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Réponse à un ami qui est au FN (sur un poème de Brasillach)

Posté par jacques LAUPIES le 26 mars 2012

Debout sur le lourd tombereau,
A travers Paris surchauffé,
Au front la pâleur des cachots,
Au coeur le dernier chant d’Orphée,
Tu t’en allais vers l’échafaud,
O mon frère au col dégrafé!

Dans la prison où les eaux suintent
Près de toi, les héros légers
Qui furent Tircis ou Aminte,
Riaient de ceux qui les jugeaient,
Refusaient le cri et la plainte,
Et souriaient aux noirs dangers.

La chandelle jetait aux murs
Leurs ombres comme à la dérive.
Les cartes et les jeux impurs
Animaient les jours qui se suivent,
Toi, tu rêvais d’un sort moins dur
Et chantais les jeunes captives.

Le soleil des îles de Grèce
Rayonnait au ciel pluvieux.
Perçait les fenêtres épaisses,
Et les filles aux beaux cheveux
Nageaient autour de toi sans cesse
Sur les vagues, avec les dieux.

Tu souhaitais dans les nuits noires
Une aube encore pour t’éclairer,
Pour pouvoir attendrir l’histoire
Sur tant de justes massacrés,
Pour embarquer sur ta mémoire
Tant de trésors prêts à sombrer.

Avec les flots de l’aventure,
A travers les jours variés,
Les heures vives ou obscures,
Un siècle et demi a passé.
La saison est encore moins sûre,
Voici le temps d’André Chénier.

Sur la prison fermée et pleine
Un monde encore a disparu.
O soleil noir de notre peine,
Une autre foule est dans la rue,
Comme dans la vieille semaine
Demandant toujours que l’on tue.

Dans la cellule où l’eau suinte
Un autre que toi reste assis,
Dédaigneux des cris et des plaintes,
Evoquant les bonheurs enfuis,
Et ranimant dans son enceinte,
Comme toi, les mers de jadis.

Au revers de quelque rempart,
Au fond des faubourgs de nos villes,
Près des murs dressés quelque part,
Les fusils des gardes mobiles
Abattent au jeu du hasard
Nos frères des guerres civiles.

J’entends dans les noirs corridors
Résonner des pas biens pareils
A ceux que tu entends encor
Jusque dans ton pâle sommeil,
Et comme toi le soir je dors
Avec en moi mon vrai soleil.

Près de nous tous, ressuscité,
Le coeur plein de justes colères,
Dans la nuit on t’entend monter,
Du fond de l’ombre froide et claire,
O frère des sanglants étés,
O sang trop pur des vieilles guerres

Et ceux que l’on mène au poteau,
Dans le petit matin glacé,
Au front la pâleur des cachots,
Au coeur le dernier chant d’Orphée,
Tu leur tends la main sans un mot,
O mon frère au col dégrafé

COMMENTAIRE

Je me demandais si c’était du Celine, du Brasillach voire un autre mais peu importe. Je te connais et je savais bien qu’il y avait un petit piège. Le propre de la poésie est qu’elle a souvent un caractère universel. Mais le poète ne se situe pas nécessairement ainsi. Il a un univers précisément qui est le sien et n’est pas universel. On peut être parfois un salaud et dire appréhender le réel un instant de manière juste et sublime. C’était me semble-t-il le cas de Brasillach et de la plupart des écrivains qui ont collaboré Cela ne rend pas pour autant blanc tous les autres. Mais ceux qui ont résisté avaient cependant, me semble-t-il, un peu (pour ne pas dire beaucoup plus) d’universalité ou d’Humanité, comme tu voudras !

On ne peut justifier sa pensée politique par son talent de poète. Par contre la poésie aide à l’exprimer. Selon moi, en bon matérialiste, il faut partir du réel, même imperceptible, même celui que nous enfermons dans notre inconscient, pour comprendre ce que nous exprimons par la poésie. Cela peut expliquer que des salauds sont poètes !

 Entendons par « salauds » ceux qui ne respectent pas l’humain et attachent à sa hiérarchisation physique ou psychique, à la diversité de ses pensées et de ses comportement qu’il peut avoir, plus d’importance qu’à son unicité d’espèce. Tous les excès sont possibles ainsi. On l’a vu et on le voit hélas encore !

 Les racistes, les xénophobes n’échappent pas à ces excès de part leurs concepts de base. Certains adeptes de la lutte des classes s’y sont fourvoyés aussi au nom d’une fin qui justifierait les moyens. Il y a d’autres chemins pour l’émancipation dans la démarche humaniste…La démocratie la plus large en tout et partout en est surement un ! Encore faut-il pouvoir l’instaurer face à ceux qui s’en réclament et font le contraire !

 

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