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Pierre Laurent dans C POLITIQUE sur la 5

Posté par jacques LAUPIES le 2 février 2015

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http://www.francje5.fr/emissions/c-politique/diffusions/01-02-2015_297313

Ce qu’a dit Pierre Laurent hier soir sur la 5, ce que Mélenchon a pu déclarer sur cette chaîne il y a de cela quelques semaines, en un mot le discours et les explications que nous apportons, ne convainquent pas suffisamment les électeurs. Les élections partielles dans le Doubs en témoignent.

Plus même le Ps, qui essuie tout de même un important recul, réussit à bénéficier d’un effet qui peut assurer sa réélection (ce n’est pas gagné !) Autrement dit rien de véritablement révolutionnaire, eu égard à ce qui se passe en Espagne et en Grèce. Mais dans le contexte actuel peut-on espérer un bouleversement ?

Il faut un certain temps pour que les consciences s’éveillent. D’abord les abstentionnistes qui tombent dans le piège du « tous pourris », ensuite les électeurs du FN qui, sous l’influence de  ce parti, abordent de manière superficielle les réalités politiques et sont ainsi victimes d’apparences trompeuses (sur l’Europe, l’immigration, etc.) enfin, des électorats de « gauche », du centre et de la droite « classique », qui s’accrochent et se plient à un discours unanime et culpabilisant sur la dette, et surtout se satisfont d’une remise en cause, en douceur, d’avantages acquis par des générations précédentes à vocation plus progressiste.

Des couches, abusivement dites moyennes et qui ne se considèrent pas véritablement en danger face aux politiques des PS, UMP, et véhiculent souvent peur et un égoïsme déplacé, continuent à se soumettre à des pressions médiatiques qui alimentent leur état d’âme. Et préfèrent s’exprimer sur des sujets annexes souvent à caractères sociétaux.

De son côté la jeunesse, toutes catégories sociales confondues, n’est dans ce pays, pas suffisamment et massivement impliquée bien que certains signes, qui ne la concernent pas seulement (réaction au drame de Charlie). Sa prise de distance à l’égard des dispositifs d’informations classiques (presse écrite et télé) au bénéfice d’internet et sa tendance contradictoire à l’ouverture et au repli sur soi, demeurent un comportement dont il est difficile de prévoir sur quoi il va déboucher, dans la mesure ou aucune force politique adaptée n’est, à ses yeux, de nature à répondre à ses préoccupations.

Alors tout resterait-il à faire, malgré nos efforts actuels (je pense à ceux des communistes qui ont encore à creuser leur intervention dans la vie politique) ?

Evidemment non car nous sommes dans un processus de transformations engagé par les Grecs mais attention ça récupère fort de tous les côtés. Et pas pour révolutionner les nations et l’Europe. Alors continuons ou reprenons confiance en nous !

 

 

 

Face à l’intox, la vérité des prix sur la dette grecque

Bruno Odent
Lundi, 2 Février, 2015
L’Humanité

 

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SOOC
Dépendance aux marchés financiers et austérité ont fait gonfler l’ardoise jusqu’à l’insoutenable. 
La renégociation engagée par le gouvernement d’Alexis Tsipras, qui entame une tournée dans l’UE cette semaine, doit constituer un premier pas pour rompre avec ce modèle, poison pour la Grèce et l’Europe.

Le sort qu’il conviendrait de réserver à la dette grecque sera tout en haut de l’agenda européen cette semaine, alors que le nouveau ministre des Finances hellène, Yanis Varoufakis, eff ectue une tournée des capitales européennes entamée par Paris, où il a rencontré hier soir son homologue français. Objectif : réduire le poids devenu insoutenable d’une ardoise qui s’élève à 315 milliards d’euros, soit 175 % du produit intérieur brut (PIB). La volonté d’alléger ce fardeau et les premières mesures d’Athènes, prenant le contre-pied des plans d’austérité dont l’application était étroitement surveillée jusqu’alors par une troïka (UE, BCE, FMI) qui n’est plus la bienvenue dans la capitale grecque, sont pour le moins mal accueillies par les gardiens du temple ordo-libéral européen.

Ceux-là naviguent depuis une semaine entre amabilités d’usage à l’égard des nouveaux représentants d’Athènes au Conseil européen et avis de non-recevoir. « Pas question de réduire la dette ! » ont déclaré Jean- Claude Juncker, le président de la Commission européenne, comme la chancelière allemande. Et l’Élysée, s’il entend affi cher une posture plus « conciliante », n’en fait pas moins connaître son intransigeance « pour le respect des engagements pris ». Sur la défensive, compte tenu de la sympathie que pourrait susciter l’engagement anti-austérité du nouveau gouvernement grec au sein des opinions publiques, les membres du club de l’Europe austéritaire n’hésitent pas à brouiller les cartes, martelant que les revendications du gouvernement Tsipras seraient soit « illégitimes » soit même « injustes » pour les contribuables des pays bailleurs de fonds, à qui serait, selon eux, présentée l’addition d’un abandon de créances. Intox et populisme.

Ces manoeuvres ne résistent pas à l’examen de la vérité des prix sur l’ardoise grecque. Intox sur l’origine de la dette. Elle constituerait, font valoir les communicants du modèle dominant, un problème typiquement grec. Et d’appuyer la démonstration en zoomant en permanence sur ces terribles travers locaux : la diffi culté à faire rentrer les impôts, l’absence de cadastre, le clientélisme et la corruption de la classe politique, ou encore le « maquillage des comptes publics » à l’entrée dans l’euro. Ces problèmes sont réels et fi gurent d’ailleurs en bonne place sur la pile de dossiers que doivent étudier les nouveaux responsables hellènes. Ils ne constituent pas pour autant la source essentielle du surendettement du pays. Les diffi cultés d’Athènes n’auraient jamais été portées à un tel paroxysme sans le krach fi nancier de 2007-2008. « Le minotaure global », selon le titre de l’ouvrage de l’économiste critique Yanis Varoufakis, ministre des Finances depuis une semaine, a dévoré les ressources de l’État.

Début 2009, avant de sombrer dans la récession, la Grèce est passée en l’espace de quelques semaines « d’un taux de croissance parmi les plus élevés d’Europe à quasiment zéro », relève ainsi Yanis Varoufakis. Avec le krach, le monde de la finance, gavé de titres à hauts rendements spéculatifs dont les cours s’effondraient, était devenu incapable de rembourser ses dettes. Comme toute l’Europe, Athènes vole alors à son secours. La gigantesque dette privée qui menace son secteur bancaire et financier est socialisée. Mais les dogmes de Maastricht et des traités européens, brièvement mis entre parenthèses pour réaliser l’opération, reprendront bien vite du service. Ils sont présentés comme le seul moyen de « discipliner les États » pour s’assurer du remboursement effectif de l’ardoise colossale contractée auprès de leurs bailleurs de fonds privés, ceux-là mêmes qui venaient tout juste d’être… sauvés des eaux. Conséquence : toute la zone euro entre dans les turbulences et singulièrement ses membres les plus fragilisés. Il est alors décidé de placer Athènes sous tutelle d’une troïka composée de la Commission européenne (CE), de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI), qui n’accorde son aide au pays exsangue qu’en contrepartie de superplans d’austérité. On connaît la suite : les mémorandums auxquels se sont soumis les gouvernements dits d’union nationale (droite et Parti socialiste), ont eu des effets ravageurs. Les salaires ont été amputés de 20 à 30 %. Le pays s’appauvrit. D’où un terrible marasme qui va faire grimper toujours davantage une dette que les « purges » étaient censées faire diminuer. Loin de soigner le malade, les médicaments prescrits l’achèvent. La situation actuelle ne tient donc pas d’une faillite individuelle de la Grèce, comme l’affirment nombre de communicants officiels, mais d’un échec collectif des dirigeants européens et de leur modèle austéritaire.

Des arguments nationalistes 
et anti-euro travaillent 
aujourd’hui l’opinion germanique

Arc-boutés en défense, les partisans de cette doxa se cabrent, n’hésitant pas aujourd’hui à jouer d’une dangereuse fibre populiste. En pointe sur le sujet, les dirigeants allemands affirment qu’en ne remboursant pas une partie de la dette, le nouveau pouvoir grec ferait les poches des contribuables de leur pays. « Ce qui ne va pas, c’est que ce sont ceux qui travaillent ailleurs qui paient. Je ne peux pas expliquer cela aux Allemands », s’emporte Sigmar Gabriel, ministre de l’Économie (SPD) du gouvernement Merkel, qui ne craint pas de se mettre ainsi à l’unisson des arguments ouvertement nationalistes et anti-euro qui travaillent aujourd’hui l’opinion germanique. La réalité est pourtant loin d’épouser ces raccourcis démagogiques. Dans la panique en 2012, alors que le recouvrement de la dette grecque s’avérait déjà intenable, CE, BCE et FMI ont permis aux banques et autres investisseurs privés de sauver leurs meubles. Ces derniers ont pu se séparer de leurs titres hellènes à bon compte (à 50 % de leur prix initial, alors qu’ils ne valaient quasiment plus rien sur le marché), transférant ainsi près de la totalité de la dette et de ses risques vers la sphère publique (européenne ou internationale). Les créances grecques sont donc aujourd’hui entre des mains publiques, celles de la BCE, du FMI et, pour plus de 40 %, du Fonds européen de stabilité financière (Fesf). L’Allemagne en détient à hauteur de 41 milliards d’euros, la France de 31 milliards (au prorata de leurs engagements au sein du Fesf). À cela s’ajoutent des prêts bilatéraux accordés à Athènes par Berlin et Paris en 2010 dans le cadre d’un premier dispositif dit de sauvetage. C’est là-dessus que s’appuient les dirigeants des deux principaux pays bailleurs de fonds pour justifier leur refus de couper dans l’ardoise grecque. Mais les apparences sont très trompeuses. Car le fisc allemand est objectivement un énorme « profiteur » de la crise grecque. Berlin a prêté en effet de l’argent à Athènes, à des taux certes très inférieurs à ceux, usuraires, du marché – ils ont atteint jusqu’à 18 % pour les emprunts à dix ans en juin 2011 – mais bien au-dessus (entre 2 et 5 %) de ceux auxquels il avait lui-même emprunté sur les marchés financiers pour alimenter le fonds de secours européen. Depuis près de deux ans, l’Allemagne se finance en effet sur les marchés à moins de 1,5 %, et même à moins de 0,5 % depuis l’automne dernier. Techniquement cette situation traduit un afflux de capitaux sur la place allemande. Autrement dit : une réduction du coût du capital emprunté par la puissance publique germanique. Au total, une étude sur ce thème réalisée par des économistes du groupe Allianz chiffre à 40 milliards d’euros les gains réalisés sur quatre ans par Berlin grâce à cette conjoncture ultrafavorable. C’est là que se situe la plus grande faille d’un modèle européen placé sous la férule des marchés financiers : la mise en concurrence entre États s’est exacerbée dans la crise et c’est le plus fort, devenu le plus hégémonique, qui en tire les plus grands bénéfices. Voilà pourquoi les terribles déséquilibres intra-européens s’aggravent sous l’effet des purges de la troïka au lieu de se résorber. Voilà pourquoi ce modèle austéritaire alimente partout des dérives nationalistes. Très mauvais pour la Grèce, le programme d’austérité, relevait hier le ministre des Finances grecs en marge de sa visite à Paris, l’est aussi pour toute l’Europe.

 

 

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Les héritiers (à voir et à discuter)

Posté par jacques LAUPIES le 1 février 2015

 

 

 

 

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Sur la photo Stéphane Bak et Ahmed Drame (à droite ) Le film est de Marie-Castille Mention Schaar

Les salles du REX, cinéma de Tarascon étaient combles ce vendredi dernier en début de soirée.

La projection du film « Les héritiers », avec la comédienne Ariane Ascaride et une pléiade de jeunes acteurs, avait attiré un public essentiellement constitué de personnes d’un âge se situant aux alentours de la tranche des trente-soixante ans, dans laquelle j’ai repéré des enseignants, des militants ou soutiens de l’école laïque, quelques rares lycéens et certainement pas ceux de la catégorie que mettait en scène le film ?

Quant au film l’objectif visé par les réalisateurs et artistes,  qui en constituaient l’ossature, cet objectif a certainement été atteint et part, si j’ai bien compris, de faits bien réels qui ont conduit des jeunes, particulièrement  axés sur des incivilités et agités, comme il s’en trouve dans certains établissements (beaucoup trop hélas mais pas suffisamment pour en faire une généralité), à s’investir dans un concours national de la résistance et de la déportation.

A l’initiative leur professeure Anna Anglès,  interprétée par Ariane Ascaride. Racisme et antisémitisme étant les sujets évoqués dans le cadre de la déportation dans les années 1940/45, non sans références à ce qui se passe de nos jours  !

Le film  traduit cette expression de colère et parfois de désespoir inconscient qui anime une bonne partie de la jeunesse de notre pays. Très peu, pour ne pas dire aucun, sont véritablement indifférents  à la situation de crise dans son évolution permanente et actuelle. Et pour cause ils en vivent au fond d’eux-mêmes les conséquences désastreuses. Mais cela ne peut suffire à leur prise de conscience qui devrait les conduire à des engagements plus forts pour transformer une société qui tend à reproduire, sous des formes différentes, les errements du passé.

Ce film, s’il est extrêmement utile ne fait cependant que s’ajouter à une multitude de récits et reportages dont nous abreuvent les médias. Je ne suis certes pas de ceux qui s’en plaignent. Bien au contraire. On ne dénoncera jamais assez le nazisme, sa « doctrine », ses dirigeants. Mais la question des origines de ces thèses malodorantes et criminelles, ou du moins ce qui leur permet de prospérer, n’est à mon sens pas suffisamment évoquée dans cette multitude de dénonciations de l’innommable.

Les sources de la prise d’une telle idéologie  sur tout un peuple, ou en tout cas sur sa majorité dite souvent « silencieuse » et, il faut bien le dire par la suite, réduite au silence de fait, ont cependant à voir avec l’économie,  les rapports sociaux et de classe, les comportements politiques de l’époque, lesquels ne sont généralement pas pris en compte.

C’est là qu’est le danger : faire de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre un élément de réflexion, de compassion, au mieux de protestation, ne peut suffire car même les forces, actives, complices et indifférentes à de telles dérives, 70 ans après, les récupèrent sauf quelques fous qui ont l’arrogance et le culot de se perdre dans un révisionnisme abject auquel ils ne devraient même pas devoir croire (de le Pen à Dieudonné, condamné à cet effet)

Je dis cela par ce que nous vivons dans un contexte différent où la manifestation d’une autre forme d’idéologie infecte, prend appui sur d’une religion, laquelle est certes abusivement interprétée mais surtout devient un élément troublé dont les adeptes acculés dans l’exploitation dont ils sont victimes, de l’intérieur comme de l’extérieur de leur nation, peuvent se trouver paralysés dans une sorte de neutralité incertaine.

Et s’il en est ainsi c’est que précisément déjà, l’adversaire de classe, occulte les origines et les fondements de l’extrémisme naissant, dont les exactions et les meurtres, rappellent étrangement la barbarie nazie.

Il est regrettable que se rangent dans le camp de cet adversaire de classe (les puissances économiques dominant la planète) des politiques, tels que le sont les dirigeants de la plupart des nations occidentales sans omettre ceux la même qui là ou existent les foyers de guerre s’engagent dans des batailles sans mettre en parallèle des politiques fermes de coopération prenant appui sur les peuples.

Je me suis éloigné de la critique du film qui présente des aspects éminemment positifs mais ma réflexion vise avant tout d’interpeler les personnes présentes à cette projection, dont je partage l’indignation et le militantisme contre la Shoas et la déportation en général. Interpeler, la plupart de celles qui sont dotées d’un certain pouvoir pédagogique

Des personnes dont les orientations politiques de certaines, ou les pratiques enseignantes ne sont pas, comme le fait légèrement et prudemment apparaître le film, aussi convaincues qu’il faut en revenir aux aspects économiques et géo politiques pour juger d’un crime de guerre ou contre l’humanité. Où qui l’oublient…

Etrangement c’est ce que j’ai ressenti ce soir là !

 

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Une partie de l’assistance très sensibilisée par le débat qui a suivi la projection

Léon Zyguel : « Malgré tout, nous avons réussi à rester des hommes »

Entretien réalisé par 
Adrien Rouchaleou
Mardi, 27 Janvier, 2015
L’Humanité

 

Photo : Patrick Nussbaum

« L’essentiel est de garder sa dignité. Eux voulaient nous déshumaniser pour mieux nous abattre. »
Photo : Patrick Nussbaum
Léon Zyguel est décédé quelques jours après nous avoir accordé cet entretien qui constitue son dernier témoignage. Dès 1942,  il a connu l’enfer de la déportation et des camps de concentration. Il y est resté pendant trois ans, jusqu’à la libération de Buchenwald. Lors de cet entretien, Léon Zyguel a souhaité nous lire le Serment de Buchenwald, l’enregistrement sonore de ce moment est un fin d’article.

Un an après l’arrestation de votre père, vous avez vous-même connu le même sort en tentant de passer en zone libre avec vos frères et sœurs…

Léon Zyguel Près de la ligne de démarcation, à quelques kilomètres d’Orthez, le car dans lequel nous voyagions a été arrêté par la gendarmerie allemande qui vérifiait les papiers. Nous leur avons dit que nous venions en vacances. Nous étions partis sans nos papiers, car ils étaient marqués du tampon « juif ». C’était trop dangereux. Ça a semblé louche au gendarme, il a commencé avec mon frère aîné, ça a été des coups… Puis ils nous ont remis à la gendarmerie française. Nous sommes tombés entre les mains de Papon, secrétaire général de la préfecture de la Gironde. Arrivés à Drancy, l’antichambre des camps, nous avons demandé si M. Zyguel, notre père, était encore là. Ils sont allés le chercher. Imaginez la souffrance d’un père enfermé depuis un an dans un camp de concentration à qui l’on vient annoncer que trois de ses enfants viennent de l’y rejoindre. Nous sommes restés un mois ou un mois et demi à Drancy. Ensuite, ils ont formé un convoi pour partir. Mon père a demandé à y être ajouté. Quand la porte du wagon s’est ouverte, dans un camp autour d’Auschwitz, les SS sont arrivés en criant : « Tous les hommes de plus de seize ans descendent du wagon. » Mon père et mon frère sont descendus. Moi qui n’avais que quinze ans, je suis descendu quand même. Ça m’a sauvé la vie. Les autres ont continué vers Auschwitz. Ma sœur y était. On ne l’a jamais revue.

Quels souvenirs avez-vous gardé de la vie dans ce camp ?

Léon Zyguel Le matin c’était la sirène au réveil. Quand elle sonnait une deuxième fois, c’était l’heure d’aller au lavabo, faire sa toilette si on le désirait. Beaucoup de camarades étaient tellement fatigués qu’ils attendaient la troisième. Moi je n’ai jamais manqué d’aller me débarbouiller. La troisième sirène était celle du rassemblement sur la place d’appel. Tant que les SS avaient donné l’ordre de garde-à-vous, il fallait rester sur la place les uns contre les autres. Les camarades qui ne pouvaient plus tenir debout, nous les coincions entre nous pour les maintenir. Nous les tenions par la main. Il y avait dans les yeux de ces camarades tellement de désir de vivre ! Tellement de souffrance. Le plus grand amour, la plus grande haine, c’est dans les yeux que ça se lit. Ça reste au fond de nous. L’essentiel, c’est de garder sa dignité. Il ne faut jamais l’oublier. Eux voulaient nous déshumaniser pour mieux nous abattre.

Mais comment fait-on pour ne pas céder au désespoir et à la déshumanisation ?

Léon Zyguel On arrive à se faire des connaissances. On a de toute façon besoin de faire des contacts parce qu’il faut garder l’espérance. Il faut tenir. Moi j’étais persuadé – mon frère aussi – que l’on ne pouvait pas mourir là-bas. Par contre, mon père, qui avait demandé à nous suivre en partant de Drancy, avait un ulcère d’estomac. Souvent le matin, il demandait au responsable du camp l’autorisation d’aller à l’infirmerie. Un matin, nous étions sur la place d’appel avant de partir au travail, le SS est entré, une liste à la main. Il a dit : « Les déportés dont j’appellerai le numéro se mettront sur le côté de la place, ils seront dirigés vers un camp sanitaire où ils seront soignés et nous retrouveront par la suite. » Nous, on savait bien que ça n’existait pas, les camps sanitaires. Que pour celui qui ne pouvait pas travailler, c’était la fin. Malgré le peu de nourriture qu’il recevait, il n’était pas rentable. Le SS a commencé à appeler les numéros. À un moment, il a appelé celui de mon père. Pour nous, ce fut un choc terrible, mais il n’était pas question que nous montrions notre souffrance au SS. Question de fierté et de dignité. Ça leur aurait fait trop plaisir.

Vous avez tenu comme ça près de trois ans. Et puis il y a eu Stalingrad et les progrès des alliés face aux nazis.

Léon Zyguel Himmler, chef de la Gestapo, a envoyé un message à tous les chefs de camps : « Aucun déporté ne doit tomber entre les mains des troupes ennemies. » Nous étions en haute Silésie, en Pologne, proches de la frontière avec l’Union soviétique. Ils nous ont donc évacués. Ce fut ce que l’on a appelé les marches de la mort. On partait… On entendait les combats derrière nous, le bruit des mitrailleuses lourdes, des canons. Ils étaient là en permanence, juste derrière nous.

Au bout de la marche, c’est Buchenwald…

Léon Zyguel J’y ai retrouvé des déportés qui nous ont pris, mon frère et moi, sous leurs ailes, et nous ont fait entrer en résistance. Il ne faut pas oublier que Buchenwald a été un des premiers camps ouverts et que c’est là que l’on a interné les opposants au régime nazi. C’était un camp de combattants. On était dans cette baraque et la direction du camp avait désigné un déporté pour venir s’occuper de nous. Comme avec mon frère nous étions les deux plus jeunes, il s’est mis à bavarder avec nous. On s’est rendu compte que ce déporté était un Parisien, ce qui nous a fait un bien énorme : nous venions tous les trois du 20e. On a donc commencé à discuter régulièrement. C’est comme ça qu’un jour il nous a demandé : « Est-ce que vous acceptez de faire partie de la Résistance ? » D’un coup, je n’étais plus le numéro 179084, j’étais devenu un combattant.

À Buchenwald, ce sont les déportés eux-mêmes qui se sont soulevés…

Léon Zyguel Il y a eu l’insurrection, le 11 avril 1945. Nous avons fait 125 prisonniers que l’on a mis de côté pour les remettre à l’armée américaine quand elle serait là, afin qu’ils soient jugés par un tribunal. Quand je témoigne, on me demande souvent : « Vous les avez fusillés, Monsieur ? » Je réponds toujours : « Nous ne sommes pas des SS. » Oui, il y a la haine, mais malgré tout, nous avons réussi à rester des hommes.

Vous souvenez-vous de votre retour à Paris ?

Léon Zyguel Nous avons été amenés à l’hôtel Lutetia. J’y suis arrivé le soir très tard. J’ai été interrogé par la gendarmerie qui veillait à ce qu’aucun espion ne se soit glissé parmi nous. Et puis je suis resté seul à attendre. J’étais encore un môme, et à ce moment-là, je n’étais pas gros non plus. Des messieurs se sont approchés et m’ont demandé ce que je faisais là. Je leur ai répondu : « Je ne sais pas. J’attends qu’on me reconduise chez moi. » Ils m’ont dit : « On va t’emmener et s’il n’y a personne, tu viendras avec nous. » Ils m’ont emmené en bas de chez moi vers minuit. J’ai cavalé dans l’escalier. J’ai retrouvé ma mère. En entendant la cavalcade, elle avait compris que j’arrivais.

Avez-vous ressenti immédiatement le besoin de témoigner ?

Léon Zyguel Les gens ne le croyaient pas. Les gens ne pouvaient pas le croire.

Et puis il y a eu le procès Papon…

Léon Zyguel Un camarade du côté de Bordeaux m’avait demandé de venir. Il m’avait dit qu’il avait fait arrêter Papon et il voulait que je vienne témoigner au procès. Mon témoignage a permis de le faire condamner. Je me suis rendu compte que les gens attendaient avec beaucoup d’intérêt la déposition de ceux qui, comme moi, revenaient des camps. Comment était-il possible que d’autres hommes soient allés jusque-là ?

Arlette, votre épouse, nous a dit que vous avez été très affecté par les événements dramatiques de ces dernières semaines.

Léon Zyguel Il faut veiller, faire très attention. Ce qui vient de se passer est un avertissement.

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