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Viva los Pépés

Posté par jacques LAUPIES le 17 septembre 2014

 

Evidemment je ne résiste pas à l’envie de vous parler de ce qui se passe en Uruguay mais en lisant l’article de Jean Ortiz ci dessus reproduit, vous comprendrez que je sois inspiré par le personnage du fameux « Pepe » et que mon commentaire soit plus intime.

Pepe ! Ah quel jolie nom si évocateur pour moi. Bien que dans les Cévennes on dit le Papé et, si j’en crois Pagnol, c’est un peu pareil dans la tradition provençale.

Mon papé à moi à eu une grande influence sur ma vie car c’est lui qui les sept premières années m’accompagna. Je ne saurais dire combien de ses acquis il a pu me communiquer. Cela ne se comptabilise pas. Depuis les escapades que je faisais avec lui en gardant les chèvres, jusqu’aux veillées ou nous faisions des parties Dames épiques en passant par le braconnage des petits lapins et les coups de filet dans la rivière à « cabots », tout y est passé de cette éducation qui manque sans doute un peu aux enfants d’aujourd’hui.

Mais je ne suis pas de ceux qui ont la nostalgie d’un passé, que fort heureusement nous avons largement « dépassé ». D’ailleurs le mot progrès avait une telle importance dans la bouche du papé qu’il a bien du s’en ancrer quelque chose dans ma tête au point de ne pas idéaliser ce temps de mon enfance !

Et quand je tombe sur l’un de ces « pépés » qui s’intègrent dans cette démarche que l’on dit progressiste cela réveille mon respect pour eux.

Les pépés plus communément appelés Papy me semble-il, par nombre de jeunes ne sont pas tous progressistes, il y en a même de très réactionnaires qui restent dans une armure toute leur vie et dont la générosité ne dépasse pas le clan familial. Et encore c’est déjà beaucoup pour eux car il en existe qui sombrent, par dépit fait de rêves non réalisés, dans la solitude qui faut bien le rappeler est très bien encouragée encore par la société.

Dans nombre de civilisation on nous enseigne que les patriarches parfois constitués en Conseil sont consultés pour toute initiative concernant la collectivité. Des sages sans lesquels rien ne peut se faire. Mais c’est toujours la même histoire : le tout est de savoir s’ils peuvent être au dessus des castes, des classes, notamment des plus puissantes et des plus dominantes.

Eternelle question qui consiste à savoir au service de quoi et de qui on attribue un pouvoir aux ancêtres.

Mais une chose est sûre celui qui s’entoure de sages vieillissants donne à son action un plus et il est bien regrettable que la tradition se perde dans notre modernité.

Ranger les vieux dans un assistanat généralisé en fait intellectuellement des êtres en perte de capacité, physiquement inopérants, rayés de la carte de la procréation et à fortiori du plaisir sexuel, au prétexte que leurs chairs se ramollissent que leurs cheveux s’étiolent et que leurs jours sont comptés.

Il est vrai que si la jeunesse rattrape certaines déchéances (pas toujours) la vieillesse est beaucoup moins indulgente.

Heureusement on décèle mais cela reste hélas souvent, globalement, un privilège de classe, de vénérables vieillards qui apportent leur contribution à la vie sociale, spirituelle. Cela est sans doute un progrès mais, avouons le, contrariée par une jeunesse qui a bien de la peine à s’affirmer et qui a parfois le réflexe d’envoyer balader les vieilles barbes généreuses en conseils.

Même si Pepe est seulement le diminutif de José, le Président de la République uruguayenne n’en est pas moins un pépé d’un âge certain qui, comme on dit, « ne se la pète pas »,   C’est le moins que l’on puisse dire. 

D’autant et je l’évoquais il y a quelques jours, que  le besoin de paraître des hommes politiques traduit une hypocrisie,  dont très franchement il ne semble pas être un adepte. Mais sait-on jamais ? Et ses adversaires évidemment ne se gênent pas d’exploiter cette possibilité.

Les résultats politiques et sociaux obtenus par la coalition qu’il préside sont bien la seule chose à prendre en compte, plus que sa vie modeste et sa tenue vestimentaire. Même si c’est un bon signe et peut être, toutes proportions gardées, un exemple à méditer.

Alors Camarades français de gauche, soyez bien dans vos fringues on ne vous en demande pas plus ! 

Si tout de même, de tracer et conduire un vrai et réel changement de politique, avec une meilleure répartition des richesses. Même en costume cravate.

 

AFP
Lundi, 15 Septembre, 2014 – 11:11

Eléctions en Uruguay… On l’appelle « PEPE »

Par Jean Ortiz. On l’appelle familièrement « Pepe », diminutif espagnol de José. Imagine-t-on en France le peuple appeler un président « Pépé » ? La connotation « parrain », maffieuse du terme, l’interdit, même si l’éthique prend l’eau de toutes parts… Et même même… Nul n’oserait taxer de « pépé » Cahuzac, Thévenoud et consort… Cela tomberait sous le coup de la loi. En France, un homme politique peut souffrir de « phobie administrative » tout en restant député.

Les URUGUAYENS l’appellent familièrement « Pepe », José Mugica. Le second président de gauche (2010-2014) de l’histoire du pays est devenu une curiosité alors que lui, vraiment, est tout à fait « normal», pas people pour deux sous, pas « différent » du tout de « l’Uruguayen moyen », du paysan, de l’ouvrier…

Elu président le 29 novembre 2009, le militant José Mugica a continué à vivre dans sa « chacra » (ferme) en compagnie de sa sénatrice d’épouse, et à produire des roses. Il va au turbin avec une voiture modeste de la présidence et un garde du corps (sa vieille coccinelle Wolkswagen de 1987 reste rangée au garage) ; il a refusé 90% du salaire présidentiel (9 400 euros). Il lui reste l’équivalent de 900 euros, le revenu moyen des Uruguayens. Bref, il vit comme avant de devenir président. Il ne fait pas semblant, s’habille modestement, n’a pas changé d’apparence pour la com., ne veut pas vivre dans la luxueuse résidence présidentielle. La fonction ne l’a pas changé. Le pouvoir ne l’a pas corrompu. Et alors ? Ce n’est pas si fréquent ; est-ce anormal pour autant ?

Dans les années 1960-1970, il fut guérillero « tupamaro », ce qui implique encore aujourd’hui jusque dans sa fonction, une cohérence entre un mode de vie et l’horizon recherché. Blessé de six balles, il fut arrêté et purgea 14 ans de prison, avec les traitements spéciaux propres aux militaires du cône sud, sans renier. Libéré en 1985, il rejoint le « Frente Amplio ». La coalition « Front large » de 21 partis, créée en 1971, va du centre-gauche à la gauche radicale, en passant par les communistes, le parti socialiste, le Mouvement de participation populaire de « Pepe »

Le Front brise le bipartisme et gagne pour la première fois les élections en 2004, et le maire de Montevideo, Tabaré Vasquez (centre-gauche) devient président.

Jusqu’en 2004 le pays avait subi la « dictamolle » du bipartisme, l’alternance au pouvoir de deux partis bourgeois créés en 1836 : les « colorados » (libéraux ) et les « blancos » (conservateurs), avec une terrible parenthèse (1973-1985) de dicta-dure civico militaire « gorille » et ultralibérale, made in USA.

La politique du Front large  n’est certes pas « la révolution », mais elle assure une « redistribution » plus équitable, développe des plans sociaux d’aide aux plus pauvres ; le taux pauvreté est passée de 40% en 2005 à 11,5% en 2013. Le taux de croissance atteint 4,4%, l’espérance de vie est de 76,4 ans, le taux d’alphabétisation de 98% chaque écolier a reçu un ordinateur.

Les bons indicateurs sociaux, la diversification de l’économie , la priorité à l’éducation (tous les enfants sont scolarisés), à la recherche, ne font pas oublier une inflation de 8,5%, un taux de chômage de 6,6% et une insécurité résiduelle.

Les réformes sociétales ont placé l’Uruguay au niveau des pays les plus avancés :

  • En avril 2013 : mariage homosexuel, dépénalisation de l’avortement en octobre 2012 et de la consommation de cannabis en décembre 2013
  • Une politique extérieure de « multilatéralisme », proche du Venezuela, de la Chine, de priorité à la coopération avec les pays du continent ; a rendu au pays sa souveraineté.

Cette politique et ce bilan, teintés cependant de concessions au néolibéralisme, sont vivement débattus à l’intérieur du Front Large ; il semble regagner peu à peu le terrain perdu en reculant devant des réformes de structure. L’extrême gauche ironise sur la « pseudo gauche »: on peut ne pas toucher son salaire et être « une canaille envers son peuple » (sur « Rebelion », Nora Fernandez, 27 mai 2014). Le propos est excessif, outré.

Les élections présidentielles et législatives du 26 octobre 2014 donnent pour l’heure l’avantage dans les sondages (40%) au « vieux » candidat du Frente Amplio, l’ex-président Tabaré Vasquez (2005-20010). Raul Sendic, fils du fondateur des « Tupamaros », a été désigné candidat à la vice-présidence pour le Front. Le symbole a du poids, du sens, et fait grincer beaucoup de dents.

Les deux candidats de la droite et de l’ultra-droite sont deux héritiers, deux jeunes-vieux réactionnaires.

Juan Luis Lacalle (41 ans) du parti « Blanco » et Pedro Bordaverry (« Colorado »), tous deux candidats de l’oligo-bourgeoisie, tous deux fils d’anciens présidents de triste mémoire, pourraient s’allier au deuxième tour si Tabaré Vasquez ne l’emporte pas au premier.

L’Uruguay a beau être un petit pays, l’enjeu n’échappe à personne. Washington est désormais engagé dans une stratégie de reconquête et voudrait, à l’occasion des prochains processus électoraux (Brésil, Bolivie, Uruguay), donner un coup d’arrêt aux nouveaux mouvements de libération en Amérique latine, isoler et déstabiliser les révolutions au Venezuela, en Bolivie, en Equateur, à Cuba… Une stratégie en apparence plus « soft » qu’avec les dictatures militaires, mais le but ultime reste le même. Alors : Yankees : no, pueblos : si !!

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