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Mon mai (s)

Posté par jacques LAUPIES le 24 septembre 2012

Les présentations de livres relatant la vision (de leurs auteurs) sur les évènements de soixante huit vont bon train. Et ce n’est probablement pas pas fini. Nous allons assister à des présentations fantaisistes d’autant que beaucoup d’auteurs n’étaient même pas nés lors de leur déroulement. Même auréolés de leur titre d’historien beaucoup d’entre eux n’échappent pas à cette tentation d’interprétation préméditée ou l’on va chercher toutes sortes d’arguments pour étayer une thèse préconçue. Un peu comme ces policiers qui convaincus de tenir le coupable vont rejeter tout ce qui innocente et mettre en exergue tout ce qui peut être un élément de culpabilité.

Lorsque l’on a pris le parti d’expliquer les limites  et la portée de ce qui fut un extraordinaire mouvement social alliant, hélas souvent de manière trop distincte, une jeunesse étudiante et une classe ouvrière en pleine force de l’âge, il faudrait avoir la difficile rigueur du chercheur et en même temps celle du témoin impliqué. Ce qui avouons le est extrêmement difficile à concilier.

Personnellement je n’ai été qu’un témoin à un très modeste niveau : celui d’une ville de dix mille habitants d’ou étaient absents les étudiants, ce qui déjà limite la portée de l’analyse que j’ai pu faire pendant et après le mouvement. Mais en même temps cela est un démenti total à toute contestation de ce formidable élan qui s’est emparé du monde du travail, dans une ville ou le monde salarié était très divers. Donc ce n’était ni la Sorbonne, ni Renault qui s’énervait à Tarascon.

La France dans sa diversité faisait plus qu’éternuer et les symptômes locaux de la maladie dont elle souffrait (toujours l’injustice sociale) appelaient à des remèdes dont le Président De Gaulle, prisonnier d’une grande bourgeoisie, peut-être malgré lui, ne voulait pas se servir. Le premier d’entre eux étant une meilleure répartition des richesses. Eh oui les choses n’ont guère changé depuis sauf que la résistance au mal est devenu plus difficile.

Ouvriers de la Cellulose (aujourd’hui TEMBEC) pour la plupart fils d’agriculteurs, ou agriculteurs eux mêmes partageant le travail en trois fois  huit heures avec celui du lopin de terre, jeunes ouvriers et techniciens venus parfois d’autres départements pour répondre aux besoins  de main d’oeuvre des nouvelles usines implantées localement ou dans les entreprises publiques (cheminots, agents EDF, Poste, personnels communaux, hospitaliers, etc.) se trouvèrent dans un même élan aux côtés des employées du commerce de Monoprix, des travailleurs du chantier de Vallabrègues – ou la maind’oeuvre immigrée était fortement présente – aux côtés des enseignants. Une totale fraternisation s’intaura dura plus de trois semaines entre quelque deux mille salariés aidés et organisés dans leur action essentiellement par la CGT.

Secrétaire de l’Union locale, j’animais le Comité de Grève interprofessionnel qui quotidiennement faisait le point de la situation et organisait les actions sur la base de revendications précises, parfois élaborées en hâte mais avec sérieux. La plupart des personnels des entreprises en grève avaient des cahiers revendicatifs établis depuis des mois et certains, je peux en témoigner les avaient soumis à leurs employeurs. Rien ne nous avait surpris et le petit noyau de responsable de l’Union Locale tout au long de l’année 1967 pressentait la venue d’un tel mouvement. Je dois dire très franchement que personnellement je l’attendais.

Nous attendions que l’Union Départementale dont un responsable était venu me voir quelques jours avant le début des arrêts de travail nous donne le feu vert car nous sentions bien que la colère grandissait contre la répression du mouvement étudiant et que les revendications étaient présentes et à forte capacité mobilisatrice.

Cheminot, je pris avec quelques responsables (Charles Dupuy, André Charot, Jean Claude Ricard, Berger, Tourtet, Didelot, Biagetti, etc.) l’initiative du premier arrêt de travail en gare de Tarascon avec occupation des locaux. Ce furent les agents de la manoeuvre et du service de la voie qui décidèrent d’arrêter et d’occuper le PRS (Poste de commande des itinéraires) Peu de temps après Francis Pichon  accompagné des Vallès, Téna, Ferraud, Thomas et autres organisaient l’occupation de l’usine.

Rapidement le mouvement s’est étendu avec la grève et, fait très important, la structuration syndicale partout ou nous faisioons en sorte qu’elle soit déclenchée. Henri Martinez, qui me succéda plus tard au Secrétariat de l’Union Locale le fit dans le magasin Monoprix (actuel Super U). Le personnel du magasin Anselme (route de Maillane) se dota aussi peu de temps apès d’une section syndicale. Les enseignants du primaire avec Marcel Badet, les profs du lycée avec Jean Marc Astruc et Robert Sénicourt organisés au sein du SNI et du SNES localement se joignirent à nous, les Hospitaliers avec Louis Felon. Les employés municipaux avec Fernand Piccato.

Le personnel de l’usine OTRA-ROLLI avec Jésus Guardiola mena également d’importantes luttes tout comme évidemment l’EDF avec Yves Yague, ainsi que le travailleurs du BTP sur le chantier du barrage de Vallabègues avec des jeunes et en particulier de nombreux travailleurs immigrés.

Je ne cite que quelques noms qui évidemment sont gravés dans ma mémoire, mais il y en a beaucoup d’autres que je n’ai pas oublié et qui ne m’en voudront pas de ne pas tous les citer. Nous étions environ 1500 et dans une ville aux traditions plutôt rurales cela secouait un peu le cocotier. Même si le Syndicat des Exploitants Agricoles vint apporter son soutien aux grévistes.

Et les résultats (ce qui est le plus important à signaler) furent là avec augmentation des salaires, garanties sociales de toutes sorte avec révision de conventions collectives dans un sens favorable aux salariés. Et enfin reconnaissance de la Section Syndicale d’Entreprise. Ce que ne devraient pas oublier ceux qui en bénéficient encore dans les entreprises.

Rien à voir avec ce que nous racontent certains. Il est vrai que cela fut possible aussi avec la présence de militants qui bien que jeunes s’inscrivaient dans une CGT formatrice et n’étaient pas sans recevoir l’aide et l’exemple de militants aguerris, dotés d’une formation politique, ce qui leur fit garder raison face à toutes les provocations.

Voila un petit rappel qui n’a pas vocation à placer en donneuse de leçons toute une génération qui a bénéficié d’un contexte particulier, en plein coeur des trente glorieuses où les travailleurs se trouvaient avec l’emploi assuré dans de meilleures conditions pour revendiquer et se battre en conséquence.

Cependant il fajt toujours étudier le passé pour comprendre le présent…

 

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