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Lire, voir, écouter, hors des sentiers battus, un besoin pour les communistes

Posté par jacques LAUPIES le 3 septembre 2015

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Vont ils disparaître de nos bibliothèques…

 

J‘ignore si beaucoup de lecteurs de ce blog lisent l’Humanité dont je reproduis généralement un article quasiment chaque jour avec un commentaire plus ou moins adapté au sujet traité.

Si cela n’est pas le cas, je rappelle ainsi l’existence de ce journal qui est un outil précieux pour toute personne s’intéressant à la vie politique et intellectuelle de notre pays.

Le premier conseil que je formule auprès des nouveaux adhérents c’est de l’acheter et bien entendu cette recommandation vaut pour qui veut connaître  certaines des idées défendues par le communistes, ou pour le moins qui font débats en son sein.

Je recommande aussi la lecture des classiques du marxisme afin que les jeunes militants s’imprègnent de la méthode de pensée que constitue l’ensemble de la théorie de Marx, d’Engels et n’hésitent pas à se procurer les textes de tous les grands révolutionnaires qui depuis plus de 150 ans ont non seulement interprété leur pensée mais ont été conduits à s’en inspirer pour tenter de changer les sociétés dans lesquelles ils vivaient. Lénine n’est pas des moindres et il est particulièrement saisissant de voir de quelle façon, avec réalisme, il analyse le comportements gauchistes ou réformistes.

Avec cette autre recommandation c’est qu’il faut toujours placer les écrits des hommes d’action autant d’ailleurs que leurs actes dans le contexte  vécu par eux et faire les transpositions nécessaires plutôt que de les ignorer totalement. D’où qu’ils viennent je me méfie des « déboulonneurs » de statues !

Certains prétendent excessivement, sans nul doute, que le Parti Communiste n’est plus ce qu’il était au point d’en conclure qu’il n’existe plus. Laissons les à leur fantasme mais le meilleur moyen de les distraire de cette vision démobilisante n’est il pas de revenir encore plus fort sur un renouveau du PCF qui ne lâche rien sur le plan théorique et historique, sans embellir certes mais ferme sur les principes.

Pour cela même s’il y a toujours un risque de trop schématiser, de simplifier le complexe, il faut donner à une jeunesse, qui a bien plus d’atout (sauf le vécu) que nous n’en avons à presque 80 ans, ce que le Parti nous a apporté en matière d’éducation politique (et même au plan culturel en général)  ce que selon moi, qu’il ne fait pas suffisamment de nos jours !

Il s’agit pour les jeunes de mettre en adéquation un réel différent de celui qui était le nôtre à 20 ans avec ce qui demeure des grands principes qui doivent guider un Parti Communiste et, si ceux-ci ont évolué, il faut expliquer pourquoi et comment !

L’exploitation de la force de travail, la plus value, l’accumulation du capital,  la propriété privée (les raisons de sa naissance) qui  consacre l’aliénation de tous ces éléments par la classe dominante, la lutte des classes que cela engendre en fonction du rôle joué  dans la production, la définition des classes sociales,  le pourquoi du rôle majeur de la classe ouvrière sans sombrer dans un ouvriérisme réducteur, et dangereux même,  le  rôle irremplaçable d’un vrai parti révolutionnaire, toutes ces notions sont nécessaires et doivent être appréhendées si l’on veut maitriser les effets secondaires  qui dans trop d’esprits militants peuvent prendre le pas sur l’essentiel dans une période ou l’idéologie dominante pèse lourdement.

Cela parait d’autant plus facile que les jeunes ont un fort potentiel de connaissances qu’il faut sans doute ordonner mais qui n’a rien de commun avec celui que nous pouvions avoir, nettement plus limité.

Donc la modestie s’impose à nous mais pas au point d’oublier nos expériences, nos succès comme nos échecs, au point de laisser, vidé de sa substance, le combat révolutionnaire et donc,  le Parti choisi pour cela ! Il nous faut à la fois, autant que faire se peut, faire preuve d’une certaine pugnacité au risque d’être à la limite de la ringardise, et d’un certain laxisme au risque d’être taxé d’un jeunisme trop opportuniste !

Je n’ai d’ailleurs jamais trop compris pour quelles raison existent des séparations  qui empêchent parfois de mettre en présence toutes les tranches d’âge. Il y a besoin  d’organisations spécifiques (jeunesse, vétérans) mais cela ne doit pas, à tous les niveaux d’activité d’un parti nuire à la rencontre générationnelle qui est une garantie de pérennité, à condition que chacun mesure bien la place et le rôle qui sont les siens.

Mais pour en revenir à ce que j’évoquais au début, il faut lire, sélectionner dans l’audio visuel des documentaires, des fictions qui ont le mérite d’exister sur des chaînes de télé, des radios, d’autant que les diffusions souvent tardives, peuvent être vues en différé. En cela les militants les plus disponibles (retraités notamment) peuvent « guider » en informant, les plus jeunes ! 

De grâce ne négligeons pas cela car le risque est grand, devant le flot d’informations mal intentionnées, incohérentes, dont nous abreuvent les télés aux heures de grande écoute en particulier, d’une déstructuration de nos modes de penser ! 

 

 

 

 

Joseph Stiglitz, « La démocratie  , arme contre la crise »

Entretien   réalisé par 
Clotilde  Mathieu  et Bruno Odent
Mercredi, 2 Septembre, 2015
L’Humanité

 

De passage à Paris       pour la  sortie  de son dernier   ouvrage , Joseph Stiglitz, prix Nobel d’  économie , relève  que les inégalités sont au cœur de l’instabilité    économique   mondiale et  développe ses propositions   alternatives.

   Les inégalités que vous évoquez dans votre  livre  furent déjà  le principal ingrédient du Krach de 2007-2008. Est-ce que cela veut dire qu’aucun    enseignement    n’en a été vraiment  tiré depuis et que de   nouvelles  crises du même type vont surgir ?  

Joseph Stiglitz.     Je ne pense pas que  nous avons  résolu le problème   de 2007/2008. Il y aura, il y a déjà une autre crise. Une des  raisons  sous -jacente du krach fut la      croissance     des inégalités et la baisse de la  demande . Parce que les   personnes    qui sont en haut de l’ échelle  dépensent finalement moins que ceux qui sont en bas. Cela a   débouché  sur une faible    dynamique   économique. La réserve  fédérale (la    banque centrale  des Etats-Unis  ) a décidé, à l’époque , de contrebalancer cette faiblesse en créant une bulle   financière   . Celle -ci a   permis à 80% des  citoyens   des Etats -Unis de dépenser 110% de leurs   revenus  . Mais ce n’était pas durable  . Et finalement la bulle a explosé. Les dégâts  restent   considérables. Les inégalités se sont accrues. Les personnes qui ont été les plus affectées sont celles qui figurent au  milieu  et au bas de l’échelle sociale. Ainsi entre 2009 et 2012, 91% de la croissance a été capturée par les 1% les plus riches. Le reste  des gens , les  99%, n’ont pas vu la       couleur  de la reprise.

  Est-ce qu’il n’y a pas de nouvelles bulles,  Wall Street    a battu à  nouveau  des records ces   derniers  mois…  

Joseph Stiglitz :     Il y a une forte  probabilité  de présence  d’une nouvelle bulle. Le    gouvernement   a refusé de soutenir  l’économie avec des   politiques fiscales favorisant la demande. Il a privilégié la   politique monétaire       (l’abaissement des taux d’ intérêt et l’ injection de  liquidités     bons  marchés ) tout en échouant sur la réglementation du   secteur   financier  . L’objectif  déclaré était de stimuler l’  activité et l’   investissement     . Mais dans les faits les  prêts aux  PME/PMI  sont restés en-  dessous   du niveau de 2007. L’ argent  ainsi déversé n’a pas conforté l’économie, si ce n’est à la marge .  Car la plupart des     crédits bons marchés ont été aspirés par les   marchés financiers  avec donc la probable création d’une nouvelle bulle. .

Vous vous  êtes fortement engagé contre l’austérité  en Europe et le    creusement  des inégalités, vous avez soutenu publiquement   Alexis Tsipras et le « non » au  référendum grec   .  Quelles  seront les conséquences  du diktat du 13   juillet  imposé aux   dirigeants grecs ? 

Joseph Stiglitz.     Une récession plus dure et plus longue  . Même le FMI  dit que l’économie   grecque va de nouveau se  contracter    . Elle se  situe déjà 25% sous son niveau d’avant la crise. Le  paquet de  mesures exigées risque d’être   particulièrement     funeste à l’économie grecque. La chose étrange c’est que   très normalement quand quelqu’un prête  de l’argent, il met des    conditions  . Celles-ci permettent de s’assurer que celui qui  emprunte  puisse rembourser. Mais dans le schéma retenu par les européens et la troïka  on impose des conditions qui rendent le    remboursement    quasi-impossible.  Aujourd’hui  l’Allemagne   veut que le FMI soit présent dans ce  programme mais le FMI ne veut pas en    faire partie s’il n’y a pas de   restructuration     de la dette . Le FMI et l’Allemagne font   partie de la Troïka mais avancent des logiques opposées. Si  vous êtes  un électeur   grec vous ne pouvez pas  savoir    quoi faire  . On peut prier, espérer  que l’Allemagne va finir par   comprendre  , va voir la lumière, et qu’il y aura des  révisions . On peut espérer que le FMI convainque  l’Allemagne de changer   les termes du  contrat  . Les Grecs ont signé l’ accord  sur cette base.

Ce qui s’est passé   en Grèce n’ illustre -t-il pas une crise qui est, comme vous le dite, avant tout démocratique ?  

Joseph Stiglitz.      Je crois  que l’euro  , tel qu’il fonctionne aujourd’hui,  a  créé un    déficit   de démocratie. Pas seulement en Grèce mais à travers  toute l’Europe les peuples ont voté pour des gouvernements qui   étaient contre l’austérité. Mais le   conseil des ministres de l’économie et des  finances    (ECOFIN) leur a imposé l’austérité. Les gouvernements qui ont été élus pour lutter  contre l’austérité ont dû céder. Les électeurs se disent   partout  : mais que se passe-t-il avec notre démocratie.  Nous   pensions  que nos    élections  avaient  un sens. Les gouvernements ont trahi.

Un autre fonctionnement  de la zone euro  est-il possible ?  

Joseph Stiglitz.   Il faudrait  rendre l’euro fonctionnel  pour qu’il engendre moins de divisions. Mais cela   nécessiterait    des réformes très importantes : une union  bancaire, une  coopération     fiscale, et surtout un soutien  aux pays qui ont des problèmes. Les blocages contre ce type de réformes sont énormes. L’Allemagne refuse une « Union de   transferts ». Seulement pour que l’euro fonctionne,  tout le monde    en est d’accord, il faut une Europe plus forte. Ce qui signifie que celle-ci doit comprendre un  degré  minimum de   solidarité . Lorsque la Californie     a eu un problème aux Etats-Unis, tous les autres  états ont aidé la   banque de Californie, nous avons un  certain niveau de solidarité. Cette solidarité n’ existe pas en Europe.

   La France     est un membre important de la zone euro. Est-ce que  Paris n’ aurait  pas pu mieux  faire valoir cette solidarité ? Paris a-t-il  été à la     hauteur  face à   Berlin?

Joseph Stiglitz.    L’interprétation la plus évidente est que la France a eu peur.  Peur, que si elle titille trop l’Allemagne et qu’à l’ avenir, au cas où des  investisseurs     se mettent à quitter la France, à retirer leur argent du  système financier et qu’elle  ait besoin   de ses voisins   d’outre- Rhin, l’Allemagne refuse de l’aider.  L’ Italie, L’  Espagne   , La France, tous intimidés de la même façon, ont rendu les  armes . Bien  que tous les économistes disent que l’Allemagne a eu tort de    réagir  de la sorte il ne s’est trouvé aucune     personnalité   pour contester   ces choix. Pas même la France qui possédait pourtant, sur le  papier, la   dimension  la plus appropriée pour « convaincre » Berlin. Tout le monde a cédé à la peur.

 François Hollande  affirme qu’il ne fait pas d’austérité… 

Joseph Stiglitz.    Tout est une question de  définition . Mais les chiffres   sont là. On a aujourd’hui un demi  million  d’employés en moins qu’avant 2008. C’est cela l’austérité. En fait une bonne     politique économique   suppose qu’en cas de récession, vous augmentiez le budget de l’état pour stimuler l’activité. Mais si vous coupez dans le budget et  bien vous  déprimez l’économie. Et cela s’appelle l’austérité.

  Le gouvernement Hollande   a décidé d’offrir  40 milliards d’euros de baisses d’  impôts aux   entreprises pour stimuler l’économie. Qu’en pensez-vous ?

Joseph Stiglitz.    François  Hollande fondait son espoir sur un regain d’  investissements   . Or il n’ existe aucune preuve qu’un allégement des  impôts sur  les entreprises conduise mécaniquement à plus d’investissements. Il y a d’autres mesures que de faire un    cadeau aux entreprises   , ce qui revient  à jeter de l’argent par les   fenêtres  et accroître l’inégalité. Si vous dites que vous investissez et que vous créez des   emplois en France  , à ce moment  vous pouvez  avoir une réduction  d’impôts. Mais si vous n’investissez pas en France    il faut que vous soyez imposé plus fortement. C’est une autre logique  qu’il faut suivre, celle d’une incitation à la création d’  emplois . Je l’ai dit, en son temps,  au gouvernement   français mais je n’ai pas été entendu….

Vous faites la  démonstration  que des décisions   politiques sont à l’origine des dysfonctionnements du système et vous dites que les  solutions    sont également politiques. Mais aux Etats-Unis Wall  street  bénéficie    d’une législation qui lui  permet de  financer  de façon illimitée les campagnes électorales. Est ce que les dés ne sont pas fondamentalement pipés   parce que Wall street est ainsi, de fait, quasiment juge et  parti ?      

Joseph Stiglitz.    C’est ce qui, à vrai dire  , entame  mon optimisme. Mais c’est aussi ce qui me renforce dans la conviction que l’on ne peut agir strictement sur le   terrain des réformes   économiques . Il faut promouvoir   d’un même mouvement des changements dans la sphère  politique . Une réforme de la loi électorale sur le     financement  des campagnes par exemple.

D’autres choses cependant me remplissent déjà d’espoir. Il y a eu des  mouvements  de citoyens qui ont réussi à surmonter ces terribles handicaps. Il y a eu des hausses du salaire minimum dans certaines grandes villes comme New – York, Los Angeles ou Seatle en dépit de l’influence des banques qui y étaient totalement opposées. Et à New-York, où se trouve le cœur financier du pays, on a même pu même élire un maire, Bill De Blazio qui a mené campagne contre les inégalités. .

Précisément en termes d’espoirs concrets, comment analysez vous le phénomène Bernie Sanders, le candidat à la primaire démocrate qui se réclame du socialisme ?

Joseph Stiglitz.  L’aspect positif du débat aux Etats-Unis c’est que dans les deux partis il y a une reconnaissance du problème des inégalités. Et au sein du parti démocrate tous les candidats sont en faveur de réformes pour réduire les inégalités et mettre une muselière aux banques. Il y a ici et là des différences sur ce qu’il faudrait privilégier, s’il faut mettre davantage l’accent sur l’éducation ou sur autre chose mais il n’y a aucun désaccord entre les candidats sur cette philosophie contre les règles actuelles du capitalisme. Par exemple Hillary Clinton veut responsabiliser les entreprises sur leurs résultats à long terme. Il y a sur ce point unanimité en faveur des solutions progressistes. C’est sans doute aussi un reflet de la désillusion par rapport à la politique menée par Barack Obama et la montée de la conscience des dégâts occasionnés par les inégalités.

Quant à Bernie Sanders, c’est celui  qui milite sur ces questions depuis le plus longtemps. J’ai travaillé à plusieurs reprises avec lui notamment sur les questions de la couverture santé. Ce qui est intéressant c’est qu’aujourd’hui il n’est plus isolé. Il est écouté dans le pays.

Il ne faut pas se cacher cependant que si la grande fracture a produit cette intéressante évolution au sein du parti démocrate elle génère aussi une réaction totalement opposée, ultra-conservatrice dans le parti républicain.

Aux Etats-Unis pour renverser la situation et créer un nouveau new deal vous proposez une réforme fiscale  d’ampleur en taxant les entreprises en fonction de leur effort d’investissements et de leur politique sociale. Pouvez-vous nous préciser les contours de la réforme que vus proposez ? 

 Joseph Stiglitz. Le principal problème pour la fiscalité sur les entreprises c’est la mondialisation. Car celle-ci a décuplé les possibilités d’évasion fiscale. Apple soutient ainsi que ses bénéfices sont réalisés dans une entreprise de 300 personnes en Irlande. Je ne sais pas si vous connaissez cette expression : « le double jeu irlandais et le sandwich hollandais.» C’est une manière imagée de caractériser certains des instruments très complexes destinés à échapper à l’impôt.

Mais en fait Apple ou Google n’existent qu’en raison des investissements de l’Etat. Dans ces recherches dans l’électronique, par exemple, qui ont mené à la création de l’internet ; ou encore dans les écoles qui ont permis de former ces ingénieurs très qualifiés, capables de mettre au point des produits extrêmement brillants. Et cette même intelligence qui leur permet   l’élaboration de productions les plus sophistiquées que tout le monde veut acheter, il la mette au service de l’évasion fiscale. Les entreprises discourent parfois volontiers sur leur responsabilité sociale. Moi je dis que la plus importante des responsabilités sociales c’est de payer l’impôt. Et quand elles ne le font pas elles sont socialement irresponsables.

La question c’est est ce que l’on peut réformer le système. Je fais partie d’une commission internationale indépendante  de réforme de la fiscalité des multinationales. Les principes fondamentaux sont très clairs. Il faut que l’on puisse imposer ces sociétés sur une base globale avec une imposition des bénéfices dont une fraction revient dans chaque pays à proportion des revenus qui y sont réalisés.

Nous savons comment créer ce type de modèle. Il ne permettra pas un fonctionnement parfait mais constituerait déjà une amélioration considérable. Il faut prévoir un impôt mondial minimum que ces sociétés ne puissent éviter de payer à un état ou à un autre.

Très récemment je me suis rendu à Addis-Abeba pour une conférence de l’ONU sur le financement du développement. Tout le monde est d’accord sur le fait que le développement a besoin de financement. Tout le monde dit que les promesses du G7 (0,7% du PIB des pays riches consacré au développement, NDLR) sont vides de sens. Mais les pays en développement ont ouvert leur marché aux multinationales comme l’occident l’a demandé. Et maintenant ces pays disent que ces compagnies qui sont venues s’installer chez eux doivent y payer des impôts. Et là nous avons eu un débat très chaud à Addis Abéba. Les Etats-Unis se sont opposés bec et ongles aux réformes réclamées par l’Inde et les pays en développement et l’Europe malheureusement les a suivis. Une grande déception pour moi.

Est-ce que le ralentissement chinois ne peut pas être l’ébauche d’une nouvelle phase d’instabilité ?

Joseph Stiglitz. Je crois qu’il constituera une nouvelle phase de l’affaiblissement de l’économie mondiale. La période après 2008 a vu la Chine devenir le moteur de la croissance économique. Ce pays a fourni une part énorme de l’accroissement du PIB mondial. Il a provoqué par contrecoup une croissance en Afrique, en Amérique latine. Aux Etats-Unis et en Europe, nous avons ainsi bénéficié de la croissance chinoise de manière directe mais aussi indirecte. Ce ralentissement aura donc des répercussions du même type. Ainsi par exemple un grand pays comme le Brésil est entré en récession. Pour plusieurs raisons. Mais l’une d’entre elle c’est que les exportations vers la Chine sont plus faibles.

Nous savions tous que la Chine allait ralentir et que le passage d’une économie tournée vers les exportations à une économie davantage centrée sur la demande intérieure serait difficile. Mais ce ralentissement a été plus rapide que celui auquel on s’attendait De plus les gens n’avaient pas  tout a fait compris ce que signifiait le changement de la structure de l’économie chinoise et qu’il y aurait bien une plus forte demande intérieure mais d’abord dans les services, comme l’éducation, la santé. Or une grande partie de ces activités là ne génère pas de demande vers les  autres pays.

Est-ce que cela ne pourrait pas devenir un problème majeur pour l’Allemagne ?

Joseph Stiglitz. Oui dans la mesure où l’Allemagne exporte beaucoup vers la Chine. Ce sont des voitures, des biens d’équipement, des machines outils et le ralentissement chinois – la production industrielle a chuté aujourd’hui de façon très importante – va réduire les débouchés des groupes exportateurs de la première économie de la zone euro.

Il va y avoir la COP 21 à Paris en décembre. Peut-on concilier les enjeux du réchauffement avec ceux de l’économie ?

Jospeh Stiglitz.  Cela pourrait aider l’économie mondiale. J’affirme que le problème essentiel se situe dans le manque de demande. Or si l’on prend un engagement sur la réduction des gaz à effet de serre il y aura nécessité de réformer l’économie pour éviter le réchauffement et cela peut constituer un stimulant pour la demande.  Des investissements seront nécessaires non seulement pour la production d’énergies renouvelables mais aussi pour la réfection, l’isolement des bâtiments etc. Une COP 21 réussie serait bonne pour l’environnement et pour l’économie. A ce stade je ne suis pas très optimiste. Mais j’espère qu’un élan pourra être donné à Paris. S’il est suffisant, les entreprises vont comprendre le signal et donc la nécessité d’investir sur ce terrain. Et cela en dépit de l’opposition du congrès à majorité républicaine aux Etats-Unis.

 

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