son soit disant courage et cette « virilité » qu’il met sans cesse en avant, son rapport à l’écologie, etc… On a creusé. Et on a trouvé par exemple qu’il avait mis sur pied une cellule destinée à infiltrer l’encyclopédie en ligne Wikipédia pour en modifier le contenu.
Qu’est-ce qui explique selon vous son succès idéologique ?
Robin D’Angelo
C’est difficile de répondre. Il s’agit d’une addition de facteurs. Les partis traditionnels attirent de moins en moins, il y a une crise de confiance envers les hommes politiques, envers les médias… Et puis il y a la force de frappe d’internet grâce à laquelle n’ importe quelle personne charismatique peut créer un mouvement autour de lui. C ’est un peu un mélange de tout ça. Sur le fond, Soral se présente comme le porte parole d’un peuple opprimé contre des minorités qui bénéficieraient de toutes les aides. Ils jouent sur les oppositions et les frustrations. Après, quand on rencontre des fans d’Egalité et réconciliation, il y a peu de tout : des étudiants, des chômeurs, des Français issus ou non de l’immigration… Lors des dédicaces faîtes par Soral, on trouve beaucoup d’étudiants qui font de longues études qui savent répéter par cœur un discours soralien à la fois rodé et complètement absurde. Pour les fans, la sphère Soral est une bulle d’oxygène, c’est comme ça qu’ils le disent. Ça dépasse l’argument politique. Il y a un aspect transgressif, des gens qui ont envie de se lâcher, de se moquer, de défier les puissants, le système, l’oligarchie. Soral leur donne un exutoire. Son grand truc, c’est la théorie du complot en donnant des boucs émissaires. Et il enrobe le tout de conceptions pseudo sociologiques et historiques pour justifier ses pulsions haineuses.
Mathieu Molard
Sur l’idéologie, il n’ y a rien de nouveau, mais Soral sait très bien le mettre en scène : il désigne des boucs émissaires. Et c ’est à ce titre là qu’il est très clairement à mettre à l’extrême droite. Ses boucs émissaires, ce sont les juifs, sur lesquels il multiplie les attaques, mais aussi les homosexuels, les féministes, les bobos, les francs maçons, bref, tout ce qu’il appelle « la tyrannie des minorités ». Il joue de la confusion sur beaucoup de thématiques. Il dit toujours qu’il n’est pas raciste, qu’il n’a rien contre les « juifs du quotidien », mais il les cible constamment. Chez ses fans, il y a beaucoup de frustration, soit face à une absence d’intégration sociale, soit à travers une frustration dans l’espoir, devant la démonétisation de la politique à tous les niveaux. La porte d’entrée, c’est surtout sa critique et la remise en cause du système. Lui et ses partisans s’appellent entre eux les « dissidents ». Ils se prennent pour des résistants qui se rebellent. Sa conférence donnée à Marseille joue beaucoup sur une mise en scène de la clandestinité : d’abord le lieu n’est pas donné, puis il est envoyé par texto la veille en donnant rendez-vous sur un parking. Et depuis le parking, encadré par un service d’ordre l’Action française, la troupe va dans une salle proche. Après, c’est très dur de faire la typologie du soralien. Beaucoup ont essayé, mais je pense que c’est un piège. Ce qui ressort, par contre, c’est que ces fans sont surtout jeunes : l’immense majorité à moins de 40 ans.
Il faut aussi que la gauche se regarde en face par rapport à ça. Les propositions politiques, la présence et le maillage du PCF dans les banlieues populaires, ça n’a plus rien à voir avec ce que ça a pu être… Tout ça participe à une déshérence globale.
Et comment fonctionne son « système » ?
Mathieu Molard
Ça n’a rien à voir avec un parti traditionnel, qui entend gagner des élections, arriver aux responsabilités, etc… Egalité & Réconciliation base toute sa stratégie sur le buzz, sur une présence très forte sur Internet, qui, avec très peu de militants, arrive à se répercuter énormément et surfe sur la vague de la théorie du complot en la nourrissant au maximum, en permanence. Sa stratégie est très gramscienne, il cherche à faire avancer ses idées au sein de la société, dans les mentalités.
Dans votre livre, vous accordez un long chapitre, très détaillé, sur le passage de Soral au Front national. Vous dîtes qu’il est entré par la gauche du FN et qu’il en est sorti par la droite. A-t-il « rajeuni », au passage, cette droite de l’extrême droite ?
Robin D’Angelo
Soral a tapé dans l’œil de Jean-Marie Le Pen. Chez lui, ce qui a beaucoup plu au FN, c’est qu’ils ont vu qu’il était capable d’amener des jeunes, et des anciens de la gauche, à une époque où ce parti n’arrivait pas à s’adresser aux jeunes. Par la suite, Soral s’est fait une place à la droite de l’extrême droite. Une place qui était plutôt disponible, déjà parce que le FN commençait dans les années 2000 à 2010 sa mue pour tenter de se dédiaboliser, mais aussi parce que l’extrême droite radicale était bien ringarde. Qui lit Rivarol aujourd’hui ? Peu de gens de moins de quarante ans. Emmanuel Ratier, qui vient de décéder, n’était connu que dans des sphères marginales. Soral, lui, a su séduire des jeunes et s’imposer. Il a rajeuni une frange de l’extrême droite.
Mathieu Molard
Le FN a mis le pied à l’étrier à Soral. Même Marine Le Pen, qui s’en méfiait, lui a tressé des lauriers et l’a invité en 2006 à chanter un karaoké avec elle à la grande Fête des Bleu-Blanc-Rouge organisée par le FN, car elle le savait utile. David Rachline, aujourd’hui sénateur-maire de Fréjus qui a pris ses distances avec Soral, est à l’  origine un bébé soralien. Dans notre livre, on raconte comment le FN a apporté un  soutien actif à la création d’Egalité & Réconciliation. Et parmi les membres fondateurs de l’association (E&R) on trouve notamment Philippe Péninque, l’un des plus proches conseillers de Marine Le Pen.
Mais l’extrême droite de Soral se veut aujourd’hui pop par rapport au FN, qui est à ses yeux devenu un parti du système, ou qui essaie de le devenir. Le Pen père avait mené une sorte d’OPA sur les mouvements les plus extrémistes. Marine Le Pen essaie de se recentrer et laisse un espace très sulfureux se libérer. Soral n’est pas le seul à s’y engouffrer. Mais il y arrive bien, et ouvre les portes de l’extrême droite à un nouveau public : des jeunes des quartiers populaires, des gens venus de la gauche, des gens qui n’ont pas l’impression d’être d’extrême droite. Comme porte d’entrée, il surfe aussi sur le terrain de l’écologie, sur le côté décroissant, alors que Soral est un motard qui pense pis que pendre de l’écologie et qui nie même le réchauffement climatique. Il parle de retour à la terre, organise des stages survivalistes où le gros des activités n’est pas paramilitaire : c’est plutôt de la permaculture.
Comment avez-vous fonctionné pour cette enquête ?
Mathieu Molard
On a rencontré beaucoup de monde, plus d’une centaine d’intervenants qui ont côtoyé Soral ou fait partie de son mouvement. On a donné la parole à pas mal de gens qui sont toujours aujourd’hui dans la mouvance soralienne, pour qu’ils nous racontent le fonctionnement du personnage et de son mouvement. A part pour assister au cours de boxe de Soral, on n’a fait aucune infiltration. Je considère que l’infiltration ne se justifie que lorsqu’on y est obligé, et ça n’a pas été le cas à part pour cette séance de boxe. L’essentiel des infos recueillies dans ce livre vient donc d’interviews, durant lesquelles on s’est présenté en tant que journalistes. On a créé une relation de confiance, en posant surtout des questions sur le fonctionnement du mouvement. Des gens ont eu envie de parler, de nous donner des informations que l’on a systématiquement recoupées. Le fait d’appartenir à la rédaction de Street Press nous a aidé. Les interlocuteurs étaient bien plus prêts à nous répondre que si on avait été à TF1…
Du coup, pouvez-vous présenter Street Press ?
Robin D’Angelo et Mathieu Molard
C’est un site d’enquêtes et de reportages sur la région parisienne essentiellement, à destination des 20 – 40 ans. On essaie de traiter uniquement des sujets qui ne le sont pas dans d’autres médias. Environ à 99% du contenu recueilli sur le site l’est par nous même. On évite au maximum les reprises. On considère que ce qui est traité ailleurs n’a pas besoin d’être traité par nous. Notre travail est de donner une plus-value à chaque fois par de nouvelles infos que l’on recueille.
Dans l’ascension de Soral, la rencontre avec Dieudonné joue-t-elle un rôle important ?
Mathieu Molard
Le rôle de Dieudonné est clé. Sans cette rencontre, Soral existerait beaucoup moins médiatiquement, et aurait moins touché de personnes venues de la gauche. Dieudo avait une popularité de départ très très large, c’était une icône des quartiers populaires, des banlieues, qui attirait les caméras. Soral s’est posé à côté de lui, puis lui a fourni une architecture idéologique. Beaucoup placent le point de rupture de Dieudonné chez Fogiel, mais cela commence bien avant. Dieudonné avait déjà des idées proches de Soral, et Soral lui a donné une cohérence.
Vous faîtes aussi dans ce livre un point sur le business de Soral ?
Robin D’Angelo
Ce qui est intéressant c’est de voir qu’il a réussi à capitaliser sur une demande liée à ce qu’il appelle la « dissidence ». La question n’est pas de dire : « Regardez, il s’en met plein les fouilles ! », parce qu’en réalité il ne gagne pas non plus des sommes astronomiques, même s’il s’agit d’un business lucratif. Ce qui nous intéresse, c’est de montrer comment il a réussi à faire une OPA sur la droite de l’extrême droite et sur les complotistes, et comment il décline le tout au milieu d’une tambouille idéologique avec de nombreux produits qui marchent. Il vend des produits éco-responsables avec son épicerie Au Bon Sens, des vins de terroir avec Sanguisterrae, des stages de survie avec Prenons le maquis, qui sont des vitrines de la SARL Culture pour Tous, qui a eu un chiffre d’affaire déclaré de 640 400 euros en 2012.
Il y a aussi sa maison d’édition, Kontre Kulture ?
Robin D’Angelo
Il réédite de nombreux ouvrages tombés dans le domaine public. On trouve un peu de tout. Il y a par exemple du Jean-Jacques Rousseau. Mais ce qui est significatif, c’est qu’il réédite de nombreux classiques de la plus dure littérature antisémite qui soit, avec des couvertures au design moderne, dont La France juive de Drumont, au milieu d’une foule de titres dans cette veine : 21 au total sont consacrés aux juifs.
Quand on voit la stratégie d’entrisme chez Wikipédia, on peut se demander si Soral, qui dénonce le « conspirationnisme mondial » n’adopte pas les pratiques qu’il prétend dénoncer…
Robin D’Angelo
Tout à fait, d’autant plus que cette stratégie sur Wikipédia est sans doute utilisée sur plein d’autres sites internet. Les théories et les topics soraliens sont par exemple très présents sur le forum de jeuxvideo.com, très populaire chez les jeunes. On peut imaginer qu’il y a sur ce site aussi une stratégie d’entrisme, mais qui dans ce cas là ne vise pas le contenu éditorial propre du site…
Mathieu Molard
A Egalité & Réconciliation, tout le monde fonctionne par pseudo. Même les gens du premier cercle ne connaissent pas l’identité du créateur du site internet.
Alain Soral a-t-il un programme politique ?
Mathieu Molard
Absolument aucun. Son programme c’est d’être contre. Il n’a aucun projet. Il parle de sortir de l’Union européenne, de l’OTAN, de changer de système, mais il ne propose rien. Il dénonce. Sur son site il n’y a pas de rubrique programme ou projet. Il agglomère la colère et la bêtise sans rien proposer. Son objectif est de rassembler des horizons très divers dans la contestation. Il agglomère beaucoup comme ça. S’il faisait des propositions concrètes, il risquerait de diviser tous ceux qui viennent d’horizons différents… Il ne fait pas vraiment de politique.
Robin D’Angelo
Il reste dans son rôle de chroniqueur, d’essayiste. Il a créé un mouvement qui n’est dédié qu’à sa gloire mégalomane et à son effigie. Il influence. Tout le délire des soraliens c’est la méta-politique, c’est d’influencer plutôt que de se présenter et d’imaginer vouloir gagner des élections. Rien n’est fait pour. Un des sites phares de la « dissidence » ne s’appelle pas Meta TV pour rien. Et ça marche. Si Soral n’influence pas la sphère des hommes politiques de façon majeure, il fait progresser dans l’opinion un certain nombre d’idées.
Considérez-vous que l’ampleur de la diffusion des idées de Soral est mal mesurée ?
Mathieu Molard
Sur le terrain, toutes les semaines, il y a quelque part en France un rassemblement avec Alain Soral ou un de ses proches. A Mulhouse, la conférence de Marion Sigaut, pseudo historienne de seconde zone, a été capable de réunir 100 personnes pour parler de Voltaire. Je pense que si demain le plus grand spécialiste français de Voltaire vient dans la même salle à Mulhouse, il n’y aura même pas 30 personnes. Cela prouve que le label Soral, ça marche et ça attire. Toute cette ampleur, c’est quelque chose qui je pense est assez mal mesuré.
*Robin D’Angelo et Mathieu Molard seront présents au village du livre à la Fête de l’Humanité

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

1...45678
 

Gabon, Environnement, Touri... |
Site des Jeunes Tassilunois |
Histoire d'Europe |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | RETROVISEUR SANSALVATORIEN
| larurale
| Droit Administratif des Bie...