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Union syndicale et conception de défense des salariés

Posté par jacques LAUPIES le 29 octobre 2014

 

La division sur le plan syndical prend sa source dans des intérêts catégoriels différents mais également dans des conceptions divergentes sur les luttes revendicatives non sans lien avec des analyses économiques  et politiques différentes.

Le « tous ensemble » est ainsi mis de côté et n’a rien à voir avec la volonté des salariés généralement unis lorsque devient évidente une mise en cause de ce qui les frappe tous.

Les Directions patronales ne manquent pas d’exploiter les divisions et si elles peuvent en inventer de nouvelles elles ne s’en privent pas. J’ai connu cela à la SNCF avec notamment les pressions exercées sur l’encadrement pour qu’ils ne s’implique pas dans les luttes et il va de soi que l’utilisation des autres organisations syndicales s’est toujours faite contre les initiatives de la CGT, particulièrement forte dans cette entreprise, y compris parmi les cadres.

A tel point que lorsque cela ne suffisait pas, des tentatives de constitutions d’amicales voyaient le jour au sein desquelles, parfois innocemment, certains se laissaient entrainer à des pratiques de corporatisme. Je me souviens avoir vécu et combattu cela dans un service où nous recueillions 80 % des voix avec une constante progression aux élections de Délégués.

Ces résultats ne tombaient pas du ciel et il y avait à ces succès des raisons  « historiques » au rang desquelles prévalaient la reconnaissance de la tradition de lutte des cheminots dans la période d’avant guerre, que la résistance avait consolidée et dont, jeunes militants, nous nous imprégnions en apportant un intérêt particulier au respect des principes d’égalité dans un déroulement de carrière à l’ancienneté en combattant la notion de mérite, trop subjectivisée.

A cela s’ajoutait un soutien indéfectible au salarié, syndiqué ou non, lorsque celui-ci était mis en cause dans sa vie professionnelle et parfois même dans des aspects touchant à sa vie privée, dans l’exercice de sa fonction ou pas !

Nous évoquions en tant que Délégué la notion de classe, ce qui peut certes faire sourire aujourd’hui, mais partait du principe que le syndicaliste se doit d’un large soutien à tout travailleur mis en cause individuellement et que, bien souvent, il n’a de possibilité d’appui que dans la solidarité de ses collègues de travail. En cela nous pensions également au soutien du à sa famille.

Il ne nous appartenait pas d’entrer dans des considérations morales, lesquelles, pour nombre d’entre elles, apparaitraient aujourd’hui complètement désuètes. Ni même dans des considérations d’appartenance politique, philosophiques ou religieuses, cela va de soi !

Mais je m’éloigne d’un sujet fort bien évoqué ci dessous : trouver toujours le chemin du rassemblement…Et éviter les pièges de la désunion !

air france

Après la grève… Quand un pilote d’Air France rencontre un cheminot, de quoi parlent-ils ?

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CYPRIEN BOGANDA, PIERRE-HENRI LAB ET DOMINIQUE SICOT.
Vendredi, 24 Octobre, 2014
Union syndicale et conception de défense des salariés dans POLITIQUE jacqgarrel_1

PHOTO PIERRE PYTKOWICZ
Dans l’Humanité Dimanche. En juin, les cheminots ont fait grève contre la réforme ferroviaire, qui favorise l’éclatement de la SNCF. En septembre, ce sont les pilotes d’Air France qui sont entrés en action. Une grève de 14 jours contre la stratégie de « lowcostisation ». Ces deux conflits, présentés comme corporatistes, ont subi un vrai lynchage médiatique. Comment les protagonistes l’ont-ils vécu ? Quels étaient les enjeux réels de leurs luttes ? Un cheminot et un pilote ont-ils des choses à se dire ? L’« HD » a tenté l’expérience.

Denis Jacq, pilote moyencourrier, est membre du bureau du Syndicat des pilotes d’Air France, deuxième syndicat de pilotes représentatif au sein de la compagnie aérienne avec 12 %, derrière le SNPL (71 %) (*). Gilbert Garrel, formateur d’agents de conduite à la SNCF, est secrétaire général de la CGT cheminots, premier syndicat au sein de l’entreprise publique.

 

HD. C’est la première fois que vous vous rencontrez ?

Denis Jacq. Oui, mais ce n’est pas la première fois que je rencontre un responsable de la CGT. À Air France, nous sommes en contact régulièrement et s’il est des organisations syndicales avec qui les relations sont difficiles, ce ne n’est pas le cas de la CGT. Je veux aussi souligner que les premiers à nous avoir apporté leur soutien pendant la grève ont été les marins CGT. Enfin, le monde cheminot ne m’est pas totalement inconnu. Je l’ai découvert à l’occasion de la loi Diard qui a instauré un service minimum dans le transport aérien en cas de grève comparable à celui qui existe à la SNCF.

Gilbert Garrel. Je suis convaincu que, face aux politiques mises en oeuvre au plan mondial, européen et national, il est nécessaire de resserrer les liens entre les organisations syndicales du secteur des transports. Aujourd’hui, gouvernements et directions d’entreprise s’emploient, avec le low cost, à mettre les salariés en concurrence non seulement à l’intérieur de chaque mode de transport mais aussi entre modes de transport. Le PDG de la SNCF, Guillaume Pepy, ne cesse de dire : « Attention ! Les compagnies aériennes à bas coût nous attaquent sur le TGV. » Tandis qu’il y a quelques années, c’était la direction d’Air France qui disait : « Attention ! Le TGV nous attaque ! » Partout, il s’agit de tirer vers le bas les salaires, la formation ou les qualifications, tout ce qui, aux yeux des patrons, constitue « le coût du travail ». On rabâche en permanence aux salariés « qu’il n’y a plus d’argent dans les caisses de l’État ni dans celles des collectivités locales. Les citoyens et les usagers ont de moins en moins d’argent. Donc il va falloir vous adapter ». Ce discours vise à culpabiliser les salariés alors qu’on pourrait inverser le processus et se poser la question de comment créer un service public de qualité et accessible à tous par une hausse du pouvoir d’achat, une redistribution des richesses. Ce discours se double d’une offensive idéologique en direction des usagers. On présente les cheminots en grève comme des privilégiés irresponsables. On dit des pilotes qu’ils ont des rémunérations indécentes.

 

HD. Combien d’années d’études nécessite le métier de pilote de ligne ?

D. J. À bac + 2, on suit une formation qui dure trois ans. À la sortie, les pilotes ont des compétences très variées, en météo, électricité, électronique, etc. Du coup, les collègues qui perdent leur licence pour raisons médicales se recyclent souvent dans des entreprises d’électronique. C’est un métier très polyvalent.

HD. Quand on est conducteur de train ou pilote d’avion, à quoi pense-t-on au début d’un trajet ? On a peur pour les passagers qu’on transporte ?

G. G. Peur, non ! (Rires.) Mais on se sent responsable. Quand un conducteur commet une erreur, même sans aucune gravité, je vous garantis qu’il passe plusieurs nuits sans dormir. Cette conscience professionnelle fait partie intégrante de la culture cheminote, que les anciens inculquent aux plus jeunes.

D. J. C’est exactement la même chose chez les pilotes. Si je fais une erreur, ce n’est pas forcément trop grave. Mais si cette erreur n’est pas rattrapée par mon copilote, c’est gravissime, et on n’en dort pas de la nuit. Le rapport aux passagers est essentiel. Si je voulais simplement me faire plaisir aux commandes d’un avion, je ferais de la voltige aérienne.

 

HD. En interne, pendant la grève, vous heurtez-vous à la difficulté de faire comprendre aux salariés qu’ils sont tous concernés ?

D. J. À Air France, nous avons toujours été confrontés au problème mais auparavant nous parvenions à le surmonter. Cette fois-ci, cela a été très difficile. La direction est allée jusqu’à organiser une contre-manifestation en mobilisant des cadres sur leur temps de travail. Elle a sciemment opposé des salariés, au risque d’alimenter un profond ressentiment entre eux alors même que le bon fonctionnement de la chaîne de sécurité ne supporte pas de mésentente entre ceux qui la composent. C’est irresponsable. Le climat est tellement dégradé que nous avons donné pour consigne au pilote de débarquer en cas de tension trop forte plutôt que de décoller et de prendre des risques.

 

HD. Entre qui ces tensions ?

D. J. Entre pilotes et cadres pilotes. Les 15 % de non-grévistes étaient essentiellement les chefs pilotes. Les chefs pilotes sont en temps normal les relais des pilotes auprès de la direction. Or, ils ont fait exactement l’inverse. L’un de ceux qui ont pris la parole lors de la contre-manifestation organisée par la direction est en charge d’une formation sur une nouvelle organisation du temps de vol. Eh bien, depuis la fin de la grève, cette formation a été arrêtée faute de participants. Aujourd’hui, plus personne ne veut lui parler.

 

HD. Clairement, vous dites que la division provoquée et entretenue par la direction menace la sécurité des vols ?

D. J. Si un avion va au tapis dans les prochains jours, je crois que les enquêteurs ne mettront pas longtemps à découvrir pourquoi. Toutes les conditions ont été créées pour qu’un accident se produise.

HD. À la SNCF, observez-vous des tensions similaires ?

G. G. La direction a créé les conditions d’une fracture sociale entre les salariés et l’encadrement. Elle a exercé des pressions au déroulement de carrière ou au déplacement pour que ses membres non seulement ne fassent pas grève mais aussi pour qu’ils fassent le travail de grévistes. Le retour à la normale après le conflit est donc difficile. La capacité à travailler ensemble a été remise en cause. Syndicalement, nous avons engagé une campagne pour dire aux cheminots : « Ne vous trompez pas d’ennemis et dialoguez avec les cadres. » Ces derniers ont été sensibles aux pressions idéologiques de la direction et aux discours de certaines organisations syndicales qui ont clairement appelé à ne pas faire grève. Jamais auparavant, cela ne s’était produit dans la boîte. Les cadres ont aussi été influencés par la couverture médiatique du conflit. Jamais les causes de la grève n’ont aussi peu été évoquées. Les cheminots ont été à un tel point marqués par l’injustice de cette couverture médiatique que beaucoup m’ont dit, pendant la grève à Air France, qu’ils comprenaient ce que les pilotes étaient en train de vivre. Avec le conflit à la SNCF, de nombreux cheminots se sont rendu compte que les grands médias diffusent de fausses informations ou instrumentalisent les informations pour livrer les grévistes à la vindicte populaire. Aujourd’hui, la réforme ferroviaire va entrer en vigueur. Parmi ceux qui n’ont pas fait grève, beaucoup vont découvrir à quel point nous avons raison. Ce n’est donc pas le moment))) de nous en faire des ennemis.

 

HD. Air France et la SNCF sont deux entreprises où il y a un éclatement des statuts et des rémunérations des salariés. N’est-ce pas un facteur de division supplémentaire ?

D. J. On est en droit de penser que les écarts de salaires chez Air France sont trop importants. Je gagne 10 000 euros par mois. Je ne pense pas que mon salaire de pilote soit monumental. Le salaire de mon PDG est monumental. Alors, bien sûr, comment expliquer cela à un jeune agent qui entre chez Air France ? Je crois que le drame c’est qu’il n’y a plus de jeune agent qui entre chez Air France. J’ai connu une époque où des salariés rentraient à Air France par le niveau le plus bas de l’échelle. Ils n’étaient « rien » et pourtant certains ont grimpé tous les échelons jusqu’à devenir commandant de bord sur Concorde. Aujourd’hui, cela n’existe plus. Avant, on pouvait avoir un petit salaire à un moment dans sa vie mais on pouvait légitimement espérer autre chose. Un autre métier ou une autre carrière. Cet espoir n’est plus permis. La société est tellement sclérosée qu’on finit même par considérer comme un privilégié celui qui gagne 50 euros de plus que soi.

G. G. Chez les cheminots, l’écart maximum de salaire est de 1 à 3. Par contre, la direction s’emploie à remettre en cause le statut des cheminots en proposant aux jeunes des CDI. La direction propose un salaire d’embauche plus alléchant mais ce type de contrat n’offre aucune garantie de déroulement de carrière contrairement au statut.

 

HD. Les pilotes se sont heurtés au projet low cost de la direction dénoncé dès 2013 par la CGT. Leurs syndicats n’auraient-ils pas dû faire de même ?

D. J. Rassemblés, les salariés sont plus forts. C’est une évidence. J’ai été heureux de constater qu’à l’occasion de la grève, les syndicats de pilotes, à l’exception d’un seul, étaient dans l’action. Si les pilotes ne sont pas rentrés plus tôt dans la contestation du low cost, c’est dû au syndicat majoritaire, le SNPL, qui pratique la cogestion. Beaucoup de cadres du SNPL finissent par intégrer la direction.

 

HD. Le conflit a-t-il changé le regard des pilotes sur les autres catégories de personnels ? Sont-ils plus sensibles à l’unité syndicale dans l’entreprise ?

D. J. Les pilotes sont très sensibles à l’unité syndicale. Ils nous interpellent souvent. « Pourquoi n’êtes-vous pas tous ensemble ? » Mais, encore une fois, l’absence d’unité syndicale n’est pas de notre fait mais de celui du SNPL.

 

HD. Quid de l’unité avec les autres catégories de personnels ?

D. J. Cette intersyndicale salariée d’Air France a toujours été rêvée. Personnellement, j’adorerais faire partie d’un syndicat interprofessionnel. Malheureusement, il y a beaucoup de divergences entre syndicats que la direction peut facilement exploiter. Le conflit a néanmoins permis de faire avancer les choses. Des réunions intersyndicales ont eu lieu qui ont mis en évidence des analyses communes comme sur la low-costisation. Il est évident qu’à l’avenir si les pilotes débrayent avec tous les autres salariés, le rapport de forces sera différent.

 

HD. Gouvernement et direction ont passé leur temps à monter les usagers contre les grévistes. Face à ce battage, que peuvent faire les organisations syndicales ?

G. G. Quand les médias participent à la désinformation, c’est très compliqué. Il nous reste la solution d’informer nous-mêmes les usagers en leur distribuant des tracts. Nous l’avons fait avant et pendant la grève. Nous le ferons encore prochainement pour informer les usagers sur la journée d’action dans les transports que nous organisons le 4 novembre. Mais l’impact de ce type d’initiative reste limité. Aussi, à l’occasion du dernier conflit, nous avons tenté d’obtenir un débat public avec le gouvernement, la direction, les parlementaires, les usagers et leurs associations et les autres organisations syndicales. Ils ont refusé le débat.

D. J. Dans les médias, quand il y a une grève, les sujets des reportages à la télé et à la radio portent sur les difficultés des usagers pour se déplacer et jamais sur les causes du conflit. Le débat social est dans la superficialité. Rappelons qu’Air France a le plus gros budget publicité. Chaque jour, la compagnie achète de grosses quantités de journaux qu’elle met à disposition dans les avions. Cela pèse forcément. Mais l’absence de débat de fond n’est pas due qu’aux médias. L’Assemblée nationale ne joue pas son rôle. Nous nous sommes aperçus que beaucoup de députés ne connaissaient pas le dossier Air France. Les députés se sont plus intéressés à comprendre pourquoi la loi Diard n’avait pas permis d’empêcher la grève qu’à l’avenir d’Air France. La principale leçon qu’en retiennent certains, c’est la nécessité d’user la prochaine fois du droit de réquisition. Les salariés font grève, on interdit le droit de grève. Un jour, on interdira le droit de vote. Face à ce déferlement antigréviste, je crois que les pilotes n’ont pas suffisamment informé les voyageurs. Il faut descendre de notre piédestal et aller à la rencontre des autres.

 

HD. Quelques mots sur la journée d’action du 4 novembre…

G. G. Nous avons rencontré nos camarades de l’aérien, du routier, de l’équipement et de la marine. Nous sommes tous confrontés à la même chose : sous-traitance, low cost, concurrence entre les différents modes de transport… Il était nécessaire de construire ensemble une journée de mobilisation et d’interpeller le ministère des Transports.

 

HD. Est-il envisageable de voir un jour des pilotes d’Air France manifester aux côtés des cheminots ?

D. J. Ça ne me choquerait absolument pas ! Les pilotes ont toujours été demandeurs d’une politique de transports digne de ce nom. Aller manifester avec les cheminots pour réclamer une réflexion globale sur tous ces sujets me semble salutaire. Évidemment, je ne peux pas parler au nom des autres organisations syndicales.

 

(*) Contacté par « l’Humanité Dimanche », le SNPL a décliné l’invitation.

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